19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 15:45

Aujourd’hui, quelque chose de totalement différent. Laissons le Japon, terre du WTF, pour aller rendre une visite à leurs « voisins » continentaux, les indiens. Oui, oui, je parle bien de Bollywood.

 

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Y a un truc que les réalisateurs occidentaux ont bien capté c’est que la musique avait un pouvoir non négligeable sur les esprits. La musique rend tout 200% plus cool. Alors forcément on a toujours des bandes d’annonce qui se ressemblent avec les mêmes codes musicaux (film d’action ? vite, sortons les cors de chasse et bourrinons la batterie, pour le reste un peu de violon ou de piano, ça passe très bien aussi). Mais les gens de chez Hollywood sont encore très loin de la ruse et de la fourberie de nos amis indiens. Eux ont tout compris. La musique, c’est cool, la musique catchy qui te reste 3h dans le crâne avec chorégraphie alléchante, c’est mieux ! Et c’est comme ça que chaque production se retrouve avec ses séquences musicales de folie. Point bonus, les dites séquences peuvent suffire à résumer le déroulement du film et servir de fenêtre publicitaire sur Youtube. Le seul truc étrange c’est que parfois ces séquences peuvent être déconnectées du reste de l’intrigue : mon ancien prof d’analyse filmique nous racontait une fois qu’en pleine scène de cambriolage, les voleurs et les victimes s’étaient mis à danser tout ensemble avant de reprendre leur place comme si rien ne s’était jamais passé ; il avait trouvé ça spécial. Je veux bien le croire. C’est le double effet kiss-cool : l’occasion de griller tout son budget avec un esthétisme léché et classieux mais aussi de faire un gros Big Lipped Alligator Moment pour réveiller les spectateurs qui sommeilleraient dans le fond.

 

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Aujourd’hui on va parler de Dhoom. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, c’est une sorte de Fast and Furious à l’indienne : y a un gang de méchants à moto qui font des casses, tout ça, et un gentil flic un peu grognon qui essaye de les arrêter avec l’aide d’un side kick relou qui est un super pilote de moto. Rien à dire de particulier sur l’intrigue sinon que c’est un divertissement honorable avec des tas de trous scénaristiques mais que le côté over the top rend le tout attachant. Pour ceux qui aiment se vider la tête, quoi. Mais s’il y a bien UN domaine sur lequel Dhoom est roi, c’est bien la bande-son. Toutes les séquences musicales ont des chorégraphies impressionnantes et surtout, surtout, des pistes entraînantes au point que tu te demandes quel savant fou a sorti ça de son laboratoire et s’il compte conquérir le monde avec des inventions aussi diaboliques.

 


 

Shikdum est la première chanson du film et l’une des premières choses qu’on voit à l’écran. On est censé y découvrir notre héros dans sa vie conjugale, intime, en toute simplicité...et là, hilarity ensues.

 

 

Premier plan, le héros se réveille, rasé juste comme il faut (on dirait qu’il sort tout droit d’une pub pour hommes), le corps huilé, et enfile une chemise grande ouverte qui laisse voir ses biceps de manière pas du tout préméditée pendant qu’il se désaltère d’une posture virile. Je ne sais pas quel est son secret pour être aussi propre sur lui dès le matin mais ça m’a l’air super efficace, je serais vous, messieurs, je l’appellerai direct pour qu’il crache son secret !

A noter que le héros dormait quand-même en jean. Ce détail me laisse perplexe...

 

Soudain, son regard se tourne vers une créature de rêve postée dans son salon. Mini-short affriolant, décolleté profond qui laisse voir ses nichons, elle est plongée dans un dur labeur qui consiste à faire semblant de peindre le plafond de la pièce. Ben, voyons. Tout le monde sait qu’en cas de travaux, c’est LA tenue la plus confortable. D’où l’invention de la blouse totalement sexy que portent les ouvriers du bâtiment. Le petit détail qui tue c’est surtout les pots de peinture. A 0:25 on voit nettement qu’elle utilise du jaune et du rouge pour faire une sorte d’orange clair ou de beige. Et à 0:31, MAGIE, elle utilise du vert et du bleu aussi. Y a même une demi-dizaine de pots de peinture grands ouverts. On sent que la madame est déjà une as du bricolage, elle sait tout à fait comment ne pas gaspiller et connaît sur le bout des doigts son schéma chromatique... Le plus rigolo quand on sait comment ça marche un minimum c’est que la peinture du plafond est généralement une des premières étapes dans la rénovation d’une pièce et que là, la dite pièce est déjà totalement habitable, on sent pas du tout que c’est une mise en scène.

 

Mais trêves de balivernes. Le caméraman est un bon, il nous fait saliver avec des plans suggestifs de la demoiselle toujours sans nous la dévoiler (enfin, le visage, le cul et les seins on a déjà tout vu). A 0:35 léger passage fétichiste où monsieur tout propre fait un bisou sur le pied de sa promise. Elle se retourne et là...AAAAAAAH. La madame a confondu sa trousse cosmétique avec les pots de peinture, elle a trois couches de rose sur chaque paupière et cinq couches de gloss sur les lèvres, c’est vraiment, vraiment trop. Le pire c’est que quelques séquences plus tard, pour la grande danse au casino, par exemple, elle sera totalement normale. L’actrice au naturel est jolie aussi. Mais là c’est SA scène, donc sortez l’artillerie lourde (elle me rappelle Crystale Montgomery, paye ta référence). C’est une constante que j’ai remarqué dans les clips indiens, les femmes ont tendance à être tellement maquillées qu’on a l’impression que ce sont des poupées gonflables, c’est effrayant. Personnellement, je serais un mec, ça me ferait débander sec mais après tout, pourquoi pas, chacun ses fétiches.

 

Toujours est-il qu’on ressent le côté totalement naturel de leur vie de couple, la preuve, on est en intérieur et EFFET DE VENT DANS LES CHEVEUX. J’adorerai me réveiller le matin dans l’état d’une actrice bollywoodienne, c’est quand-même la maxi classe. Pour ceux qui ne comprendraient pas les paroles, le monsieur demande à sa femme de coucher parce qu’il en a très envie. Et celle-ci de refuser avec un sourire énigmatique et crispé qui signifie « Je fais ma difficile parce que j’ai ma fierté mais dans 5 minutes, je serais à poil à tes pieds ». Quand la musique commence vraiment au bout d’une minute, elle commence déjà plus ou moins à l’allumer en tortillant du cul, on sent vraiment sa détermination à résister, c’est fou...

 

Pour se donner une contenance, Sweetie (c’est son délicieux prénom), va porter un carton en faisant style elle travaille. Sauf qu’à 1:23, surprise, le mec envoie le carton balader. J’entends mentalement le bruit de la vaisselle en porcelaine qui se brise. Ou alors c’était un carton vide depuis le début mais chuuuuuut, faut pas dire. Autre passage lol du grand emménagement des tourtereaux, à 1:48 Sweetie range des magazines dans une étagère. Parce que c’est le truc prioritaire quand on déballe les cartons, évidemment. Elle les dépose complètement à l’arrache, limite je suis sûre qu’ils sont à l’envers, mais tant pis. Et là mini-passage digne d’un cartoon avec le mec qui fout les livres en plan pendant que Sweetie se retourne façon « Oh, ça alors, je m’y attendais pas du tout, que tu es un vil coquinou, mon doudou ». On se croirait dans un Bugs Bunny. Dans la vie réelle, si la meuf se casse le cul à arranger la nouvelle maison et que le mec fait son troll, je suis pas certaine qu’elle soit super contente à l’idée de voir son travail mis par terre, mais là elle fait semblant de bosser donc ça va.

 

A  2 minutes, passage féérique du rideau. Le mec tire le tissu et hop, les amoureux se retrouvent enlacés dans une intensité de blanc pendant 15 bonnes secondes. Je sais pas quelle taille fait leur rideau pour qu’ils puissent jouer comme ça mais je veux le même. Sinon y a du vent sous le tissu aussi. C’est vraiment une maison magique. J’adore le fait qu’à la fin le rideau se retrouve par terre (donc vraisemblablement arraché) et que la nana se trémousse dessus sans broncher. Soit ils ont 5 rouleaux en réserve, soit elle encourage son mec à faire le troll et dans ce cas, elle va pas faire semblant de résister bien longtemps. A propos de rideaux, ça vire à l’obsession vu qu’il y a presque rebelote à 2:30 quand le monsieur jette les rideaux (rouges cette fois, symbole du désir, et plus blanc figurant leur mariage, OHOHOH, symboliiiisme) en l’air avec un geste grandiloquent. Quand je vous disais que la musique rend tout 200% plus cool. S’il n’y avait pas Shikdum en fond, il aurait quand-même bien l’air d’un guignol. Pareil pour la scène suivante où ils dansent de façon bizarre collés à la fenêtre. Tant de naturel m’éblouit. Bon après ils sortent dehors donc on va dire que l’effet de vent est à peu près justifié.

 

A partir de 3:09 c’est gros naouak, par contre. Je dirais rien sur le jardin de plastique et sur le fait que gaspiller l’arrosage ça tue la planète, et tout, et tout, mais bon sang, Barbie grosse menteuse. Vu la couche de maquillage que Sweetie a sur chaque centimètre carré de visage et le temps que ça a dû lui prendre, c’est juste pas possible qu’elle se laisse mouiller sans foutre un coup de boule à son cher et tendre. Ou alors elle a des cosmétiques super waterproof qui résistent au Kärcher et je veux bien sa recette. Elle essaye même pas de riposter face à son copain, non, elle se trémousse avec le regard dit de l’actrice porno, le regard « Oh oui, asperge-moi de ton liquide, grand fou, j’avais justement une envie de bukake ». On sent qu’elle était vraiment concentrée sur sa peinture...

 

Et du coup Sweetie refait son allumeuse en claquant au nez la porte à son amoureux pour mieux revenir en serviette rose flashy Mickey Mouse (Y aurait-il encore du symbolisme là-dessous ? OHOHOH). S’en suit un gros mystère de l’existence. Parce qu’à partir de 3:47, elle se déhanche avec juste une serviette attachée autour du buste (qui couvre juste assez pour qu’on n’aperçoive pas ses poils pubiens, touchante attention Bollywood). Comment est-ce possible ? J’ai jamais réussi à faire tenir une serviette autour de moi plus de 5 secondes alors comment elle peut danser la rumba sans qu’elle se détache ? C’est pas un couple ordinaire, c’est moi qui vous le dit.

 

Gros moment allumeuse à 4:09 où tu sens que Sweetie en peut plus dans sa culotte et qu’elle tease son compagnon jusqu’au bout...avant de revenir en moins de 10 secondes en nuisette sexy. J’ai jamais vu quelqu’un se changer aussi vite, ma parole. Elle devait avoir tout préparé derrière la porte, je vois pas d’autres explications. Admirez le geste qu’elle a pour virer ses escarpins en fourrure, on sent que c’était tellement nécessaire de faire attendre son copain pour mettre une tenue qu’il va dégrafer sur le champ alors qu’ils auraient pu s’accoupler bestialement sur la table de la salle à manger. Mais ce sont des gens mariés et donc il FAUT copuler dans le lit sinon c’est sale, pensez-vous. Et surtout ça permet de les cacher sous les draps pour faire style « Ils font des trucs mais on vous montrera paaaaaaas ». Au final on verra rien et Sweete aura pas sa séance montagnes russes parce que le téléphone sonne et que le héros doit aller défendre la veuve et l’orphelin. Les réalisateurs, ces gros trolls...

 

La morale de Shikdum ? Soit les gens qui ont planifié la scène n’ont visiblement pas pensé à tous les détails à la con qui allaient avec et ça sonne diablement creux, soit la meuf représentée est une salope dans l’âme et elle fait tout pour passer à la casserole en faisant style elle veut pas. C’est ça la magie du cinéma ~

 



Les autres séances ? Oh, y a beaucoup moins de trucs drôles à raconter (mais c'est toujours aussi catchy). Y a quand-même Dilbara qui vaut son pesant de cacahouètes. Ali, le side kick, rencontre une belle demoiselle en panne sur le périphérique (ou dans la rue, c’est pareil, on sent que c’est tourné en studio de toute façon) et décide de l’aider parce qu’elle a de drôlement jolis boobs et un minois pas désagréable. Les paroles sont simples, il veut se marier avec elle et fonder une famille. Je sais, ils viennent de se rencontrer, cherchez pas à comprendre. Outre le côté film porno du scénario (Salut, je suis le plombier, montrez-moi ces canalisations défaillantes que j’arrange ça avec mon gros outil), le moment magique c’est tout de même quand Sheena sort de sa voiture de course pour danser sous la flotte avec lui en micro-jupe, bande de tissus autour des seins (c’est même plus un tee-shirt là) et talons aiguille. Qui a dit qu’on avait besoin d’une douche pour voir des filles dénudées à la peau humide ? On y découvre juste que le beau brun mystérieux à lunettes était complètement out of character dans le premier clip musical vu qu’il est censé incarner un mec sérieux et cynique. A part ça, rien à signaler, les autres clips (Dhoom Machale et Salaame) sont limite trop normaux, c’plus drôle.

 


 

Mais vous savez quoi ? Il y a eu une suite à Dhoom qui a rapporté beaucoup d’argent. Je ne l’ai pas regardée, faut pas déconner non plus, mais jetons ensemble un coup d’œil à la séquence d’introduction pour se faire une idée de la chose.

 



Musique encore plus catchy qui fait monter la sauce, décor deux fois plus classe, chorégraphies encore plus dingues avec des sauts de jambes de malade, bellâtre deux fois plus sexy qui arbore des biscotos à faire mouiller les dames rien qu’en posant le regard dessus, toujours plus de meufs habillées comme des putes en chaleur, toujours plus de vent dans les cheveux, poses ridiculement over-the-top, actrice encore plus maquillée et barbiesque, deux fois plus d’occasions de voir des mecs torse poil...LES FOUS.

 

Quand je partirai à la conquête de l’univers avec mon armée de vaches mutantes, je recruterai le staff de Dhoom, obligé, ces gens sont machiavéliques !

