27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 15:00

Littérature

 

Parce qu’il faut bien que je fasse valoir de temps en temps mes penchants littéraires, aujourd’hui on va parler livre. Non, ne partez pas en courant, je ne vais pas pondre un exposé en 27 parties sur la Princesse de Clèves, c’est pas le genre de la maison.

 

On a tous connus dans notre vie un de ces pédants qui adorent la ramener et se targuer d’en savoir plus que les autres. La prépa littéraire c’est justement un vivier idéal pour ce genre de prétentieux qui, bien qu’étant une petite minorité, ont quelques représentants chaque année dans nos classes. L’autre jour, je discutais avec une amie prépaïste de K1 (la classe d’à côté, moi je suis K2) maintenant en colocation avec une fille de sa classe et une première année qui se plaignait d’un garçon de sa promotion, caricature sur pattes, à faire passer Vincent MacDoom pour un petit joueur, qui correspondait au signalement : il ne souffre pas qu’on puisse ne pas aimer les « Grands » (comprenez, grands auteurs que tout un chacun se doit FORCEMENT de connaître) comme…Proust. Ahem, honnêtement, j’ai jamais aimé Proust, il a l’art et la manière d’écrire sur rien et de rendre ça soporifique au possible, et puis La Recherche me donne envie de me pendre… Bref, on se moquait gentiment de son étroitesse d’esprit quand les deux K1 eurent un regard entendu : « On devrait peut être lui montrer LE livre », « Quel livre *__* ? ». Et c’est là que je découvris LE chef d’œuvre de la culture littéraire moderne : 26,5 auteurs qui n’existent pas mais qu’il faut absolument avoir lus.

 

Vos amis sont cultivés. Malgré cela, vous les aimez et supportez leurs interminables échanges autour du dernier Goncourt ou de la réédition commentée des œuvres complètes de Montesquieu…Il est bien évident que vous aimeriez vous aussi citer un auteur et son œuvre, ne serait-ce que pour faire taire celui ou celle dont l’arme de « séduction » est l’étalage d’un savoir [...].

 

Quand on a 26,5 entre les mains, la première chose qui frappe c’est qu’on ne dirait pas, mais alors pas du tout qu’il s’agit d’un livre humoristique. La mise en page, la typographie, la présentation, tout porte à faire croire qu’il s’agit d’un ouvrage un peu pompeux et ancien, donc fondamentalement inintéressant au premier coup d’œil. Et pourtant il suffit de lire une ligne au hasard pour comprendre qu’il est dommage de se fier aux apparences. Comme il ne paye pas de mine, c’est même parfait pour avoir l’air de lire un truc sérieux, ils ont vraiment pensé à tout .

26, 5 se compose d’une mosaïque de vraies fausses biographies plus absurdes les unes que les autres, introduites par des photos crédibles (et une légende en petit caractère qui l’est moins), accompagné d’extraits des œuvres majeures des dits auteurs et de mots clés tout aussi loufoques. Le tout agrémenté de quelques réflexions bien senties.

Je vais donc recopier ici les meilleurs passages (en les charcutant à tout va, cela va sans dire) histoire de faire connaître ce monument d’absurde méconnu.

 

kimura-daisuke.jpg

 

Comme il y a vraiment beaucoup plus à dire que prévu, je découpe ça sous forme de saga : Un jour, une tranche de bonne humeur et d'absurdité (et ça va crescendo).

Pendant une semaine, vous aurez donc chaque matin la bonne surprise de découvrir un couple de dérangés du bocal (oui je mets pas les 26,5 auteurs mais juste quelques morceaux ça et là de 20 d’entre eux, c’est déjà largement suffisant) et des éléments de "riposture" pour pouvoir répondre aux plus agaçants des individus qui se vantent d'avoir plus de culture confiture (moins on en a, plus on l'étale) que le commun des mortels.

 

Défi : Arriverez-vous à placer un de ces auteurs dans une conversation =D ?

 

(Et grâce à ce stratagème je gagne du temps pour me faire un marathon Kara no Kyoukai et préparer de nouveaux articles, mouhahaha)

 


Andrea Di Cerrano

(1874 – 1920)

Suite à des circonstances dramatiques (son enlèvement par une vieille tante célibataire en mal d’enfant) le petit Andrea se fait séquestrer par sa mère qui craint qu’il ne lui arrive malheur à nouveau. Il proteste mais rien n’y fait, il ne peut même pas quitter sa chambre. Sa deuxième sœur le défend avant d’être retrouvée pendue. Pour passer le temps, Andrea se met à écrire des romans d’aventure dont le héros est Marcello Pronti, son double rêvé. « Bien qu’approximatifs, ses récits de voyage parviennent à donner l’illusion que leur auteur sait de quoi il parle ». Sa mère les découvre, s’en empare, et les fait publier à son nom. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’Andrea découvrira qu’elle l’a roulé et qu’elle est devenue riche grâce à ses talents. Pour se venger, le jeune homme se suicide en se tranchant les veines. Sa première sœur décide alors de dévoiler la vérité mais est retrouvée « pendue à son tour, tout comme sa sœur cadette, les mains attachées dans le dos ». La biographie se termine par un croustillant : « Une enquête sera bien ouverte, puis refermée dès le mariage de madame Di Cerrano avec le juge d’instruction ».

