7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 23:05

Puisque j’abordais Märchen la dernière fois, je me suis dis que c’était l’occasion ou jamais de parler d’un sujet que j’aime beaucoup : les contes de fées. Il y aurait mille approches du sujet à adopter mais je n’en choisirai qu’une, plus restrictive et plus facile à traiter : la transcription par Disney de certains contes. Et ce afin de mettre en lumière un problème majeur pour moi : la perte de la pluralité de sens.

 

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J’ai été nourrie et élevée par les contes de fées depuis que je suis en âge de lire et encore aujourd’hui le sujet me fascine ; je suis capable de vous réciter par cœur Les habits neufs de l’Empereur, La grotte des korrigans, Peau d’ours et bien d’autres. Malgré le fait que j’ai une certaine préférence pour raconter de vieilles histoires un peu oubliées qui font le bonheur des enfants curieux (je suis un livre ambulant, c’est un plus quand on travaille en centre aéré) j’apprécie bien sûr énormément les classiques popularisés par Disney que tout le monde connaît. D’ailleurs des Disney j’en ai regardé toute petite et j’aimais beaucoup Le Roi Lion, Aladin ou La Belle et la Bête, mais je ne connaissais la « trinité » que via les frères Grimm ou Charles Perrault, aussi je dispose d’une vision assez particulière en la matière. Et, après visionnage récent des contes de fées adaptés par Disney, j’ai pas mal à dire et je risque d’être particulièrement grinçante !

 

La « trinité »

Blanche-Neige / Cendrillon / Belle au bois dormant

 

Blanche-Neige

Premier long-métrage de Disney, Blanche-Neige reprend Schneewittchen des frères Grimm en adoucissant certains éléments plus ou moins violents du conte originel, je ne m’attarderai pas sur la transformation des nains en personnages comiques ou des animaux choupinets qui pullulent de partout et qui font avant tout partie d’une esthétique, ce qui m’intéresse le plus ce sont trois points très particuliers.

 

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La scène du balcon

Le premier est la pseudo-romance avec le Prince Charmant qui a lieu dès l’introduction. Elle a, selon moi, deux rôles : il s’agit d’abord de crédibiliser le final et de le rendre plus « romantique ». Car dans le conte, la jolie Schneewittchen n’a jamais rencontré son bienfaiteur avant sa mort, il ne la cherchait pas elle particulièrement et ne l’a pas embrassé non plus ; il passait par hasard dans la forêt, est tombé amoureux du cadavre et souhaitait l’emmener avec lui, ce sont les nains qui la font revenir à la vie en laissant tomber le cercueil, ce qui a pour effet de la faire cracher le morceau de pomme empoisonné qui la maintenait endormie. Tant qu’on ne s’interroge pas sur la possible nécrophilie que suggère la situation (ramener un cadavre chez soi même pour décorer son salon est très malsain comme comportement, même pour un esthète) ni sur la pédophilie latente du prince (voir fun fact ci-dessous) tout va bien. Rajouter une première rencontre permet de lever l’ambiguïté mais aussi de monter de toutes pièces un modèle d’identification.

 

En effet, quoi de plus artificiel que cette scène d’amour au tout début du dessin-animé ? On y voit une charmante jeune fille, elle n’a aucune caractéristique particulière, un beau jeune homme, il n’a aucune personnalité préétablie, et les deux se comptent fleurette dans une sorte d’hommage à Roméo et Juliette (pensez à la scène du même nom), c’est un archétype usé jusqu’à l’os, un symbole qui vise à l’identification du spectateur. N’importe quelle personne qui regarde Blanche-Neige peut transposer sa propre histoire sentimentale dans ces deux protagonistes fantoches et finalement s’approprier ce qu’il voit très rapidement, même inconsciemment. Disney a vraiment poussé la malice jusqu’au bout et on ne peut pas ne pas reconnaître que c’est bien joué de leur part.