 


 

Sinon, juste pour dire, mais aucun des acteurs ne chante lors de ces merveilleuses phases musicales, c’est du play-back, les vrais chanteurs on sait jamais à quoi ils ressemblent. Les acteurs dansent et ils sont beaux, c’est le plus important, il parait. A part ça,  j'aime bien cette langue, elle a une jolie sonorité.

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 23:05

Puisque j’abordais Märchen la dernière fois, je me suis dis que c’était l’occasion ou jamais de parler d’un sujet que j’aime beaucoup : les contes de fées. Il y aurait mille approches du sujet à adopter mais je n’en choisirai qu’une, plus restrictive et plus facile à traiter : la transcription par Disney de certains contes. Et ce afin de mettre en lumière un problème majeur pour moi : la perte de la pluralité de sens.

 

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J’ai été nourrie et élevée par les contes de fées depuis que je suis en âge de lire et encore aujourd’hui le sujet me fascine ; je suis capable de vous réciter par cœur Les habits neufs de l’Empereur, La grotte des korrigans, Peau d’ours et bien d’autres. Malgré le fait que j’ai une certaine préférence pour raconter de vieilles histoires un peu oubliées qui font le bonheur des enfants curieux (je suis un livre ambulant, c’est un plus quand on travaille en centre aéré) j’apprécie bien sûr énormément les classiques popularisés par Disney que tout le monde connaît. D’ailleurs des Disney j’en ai regardé toute petite et j’aimais beaucoup Le Roi Lion, Aladin ou La Belle et la Bête, mais je ne connaissais la « trinité » que via les frères Grimm ou Charles Perrault, aussi je dispose d’une vision assez particulière en la matière. Et, après visionnage récent des contes de fées adaptés par Disney, j’ai pas mal à dire et je risque d’être particulièrement grinçante !

 

La « trinité »

Blanche-Neige / Cendrillon / Belle au bois dormant

 

Blanche-Neige

Premier long-métrage de Disney, Blanche-Neige reprend Schneewittchen des frères Grimm en adoucissant certains éléments plus ou moins violents du conte originel, je ne m’attarderai pas sur la transformation des nains en personnages comiques ou des animaux choupinets qui pullulent de partout et qui font avant tout partie d’une esthétique, ce qui m’intéresse le plus ce sont trois points très particuliers.

 

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La scène du balcon

Le premier est la pseudo-romance avec le Prince Charmant qui a lieu dès l’introduction. Elle a, selon moi, deux rôles : il s’agit d’abord de crédibiliser le final et de le rendre plus « romantique ». Car dans le conte, la jolie Schneewittchen n’a jamais rencontré son bienfaiteur avant sa mort, il ne la cherchait pas elle particulièrement et ne l’a pas embrassé non plus ; il passait par hasard dans la forêt, est tombé amoureux du cadavre et souhaitait l’emmener avec lui, ce sont les nains qui la font revenir à la vie en laissant tomber le cercueil, ce qui a pour effet de la faire cracher le morceau de pomme empoisonné qui la maintenait endormie. Tant qu’on ne s’interroge pas sur la possible nécrophilie que suggère la situation (ramener un cadavre chez soi même pour décorer son salon est très malsain comme comportement, même pour un esthète) ni sur la pédophilie latente du prince (voir fun fact ci-dessous) tout va bien. Rajouter une première rencontre permet de lever l’ambiguïté mais aussi de monter de toutes pièces un modèle d’identification.

 

En effet, quoi de plus artificiel que cette scène d’amour au tout début du dessin-animé ? On y voit une charmante jeune fille, elle n’a aucune caractéristique particulière, un beau jeune homme, il n’a aucune personnalité préétablie, et les deux se comptent fleurette dans une sorte d’hommage à Roméo et Juliette (pensez à la scène du même nom), c’est un archétype usé jusqu’à l’os, un symbole qui vise à l’identification du spectateur. N’importe quelle personne qui regarde Blanche-Neige peut transposer sa propre histoire sentimentale dans ces deux protagonistes fantoches et finalement s’approprier ce qu’il voit très rapidement, même inconsciemment. Disney a vraiment poussé la malice jusqu’au bout et on ne peut pas ne pas reconnaître que c’est bien joué de leur part.

 

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Fun fact : dans la version des frères Grimm, Blanche-Neige n'a que 7 ou 9 ans

 

Magie noire et magie blanche

Le deuxième élément concerne le personnage de la belle-mère. Evidemment, sans surprise, elle nous est présentée comme la méchante. Il aurait été utopique de demander au studio de nous faire de la psychanalyse en tentant de justifier sa peur panique de la vieillesse (au fond c’est une étape allégorique par laquelle passe toutes les mères quand elles constatent que plus leurs enfants grandissent et s’épanouissent, plus elles se flétrissent) mais on peut noter, du point de vue de la représentation, qu’il ne s’agit pas de n’importe quel type de femme. La belle-mère est présentée comme une reine, celle qui détient le pouvoir. Selon Robin Allan dans Il était une fois Walt Disney « elle représente la femme redoutée par les hommes dans une société dominée par les hommes ». Intéressant, non ? Autrement dit Blanche-Neige est avant tout la confrontation entre deux idéals : d’un côté la femme qui domine, de l’autre la dominée. La soumise est une « gentille princesse » et la gouvernante assimilée à une sorcière monstrueuse (on pourrait faire un chouette rapprochement avec le visual novel d’Utena).

 

 

Et c’est aussi là que se trouve une différence majeure avec le conte originel : chez les frères Grimm, la reine se déguise en vieille femme mais redevient belle, alors que chez Disney tout se passe comme si la sorcière était son véritable visage enfin dévoilé. La scène de transformation, à cet égard très perturbante, n’est pas sans rappeler Docteur Jekyll et Mister Hyde, le roman noir de Stevenson (dont je vous recommande vivement la lecture). Le fait que la méchante belle-mère meure sous son apparence diabolique ne fait qu’amplifier ce sentiment. On perd donc tout l’aspect « humain » du personnage, ce qui est bien dommage.

   

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Le triomphe de l’idéal pur

Le troisième élément n’est pas un ajout mais bien une disparition, celle de la fin de l’histoire ! Car en réalité la belle-mère n’est jamais tombée du haut d’une falaise pourchassée par des nains à dos de Bambi (même si je reconnais que c’est une mort grandiose et ridicule à souhait), elle est rentrée au château et a cru avoir accompli son terrible dessein. Comme Blanche-Neige est restée un moment sans pourrir dans son cercueil de verre, elle a baissé sa garde en la croyant définitivement morte et enterrée. Et c’est là qu’intervient ce qui m’intéresse. La miraculée épouse le prince en grandes pompes et invite sa meurtrière qui, après avoir entendu le miroir magique lui souffler que la nouvelle reine du pays voisin était plus belle qu’elle, ne résiste pas à la curiosité. Et là on la force à chausser des souliers en feu jusqu’à ce qu’elle crève dans d’atroces souffrances aux yeux et à la vue de tous les convives. Visiblement Blanche-Neige n’a pas vraiment apprécié qu’on l’empoisonne et elle se venge de manière tout aussi cruelle. Concrètement, que nous montre cette fin ? Que la jeune fille est avant tout humaine et donc tout aussi encline que sa belle-mère à tuer son prochain. C’est un peu un rappel qui souffle au lecteur : certes Blanche-Neige est une pauvre petite victime sans défense mais ne va pas croire qu’elle ne peut pas se retrouver du côté du bourreau. On perd dans la version Disney toute la violence mais aussi toute la symbolique de ce « retour de karma », ce qui fait de leur héroïne une sorte d’oiselle naïve et innocente, trop pure pour être au fond crédible. Le prince l’emporte sur son cheval blanc, la fable ne se termine au fond jamais, il n’y a pas cette rupture nécessaire mise en place par l’original.

 

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Cette image me fait penser que je ne dois jamais vous parler de Pretear, l'adaptation anime "magical girl" de Blanche Neige

 

 

Cendrillon

Des années après Blanche-Neige, le studio Disney adapta de nouveau un conte, de Charles Perrault cette fois-ci (on verra pourquoi la version Grimm n’a pas été retenue) avec toujours plus d’animaux mignons qui chantent et qui dansent et une esthétique toujours aussi particulière. Comme je vais avoir énormément de choses à dire sur Cendrillon je vais essayer d’écourter cette présentation avec deux points et réserver le reste pour plus tard.

 

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Une Cendrillon cyber-punk, moi je signe tout de suite

 

La famille d’abord

Un des changements opéré par Disney par rapport à la version de Perrault porte sur la fameuse scène du bal. Pour mémoire, dans le conte la demoiselle ne se contente pas de batifoler avec le prince lors du premier bal. Prince qu’elle a par ailleurs bien identifié, contrairement à la Cendrillon de Disney qui passe totalement à côté de la célébration en tombant amoureuse du premier garçon qu’elle voit sans jamais faire de rapprochement avec son statut royal (pour louper le seul gus debout forcé à faire des courbettes à tout ce qui porte fanfreluches et rubans à 500 mètres à la ronde il faut vraiment être myope…). La jeune fille du conte saisit en fait la première occasion qu’elle a pour aller à la rencontre de ses vilaines sœurs. Au premier abord, on pourrait trouver ça assez absurde : après tout elle les côtoie tous les jours ses sœurs, elle n’a pas besoin d’assister à une réception pour les approcher. Mais en y repensant bien, on se rend compte que ce léger détail n’est pas là par hasard. Dans cette impulsion bien plus puissante que celle qui la pousse à courtiser le prince, elle semble tout simplement réclamer l’affection de sa famille en recherchant un contact affectif dont elle est privée la plupart du temps. Elle utilise donc son déguisement de princesse pour avoir un rapport d’égal à égal avec ses sœurs et c’est bien en leur compagnie que sonne l’horloge qui la force à s’enfuir. Elle ne sera vraiment avec le prince que lors du second bal, un peu comme si la relation sentimentale nécessitait d’abord une sorte de purge émotionnelle du point de vue familial. La Cendrillon de Perrault a d’abord besoin de se sentir aimée de sa famille, même si ce n’est qu’à partir d’un stratagème, avant de pouvoir songer à l’amour alors que la Cendrillon de Disney, en plus d’être sacrément myope donc (un subterfuge bien maladroit si vous voulez mon avis), pense immédiatement à l’amour, ce qui n’est pas forcément une bonne chose.

 

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Méchants et gentils : même rêve, même combat

Il existe énormément de variations du mythe de Cendrillon que j’étudierai tout à l’heure, mais il y en a une qui, je pense, doit être évoquée tout de suite : celle des frères Grimm. Dans cette histoire, point de bonne fée, la jeune fille reçoit sa robe d’un arbre magique qui pousse sur la tombe de sa mère. La scène de l’essayage de la pantoufle qui suit est juste incroyablement gore : les deux vilaines filles n’arrivent pas à rentrer leurs pieds dedans alors chacune à son tour, en suivant l’ordre pressant de leur mère, se résout à se couper, pour l’une l’orteil, pour l’autre le talon. Inutile de dire que le soulier dégouline de sang et que l’arbre magique prévenant le prince de la superstition, ce dernier se trouve passablement dégoûté d’un tel spectacle. Pourquoi mentionner ce passage peu ragoûtant ? A mon sens il illustre un point que Disney a laissé dans l’ombre : Cendrillon comme ses sœurs, et comme des centaines d’autres jeunes filles dans le royaume, partagent le même rêve. Toutes veulent s’élever socialement en épousant le prince et ce au prix de sacrifices s’il le faut. Pour moi Disney s’y prend assez mal pour dissimuler ce trait de caractère de l’héroïne qui transparait tout de même dans le songe qu’elle fait au tout début du dessin-animé. Au fond les deux sœurs de Grimm, bien que lâches, prouvent en se mutilant atrocement le pied qu’elles aussi sont prêtes à tout pour prendre la place de reine. Certes Javotte et Anastasie ne vont pas aussi loin mais c’est le même sentiment.

 

A noter qu’à la fin du conte de Perraut, les sœurs de Cendrillon s’excusent de l’avoir malmené quand elles comprennent que la demoiselle en haillons et la belle inconnue qu’elles admiraient ne font qu’une, lui apportant ainsi la reconnaissance tant attendue. En retour la nouvelle reine s’arrange pour les placer à la cour avec des gentilshommes fortunés. L’absence de ces éléments dans la version Disney efface la dimension « familiale » du conte pour ne garder que l’histoire d’amour, ce qui est un peu dommage.

 

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Que serait cet article sans version moe et à moitié à poil d'une princesse, je vous le demande...

 

 

Belle au Bois Dormant

Concluant la trinité des contes de fées classiques remaniés par Disney, La belle au bois dormant a de particulier que le dessin-animé se devait de s’émanciper de Blanche-Neige qui lui ressemblait un peu trop et donc que le « scénario » a dû subir plusieurs modifications comme l’intégration d’un archétype amoureux très courant et plutôt bien utilisé (le malentendu princesse/paysanne, la fausse opposition au mariage arrangé) ou des effets spéciaux avec l’intégration d’un combat contre un dragon maléfique. Pourtant le studio aurait très bien pu s’inspirer de la seconde partie du conte présente chez Perrault où la mère du prince est une ogresse tyrannique qui projette de croquer sa belle-fille. Il faut croire que la belle-mère cannibale faisait moins sexy comme sujet…

 

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Briseur de romantisme

Je ne peux m’empêcher de rappeler que dans les versions les plus archaïques de la Belle au Bois Dormant, la belle ne se réveille pas au bout d’un simple baiser mais uniquement lorsque, après une ellipse de neuf mois tout rond, un charmant nouveau-né vient lui sucer le doigt, lui retirant ainsi l’épine ensorcelée qui la maintenait endormie. Oh, bien sûr, elle marie ensuite avec son violeur mais on ne pourra pas dire que sa première fois ait été glamour. Dans le cas d’une partie du roman de Perceforest (écrit entre 1300 et 1350) mettant en scène la princesse Zellandine, le violeur en question se trouve être son amoureux, le chevalier Troïlus, qui tentait de la guérir de son mal par sa méthode très spéciale…je ne sais pas si c’est mieux à vrai dire.