 

Mots-clés : pizza, James Bond, Maradona, Mac Gyver, Primo Levi

 


Jean-Louis Truffat

(1953 – 1987)

Jean-Louis Truffat rêve de devenir un poète maudit. Problème : il n’a aucun talent. Ne trouvant rien de mieux pour obtenir l’inspiration que se faire interner, il tient scrupuleusement un journal sur cette étrange situation qu’il envoie sous forme de lettres à son frère Pascal. Sauf qu’à force de se prendre des cure d’électrochocs dans la gueule et de se gaver de médocs pas très recommandables, Jean-Louis Truffat relâche sa vigilance et se fait prendre par une horde de médecins pas très contents qui décident de le lobotomiser pour se venger. « Prévenu pour la forme, son frère Pascal se précipite à l’asile, mais, lorsqu’il arrive, l’intervention a déjà été pratiquée. Jean-Louis Truffat n’est plus qu’un légume. ». En hommage, Pascal Truffat publie donc le journal  de son frère sous le titre énigmatique de Comment se faire réformer P4 qui connaît un grand succès parmi ceux qui souhaitent échapper au service militaire. Mais lorsqu’un journaliste s’intéresse aux poèmes du défunt, « Pascal, embarrassé, confesse les avoir brûlés le jour où sa femme lui a avoué l’avoir trompé avec Jean-Louis le soir même de leurs noces. A la question : « Est-ce que ses poèmes étaient bons ? », Pascal se contente de répondre : « Franchement, j’y connais rien ».

 

Extrait de Comment se faire réformer P4 :

Jean-Louis Truffat apprend à l’issu de son plein gré pourquoi il peut être dangereux de ne pas prendre les médicaments distribués par les médecins…

 

En retournant vers ma chambre : la tuile. Je tombe sur Mademoiselle Jacqueline et le professeur Roussel, qui commençaient leur tournée d’inspection. […] Je me fige tout de go, les yeux révulsés, les membres raides. S’en suit une scène surréaliste. Jacqueline se signe et hurle « Vade retro Satanas ». Exaspéré, le professeur lève les yeux au ciel et la gifle, lui intimant l’ordre de se ressaisir immédiatement. […] Il me contourne, m’observe et me donne une gifle beaucoup plus fort que celle assénée à Mademoiselle Jacqueline. Je réussis à rester de marbre et pense m’en tirer à bon compte. C’est alors qu’il dit à l’intendante en chef : « Si j’étais un de ces scientifiques frileux qui tirent des conclusions hâtives au premier constat attendu, je m’empresserais de vous dire que le Zymex 2000 est une réussite. Mais pour vérifier que la catatonie est complète, il me faut constater que les réflexes reptilo-moteurs du patient sont totalement annihilés. » Sur ce, il passe derrière moi, s’éloigne de quatorze pas […] et me charge tel un taureau dans l’arène. Je me retrouve violemment propulsé en avant et, par miracle, bien que mon nez ait violemment heurté le sol, je parviens à conserver la pose que je m’étais infligé. Du fond de mon semi-coma, j’entends Mademoiselle Jacqueline s’exclamer : « Formidable Professeur ! Son nez est totalement aplati, mais pour le reste aucun membre n’a bougé. Vous êtes un génie ! » Tandis que la douleur devient insupportable et que je m’évertue à la contenir, je me demande si je ne me suis pas aussi fracturé le poignet droit. Le professeur dit alors : « Excellent ! Aidez-moi à le traîner dans la salle de soins. L’effet du Zymex est très court, je n’aimerais pas perdre une chance de tester sa résistance à l’extraction d’une canine. » C’en est trop. Mettant à profit cette information capitale sur la durée des effets du Zymex, je simule les signes d’un réveil prochain. […]

Mes conclusions tiennent en quelques lignes :

_Je suis un très bon comédien. Je me demande si je ne devrais pas en faire mon métier.

_Se casser le nez, ça fait très mal.

_Heureusement que je suis gaucher.

_Dorénavant, je prendrai toujours les médicaments que l’on me prescrira, surtout s’il s’agit de calmants.

 

Mots-clés : Sainte Anne, feu de cheminée, Jack Nicholson

 


 

Ye Shen Huang

(1883 – 1971)

L’Asie a trouvé son Marcel Proust en la personne de Ye Shen Huang qui nous livre un dans ses romans-fleuves un permanent éloge de la lenteur. « Cette écrivain chinoise a fait de l’art du détail la dominante de ses œuvres et a crée un genre qui n’appartient qu’à elle : le roman épique où il ne se passe rien ».

