30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 07:00

 

Littérature

 

Benoît Guerits

(1902 – 1959)

Vendu à un cirque lorsqu’il était enfant, Benoït Guerits devint contorsionniste et tomba amoureux de Yaminda, une montreuse d’ours. C’est à ce moment là que se développa son goût pour l’écriture, seule confidente de sa passion. Or « un jour, Yaminda pénètre dans la roulotte de Benoît afin de lui voler quelques pièces – elle est coutumière du fait – et fouille dans ses affaires. Elle y découvre un de ses poèmes, Les Jambes de la montreuse d’ours, se reconnaît dans ce portrait flatteur et succombe au charme du jeune auteur.

Leur idylle n’excédera pas une nuit de passion. Impressionné par sa muse et novice en matière d’amour charnel, le contorsionniste ne ménage pas ses efforts de longues heures durant et épuise sa dulcinée qui, déconcentrée et flapie, se fera déchiqueter le lendemain par son ours, Maurice, lors d’un numéro pourtant rodé. La jalousie du plantigrade ne fait de doute pour personne : la faute est rejetée sur les frêles épaules de Benoît qui est banni du cirque sur-le-champ.

De cette expérience tragique, il tirera deux leçons : l’écriture est une arme de séduction redoutable, et la souplesse doit être introduite dans l’acte amoureux. »

 

Œuvres majeures : Palourdes et meringues (poésie), La Nymphe de Francisque Parn, Les Contes du Cognac, Le Contorsionniste et la dentellière (autobiographie)


Mots-clés : ambidextre & autofellation, moules-frites, Le Plus Grand Chapiteau du monde, Jacques Brel

 


 

Madeleine de la Motte Prunie

(1790 – 1815)

Jeune fille naïve et un peu sotte, Madeleine passe ses journées entières à lire les gazettes locales (la presse people de l’époque) et se nourrit des récits de l’Empereur au point de devenir sa première fangirl et de se convaincre que « leurs destins sont inextricablement liés ». Elle se marie pourtant à un vieux notable fortuné sous la pression de ses parents. Lors de la cérémonie « Madeleine est grisée par la fête et l’intérêt qu’on lui porte, mais elle se retrouve totalement accablé lorsque s’achèvent les festivités. Prétextant un malaise pour repousser les ardeurs de son mari, elle se retire dans sa chambre, mais ses sens émoustillés lui suggèrent qu’il est grand temps de devenir une femme. Elle se rend aux écuries et passe sa nuit de noces dans les bras d’un laquais qui n’en demandait pas tant.

 

Le lendemain est marqué par une double prise de conscience : premièrement elle aime la chose ; deuxièmement coucher avec un laquais ne sert à rien. Elle décide de ravir le cœur de l’Empereur. Faisant preuve d’une audace inconcevable pour l’époque, elle ose lui écrire pour lui narrer les nuits qu’elle rêve de passer avec lui. De passage à Bayeux, Napoléon, mis en appétit par les écrits de la jeune femme, qui a pris soin de lui envoyer un camée à son effigie, accepte de la recevoir. Hélas, lorsqu’elle arrive au relais de poste où il séjournait, l’Empereur est déjà parti.

Elle est toutefois accueillie par son aide de camp, un jeune homme féru de littérature, qui a lu toutes ses lettres et a cru y reconnaître la marque d’un certain talent. Décidé à détrôner Joséphine, dont on annonce la répudiation prochaine, elle s’offre à l’aide de camp en échange d’une promesse de rencontre avec l’Empereur. Mais lorsqu’elle se réveille le lendemain, le camp a été levé. C’est la deuxième fois en six mois qu’un valet profite de l’enthousiasme de Madeleine de la Motte Prunie et, en son for intérieur, elle convient qu’elle a manqué de discernement. Elle retient aussi une information essentielle : elle est capable de contenter aussi l’esprit que les sens des hommes. Encore faut-il fréquenter les bons. En quelques jours, elle décide son époux à venir s’installer à Paris.

 

Lors de leur première sortie, Alphonse de la Motte Prunie emmène sa femme à un concert de Beethoven. Tandis que son mari tente de combattre une violente crise d’asthme, Madeleine se rend backstage et s’offre au grand compositeur qui, dans un mouvement d’extase, promet de lui présenter l’Empereur.