 

L’anecdote glauque étant passée, je citerai encore Le soleil, la lune et Thalie, une autre itération du conte où cette fois le prince est déjà marié avec une autre quand il rencontre Thalie et fait son affaire avec elle. Il a l’attitude sympathique de la planquer dans son château quand il découvre qu’il est papa et se prend d’affection pour ses deux rejetons. Dommage que la reine apprécie moins de se voir trompée et essaye de massacrer sa rivale qui prend finalement sa place (je ne serais pas surprise que ce soit l’inspiration de la partie ogresse de l’histoire de Perrault).

 

Dans la version de Perrault la princesse est bien réveillée par un baiser mais elle est ensuite réduite à l’état de courtisane que son bien-aimé visite de temps en temps avant que son froussard de mari ne profite de la mort de son père pour la faire monter sur le trône. Dans tous les cas, La belle au bois dormant perd cette aura de romantisme absolue érigée par Disney pour nous rappeler que la sorcière ne l’a pas forcée à faire la sieste mais lui a bel et bien jeté une malédiction.

 

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Normalement au bout de 100 ans de sommeil, on ressemble plus à ça qu'à une jeune fille fraiche et en bonne santé

 

 

La problématique du mérite

  Maintenant que j’ai énuméré plus ou moins rapidement ce qui me paraissait être les différences primordiales entre les contes papier et leur adaptation Disney, il est temps de soulever le problème que posent ces variations et qui est la perversion de la notion même de mérite, de récompense.

 

Vraies fausses victimes du destin

Car voilà, chaque héroïne obtient son happy end, mais qu’ont-elles réellement fait pour y parvenir ? Le bonheur ça ne descend pas du ciel comme par magie, ce n’est pas non plus un dû, c’est quelque chose pour lequel on doit travailler. Par exemple, si vous êtes amoureux de quelqu’un et que vous voulez que vos sentiments soient réciproques, il faut bien se bouger et tout mettre en œuvre pour que cela marche (et évidemment ça ne fonctionne pas à tous les coups, ce serait trop simple).

 

C’est là que ça devient marrant. Blanche-Neige, on la voit nettoyer une fois la terrasse, chanter et danser avec les animaux et éventuellement faire le ménage dans une maison (enfin faire le ménage est un grand mot, elle se contente de passer le balai, les animaux choupi-trognons font tout le reste). Ah, et elle cueille des fleurs aussi. On ne peut donc pas dire que la charmante demoiselle ait fait grand-chose pour être heureuse sinon rester jeune et jolie même sous son cercueil de verre.

 

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Cendrillon ? C’est un cas un peu plus subtil mais si on n’y regarde de plus près, c’est le même schéma. Dans le conte de Perrault un petit passage nous indique qu’elle se propose de coiffer ses sœurs pour le bal, preuve d’une certaine noblesse de cœur tout de même puisque rien ne l’y oblige. Dans le dessin-animé, la jeune fille réalise toutes les tâches sous la contrainte et s’occuper de ses sœurs n’est qu’une corvée parmi d’autres. Cela n’a l’air de rien comme ça mais en vérité ça dit tout du personnage : Cendrillon n’est jamais caractérisée que de manière indirecte, c'est-à-dire qu’on ne nous montre jamais ses vertus mais uniquement les défauts de Javotte et Anastasie. Le procédé est un peu pervers dans le sens où tout repose sur une comparaison. Mettre une souris à côté d’un éléphant la fait paraître minuscule, mais à côté d’un microbe elle est énorme. Mettre une personne détestable à côté de personnes encore plus détestables qu’elle la fait passer pour un parangon de vertus. Aussi s’il est absolument certain que Cendrillon est martyrisée, ça n’en fait pas quelqu’un de bien pour autant. Il suffit de lire la fin de l’Histoire de la princesse Rosette de la Comtesse de Ségur, une autre variante de Cendrillon, pour s’en convaincre : les deux sœurs, Orangine et Roussette, sont punies par la fée pour avoir tenté d’assassiner l’innocente demoiselle ; elles sont devenues défigurées et mariées à deux brutaux chargés de les battre tant qu’elles n’auront pas montré signe de compassion. Et vous savez quoi ? Orangine et Roussette restent comme cela toute leur vie parce qu’elles sont incapables de surmonter leur jalousie. Elles sont victimes de leurs maris respectifs ; sont-elles pour autant de bonnes personnes ? Non. Cendrillon est la servante de la maison ; ce statut la rend-elle automatiquement et fondamentalement gentille ? Non.

 

Tout cela fait que la version Disney en forçant outrageusement le trait des méchantes nous pousse à plaindre instinctivement la victime mais cette dernière n’a en elle-même, aucune qualité apparente (elle sait chanter et danser, youhou). Elle n’a pas l’astuce de l’héroïne éponyme du conte Finette Cendron, autre variation qui mélange Cendrillon et Petit-Poucet de manière assez intéressante, qui elle prend l’initiative, désobéit à sa marraine, sauve ses sœurs Fleur-d’Amour et Belle-de-Nuit (des noms narcissiques traduisant à merveille le caractère des personnages), se fait battre par elles, terrasse un ogre, charme le prince, humilie ses sœurs et finalement les récompense elles et leurs parents forcés de les abandonner. La chatte des cendres, de Basile, quant à elle, met au jour un aspect du conte particulièrement ironique : c’est Cendrillon (ici nommée Zezolla) qui tue sa belle-mère grognon mais inoffensive pour que son père épouse son institutrice (la Carminosa), institutrice qui se révèlera finalement bien plus terrible que la précédente épouse et qui la maltraitera. C’est une belle leçon que de voir que Zezolla est punie pour avoir orchestré le meurtre de sa deuxième mère pour finalement se repentir et trouver le bonheur tandis que la Carminosa est aussi punie pour ne pas avoir tenue sa part du marché.

 

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De la même manière la Belle au Bois Dormant est sans aucun doute la plus dotée et la moins méritante du lot. Elle n’aura eu qu’à naître et la voilà déjà prédestinée à une beauté époustouflante et à épouser un beau prince en bonus. Le maléfice qu’elle subit paraît complètement inoffensif vu qu’étant endormie, elle n’a conscience de rien et que Disney ne la laisse même pas dormir les cent années qu’aurait dû durer le sortilège.

 

Morale contemporaine

Les héroïnes de ces trois dessins-animés apportent à mes yeux un énorme problème de représentation. De nos jours les enfants connaissent d’abord les contes de fées à partir de Disney, ils lisent de moins en moins les contes originels qui possèdent pourtant bien plus de facettes et de complexité qu’il n’y paraît. L’avantage du support papier est que la caractérisation du personnage n’a pas besoin d’être subtile, il suffit de jeter un « la douce jeune fille » ou un « la pauvre enfant » par-ci, par-là, pour que le lecteur intègre que la princesse possède un certain nombre de vertus. Dans un long-métrage c’est bien différent. Le parti-pris esthétique de Disney a beau être très intéressant, il force les scénaristes à négliger des détails au premier abord anodins et en réalité très révélateurs (n’oublions pas qu’un conte est bien souvent bref, il n’y a pas de longue description interminable à la Balzac, l’auteur va à l’essentiel, il est donc difficile de retrancher quelque chose) au profit d’autres éléments. Il en découle une aseptisation certaine du conte et la nouvelle morale qui s’en dégage me paraît particulièrement malsaine.

 

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Je ne me souvenais pas que la sorcière était aussi sexy dans le dessin-animé...

 

Quel est le message que suggère cette trinité, notamment aux filles ? Femme, sois belle et le bonheur te tombera tout cuit dans le bec. Voilà c’est tout ! Blanche-Neige est jolie, elle se contente de faire une tarte aux prunes et de temps en temps elle passe le balai : elle récupère le prince charmant à la fin. Cendrillon est jolie, elle fait le ménage et va pleurnicher sur les genoux de sa marraine : elle récupère le prince à la fin. Aurore est jolie, elle danse avec un hibou dans la forêt et elle roupille en attendant que quelqu’un vienne lui apprenne à se servir d’une aiguille à coudre : elle récupère le prince à la fin. Toi, fille ordinaire, sois jolie, soigne ton apparence (tiens, exactement comme le font les méchantes sœurs des contes originels) et attends : tu récupéreras le prince à la fin. Crois juste en tes rêves et ne fais jamais rien pour les réaliser. Quel message paradoxal ! Sous les dorures de ces magnifiques dessins-animés, on gratte à peine et on trouve déjà le germe d’une morale d’autant plus dangereuse qu’elle se grave en nous sans qu’on n’y fasse attention (c’est la magie du conte).

 

Aussi suis-je consternée encore aujourd’hui lorsque je rencontre des filles qui ont pour modèle plus ou moins inconscient cet idéal « disneylien » parce qu’au fond elles se rendent malheureuses elles-mêmes en espérant quelque chose d’impossible, en essayant de satisfaire des exigences trop hautes. J’en ai connu et je me rappelle nettement les avoir choqué en soulignant le fait que le prince de Blanche-Neige est, sans nul doute, un nécrophile (ou alors un type louche), comme si je brisais un doux rêve.

« Il y a quelqu’un pour moi quelque part, je l’attends sous mon cercueil de verre. Il y a quelqu’un rien que pour moi, quelqu’un à qui je suis nécessaire, il me cherche dans les plaines, dans les forêts, en haut des montagnes, au fond des gouffres. Il y a quelqu’un qui va venir me chercher, il m’emmènera dans son château, dans cette bulle d’amour que rien ne brisera. Il y a quelqu’un pour moi, j’étouffe d’attendre sous mon cercueil de verre. »

 

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Une Rapunzel cyber-punk, je veux bien aussi

 

La thématique des Deux Soeurs

Face à ce souci de représentation qui crée des ambiguïtés, mon alternative est un autre conte très proche de Cendrillon à une grosse différence près, différence qui change toute la portée de la fable. En effet le motif qui m’a le plus marqué dans ma jeunesse est de loin celui des « Deux Sœurs », représenté par une multitude de versions dont la plus connue est Les fées de Perrault. La structure narrative est quasiment identique à Cendrillon : Le père veuf se remarie avec une belle-mère acariâtre qui considère sa fille comme un trésor et maltraite celle qui n’est pas la sienne. A la fin, la victime se marie avec le prince. L’évènement qui relie l’introduction et la conclusion n’est pas un bal (évènement mondain par excellence et donc plein d’artifices, de mensonges, le règne de l’apparence) mais une épreuve que les deux sœurs passent chacune à leur tour. L’une triomphe et est récompensée, l’autre échoue et est punie.

 

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Dans Les deux galettes de Basile, les sœurs deviennent cousines mais le principe reste le même : Martiella va à la fontaine et rencontre une vieille dame affamée. Pleine de compassion elle lui offre toute entière la galette qui devait lui servir de repas et reçoit comme don que des perles tombent de sa chevelure à chaque fois qu’elle se peignera. Sa tante, jalouse, envoie en vitesse sa propre fille, Puccia, à la fontaine sans lui expliquer la situation, et lorsque celle-ci entreprend de narguer la vieille femme en se délectant sous ses yeux de sa galette, sa punition est de laisser s’échapper des poux à chaque fois qu’elle se peignera.

 

On compte aussi comme variation Les enchantements de l’éloquence de Mademoiselle Lhéritier qui donne un nom à l’héroïne, Blanche, et à sa mauvaise sœur, Alix, toutes deux longuement caractérisées, ou Frau Holle des frères Grimm dont j’ai déjà un peu parlé, véritable emblème du genre : cette fois, la pauvresse laisse sa quenouille tomber dans un puits et est forcée par sa belle-mère d’aller la chercher. Sauf que dans le puits se trouve un passage vers un monde enchanté dirigée de main de fer par Frau Holle (Dame Hiver en version française alors que le mot Holle est plutôt à rapprocher de la traduction « enfer ») qu’elle va servir jusqu’à s’ennuyer de chez elle et y retourner (on dirait une sorte de résurrection), récompensée par une pluie d’or. Sa demi-sœur, appâtée par l’attrait du gain, va vouloir l’imiter mais, trop paresseuse pour travailler correctement, elle recevra une pluie de poix au lieu de l’or convoité, poix dont elle ne pourra jamais se séparer.

 

Les Deux filles, un conte gascon, développe encore d’avantage le principe de l’épreuve puisque cette fois-ci la fée vit dans un château et propose à ses visiteurs de choisir des cadeaux pour déterminer la pureté de leur âme : par exemple la paysanne qui prend une robe déchirée dans la penderie se voit forcée de garder la plus belle, et il se passe l’inverse avec la fille suivante.

 

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Seuls les fans de Sound Horizon peuvent comprendre la double référence

 

Mais la version la plus fine du thème reste à mes yeux La veuve et ses deux filles de Madame Leprince de Beaumont parce que cette fois-ci Blanche et Vermeille, les deux sœurs, sont mises dès le départ sur un pied d’égalité ; il n’y a ni méchante, ni gentille et aucune n’est battue par sa mère. Seulement en recevant la visite d’une étrangère Blanche offre à manger à contrecœur, Vermeille sans compter, ce qui leur vaut une récompense très intéressante : la première deviendra reine, la seconde fermière. On peut se dire que la fée s’est trompée quelque part, que ce n’est pas logique, mais au final Blanche, devenue reine grâce à sa beauté, souffre énormément de son nouveau statut puisque le prince se lasse d’elle, prend des maitresses et que du coup plus personne ne la respecte ni ne fait attention à elle. Et quand elle retourne voir Vermeille, cette dernière devenue très heureuse l’invite à rester fermière auprès d’elle et à se contenter du nécessaire.

 

Pour une nouvelle morale

 

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En conclusion de ce « petit » exposé, je dirais que le conte est un genre beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît et qui mérite largement qu’on s’y intéresse de plus près. Le conte possède un pouvoir immense qu’il ne faut pas sous-estimer, il ne se démode jamais, il fait rêver. Il est donc dommage de faire disparaître ces siècles d’histoires dans l’oubli en abandonnant la version papier au profit d’adaptations modernes, certes de qualité, mais ne retranscrivant jamais tout à fait intégralement l’atmosphère d’origine. En voulant trop simplifier et arrondir les bords, Disney y va parfois un peu fort avec la scie-sauteuse et ce sont des morceaux importants, du moins à mon sens, qui tombent, donc autant d’éléments d’interprétation qui disparaissent. En d’autres termes, il est primordial de comparer les supports et ne pas se contenter d’une seule source. Je ne déteste pas Disney pour autant mais ma préférence va toujours aux originaux.