 

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Fun fact : dans la version des frères Grimm, Blanche-Neige n'a que 7 ou 9 ans

 

Magie noire et magie blanche

Le deuxième élément concerne le personnage de la belle-mère. Evidemment, sans surprise, elle nous est présentée comme la méchante. Il aurait été utopique de demander au studio de nous faire de la psychanalyse en tentant de justifier sa peur panique de la vieillesse (au fond c’est une étape allégorique par laquelle passe toutes les mères quand elles constatent que plus leurs enfants grandissent et s’épanouissent, plus elles se flétrissent) mais on peut noter, du point de vue de la représentation, qu’il ne s’agit pas de n’importe quel type de femme. La belle-mère est présentée comme une reine, celle qui détient le pouvoir. Selon Robin Allan dans Il était une fois Walt Disney « elle représente la femme redoutée par les hommes dans une société dominée par les hommes ». Intéressant, non ? Autrement dit Blanche-Neige est avant tout la confrontation entre deux idéals : d’un côté la femme qui domine, de l’autre la dominée. La soumise est une « gentille princesse » et la gouvernante assimilée à une sorcière monstrueuse (on pourrait faire un chouette rapprochement avec le visual novel d’Utena).

 

 

Et c’est aussi là que se trouve une différence majeure avec le conte originel : chez les frères Grimm, la reine se déguise en vieille femme mais redevient belle, alors que chez Disney tout se passe comme si la sorcière était son véritable visage enfin dévoilé. La scène de transformation, à cet égard très perturbante, n’est pas sans rappeler Docteur Jekyll et Mister Hyde, le roman noir de Stevenson (dont je vous recommande vivement la lecture). Le fait que la méchante belle-mère meure sous son apparence diabolique ne fait qu’amplifier ce sentiment. On perd donc tout l’aspect « humain » du personnage, ce qui est bien dommage.

   

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Le triomphe de l’idéal pur

Le troisième élément n’est pas un ajout mais bien une disparition, celle de la fin de l’histoire ! Car en réalité la belle-mère n’est jamais tombée du haut d’une falaise pourchassée par des nains à dos de Bambi (même si je reconnais que c’est une mort grandiose et ridicule à souhait), elle est rentrée au château et a cru avoir accompli son terrible dessein. Comme Blanche-Neige est restée un moment sans pourrir dans son cercueil de verre, elle a baissé sa garde en la croyant définitivement morte et enterrée. Et c’est là qu’intervient ce qui m’intéresse. La miraculée épouse le prince en grandes pompes et invite sa meurtrière qui, après avoir entendu le miroir magique lui souffler que la nouvelle reine du pays voisin était plus belle qu’elle, ne résiste pas à la curiosité. Et là on la force à chausser des souliers en feu jusqu’à ce qu’elle crève dans d’atroces souffrances aux yeux et à la vue de tous les convives. Visiblement Blanche-Neige n’a pas vraiment apprécié qu’on l’empoisonne et elle se venge de manière tout aussi cruelle. Concrètement, que nous montre cette fin ? Que la jeune fille est avant tout humaine et donc tout aussi encline que sa belle-mère à tuer son prochain. C’est un peu un rappel qui souffle au lecteur : certes Blanche-Neige est une pauvre petite victime sans défense mais ne va pas croire qu’elle ne peut pas se retrouver du côté du bourreau. On perd dans la version Disney toute la violence mais aussi toute la symbolique de ce « retour de karma », ce qui fait de leur héroïne une sorte d’oiselle naïve et innocente, trop pure pour être au fond crédible. Le prince l’emporte sur son cheval blanc, la fable ne se termine au fond jamais, il n’y a pas cette rupture nécessaire mise en place par l’original.

 

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Cette image me fait penser que je ne dois jamais vous parler de Pretear, l'adaptation anime "magical girl" de Blanche Neige

 

 

Cendrillon

Des années après Blanche-Neige, le studio Disney adapta de nouveau un conte, de Charles Perrault cette fois-ci (on verra pourquoi la version Grimm n’a pas été retenue) avec toujours plus d’animaux mignons qui chantent et qui dansent et une esthétique toujours aussi particulière. Comme je vais avoir énormément de choses à dire sur Cendrillon je vais essayer d’écourter cette présentation avec deux points et réserver le reste pour plus tard.