 

Citation : « Non, je ne veux pas de fourchette ! »

 

Œuvres majeures : Une goutte d’eau sur la flûte en bois de santal, La Traversée des canards laqués (tout un programme), Les Branches de l’arbre ne trembleront pas au crépuscule qui « met en avant un personnage qui se demande chaque soir combien de grains de riz contient son bol ; leur décompte s’étale minutieusement tout au long du livre » (tout un programme bis) et La Flamboyance de la Tortue.

 

Extrait de La Flamboyance de la Tortue : Un certain Kubilai Khan reçoit Marco Polo dans son palais, son conseiller jaloux raconte.

 

Non. Cela ne peut pas être une bonne chose. Après tout, c’est un étranger. Passe encore qu’on lui confie des missions diplomatiques mais son rôle doit s’arrêter là. J’ai froid. Je vais faire venir un serviteur et lui dire d’ajouter une bûche dans le feu. Il faut que je parle à l’empereur. Qu’il mandate Marco Polo pour porter des messages en Europe si bon lui semble. Qu’il l’envoie au diable ! Comme cette fois où il lui a demandé d’escorter une princesse en Iran. Mais qu’il ne lui demande pas de se mêler de nos affaires internes.

            Une bûche, voilà ce qui me ferait du bien…Mais je n’ai pas envie d’être dérangé […] La goutte qui vient de tomber est différente des autres, le bruit de sa chute a été plus sourd, plus mat. Qui était-elle ? Quel était son passé pour la faire paraître aussi lasse ? Quels souvenirs véhiculait-elle, quels remords alourdissaient son existence si pure ? […]

La nuit se fait plus fraîche encore. Décidément, il ne serait peut être pas vain d’ajouter une bûche dans l’âtre. Mais si le feu crépite d’avantage, entendrai-je encore le vent souffler entre les branches du ginkgo biloba ? […] La bûche. Les braises se taisent. Le feu décline. C’est un faible, un lâche, il refuse de combattre et ne mérite pas la résurrection que j’étais prêt à lui offrir. Laisser les flammes mourir de leur inexorable mort, s’étendre dans une dernière bouffée de chaleur obscure. Me contenter de la lune. Pourtant avec une seule bûche, la nuit m’appartiendrait.

Ne pas appeler mon serviteur, sa seule vue m’indispose. Aller moi-même m’emparer d’une bûche et redevenir maître du temps. Mais quelle bûche ? […].

 

Cette réflexion intérieure se poursuivant sur dix-huit pages. Nous arrêtons ici l’extrait considérant que le lecteur a bien saisi l’idée. A toutes fins utiles, nous précisons qu’au terme de ses atermoiements, le narrateur décidera finalement de rajouter une bûche dans l’âtre et d’aller la chercher lui-même ; le choix de ladite bûche faisant l’objet du chapitre suivant.

 

Mots-clés : Nem, Le Grand Orchestre du Splendid, JO de Pékin

 

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commentaires

kyn 29/03/2010 11:26


bah écoute moi je les aime bien ses livres :) j'ai lu beaucoup de critique effectivement (comme Musso, j'aime bien), c'est pas de la grande littérature mais ça se lit facilement et vite.... et
j'arrive facilement à accrocher aux histoires ... m'enfin je suis pas une bonne critique, je fais partie des abonnées de France Loisirs et je lis beaucoup de romans de la Collectin Piment ;)


Helia 28/03/2010 16:23


Et non, il n’est pas du tout question de Jean-Baptiste Botul. Cet ouvrage a été écrit par Samir Bouadi et Agathe Colombiers-Hochberg, donc rien à voir ^^.
Mais comme tu peux le voir le livre regorge de faux artistes ratés XD.


Kaïl 28/03/2010 15:50


A tout hasard, il ne serait pas fait mention d'un dénommé Jean-Baptiste BOTUL dans cet ouvrage ? Si oui, ça expliquerait beaucoup de choses concernant les références employées par Bernard H-L (Il
souhaite garder l'anonymat, les feux de la rampe ne sont pas sa tasse de thé.), philosophe de son état.
Andrea DI CERRANO n'a pas été gâté par la vie et c'est tant mieux ! Autrement, son génie n'aurait pu éclore.
Jean-Louis TRUFFAT, c'est le genre de type convaincu d'être un artiste incompris. Il peut s'estimer d'avoir connu le succès post-mortem. Les circonstances aident derechef.
Les ouvrages de Ye Shen Huang ont moins leur place dans une bibliothèque que sur une table de chevet. Des romans écrits au kilomètre, c'est l'idéal pour tomber de sommeil (Et d'ennui.).


Helia 28/03/2010 13:57


Kiddy = Je ne m’en fais pas pour toi XD. En espérant que la suite te plaise alors :p.

Acanthe = Si tu le trouve drôle, c’est qu’il a rempli son objectif et c’est tant mieux ^^.

Faf = Tu as une plan-to-list très chargée je suppose :p.


Faf 28/03/2010 10:27


Ce livre a l'air génial

Ahhhhhh
Encore un truc à ajouter sur ma plan-to-list ;)


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