 



Pour l'Eroge Mix de février, j'ai choisi Sengoku Rance, un jeu relativement connu qui possède quelques pistes bien sympas, mélange de rock et de traditionnel (celles que je préfère).

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 13:35

--- Attention, cette introduction peut contenir des traces d’absurdité. A consommer avec modération ---

 

Littérature

Bienvenue dans Côté Bouquin votre nouveau rendez-vous littéraire et pour ce premier numéro j’ai voulu rendre la lecture plus accessible ; par ce que tout le monde n’a pas forcément les capacités de s’enfiler l’Assommoir de Zola, donc cette semaine je vous propose T’Choupi va au cirque. Y a tout un univers c’est passionnant !

 

 

Bon en fait non, je ne suis pas Chris Esquerre, et je me vois mal commenter des monuments de la littérature tels que T’Choupi va au cirque ou Plastique et Caoutchoucs Magazine :p. En revanche une idée me taraude. Pendant un certain temps c’était la mode des œuvres occidentales adaptées en animes : on a eu le droit à Nadia et le secret de l’eau bleu, Princesse Sarah, Ulysse 31, Rémi sans famille, Les 4 filles du docteur March ou encore Tom Sawyer. Et depuis on dirait que les japonais n’ont plus tellement envie d’exploiter le filon (si quelqu’un a une hypothèse là-dessus, je veux bien). Ce qui est quand même bien dommage quand on voit le potentiel qu’il y a à creuser dans les milliers et milliers d’ouvrages parus. Si certains scénaristes sont à cours de light novel ou de manga à adapter, voilà quelques idées sortant un peu du cliché « Romance lycéenne japonaise et dérivés » qui pourraient faire fureur :p.

 

 

10) Harry Potter de J.K. Rowling

 

On va commencer par le plus conventionnel. Harry Potter est un vivier à archétypes qui correctement assemblés pourraient faire un très, très bon mélange. L’omniprésence de la magie, du fantastique, et la construction d’un univers mi-réaliste, mi-barjo offrent un contexte assez fertile. Rajoutez par-dessus les motifs classiques comme un héros-élu au destin extraordinaire, un méchant vraiment méchant qui veut conquérir le moooonde, des péripéties rocambolesques se découpant sur un fond « tranche de vie » (en plus dans un établissement scolaire mit uniforme, si c’est pas offert sur un plateau d’argent !) et des jolies filles en tenue de magicienne et la sauce devrait prendre. On pourrait facilement faire d’Hermione une tsundere et Ron serait le sidekick. Par contre pour vraiment faire en sorte que l’anime soit potable il va falloir s’écarter des livres après le tome 4 (voire diverger dès le tome 4) pour livrer une fin originale qui s’appuierait sur les autres bouquins tout en offrant un truc bien plus cohérent et réussi.

 

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 Les doujins Harry Potter sont déjà légion

 

Tiens, on a qu’à reprendre l’intrigue au début du tombe 5 mais cette fois-ci, victime d’un complot un peu plus fouillé, Harry finit réellement en prison à Azkaban. Au bord de la folie il parvient à s’évader quelques années plus tard dans un monde sous l’emprise de Voldemort et il a acquis un niveau de badasserie supplémentaire dans l’intervalle. Il contacte ses anciens potes (qui le croyaient mort) et fomente une rébellion dans l’ombre grâce à une alliance inattendue…avec les Moldus ! Et à la fin de l’anime, au moment de combattre Voldemort, il se rendrait compte que celui-ci est en fait mort depuis des plombes et que le vrai méchant derrière tout ça…sont ses deux parents, qui cachaient vachement bien leur jeu. Et ce serait un couple rock’n roll, of course. Hey, au moins y aurait un cliffhanger à la fin X).

 

 

9) La mythologie antique (Métamorphoses d’Ovide, Illiade d’Homère)

 

L’Odyssée a déjà été adaptée mais pas l’Illiade, ça ferait pourtant un truc plutôt sympathique si on respecte l’esprit de l’original.

 

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Mais plus intéressant encore, avec toutes les cochonneries que Zeus/Jupiter fait avec toutes les mortelles qui passent dans la mythologie antique, on a un support en or pour une collection hentai ! Là au moins il y aurait une bonne excuse au fait que toutes les nanas lui tombent dessus et à toutes les invraisemblances possibles et imaginables. Y a même de la zoophilie pour les plus pervers. Avec un héros pour une fois un peu plus charismatique (divinité oblige) et rigolo, on peut même établir un fil conducteur : Zeus/Jupiter est mariée à une « vieille » (à transposer en une MILF) matrone insupportable (Hera/Junon) mais comme elle l’énerve il décide un jour de la laisser se débrouiller avec l’ordre cosmique et de prendre du bon temps. Il part à la chasse aux jeunes et jolies demoiselles tout en essayant d’échapper à sa femme qui le poursuit. La fin de la série se concluant sur le mari qui revient à la maison mais s’en fiche complètement parce qu’il s’est bien amusé. C’est à ce moment qu’on montrerait tous les mômes qu’il a eu avec ses conquêtes \o/.

 

 

8) Candide de Voltaire

 

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Candide étant une sorte de voyage initiatique un peu décalé, cela ferait un très bon contrepied aux animes un peu plus tournés vers les enfants comme Digimon, Pokémon ou certaines séries magical girl. On aurait toujours un héros naïf et niais au possible qui part à la découverte du monde en rencontrant pleins de personnages sur sa route, mais à force d’être confronté à l’absurdité de la réalité il finirait par « grandir » spirituellement. Quelques scènes, comme le séjour dans l’El Dorado, feraient de bons supports pour développer un peu plus le côté imaginaire (faire des références aux Cités d’Or par exemple) et en censurant légèrement un ou deux détails comme la partie du récit de la vieille où elle raconte comment des soldats affamés lui ont coupés une partie des fesses pour se nourrir, on aurait un anime génial, grinçant à souhait, ni trop sérieux, ni trop léger. Une sorte d’Ergo Proxy en bien, bien plus light et plus cynique.

 

 

7) Les contes de fées en général (Perraut, Andersen, Frères Grimm ou autres)

 

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S’il y a relativement souvent des allusions légères aux contes de fée dans les animes (Hime Chen ! Otogi Chikku Idol Lilpri ou Ookami-san to shichinin no nakama-tachi par exemple), je pense qu’on manque de série qui place vraiment les personnages de contes de fées comme les personnages principaux d’un univers pertinent. Une histoire, un peu dans le principe Kingdom Hearts, qui mettrait en relation tous ces mondes dans un scénario original mais de manière décalée ou parodique. On pourrait ainsi faire interagir des personnages qui ne sont pas censés se rencontrer dans les contes, rassembler des influences très variées dans des mélanges surprenants. J’ai d’ailleurs dans la tête d’écrire ma version personnelle de certains contes de fées : je verrais bien par exemple une Cendrillon narcoleptique et cooldere devenir la meilleure amie du prince qui serait en réalité un reverse-trap parce que le vrai prince s’est enfui, ou une Belle au bois dormant qui serait en fait séquestrée par ses parents et ne devrait son salut que grâce à la supposée méchante sorcière qui décide d’en faire son disciple et de l’emmener avec elle, façon Voyage de Chihiro.

 

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Mais évidement on peut lier les deux histoires à un moment ou à un autre ou faire d’autres assemblages rigolos. Genre je sais pas, on peut dire que Cendrillon part en voyage chez une sorcière pour se faire retirer sa narcolepsie, sorcière qui n’est autre que la Belle au Bois Dormant, toutes deux se lient d’amitié et apprennent par hasard que leurs mondes sont voués à la destruction à cause d’une force maléfique à l’œuvre. On les fout dans des mechas combattre en plein espace et hop, ça devrait être marrant =D !

 

 

6) Philomena de Chrétien de Troyes

 

Levez la main ceux qui ne connaissent pas Philomena. Tout le monde ? Je m’en serais doutée :p. En fait, pour résumer un peu, c’est l’histoire de deux princesses grecques dont l’une se marie avec le roi d’un pays voisin, Téré. Désirant revoir sa sœur, la belle Philomena, elle demande à son époux de l’inviter à venir dans leur palais. En rencontrant la jeune fille Téré en tombe amoureux et suite à plusieurs ruses il la viole, lui coupe la langue pour qu’elle ne puisse révéler son crime et la séquestre en rentrant chez lui comme si de rien n’était. Mais Philomena réussit à prévenir sa sœur et toutes les deux décident de se venger : elles servent donc à Téré son propre fils pour le repas. Et la fin de l’histoire c’est n’importe quoi alors je vais m’arrêter là.

 

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Plutôt gore comme histoire, je l’avoue, mais à partir de là on peut bâtir un sombre récit de vengeance bien torturée et bien sanguinolent à souhait. High School of the Dead à côté c’est Casimir au pays des licornes ! Ou alors on montre les deux sœurs devenir complètement barjo, accomplir des massacres et des rituels de satanisme pour obtenir le pouvoir et ainsi changer leur destin. Et pour les arrêter on enverrait une troisième sœur complètement imaginaire remettre de l’ordre le bordel ambiant.

 

 

5) L’éducation sentimentale de Gustave Flaubert

 

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Impossible de lire L’éducation sentimentale sans penser à School Days (et vice versa), tellement les analogies sont nombreuses : un héros complètement insipide et indécis qui reste d’une passivité irritante et vit des histoires d’amour oscillant entre simple luxure et cruauté certaine, le tout entouré de personnages plus détestable les uns que les autres. Fréderic, le héros meurt d’amour pour une femme mariée, frustration qu’il compense en séduisant plusieurs demoiselles à la fois de manière totalement intéressée, mais à la fin il se vautre lamentablement quand même. La grande différence c’est que Flaubert est un grand auteur reconnu et School Days un anime dérivé d’un eroge. Mais ça n’empêche pas de sauter le pas ! On peut sans trop de problèmes en faire une série qui peigne la décadence d’une société complètement pourrie de l’intérieur tout en suggérant du sexe à outrance sans être vulgaire ! Flaubert a décidément pensé à tout XD. Le souci majeur reste la transposition du contexte puisque le livre est profondément ancré dans son siècle et y fait sans cesse référence. Une adaptation libre serait donc assez kamikaze (ou alors une copie conforme de School Days), vaut mieux suivre fidèlement l’intrigue originale, en rajoutant une ou deux loches de fanservice si besoin (la scène du portrait de la courtisane à poil peut tout à fait servir de prétexte à montrer des tétons aux gens en manquent, mais pas plus, il ne faudrait quand même pas abuser).

 

 

4) Tristan et Yseut de Béroul

 

Un mythe aussi populaire que celui là devrait pourtant se retrouver à un moment ou à un autre chez nos amis nippons. Tout y est, le cadre à mi-chemin entre le Moyen-Age réel et le fantasy, le thème universel et archi-rabattu de l’adultère, la fin tragique, l’histoire d’amour impossible, bref tout est apporté sur un plateau d’argent. Yseut ferait une excellente tsundere (avant de boire le philtre magique elle a quand même essayé de zigouiller le héros) et avec les vêtements d'époque, nul doute que les character designers sauraient se faire plaisir. Si Romeo et Juliette a reçu une adaptation aussi agréable par le studio Gonzo (déjà responsable de l’adaptation du compte de Monte-Christo, ils avaient tout compris eux) en Romeo X Juliet, pourquoi ne pas faire un Tristan X Iseut ? Ce serait presque plus épique.

 

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Existe en version fleur bleu ou 18+ si on prend le parti de suivre le récit original envers et contre tout, y compris avec la scène où Yseut est sur le point de se faire violer par une troupe de lépreux lubriques. Et puis vu les monstres qui doivent grouiller dans la forêt, pour dix euros de plus, les tentacules sont également offertes =D.

 

 

3) Les hauts de Hurlevent d’Emily Brontë

 

Hauts de Hurlevent

 

On s’attaque à du costaud en imaginant adapter Les hauts de Hurlevent mais c’est tout aussi jouable que le reste. Fini les histoires d’amour bien mièvres, place à une longue intrigue qui se résume à une suite de cruautés, avec des bourreaux et victimes interchangeables, des désillusions à n’en plus finir, des scènes de folie pure et un rayon d’espoir final. Du moment que le couple central Catherine/Heathcliff est bien écrit, on peut facilement faire une série du tonnerre, sombre et torturée, qui raconterait la lente descente aux enfers d’Heathcliff parallèlement au crescendo que constitue sa vengeance. En bonus pleins de morts, la lande comme décor principal (on peut difficilement faire plus poétique) et un côté « arbre généalogique »  par le fait qu’on suive les aventures de personnages sur plusieurs générations, qui poserait le futur anime dans une longue durée. Le jeu entre les différents narrateurs pourrait aussi être intéressant. Rajoutez à cela une bande-son extra, un parti pris visual original et il y a de quoi pondre un hit.

 

 

2) Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley

 

Le meilleur des mondes ferait un genre de Ghost in the Shell détonnant, comme un genre de « tranche de vie » en plein univers SF et décalé qui plongerait soudainement dans le cauchemar le plus total. Vu la richesse de ce drôle de monde où les bébés naissent par éprouvette sans parents pour être catégorisés dans des castes divers (des ingénieurs aux esclaves), lobotomisés dès le berceau et programmés pour un communautarisme à tout épreuve, ce qui se constate au travers d’une sexualité plus que libre puisqu’il est obligatoire de se donner à celui/celle qui le demande et de varier les partenaires, il y en aurait des choses à approfondir. Commencer l’intrigue avec le personnage de Bernard serait de bonne augure, cela permettrait de pointer du doigt combien ce monde tente d’assimiler l’humanité à une armée de clones et les préjudices fait à la différence. Et puis on basculerait vers le milieu, deuxième tiers de la série avec le vrai héros, John, qui donnerait une vision externe de ce fonctionnement tueur d’émotions.

 

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En faire un anime serait peut-être délicat mais pour un film ou une série d’OAVs l’histoire convient parfaitement. Entre « tranche de vie », réflexions métaphysiques et glauque, Le meilleur du monde a un sacré capital qui détrônerait même Serial Experiments Lain entre de bonnes mains !