Naturellement Beethoven ne tient pas parole, et pour Madeleine cette nuit débouche sur une autre prise de conscience : sa réputation va en prendre un coup, mais elle est prête à faire ce sacrifice pour atteindre son but. »

« Durant les sept années qui suivirent, Madeleine s’offre naïvement à tous ceux – hommes et femmes – qui lui promettent de l’introduire auprès de l’Empereur. […] Opiniâtre, elle continue d’adresser à Napoléon des lettres narrant leurs nuits fantasmées. L’intensité de ces récits croît avec la frustration de leur auteur, mais l’Empereur n’en prend pas connaissance : ses aides de camp successifs, tous préposés à l’ouverture du courrier, se gardent bien de lui transmettre les missives osées d’une érotomane parfois agressive. »

 

Elle meurt en glissant du quai le jour du départ de Napoléon pour Sainte-Hélène en essayant de le rejoindre. C’est son mari qui découvre par hasard le brouillon des lettres et « lui rend un hommage posthume en publiant ses écrits sous un pseudonyme. Il sera bien le seul à croire que le secret a été bien gardé, la nature de ces lettres rendant l’identité de leur auteur évidente aux yeux de tous ».

 

Citation : Quelqu’un m’a dit qu’il était fou de moi

 

Extrait  de Mes nuits avec l’Empereur :

 

Mon Corse, mon brun, mon violent, je te redis ici ce que tu ne veux pas entendre, par peur de te perdre dans cette tempête de grêle qu’est mon Amour : Viens ! Laisse-moi strier ton torse des lames que sont mes doigts. […] Je crache sur cet homme qui est toi, lorsque tu prends une femme qui n’est pas moi. Je crache au visage du mendiant que tu es lorsque tu libère ta semence bénie dans des besaces à foutre pour marins édentés […]

 

Mots-clés : foin, Mylène Farmer, poste restante, sol glissant,  attention whore (oups)

 


Sergueï Petrov

(1953 – 1996)

Ou les déboires d’un stalinien éprouvé qui se trompe d’époque. « Refusant d’enseigner (il est devenu professeur) à une bande de crétins évidés – c’est ainsi qu’il nomme ses élèves – Sergueï quitte l’université de Moscou après avoir passé quelques jours en prison pour avoir mordu une de ses étudiantes venue l’inviter à une soirée entre jeunes pour écouter de la musique anglaise ». Il se réfugie dans l’écriture de nouvelles plus absurdes les unes que les autres.

 

Citation : La littérature ne sert à rien, c’est pour cette raison qu’elle est indispensable

 

Extraits de Les Mânes déterrées (recueil de très courtes nouvelles) :

 

Youri n’a qu’un doigt et il ne s’en sert pas. Alors sa bonne femme lui dit, et lui, il se tire une balle dans la tête, avec son seul doigt.

 

C’était un matin pas comme les autres, parait-il. Mais qui sait à quoi ressemble un matin comme les autres, puisque la journée n’est pas finie. Qui sait ? Qui peut dire ? Si ça se trouve, une fois terminée la journée aura été spéciale et le matin, l’aube d’un renouveau. Bande de femelles !

 

Ariane rêve de Paris depuis qu’elle sait que c’est loin. Son frère va lui raconter que Paris c’est beau. C’est certain, son frère est là pour ça.

 

La vendeuse de ficelle décide de se mordre les lèvres et de se coudre les seins. C’est drôle une vendeuse de ficelle… Sauf si elle ne vend qu’une seule ficelle très longue. Longue comme un chemin de fer pas terminé. Alors là, ce n’est plus drôle une vendeuse de ficelle.

 

Quand le fils de Dimitri Nourgakov a tué son père la première fois, il ne savait pas qu’il aurait à le refaire tous les premiers mardis du mois. A moins qu’il ne le sût sans se l’avouer. C’est possible mais peu probable.

 

Mots-clés : Staline, La Vie des autres, vodka et pirojki, concision, absurde

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commentaires

Helia 31/03/2010 14:06


Kaïl = Sauf que Madeleine elle faisait jamais vraiment exprès, tout ce qu'elle voulait c'était de se faire l'Empereur et du coup tout le monde profitait d'elle =D. Et elle a pas mieux fini que
Yaminda parce que mourir en glissant sur un quai c'est quand même bien con (Darwin Award ?).

Kiddy = Ce passage là aussi je l'aime bien. Tellement absurde...mais tellement beau XD.


Kiddy 30/03/2010 18:53


"Quand le fils de Dimitri Nourgakov a tué son père la première fois, il ne savait pas qu’il aurait à le refaire tous les premiers mardis du mois."

MAGNIFIQUE ! o/


Kaïl 30/03/2010 16:55


Pauvre Yaminda... Rejoindre les cieux après être montée au septième ciel la veille...
A une époque, plusieurs écrivains avaient recours à l'alcool ou aux drogues afin de trouver l'inspiration ; Madeleine a elle atteint ce stade grâce à ses ébats amoureux. Un moyen comme un autre de
stimuler la création et surtout meilleur pour la santé, même si ce n’était pas là son but premier.
Je suis fan des nouvelles de PETROV !


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