 

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Une Cendrillon cyber-punk, moi je signe tout de suite

 

La famille d’abord

Un des changements opéré par Disney par rapport à la version de Perrault porte sur la fameuse scène du bal. Pour mémoire, dans le conte la demoiselle ne se contente pas de batifoler avec le prince lors du premier bal. Prince qu’elle a par ailleurs bien identifié, contrairement à la Cendrillon de Disney qui passe totalement à côté de la célébration en tombant amoureuse du premier garçon qu’elle voit sans jamais faire de rapprochement avec son statut royal (pour louper le seul gus debout forcé à faire des courbettes à tout ce qui porte fanfreluches et rubans à 500 mètres à la ronde il faut vraiment être myope…). La jeune fille du conte saisit en fait la première occasion qu’elle a pour aller à la rencontre de ses vilaines sœurs. Au premier abord, on pourrait trouver ça assez absurde : après tout elle les côtoie tous les jours ses sœurs, elle n’a pas besoin d’assister à une réception pour les approcher. Mais en y repensant bien, on se rend compte que ce léger détail n’est pas là par hasard. Dans cette impulsion bien plus puissante que celle qui la pousse à courtiser le prince, elle semble tout simplement réclamer l’affection de sa famille en recherchant un contact affectif dont elle est privée la plupart du temps. Elle utilise donc son déguisement de princesse pour avoir un rapport d’égal à égal avec ses sœurs et c’est bien en leur compagnie que sonne l’horloge qui la force à s’enfuir. Elle ne sera vraiment avec le prince que lors du second bal, un peu comme si la relation sentimentale nécessitait d’abord une sorte de purge émotionnelle du point de vue familial. La Cendrillon de Perrault a d’abord besoin de se sentir aimée de sa famille, même si ce n’est qu’à partir d’un stratagème, avant de pouvoir songer à l’amour alors que la Cendrillon de Disney, en plus d’être sacrément myope donc (un subterfuge bien maladroit si vous voulez mon avis), pense immédiatement à l’amour, ce qui n’est pas forcément une bonne chose.

 

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Méchants et gentils : même rêve, même combat

Il existe énormément de variations du mythe de Cendrillon que j’étudierai tout à l’heure, mais il y en a une qui, je pense, doit être évoquée tout de suite : celle des frères Grimm. Dans cette histoire, point de bonne fée, la jeune fille reçoit sa robe d’un arbre magique qui pousse sur la tombe de sa mère. La scène de l’essayage de la pantoufle qui suit est juste incroyablement gore : les deux vilaines filles n’arrivent pas à rentrer leurs pieds dedans alors chacune à son tour, en suivant l’ordre pressant de leur mère, se résout à se couper, pour l’une l’orteil, pour l’autre le talon. Inutile de dire que le soulier dégouline de sang et que l’arbre magique prévenant le prince de la superstition, ce dernier se trouve passablement dégoûté d’un tel spectacle. Pourquoi mentionner ce passage peu ragoûtant ? A mon sens il illustre un point que Disney a laissé dans l’ombre : Cendrillon comme ses sœurs, et comme des centaines d’autres jeunes filles dans le royaume, partagent le même rêve. Toutes veulent s’élever socialement en épousant le prince et ce au prix de sacrifices s’il le faut. Pour moi Disney s’y prend assez mal pour dissimuler ce trait de caractère de l’héroïne qui transparait tout de même dans le songe qu’elle fait au tout début du dessin-animé. Au fond les deux sœurs de Grimm, bien que lâches, prouvent en se mutilant atrocement le pied qu’elles aussi sont prêtes à tout pour prendre la place de reine. Certes Javotte et Anastasie ne vont pas aussi loin mais c’est le même sentiment.

 

A noter qu’à la fin du conte de Perraut, les sœurs de Cendrillon s’excusent de l’avoir malmené quand elles comprennent que la demoiselle en haillons et la belle inconnue qu’elles admiraient ne font qu’une, lui apportant ainsi la reconnaissance tant attendue. En retour la nouvelle reine s’arrange pour les placer à la cour avec des gentilshommes fortunés. L’absence de ces éléments dans la version Disney efface la dimension « familiale » du conte pour ne garder que l’histoire d’amour, ce qui est un peu dommage.