 

 

1) Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos

 

Alors là, c’est bien ZE livre décapant à souhait que j’aimerai voir adapter en 2D un jour. Il y a juste un potentiel de folie : des antihéros charismatiques à souhait contre une bande de lopettes qu’on ne demande qu’à pervertir dans la joie et la bonne humeur, des coups de putes à n’en plus finir, des cliffhangers de partout, de l’impertinence, de l’humour et une « voix » propre à chaque protagoniste élaborée comme on taille un joyau. En bonus quelques réflexions légèrement philosophiques sur l’écrasant poids de la société, la place de la femme et suffisamment d’érotisme pour appâter les plus réticents. Si on rajoute de bons doubleurs pour donner corps à ce bon vieux Vicomte de Valmont et à la Marquise de Merteuil, c’est le gros lot ! Du divertissement intelligent capable de viser tous les tableaux : Vous voulez du léger ? On a. Du sérieux ? On a aussi.

 

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Le véritable défi serait de mettre en forme le roman épistolaire mais il y a déjà eu un très bon film là-dessus en 1988 (et une adaptation libre plus récente qui fonctionne pas trop mal en tant que film mais qui est très mauvaise en tant que version moderne des Liaisons Dangereuses), preuve qu’il n’y a rien d’insurmontable là-dedans. Je verrais bien Madhouse s’en occuper tiens. Ils ont bien réussis à faire un anime à partir de l’histoire d’un gars qui tue des gens en écrivant leurs noms sur un calepin et à rendre ça épique alors l’histoire d’un salaud et d’une garce qui jouent au Monopoly avec la vie de tous les blaireaux qui leur tombent sous la main, c’est presque trop fastoche !

 


Voilà, c’était un petit top pas très sérieux qui, j’espère, parviendra de manière mystérieuse dans l’inconscient de certains scénaristes, qu’on rigole un peu. Déjà qu’il y a des gens pas très sains d’esprit qui veulent faire un film à partir de La princesse de Montpensier, alors à partir du ce moment-là, j’ai envie de dire que tout est permis !

 

Si certains livres dans cette liste ne vous disent vraiment rien, je vous suggère d’y jeter un coup d’œil, ils valent le coup ;).

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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 07:00

 

Littérature

 

Vaclav Venceslas

(1885 – 1936)

Si sa vie n’a pas grand chose de captivant, sa mort en revanche est digne d’un épisode de Six feets under : « C’est au cours de la toute première répétition de la pièce [une pièce sur la défenestration] au château de Prague que, joignant le geste à la parole, Vaclav Venceslav mourut en se défenestrant par erreur. »

 

Citation : Kafka c’est de la merde !

 

Extrait :

Le drame en neuf actes Du fumier pour Luther, qui traite de la deuxième défenestration, prend la forme d’un long monologue (bafouant ici les règles les plus élémentaires de la dramaturgie) de Jaroslav Martinic, l’un des deux gouverneurs défenestrés, et commence sur un ton lyrique.

 

Acte I

[…] Ô vous, mes bourreaux, qui foulez aux pieds Loi, qui croquez une nouvelle fois dans la pomme ! Ô vous mes bourreaux, je vous offre ma vie…ma mort… Mon corps est à vous, mon âme est à Dieu ! […]

[Cet acte dure environ deux heures trente]

 

Acte II

[Le deuxième acte est uniquement constitué d’une longue onomatopée : le cri du premier supplicié, Wilhem Slavata, durant sa chute]

 

Acte III

[Au cours de cet acte, notre auteur choisit de manifester l’effroi auquel cède Jaroslav Martinic par un changement de style censé témoigner de la faiblesse psychologique du personnage qui tente d’amadouer ses assaillants]

 

(Tandis que les gardes l’empoignent et le suspendent dans le vide par les pieds, sur un ton parfaitement maîtrisé : )

« Mes amis, une telle méprise est bien humaine. Vous venez de prouver votre loyauté. Honnis soient ces chiens puants de protestants ! J’avais infiltré leur église afin de tenter de les remettre dans le droit chemin […] Vous pouvez désormais me ramener sur la terre ferme afin qu’ensemble nous allions nous réjouir à travers l’amour du seul vrai culte. »

 

Acte IV

[Il s’agit d’une longue pantomime au cours duquel on voit l’intéressé tenter de s’échapper, glisser et se masser la cheville en hurlant de douleur]

[…]

 

Acte V à VIII

[…]

[Son mensonge éclate au grand jour ; l’empereur confirme la sentence]

 

Acte IX

[Se voyant condamné, Jaroslav Martinic perd toute forme de dignité]

« Lâche moi ! Fais pas l’con j’te dis… En fait je suis juif… »

 

[Lâché dans le vide, il est sauvé par le tas de fumier sus-évoqué]

 

Mots-clés : urine, lanterne, La Chute, fumier, Les Monologues du vagin, Synthol

 



André Chevalier

(1921 – 1982)

L’héritier spirituel de Makoto de School Days…

 

« A l’école Paul-Louis Courier, où il est titulaire, il s’éprend d’une collègue, Jocelyne Darmon. Au cours des premiers mois de leur relation, André Chevalier parvient à se convaincre qu’il a le droit au bonheur et n’est en aucun cas en train de voler celui de son frère défunt. […] André demande Jocelyne en mariage, ce qu’elle accepte avec joie. Le jeune couple scelle sa future union au cours d’un déjeuner de fiançailles champêtre. Mais, avant de passer à table, Jocelyne présente sa cousine Amélie à André qui en tombe instantanément amoureux. Et réciproquement. Bien qu’ils consacrent toute leur énergie à oublier ce coup de foudre, au cours des jours suivants, les deux jeunes gens sont profondément bouleversés. Puis, le hasard ayant fait qu’ils se rencontrent place Grégoire-de-Tours, ils acceptent de se rendre à l’évidence. Amélie prend alors les devants et informe Jocelyne de la situation. Profondément amoureuse et convaincue des sentiments de son fiancé à son égard, Jocelyne décide de lui laisser le temps de faire son choix. André, lui, se retrouve en proie à d’obsédantes pensées sur ce nouveau coup du destin. Il aime sincèrement les deux jeunes femmes et souffre autant qu’elles du cruel dilemme auquel il est confronté. Les nuits d’insomnie qui furent siennes durant de nombreuses années redeviennent son lot quotidien. Il finit par sombrer dans une profonde dépression.

 

Peu désireuses de gâcher leur jeunesse en attendant une incertaine décision de leur amant, les deux cousines finissent par prendre les choses en main : elles jouent André aux dés au cours d’une interminable nuit d’hiver et c’est Jocelyne qui l’emporte. Au petit matin, elle vient annoncer sa victoire à son fiancé, accompagnée d’Amélie qui, bonne perdante, décide de quitter la ville afin de mettre de la distance entre elle et le couple réformé. Loin d’apaiser André, l’idée qu’il ait pu être joué aux dés achève de le traumatiser. […] André est incapable d’envisager un avenir serein avec Jocelyne. Il rompt leurs fiançailles et part se refaire une santé en Suisse » où il entame un premier ouvrage qui intéressera d’emblée un éditeur.

 

« Lequel, emballé par la sensibilité et les qualités narratives d’André Chevalier, lui signe aussitôt un contrat sous réserve que celui-ci choisisse une fin. Deux ans plus tard, André n’a toujours pas tranché entre ses deux dénouements. Exaspéré, l’éditeur informe que s’il ne prend pas une décision immédiate, il tranchera à sa place. Le lendemain André est victime d’une violente crise de coliques néphrétiques. Bien que le lien de cause à effet entre l’épilogue du roman et la maladie de l’auteur ne puisse être établi, l’éditeur se sent atrocement coupable. Etre deux injections d’antispasmodiques, André le supplie de publier son roman avec les deux fins. D’abord réfractaire, l’éditeur y voit la possibilité d’initier une véritable petite révolution littéraire. »

 

Perpétuellement tiraillé, y compris par les prénoms de ses protagonistes, qui changent parfois au fil du texte, André Chevalier, publie une dizaine de romans. Il se laisse gagner par l’irrésolution la plus totale, au point d’écrire parfois la même chose de deux manières différentes. Il meurt renversé par un camion, tandis qu’il hésitait entre finir de traverser la rue et revenir sur ses pas. »

 

Citation : Comment ça : fromage ou dessert ?

 

Mots-clés : La Grande Vadrouille, arrêt maladie, Pile et Face, grille de Loto, âne de Buridan

 


 

Et pour finir, quelques conseils pour paraître intelligent :

 

Eléments de la riposture

Rares sont ceux ou celles qui parlent de littérature dans le seul but de partager une passion sincère pour un auteur. La plupart du temps, le discours relève de l’imposture intellectuelle.

 

2. Soyez iconoclastes…mais dans le bon sens ! Ne critiquez jamais les auteurs qui vendent beaucoup de livres, c’est l’apanage des aigris. Même si vous ne les lisez pas, vous considérez que la littérature populaire a sa raison d’être. Si l’on vous dit : « Marc Levy c’est de la merde », demandez à votre interlocuteur de préciser sa pensée. Et rappelez-lui que l’histoire littéraire doit beaucoup à ces femmes et ces hommes qui, en leur temps, furent traînés dans la boue pour aujourd’hui figurer dans les manuels scolaires. Votre conclusion : « Même les genres mineurs finissent toujours par trouver leur Shakespeare ».

 

4. Si quelqu’un vous demande : « As-tu lu le dernier Untel ? », répondez par un long silence en faisant mine de réfléchir… On pensera alors que vous lisez tellement vite que vous ne vous en souvenez même plus, ou bien que cet ouvrage ne vous a pas marqué, ce qui interdira à votre interlocuteur toute envolée lyrique sur le livre en question… Plus humblement, si vous préférez parler, dites « J’attends qu’un livre vieillisse avant de le lire ; s’il reste lisible trois ans après sa sortie, il a toutes els chances de devenir un classique. »

 

8. Face aux râleurs qui prétendent qu’on ne s’y retrouve plus dans les librairies, tant les rayons sont encombrés de biographies d’actrices ou de footballeurs, laissez s’installer un long silence et demandez-leur où ils achètent leurs livres.

 

9. A celui qui tentera de lancer un débat sur le thème « Bandes dessinées et mangas sont-ils la littérature du future ? », demandez ce qui le fait s’interroger sur la question.

 


 

Et voilà, c'est la fin de cette merveilleuse saga littéraire . Maintenant, promis, juré, je m'attaque aux films Kara no Kyoukai...avant le mois prochain. Je me motive, je me motive, mais y a encore du boulot à faire.

 

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 07:00

Littérature

 

Gontran de Sainte Luce

(1612 – 1680)

Attention là c’est du lourd, âmes sensibles s’abstenir !


« Vers 1645, Gontran de Sainte Luce publie son premier livre. D’inspiration animalière, ses textes ne rencontrent qu’un intérêt poli ; certains n’hésitent pas à ironiser sur la naïveté de ses contes, leur prédisant un large succès auprès des enfants ».

 

« En 1653, il publie son second recueil, Partie de chasse. Cette fois l’accueil qu’il reçoit est totalement différent, à l’instar du style de l’ouvrage, certes toujours en vers, mais ouvertement érotique. A cette époque où le libertinage est monnaie courante, ce n’est pas tant le ton qui choque, mais le fait que les textes évoquent sans fard la sensualité des faisans, des lièvres et autres gibiers à poils ou à plumes, examinés et sublimés dans leur plus stricte intimité. »

 

Son recueil suivant, Hymne à la faune, « fait l’effet d’une bombe : transgressant un tabou que la littérature n’avait encore jamais osé aborder, il y est explicitement question d’amours entre humains et toutes sortes d’espèces, incluant les mammifères marins et les crustacés ».

 

Citation : Dieu a dit « Aimez-vous les uns les autres » mais il a omis de préciser qui étaient les uns et qui étaient les autres

 

Extrait d’Hymne à la faune :

On ne désire pas ce qu’on ne connaît pas

 

Un fermier qui comptait plus de cent bêtes au champ

Se plaignait du labeur qui le laissait suant

Quant à l’heure des bals et des soupers galants

Il rentrait épuisé se coucher tristement

 

Sensible et solitaire, il rêvait à l’amour

Aux parfums délicieux de celle aux milles atours

Qu’il avait vu passer à la ville un beau jour

Sans qu’elle eût su daigner lui sourire en retour

 

Il se plaignait encore quand à l’heure matinale

Il croisa le regard d’un gentil animal

C’était l’ânesse Jeanne, bonne fille du Cantal

Qui, en pleine chaleur, était d’humeur joviale

 

Notre homme sortait à peine d’un rêve convaincant

Où il avait fait sienne la fille d’un gitan

Contre une belle ânesse offerte sur le champ

Si la bête était belle, que dire de l’enfant ?

 

Le voilà donc lui-même, le songe encore en vie,

Toisé par sa bourrique qui, cambrée, le supplie

De la libérer là de sa brûlante envie,

Promettant d’un regard, une superbe gâterie.

 

Car la bête édentée n’était pas débutante

Encore petite, elle sut de sa bouche vaillante

Combler les solitaires aux épouses vacantes

Son art tient en un mot : faire oublier l’absente

 

Le fermier n’y tient plus et contourne la Jeanne

Réclamant sa gâterie, il lui tend son organe

Mais la belle insoumise rit des mœurs du profane

Qui pressé d’arriver veut contourner la douane

 

Il comprend son erreur et honore la dame

D’un coup de rein rageur, lui déclare sa flamme

Ils jouissent à l’unisson et tous els deux se pâment

Pour ne pas mourir sot, un bon fermier fait l’âne.

 

Mots-clés : SPA, accouplement de vertébrés (quelle façon poétique de dire zoophilie), Walt Disney, MER il est fou (un peu beaucoup même)

 


 

Gottfried et Gudrun Von Lunen

(1886 – 1915 / 1889 – 1972)

Alors que Gottfried n’a que trois ans, [son père] Ernst von Lunen tente de l’intégrer à son équipe d’ébénistes, sous prétexte que ses petits doigts pourraient se révéler fort utiles pour certains travaux minutieux, mais sa femme s’y oppose. Le baron ne réapparaît que deux ans plus tard au château familial ; il n’y revient que pour « emprunter » les bijoux de son épouse, non sans avoir été obligé de l’enfermer au préalable dans un placard. »

 

Petit garçon ennuyeux et lugubre, Gottfried cherche sa vocation tout en s’entraînant « à la pendaison dans la pièce la moins fréquentée du château : la bibliothèque. C’est là q’il fait la découverte capitale du traité De la guerre, de Carl von Clausewitz. A peine a-t-il commencé à le feuilleter qu’il est fasciné par l’esprit de son auteur et par son génie tactique. Gottfried a enfin trouvé sa voie : il sera stratège militaire. Il savoure cette révélation durant quelques jours avant de réaliser qu’il n’a pas la moindre idée de la façon dont il abordera sa future carrière. »

 

Il arrive alors à se faire passer pour savant devant un soldat bourré qui lui présente son supérieur et lui commande un ouvrage sur la guerre. « Muni de petits soldats de plomb, il s’ingénie à simuler des batailles dans le jardin, en quête des fulgurances militaires qui feront sa gloire et celle de son pays. Au beau milieu d’une reconstitution de la bataille de Waterloo, il glisse dans une flaque de boue et tombe la tête la première sur une fourche. Il décède aussitôt de trois perforations frontales. C’est sa veuve, Gudrun von Lunen, qui découvre son corps. Désespérée mais dotée d’une grande capacité à rebondir, elle comprend que son salut peut venir d’un subterfuge : en cachant la mort  de son époux, elle pourra livrer l’ouvrage commandé et toucher ses émoluments. Elle rassemble les quelques croquis et notes qu’il a laissé,  rédige le traité à sa place, et parvient à le remettre en temps et en heure.

 

Citation : Gare à la guerre et guerre à la gare

 

Extrait de Traité nouveau des œuvres guerrières en temps de paix relative :

[…] La confusion des niveaux logiques, l’absurde agencement des chapitres, les variations stylistiques dues au plagiat et aux copier-coller avant la lettre, le passage d’une réflexion vaguement philosophique à une déclaration de principes digne de Groucho Marx, font de cet ouvrage un chef d’œuvre absolu.

 

[…] La guerre n’est pas une histoire de femmes, mais nos soldats ont besoin de s’amuser. Je propose que, tous les dix jours, ils fassent une pause et s’amusent un peu, pendant une durée pouvant varier de cinq à dix jours […]

 

Mots-clés : Angela Merkel, la grosse Bertha, château de Cendrillon à Disneyland

 


 

Adrienne Chauvin

(1915 – 2007)

 

Œuvres majeures : Femme fontaine, je bois ton eau, La Verge et le pli, Un œil de bœuf dans ma fente, L’Hostie, La Collerette ou le bouc, Déflore-moi exactement

 

Mots-clés : chapelet, point de croix, Les Onze Mille Verges, Jodie Foster, marquis de Sade, L’Exorciste

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 07:00

Littérature

 

Yaël Vitkine

(née en 1935)

Yaël Vitkine voit le jour dans les coulisses lors d’une représentation où ses parents, tous deux comédiens, ont tenus à rester jusqu’au bout. Elle prend pourtant très vite le théâtre en horreur et répond « Plutôt crever ! » à ses géniteurs quand ceux-ci lui proposent de rejoindre leur troupe avant de couper les ponts et de s’installer à New York. « Yaël, qui n’a jamais cessé d’écrire, achève son premier roman en 1963. Elle envoie les manuscrits à de nombreux éditeurs, qui le refusent les uns après les autres. Jusqu’à ce qu’elle décroche enfin un rendez-vous.

Une fois dans le bureau du directeur littéraire, elle manque de défaillir en entendant son verdict : Chère petite Madame, un roman dialogué de la première à la dernière ligne, sans aucune description, chez nous, ça s’appelle du théâtre ! […]

Yaël accepte alors, enfin, d’être ce qu’elle est : une dramaturge. »

 

Elle garde tout de même une certaine réserve et signe ses pièces du pseudonyme de Sam Green, sous lequel elle connaît un grand succès. Mais tout bascule lorsque ses parents adaptent sa dernière œuvre et demandent à la rencontrer. « Yaël, qui a su leur dissimuler cette part de son existence, ne peut plus éviter la confrontation ; elle se rend à Tel-Aviv et révèle la vérité à ses parents qui, totalement incrédules, refusent de quitter l’aéroport, persistant à vouloir attendre Sam Green. Quatre heures plus tard, après que leur fille eut déballé toutes sortes de preuves sur le carrelage de l’aéroport, ils éclatent en sanglot, avant de changer d’avis et de danser une hora ».


Extrait :

 

Nous commençons par vous citer un extrait de sa tentative de cuisine Un oignon sur le toit, dont le style illustre bien l’atavisme auquel elle n’a pu échapper. Ce texte en lui-même n’a aucun intérêt littéraire, mais le passage choisi illustre bien le combat inconscient de l’auteur : alertée de sa tendance inconsciente à écrire des pièces, elle s’en défend farouchement avant d’être rattrapée en chemin.

 

Recette du Gefilte Fish

Pour 6 personnes

 

Achetez une carpe de 1,5kg […] Préparez le bouillon dans lequel cuiront les boulettes : mettez dans une cocotte les arrêtes, la tête et les peaux avec 4 belles carottes, 1 oignon, 1 poireau, 1 branche de céleri. […] Quand les carottes sont cuites, retirez-les du feu.

 

Les carottes

Pourquoi ? Nous étions bien dans le bouillon !

 

La cuisinière

Ne vous inquiétez pas, vous y retournerez.

 

[…]

 

Les boulettes

Combien de temps on va y rester ?

 

La cuisinière

Pas plus d’une vingtaine de minutes.

Après cela je vous ferais refroidir

Sur une assiette en laissant réduire le bouillon de moitié.

 

Les carottes

Et nous alors ? On se sent seules…

 

La cuisinière

Nus y sommes : vous allez pouvoir rejoindre les autres.

 

Vous avez compris l’idée… Nous interrompons ici l’extrait de la recette.

 

Mots-clés : strudel aux pommes, Freud, déni

 



Thomas Tilby Mac Daniel

(1805 – 1822)

Né d’un forgeron écossais Thomas Tilby Mac Daniel est encore jeune lorsqu’il rencontre un druide du nom de Mac Taliesin qui l’initie à la mythologie celte. Son père, inquiet, finit par se poser des questions sur cet étrange mentor qu’il n’a jamais vu et une nuit que son fils tardait à rentrer, il partit à sa recherche. « Au bout d’une heure de marche dans la forêt envahie par la nuit, Mac Daniel surprend son fils et Mac Taliesin au beau milieu d’une séance de rituels initiatiques.

 

Entièrement nu, le druide pratique la fécondation du sol, une pratique bien connue de tous ceux qui maîtrisent un tant soit peu les ordres du chamanisme druidique. En bref, il copule avec l’humus frais à la lueur de la pleine lune, tandis que Thomas, déguisé en cervidé, imite le brame du cerf.

Le manque de culture de Mac Daniel père est tel qu’il voit dans ce spectacle la confirmation de ses craintes : cette scène lamentable sert de préliminaire à un accouplement contre-nature, dans lequel le plus âgé a de fortes chances d’être le plus –voire le seul- satisfait des deux partenaires. Le forgeron saisit une pierre, probablement un silex, et la projette sur le pauvre druide Taliesin, allongé sur le ventre et absorbé par son mouvement de va-et-vient, il ne voit rien venir, et reçoit le projectile en pleine tempe. Il meurt, après avoir émis un très long râle, parfois interrompu par des insultes bien peu conformes à la sérénité qui l’avait jusque là caractérisé.

Pour le jeune Thomas, le retour à la maison est accablant, empreint de désespoir. Il n’arrive pas à oublier les images de son père traînant jusqu’au feu de camp le cadavre ensanglanté et boueux de son maître pour une incinération expresse fort réussie. »

 

De désespoir, il se pend en laissant une lettre indiquant « Ce n’est pas ce que tu crois ! ». Son père publiera le manuscrit que le jeune homme gardait secret, L’anneau de Larry Border (croisement entre Harry Potter et Le seigneur des anneaux). « Deux cents exemplaires seront imprimés ; ils seront tous achetés par les habitants du village, compatissant au chagrin du forgeron. »

 

Citation : C’est pas ce que tu crois !

 

Mots-clés : Le Seigneur des anneaux, cornemuse, Donjons et Dragons, Sean Connery, annulaire, La Petite Maison dans la Prairie, LSD, Harry Potter

 


 

Firmin Lavigne

(né en 1941)

 

Citation : En amour comme en cent, rien ne vaut les nombres pairs

 

Extraits des Aphorismes à boire et à déboire :

 

L’effet mère ? Ephémère… Un jour j’ai rencontré un psy. Je lui ai dit que mes parents passaient leur temps à faire l’amour. Il m’a demandé si j’avais déjà eu envie de coucher avec ma mère. J’ai répondu que oui, il m’a alors expliqué que mon attirance pour les femmes mariées dénotait une homosexualité latente.

 

La politique ? J’y crois toujours mais je ne prie plus.

 

Extrait de la chanson La Turlute à Dédé :

Ici notre auteur met en scène une jeune femme qui reçoit son cousin du Quebec. Elle l’accueille chez ses parents et, après un dîner bien arrosé, le cousin lui demande de lui faire une turlute. Elle refuse, outrée. Il s’en offusque, arguant qu’une bonne turlute, c’est familial ! En effet, au Quebec, une turlute est un chant populaire que traditionnellement on entonne à la fin des repas…

 

Mam’zelle ma cousine

L’repas fut ben goûtu

Une très très bonne cuisine

Je l’ai déjà dans l’cul

 

Maint’nant que panse est pleine

Me vient une belle idée

Veux-tu cousine Hélène

Venir me turluter.

 

Cousin tu es très beau

Et j’amerais t’aider

Mais je suis ta cousine

Et ce serait pécher

 

M’enfin ma douce amie

De quoi s’rais-tu coupable ?

Une turlute jolie

Finit très bien la table

 

Quel diable es-tu donc

Pour me faire dévier

Et faire de mon oncle

Mon beau-père de Beauprès ?

 

Je ne veux que chanter

Suis-je un monstre pour ça ?

Invite donc ton père

S’il ne dort pas déjà.

 

Tu vas beaucoup trop loin

Mon ami mon cousin

Et pourquoi pas ma mère ?

Et pourquoi pas le chat ?

[…]

 

Mots-clés : brèves de comptoir, l’Os à moelle, les frères Jacques

 

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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 07:00

 

Littérature

 

Benoît Guerits

(1902 – 1959)

Vendu à un cirque lorsqu’il était enfant, Benoït Guerits devint contorsionniste et tomba amoureux de Yaminda, une montreuse d’ours. C’est à ce moment là que se développa son goût pour l’écriture, seule confidente de sa passion. Or « un jour, Yaminda pénètre dans la roulotte de Benoît afin de lui voler quelques pièces – elle est coutumière du fait – et fouille dans ses affaires. Elle y découvre un de ses poèmes, Les Jambes de la montreuse d’ours, se reconnaît dans ce portrait flatteur et succombe au charme du jeune auteur.

Leur idylle n’excédera pas une nuit de passion. Impressionné par sa muse et novice en matière d’amour charnel, le contorsionniste ne ménage pas ses efforts de longues heures durant et épuise sa dulcinée qui, déconcentrée et flapie, se fera déchiqueter le lendemain par son ours, Maurice, lors d’un numéro pourtant rodé. La jalousie du plantigrade ne fait de doute pour personne : la faute est rejetée sur les frêles épaules de Benoît qui est banni du cirque sur-le-champ.

De cette expérience tragique, il tirera deux leçons : l’écriture est une arme de séduction redoutable, et la souplesse doit être introduite dans l’acte amoureux. »

 

Œuvres majeures : Palourdes et meringues (poésie), La Nymphe de Francisque Parn, Les Contes du Cognac, Le Contorsionniste et la dentellière (autobiographie)


Mots-clés : ambidextre & autofellation, moules-frites, Le Plus Grand Chapiteau du monde, Jacques Brel

 


 

Madeleine de la Motte Prunie

(1790 – 1815)

Jeune fille naïve et un peu sotte, Madeleine passe ses journées entières à lire les gazettes locales (la presse people de l’époque) et se nourrit des récits de l’Empereur au point de devenir sa première fangirl et de se convaincre que « leurs destins sont inextricablement liés ». Elle se marie pourtant à un vieux notable fortuné sous la pression de ses parents. Lors de la cérémonie « Madeleine est grisée par la fête et l’intérêt qu’on lui porte, mais elle se retrouve totalement accablé lorsque s’achèvent les festivités. Prétextant un malaise pour repousser les ardeurs de son mari, elle se retire dans sa chambre, mais ses sens émoustillés lui suggèrent qu’il est grand temps de devenir une femme. Elle se rend aux écuries et passe sa nuit de noces dans les bras d’un laquais qui n’en demandait pas tant.

 

Le lendemain est marqué par une double prise de conscience : premièrement elle aime la chose ; deuxièmement coucher avec un laquais ne sert à rien. Elle décide de ravir le cœur de l’Empereur. Faisant preuve d’une audace inconcevable pour l’époque, elle ose lui écrire pour lui narrer les nuits qu’elle rêve de passer avec lui. De passage à Bayeux, Napoléon, mis en appétit par les écrits de la jeune femme, qui a pris soin de lui envoyer un camée à son effigie, accepte de la recevoir. Hélas, lorsqu’elle arrive au relais de poste où il séjournait, l’Empereur est déjà parti.

Elle est toutefois accueillie par son aide de camp, un jeune homme féru de littérature, qui a lu toutes ses lettres et a cru y reconnaître la marque d’un certain talent. Décidé à détrôner Joséphine, dont on annonce la répudiation prochaine, elle s’offre à l’aide de camp en échange d’une promesse de rencontre avec l’Empereur. Mais lorsqu’elle se réveille le lendemain, le camp a été levé. C’est la deuxième fois en six mois qu’un valet profite de l’enthousiasme de Madeleine de la Motte Prunie et, en son for intérieur, elle convient qu’elle a manqué de discernement. Elle retient aussi une information essentielle : elle est capable de contenter aussi l’esprit que les sens des hommes. Encore faut-il fréquenter les bons. En quelques jours, elle décide son époux à venir s’installer à Paris.

 

Lors de leur première sortie, Alphonse de la Motte Prunie emmène sa femme à un concert de Beethoven. Tandis que son mari tente de combattre une violente crise d’asthme, Madeleine se rend backstage et s’offre au grand compositeur qui, dans un mouvement d’extase, promet de lui présenter l’Empereur.

Naturellement Beethoven ne tient pas parole, et pour Madeleine cette nuit débouche sur une autre prise de conscience : sa réputation va en prendre un coup, mais elle est prête à faire ce sacrifice pour atteindre son but. »

« Durant les sept années qui suivirent, Madeleine s’offre naïvement à tous ceux – hommes et femmes – qui lui promettent de l’introduire auprès de l’Empereur. […] Opiniâtre, elle continue d’adresser à Napoléon des lettres narrant leurs nuits fantasmées. L’intensité de ces récits croît avec la frustration de leur auteur, mais l’Empereur n’en prend pas connaissance : ses aides de camp successifs, tous préposés à l’ouverture du courrier, se gardent bien de lui transmettre les missives osées d’une érotomane parfois agressive. »

 

Elle meurt en glissant du quai le jour du départ de Napoléon pour Sainte-Hélène en essayant de le rejoindre. C’est son mari qui découvre par hasard le brouillon des lettres et « lui rend un hommage posthume en publiant ses écrits sous un pseudonyme. Il sera bien le seul à croire que le secret a été bien gardé, la nature de ces lettres rendant l’identité de leur auteur évidente aux yeux de tous ».

 

Citation : Quelqu’un m’a dit qu’il était fou de moi

 

Extrait  de Mes nuits avec l’Empereur :

 

Mon Corse, mon brun, mon violent, je te redis ici ce que tu ne veux pas entendre, par peur de te perdre dans cette tempête de grêle qu’est mon Amour : Viens ! Laisse-moi strier ton torse des lames que sont mes doigts. […] Je crache sur cet homme qui est toi, lorsque tu prends une femme qui n’est pas moi. Je crache au visage du mendiant que tu es lorsque tu libère ta semence bénie dans des besaces à foutre pour marins édentés […]

 

Mots-clés : foin, Mylène Farmer, poste restante, sol glissant,  attention whore (oups)

 


Sergueï Petrov

(1953 – 1996)

Ou les déboires d’un stalinien éprouvé qui se trompe d’époque. « Refusant d’enseigner (il est devenu professeur) à une bande de crétins évidés – c’est ainsi qu’il nomme ses élèves – Sergueï quitte l’université de Moscou après avoir passé quelques jours en prison pour avoir mordu une de ses étudiantes venue l’inviter à une soirée entre jeunes pour écouter de la musique anglaise ». Il se réfugie dans l’écriture de nouvelles plus absurdes les unes que les autres.

 

Citation : La littérature ne sert à rien, c’est pour cette raison qu’elle est indispensable

 

Extraits de Les Mânes déterrées (recueil de très courtes nouvelles) :

 

Youri n’a qu’un doigt et il ne s’en sert pas. Alors sa bonne femme lui dit, et lui, il se tire une balle dans la tête, avec son seul doigt.

 

C’était un matin pas comme les autres, parait-il. Mais qui sait à quoi ressemble un matin comme les autres, puisque la journée n’est pas finie. Qui sait ? Qui peut dire ? Si ça se trouve, une fois terminée la journée aura été spéciale et le matin, l’aube d’un renouveau. Bande de femelles !

 

Ariane rêve de Paris depuis qu’elle sait que c’est loin. Son frère va lui raconter que Paris c’est beau. C’est certain, son frère est là pour ça.

 

La vendeuse de ficelle décide de se mordre les lèvres et de se coudre les seins. C’est drôle une vendeuse de ficelle… Sauf si elle ne vend qu’une seule ficelle très longue. Longue comme un chemin de fer pas terminé. Alors là, ce n’est plus drôle une vendeuse de ficelle.

 

Quand le fils de Dimitri Nourgakov a tué son père la première fois, il ne savait pas qu’il aurait à le refaire tous les premiers mardis du mois. A moins qu’il ne le sût sans se l’avouer. C’est possible mais peu probable.

 

Mots-clés : Staline, La Vie des autres, vodka et pirojki, concision, absurde

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 07:00

Littérature

 

Sir Charles Cunningham

(1919 – 1985)

Sir Charles Cunningham est un orphelin indien adopté par un couple d’aristocrates britanniques, ce qui aura sur lui un certain nombre de retentissements puisque le monsieur deviendra vite très violent à l’égard de son propre peuple et des autres en général, frappant ainsi, un jour, un camarade pour des raisons d’une logique imparable « Ce dernier n’avait pas d’autre tort que de lui avoir conseillé d’arrêter de proférer des propos racistes, et ce d’autant plus qu’il avait lui-même le teint mat ».

Le père de Charles Cunningham se suicide quelques années plus tard, par honte, en entraînant avec lui sa femme, et laissera une lettre d’adieu : « My beloved Charlie. She was running on my bean for way too long. Had to do it. Some may say that despite my love, I have obviously failed in transmitting you some essential values. Have I ? Anyhow, I’ve seen enough. Let’s just hope that you’ll do better with my financial assets than with my spiritual legacy !* »

 

« * Mon bien-aimé Charlie. Elle a continué de tourner sur ma façon de haricots pour trop longtemps. A dû le faire. Certains mai dire que, malgré mon amour, j’ai manifestement échoué en vous transmettant des valeurs essentielles. Ai-je ? Quoi qu’il en soit, j’ai vu assez. Nous espérons seulement que vous vous faire mieux avec mes actifs financiers que avec mon héritage spirituel ! (traduction Boogle) »

 

Sir Charles Cunningham lui-même mourra dévoré par sa meute de corgis « répondant tous au nom de Doogie en l’honneur du chien préféré de la reine mère ».

 

Signe distinctif : Déteste Gandhi, le traite régulièrement de « Bloody fucking Gandhi ! » soit « Saignant d’enculé de Gandhi ! » et qualifie sa mort « d’évènement le plus extraordinairement jouissif depuis la perte de [sa] virginité ».

 

Citation : Un chien vaut mieux que deux tu l’auras.

 

Extrait de Une enfance londonienne (autobiographie) : 

Mais avant que j’aie eu le temps de répondre, nous fûmes interrompus par la présence inappropriée d’un nègre. Surgi de nulle part, il se tenait devant nous, maigre et sale, et eut l’outrecuidance de s’adresser à nous. « Z’au’iez pas la bonté de me conner la ca’casse du poulet, m’sieur-dame ? ».

Mère se saisit aussitôt de son ombrelle, bondit, et lui asséna un violent coup au visage tandis que Père abattait sur son crâne sa raquette de badminton. Le moricaud tenta de détaler, Père le faucha dans sa course et, lorsqu’il fut à terre, il souilla son visage ensanglanté de ladite carcasse. Puis il la jeta dans la Tamise, s’exclamant : « Tu la veux ? Va la chercher ? ».

Mon cœur battait la chamade ; avare de longs discours, Père venait de me donner une leçon de vie que je n’oublierais jamais : point de charité sous la menace. Le basané détala en pleurant. Père se tenait droit, majestueux, la raquette cassée posée sur son épaule. C’était le bon temps…

 

A noter que Cunningham a aussi sorti la série L’Empaleuse de Notting Hill sous un pseudonyme :

Ces romans ont pour héroïne une jeune fille de  quatorze ans qui s’invite chez des hommes de couleur, les aguiche, et les drogue avec du thé afin de les empaler avec un manche de parapluie qu’elle démonte en un geste. Disons-le sans détour : ces livres sont abjects. Ils font l’apologie de crimes racistes mettant en scène une adolescente perverse et schizophrène. Cette allégorie naïve et cruelle est l’occasion pour Cunningham de cracher tout son fiel dans un style n’ayant rien à envier aux plus mauvais romans de gare.

 

Mots-clés : baleines, earl Grey, poulet fermier, hémorroïdes, Philippe de Villiers

 


 

Kentaro Yukimura

(1813 – 1895)

Otomen avant l’heure, ce samouraï valeureux écrivait déjà des histoires à l’eau de rose. « A ceux qui le traitent de lopette, il répond par une invitation au duel, la plupart du temps poliment déclinée. »

 

Œuvres majeures : Les Cimes du vent, Appelez-moi Fleur de cerisier, La Neige du mont Fuji ne fond qu’au soleil levant

 

Mots-clés : Valéry Giscard d’Estaing, Allo Sushi, manga, Tom Cruise, geisha, arts martiaux

 


 

Michel Saint-Pierre

(1901 – 1998)

Dans le registre « les hommes sans talents », Michel Saint-Pierre fait bonne figure en tant que meilleur relou de l’histoire littéraire fictive. Ingénieur de profession, il découvre la poésie grâce à sa mère qui, croyant lui offrir un ouvrage sur la mécanique, lui achète « Les Champs magnétiques, texte élaboré en écriture automatique par André Breton ». Il déménage à Paris pour rencontrer son idole et rejoint le groupe surréaliste avant de se faire jeter comme un malpropre.

« Totalement isolé du jour au lendemain, Michel Saint-Perre refuse de se laisser aller. Dans un premier temps, il s’inspire d’Erik Satie, qui avait fondé une église dont il était le seul membre. Mais celui que le tout-Paris surnomme Michel Nancy est tout sauf un solitaire, aussi se lance-t-il à la recherche d’un nouveau groupe à intégrer. Tour à tour martiniste, rosicrucien puis franc-maçon, il sera mis au ban de toutes ces sociétés, comme il l’avait été du mouvement surréaliste. […] Il aborde tous les courants de pensée, mais certains d’entre eux, après lui avoir ouvert leur porte, n’hésitent pas à se dissoudre à la seule fin d’échapper à son assiduité. Tout ceci l’occupe une bonne trentaine d’années […] Michel Saint-Pierre veut faire partie de la bande, quelle qu’elle soit…Mais Michel Nancy gave tout le monde. […] Même les hippies, pourtant fort amicaux, n’en voudront pas. Son insistance les poussera même à en venir aux mains. »

Il finira par rejoindre un ordre monastique et y mourra dans l’indifférence totale. « Entre-temps, il a tout de même réussi à publier ses célèbres Cahiers du silence, et à les fourguer aux visiteurs de son abbaye, attirés par le panneau « Vente de miel ». C’est finalement cette œuvre qui passera à la postérité. »

 

Citation : ………. (soupir)

 

Mots-clés : Baba au rhum, chaussée-aux-moines, loser, méthode Coué

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 07:00

Littérature

Seraphin de Boisjoly

(1632 – 1694)

Célèbre dramaturge, ami de Louis XIV dans sa jeunesse, Seraphin n’en demeure pas moins un écrivain…difficile à comprendre. « On peut comprendre les réticences du cardinal à la lecture de ces textes pour le moins hermétiques, dans lesquels il est question d’animaux géants venus d’une autre planète afin de s’inspirer des mœurs de la Cour, et de nains philosophes prêchant la démocratie dans le Nouveau Monde, le tout sur fond d’agapes que Rabelais n’aurait pas reniées ». Citons le fameux mot de Mazarin à propos de sa dernière pièce : « Ma ça n’existe pas, oune cochone volante ! »

 

Extrait de Le Phacochère de Junon sur la route des Indes avec sa poule au pot :


Acte I – scène 4

(altercation ordinaire et houleuse entre un père et sa fille ; je vous mets direct la « scène d’action », ahem)

 

Junon

Mais mon père…

 

Clitandre

Suffit ! Ce m’est certes un honneur que vous ne fussiez point sotte, aussi ai-je veillé à ce que vous receviez la même éducation qu’un garçon, mais certainement pas à dessein de vous entendre professer des balivernes…

 

(Un cochon s’envole péniblement, ses ailes de papillon suffisant tout juste à le faire décoller, et il vient s’écraser sur Clitandre)

 

Le cochon

Misérable ! Tu insultes ma maîtresse et tu méprises nos modèles politiques les plus louables ; je ne le tolérerai pas. (à l’autre cochon) Qu’on lui tranche la tête ! *

 

[Note de bas de page : * Il se pourrait que Lewis Carrol, grand admirateur de Seraphin de Boisjoly, lui ait emprunté cette réplique]

 

Clitandre (effrayé)

Pitié !

 

(Un char conduit par un nain et tiré par des veaux descend du ciel)

 

Le nain

Je suis le nain Djonx, philosophe d’Uranus. Je visite cette terre pour apporter la rédemption aux pauvres âmes qui combattent les idées visionnaires […]

 

Mots-clés : Muppet Sow, Animals de Pink Floyd, enterrements-pas-chers.com

 


 

Honoré M’Buba M’Baka

(né en 1951)

« Honoré M’Buba M’Baka est à la fois poète, essayiste, romancier, dramaturge, scénariste, parolier et paléontologue »

Son recueil le plus célèbre, Like a marcassin touched for the very first time « est le fruit d’un immense malentendu. Tâtonnant dans l’utilisation d’un logiciel de traduction instantanée, Hélène G., son éditrice, a malencontreusement fait une erreur de manipulation. Résultat : non seulement le texte a été shuffelisé *, mais seuls quelques mots ont été traduits en anglais. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, Hélène G. envoie cette version à composer, puis, ayant pris pour la troisième fois de l’année deux semaines de congés sans solde, laisse le soin de contrôler les épreuves à une jeune stagiaire… Si bien que, le 1e avril 1987, 20 000 exemplaires sortent de presse en l’état. Influencée par les commerciaux qui croient y reconnaître la plume d’un génie, la direction prend la décision de laisser l’ouvrage paraître en librairie.

Honoré tente bien de dissiper cette méprise mais il est trop tard. »

A noter que si cette œuvre lui rapportera beaucoup, toutes ses autres seront des échecs.

 

* Shuffle : fonction ayant pour effet de mélanger dans un ordre aléatoire les composants d’une liste

 

Citation : Je ne sais toujours pas si les huîtres m’aiment

 

Extraits de Like a marcassin touched for the very first time :

(je ne vous passe pas le faux poème dédié à Arielle Dombasle, c’est juste n’importe nawak)

 

Quand la gazelle a des gaz, le lion a ses règles.

Compliments, Madame Martin. Puis-je vous bouffer la pussy ?

Contrairement à ce que prétendent les Moldaves, Brigitte Bardot is walking on the moon.

 Les impondérables ont la dent creuse.


Mots-clés : Ipod, quinté, bug informatique

 


 

Nadine Saïd Martin

(née en 1953)

Ici il n’est pas question d’un auteur mais d’une critique littéraire particulièrement acerbe et très très méchante, la preuve : « Nadine dîne avec son supérieur hiérarchique, qu’elle a invité au restaurant de l’hôtel Waldorf Astoria pour lui annoncer qu’à compter du lendemain elle occupera son bureau et que, suite au portrait qu’elle a brossé de lui lors du dernier conseil d’administration (auquel il ne s’est pas rendu car il assistait aux obsèques de sa mère), il ne percevra aucune indemnité de licenciement. La victime fait bonne figure, paye l’addition, aide Nadine à mettre son manteau, et lui propose de la raccompagner en taxi. Mais une fois dehors, il la précipite sous les roues d’un autobus lancé à vive allure.

Point n’est besoin de détailler les multiples blessures qui lui vaudront de passer de 1,72m à 1,57m. Au cours de ses dix-huit mois d’hospitalisation, elle lit tout ce qui lui tombe sous la main […]

Curieusement elle s’enflammera pour Like a marcassin touched for the very first time, d’Honoré M’Bube M’Baka, et exprimera par courrier son admiration à son auteur, qui viendra la voir à l’hôpital et s’adonnera avec elle à des ébats alors fortement reprouvés par le corps médical. Le chirurgien de Nadine exigera même qu’elle lui signe une décharge à chacune des visites d’Honoré. »

 

Citation : Tolstoï ne mâchait pas ses mots, mais il a tout écrit en avalant son slip

 

Mots-clés : finance, autobus, rock alternatif, tassement de vertèbres, Paris Hilton

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 15:00

Littérature

 

Parce qu’il faut bien que je fasse valoir de temps en temps mes penchants littéraires, aujourd’hui on va parler livre. Non, ne partez pas en courant, je ne vais pas pondre un exposé en 27 parties sur la Princesse de Clèves, c’est pas le genre de la maison.

 

On a tous connus dans notre vie un de ces pédants qui adorent la ramener et se targuer d’en savoir plus que les autres. La prépa littéraire c’est justement un vivier idéal pour ce genre de prétentieux qui, bien qu’étant une petite minorité, ont quelques représentants chaque année dans nos classes. L’autre jour, je discutais avec une amie prépaïste de K1 (la classe d’à côté, moi je suis K2) maintenant en colocation avec une fille de sa classe et une première année qui se plaignait d’un garçon de sa promotion, caricature sur pattes, à faire passer Vincent MacDoom pour un petit joueur, qui correspondait au signalement : il ne souffre pas qu’on puisse ne pas aimer les « Grands » (comprenez, grands auteurs que tout un chacun se doit FORCEMENT de connaître) comme…Proust. Ahem, honnêtement, j’ai jamais aimé Proust, il a l’art et la manière d’écrire sur rien et de rendre ça soporifique au possible, et puis La Recherche me donne envie de me pendre… Bref, on se moquait gentiment de son étroitesse d’esprit quand les deux K1 eurent un regard entendu : « On devrait peut être lui montrer LE livre », « Quel livre *__* ? ». Et c’est là que je découvris LE chef d’œuvre de la culture littéraire moderne : 26,5 auteurs qui n’existent pas mais qu’il faut absolument avoir lus.

 

Vos amis sont cultivés. Malgré cela, vous les aimez et supportez leurs interminables échanges autour du dernier Goncourt ou de la réédition commentée des œuvres complètes de Montesquieu…Il est bien évident que vous aimeriez vous aussi citer un auteur et son œuvre, ne serait-ce que pour faire taire celui ou celle dont l’arme de « séduction » est l’étalage d’un savoir [...].

 

Quand on a 26,5 entre les mains, la première chose qui frappe c’est qu’on ne dirait pas, mais alors pas du tout qu’il s’agit d’un livre humoristique. La mise en page, la typographie, la présentation, tout porte à faire croire qu’il s’agit d’un ouvrage un peu pompeux et ancien, donc fondamentalement inintéressant au premier coup d’œil. Et pourtant il suffit de lire une ligne au hasard pour comprendre qu’il est dommage de se fier aux apparences. Comme il ne paye pas de mine, c’est même parfait pour avoir l’air de lire un truc sérieux, ils ont vraiment pensé à tout .

26, 5 se compose d’une mosaïque de vraies fausses biographies plus absurdes les unes que les autres, introduites par des photos crédibles (et une légende en petit caractère qui l’est moins), accompagné d’extraits des œuvres majeures des dits auteurs et de mots clés tout aussi loufoques. Le tout agrémenté de quelques réflexions bien senties.

Je vais donc recopier ici les meilleurs passages (en les charcutant à tout va, cela va sans dire) histoire de faire connaître ce monument d’absurde méconnu.

 

kimura-daisuke.jpg

 

Comme il y a vraiment beaucoup plus à dire que prévu, je découpe ça sous forme de saga : Un jour, une tranche de bonne humeur et d'absurdité (et ça va crescendo).

Pendant une semaine, vous aurez donc chaque matin la bonne surprise de découvrir un couple de dérangés du bocal (oui je mets pas les 26,5 auteurs mais juste quelques morceaux ça et là de 20 d’entre eux, c’est déjà largement suffisant) et des éléments de "riposture" pour pouvoir répondre aux plus agaçants des individus qui se vantent d'avoir plus de culture confiture (moins on en a, plus on l'étale) que le commun des mortels.

 

Défi : Arriverez-vous à placer un de ces auteurs dans une conversation =D ?

 

(Et grâce à ce stratagème je gagne du temps pour me faire un marathon Kara no Kyoukai et préparer de nouveaux articles, mouhahaha)

 


Andrea Di Cerrano

(1874 – 1920)

Suite à des circonstances dramatiques (son enlèvement par une vieille tante célibataire en mal d’enfant) le petit Andrea se fait séquestrer par sa mère qui craint qu’il ne lui arrive malheur à nouveau. Il proteste mais rien n’y fait, il ne peut même pas quitter sa chambre. Sa deuxième sœur le défend avant d’être retrouvée pendue. Pour passer le temps, Andrea se met à écrire des romans d’aventure dont le héros est Marcello Pronti, son double rêvé. « Bien qu’approximatifs, ses récits de voyage parviennent à donner l’illusion que leur auteur sait de quoi il parle ». Sa mère les découvre, s’en empare, et les fait publier à son nom. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’Andrea découvrira qu’elle l’a roulé et qu’elle est devenue riche grâce à ses talents. Pour se venger, le jeune homme se suicide en se tranchant les veines. Sa première sœur décide alors de dévoiler la vérité mais est retrouvée « pendue à son tour, tout comme sa sœur cadette, les mains attachées dans le dos ». La biographie se termine par un croustillant : « Une enquête sera bien ouverte, puis refermée dès le mariage de madame Di Cerrano avec le juge d’instruction ».

 

Mots-clés : pizza, James Bond, Maradona, Mac Gyver, Primo Levi

 


Jean-Louis Truffat

(1953 – 1987)

Jean-Louis Truffat rêve de devenir un poète maudit. Problème : il n’a aucun talent. Ne trouvant rien de mieux pour obtenir l’inspiration que se faire interner, il tient scrupuleusement un journal sur cette étrange situation qu’il envoie sous forme de lettres à son frère Pascal. Sauf qu’à force de se prendre des cure d’électrochocs dans la gueule et de se gaver de médocs pas très recommandables, Jean-Louis Truffat relâche sa vigilance et se fait prendre par une horde de médecins pas très contents qui décident de le lobotomiser pour se venger. « Prévenu pour la forme, son frère Pascal se précipite à l’asile, mais, lorsqu’il arrive, l’intervention a déjà été pratiquée. Jean-Louis Truffat n’est plus qu’un légume. ». En hommage, Pascal Truffat publie donc le journal  de son frère sous le titre énigmatique de Comment se faire réformer P4 qui connaît un grand succès parmi ceux qui souhaitent échapper au service militaire. Mais lorsqu’un journaliste s’intéresse aux poèmes du défunt, « Pascal, embarrassé, confesse les avoir brûlés le jour où sa femme lui a avoué l’avoir trompé avec Jean-Louis le soir même de leurs noces. A la question : « Est-ce que ses poèmes étaient bons ? », Pascal se contente de répondre : « Franchement, j’y connais rien ».

 

Extrait de Comment se faire réformer P4 :

Jean-Louis Truffat apprend à l’issu de son plein gré pourquoi il peut être dangereux de ne pas prendre les médicaments distribués par les médecins…

 

En retournant vers ma chambre : la tuile. Je tombe sur Mademoiselle Jacqueline et le professeur Roussel, qui commençaient leur tournée d’inspection. […] Je me fige tout de go, les yeux révulsés, les membres raides. S’en suit une scène surréaliste. Jacqueline se signe et hurle « Vade retro Satanas ». Exaspéré, le professeur lève les yeux au ciel et la gifle, lui intimant l’ordre de se ressaisir immédiatement. […] Il me contourne, m’observe et me donne une gifle beaucoup plus fort que celle assénée à Mademoiselle Jacqueline. Je réussis à rester de marbre et pense m’en tirer à bon compte. C’est alors qu’il dit à l’intendante en chef : « Si j’étais un de ces scientifiques frileux qui tirent des conclusions hâtives au premier constat attendu, je m’empresserais de vous dire que le Zymex 2000 est une réussite. Mais pour vérifier que la catatonie est complète, il me faut constater que les réflexes reptilo-moteurs du patient sont totalement annihilés. » Sur ce, il passe derrière moi, s’éloigne de quatorze pas […] et me charge tel un taureau dans l’arène. Je me retrouve violemment propulsé en avant et, par miracle, bien que mon nez ait violemment heurté le sol, je parviens à conserver la pose que je m’étais infligé. Du fond de mon semi-coma, j’entends Mademoiselle Jacqueline s’exclamer : « Formidable Professeur ! Son nez est totalement aplati, mais pour le reste aucun membre n’a bougé. Vous êtes un génie ! » Tandis que la douleur devient insupportable et que je m’évertue à la contenir, je me demande si je ne me suis pas aussi fracturé le poignet droit. Le professeur dit alors : « Excellent ! Aidez-moi à le traîner dans la salle de soins. L’effet du Zymex est très court, je n’aimerais pas perdre une chance de tester sa résistance à l’extraction d’une canine. » C’en est trop. Mettant à profit cette information capitale sur la durée des effets du Zymex, je simule les signes d’un réveil prochain. […]

Mes conclusions tiennent en quelques lignes :

_Je suis un très bon comédien. Je me demande si je ne devrais pas en faire mon métier.

_Se casser le nez, ça fait très mal.

_Heureusement que je suis gaucher.

_Dorénavant, je prendrai toujours les médicaments que l’on me prescrira, surtout s’il s’agit de calmants.

 

Mots-clés : Sainte Anne, feu de cheminée, Jack Nicholson

 


 

Ye Shen Huang

(1883 – 1971)

L’Asie a trouvé son Marcel Proust en la personne de Ye Shen Huang qui nous livre un dans ses romans-fleuves un permanent éloge de la lenteur. « Cette écrivain chinoise a fait de l’art du détail la dominante de ses œuvres et a crée un genre qui n’appartient qu’à elle : le roman épique où il ne se passe rien ».

 

Citation : « Non, je ne veux pas de fourchette ! »

 

Œuvres majeures : Une goutte d’eau sur la flûte en bois de santal, La Traversée des canards laqués (tout un programme), Les Branches de l’arbre ne trembleront pas au crépuscule qui « met en avant un personnage qui se demande chaque soir combien de grains de riz contient son bol ; leur décompte s’étale minutieusement tout au long du livre » (tout un programme bis) et La Flamboyance de la Tortue.

 

Extrait de La Flamboyance de la Tortue : Un certain Kubilai Khan reçoit Marco Polo dans son palais, son conseiller jaloux raconte.

 

Non. Cela ne peut pas être une bonne chose. Après tout, c’est un étranger. Passe encore qu’on lui confie des missions diplomatiques mais son rôle doit s’arrêter là. J’ai froid. Je vais faire venir un serviteur et lui dire d’ajouter une bûche dans le feu. Il faut que je parle à l’empereur. Qu’il mandate Marco Polo pour porter des messages en Europe si bon lui semble. Qu’il l’envoie au diable ! Comme cette fois où il lui a demandé d’escorter une princesse en Iran. Mais qu’il ne lui demande pas de se mêler de nos affaires internes.

            Une bûche, voilà ce qui me ferait du bien…Mais je n’ai pas envie d’être dérangé […] La goutte qui vient de tomber est différente des autres, le bruit de sa chute a été plus sourd, plus mat. Qui était-elle ? Quel était son passé pour la faire paraître aussi lasse ? Quels souvenirs véhiculait-elle, quels remords alourdissaient son existence si pure ? […]

La nuit se fait plus fraîche encore. Décidément, il ne serait peut être pas vain d’ajouter une bûche dans l’âtre. Mais si le feu crépite d’avantage, entendrai-je encore le vent souffler entre les branches du ginkgo biloba ? […] La bûche. Les braises se taisent. Le feu décline. C’est un faible, un lâche, il refuse de combattre et ne mérite pas la résurrection que j’étais prêt à lui offrir. Laisser les flammes mourir de leur inexorable mort, s’étendre dans une dernière bouffée de chaleur obscure. Me contenter de la lune. Pourtant avec une seule bûche, la nuit m’appartiendrait.

Ne pas appeler mon serviteur, sa seule vue m’indispose. Aller moi-même m’emparer d’une bûche et redevenir maître du temps. Mais quelle bûche ? […].

 

Cette réflexion intérieure se poursuivant sur dix-huit pages. Nous arrêtons ici l’extrait considérant que le lecteur a bien saisi l’idée. A toutes fins utiles, nous précisons qu’au terme de ses atermoiements, le narrateur décidera finalement de rajouter une bûche dans l’âtre et d’aller la chercher lui-même ; le choix de ladite bûche faisant l’objet du chapitre suivant.

 

Mots-clés : Nem, Le Grand Orchestre du Splendid, JO de Pékin

 

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