 

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Que serait cet article sans version moe et à moitié à poil d'une princesse, je vous le demande...

 

 

Belle au Bois Dormant

Concluant la trinité des contes de fées classiques remaniés par Disney, La belle au bois dormant a de particulier que le dessin-animé se devait de s’émanciper de Blanche-Neige qui lui ressemblait un peu trop et donc que le « scénario » a dû subir plusieurs modifications comme l’intégration d’un archétype amoureux très courant et plutôt bien utilisé (le malentendu princesse/paysanne, la fausse opposition au mariage arrangé) ou des effets spéciaux avec l’intégration d’un combat contre un dragon maléfique. Pourtant le studio aurait très bien pu s’inspirer de la seconde partie du conte présente chez Perrault où la mère du prince est une ogresse tyrannique qui projette de croquer sa belle-fille. Il faut croire que la belle-mère cannibale faisait moins sexy comme sujet…

 

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Briseur de romantisme

Je ne peux m’empêcher de rappeler que dans les versions les plus archaïques de la Belle au Bois Dormant, la belle ne se réveille pas au bout d’un simple baiser mais uniquement lorsque, après une ellipse de neuf mois tout rond, un charmant nouveau-né vient lui sucer le doigt, lui retirant ainsi l’épine ensorcelée qui la maintenait endormie. Oh, bien sûr, elle marie ensuite avec son violeur mais on ne pourra pas dire que sa première fois ait été glamour. Dans le cas d’une partie du roman de Perceforest (écrit entre 1300 et 1350) mettant en scène la princesse Zellandine, le violeur en question se trouve être son amoureux, le chevalier Troïlus, qui tentait de la guérir de son mal par sa méthode très spéciale…je ne sais pas si c’est mieux à vrai dire.

 

L’anecdote glauque étant passée, je citerai encore Le soleil, la lune et Thalie, une autre itération du conte où cette fois le prince est déjà marié avec une autre quand il rencontre Thalie et fait son affaire avec elle. Il a l’attitude sympathique de la planquer dans son château quand il découvre qu’il est papa et se prend d’affection pour ses deux rejetons. Dommage que la reine apprécie moins de se voir trompée et essaye de massacrer sa rivale qui prend finalement sa place (je ne serais pas surprise que ce soit l’inspiration de la partie ogresse de l’histoire de Perrault).

 

Dans la version de Perrault la princesse est bien réveillée par un baiser mais elle est ensuite réduite à l’état de courtisane que son bien-aimé visite de temps en temps avant que son froussard de mari ne profite de la mort de son père pour la faire monter sur le trône. Dans tous les cas, La belle au bois dormant perd cette aura de romantisme absolue érigée par Disney pour nous rappeler que la sorcière ne l’a pas forcée à faire la sieste mais lui a bel et bien jeté une malédiction.

 

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Normalement au bout de 100 ans de sommeil, on ressemble plus à ça qu'à une jeune fille fraiche et en bonne santé

 

 

La problématique du mérite

  Maintenant que j’ai énuméré plus ou moins rapidement ce qui me paraissait être les différences primordiales entre les contes papier et leur adaptation Disney, il est temps de soulever le problème que posent ces variations et qui est la perversion de la notion même de mérite, de récompense.

 

Vraies fausses victimes du destin

Car voilà, chaque héroïne obtient son happy end, mais qu’ont-elles réellement fait pour y parvenir ? Le bonheur ça ne descend pas du ciel comme par magie, ce n’est pas non plus un dû, c’est quelque chose pour lequel on doit travailler. Par exemple, si vous êtes amoureux de quelqu’un et que vous voulez que vos sentiments soient réciproques, il faut bien se bouger et tout mettre en œuvre pour que cela marche (et évidemment ça ne fonctionne pas à tous les coups, ce serait trop simple).

 

C’est là que ça devient marrant. Blanche-Neige, on la voit nettoyer une fois la terrasse, chanter et danser avec les animaux et éventuellement faire le ménage dans une maison (enfin faire le ménage est un grand mot, elle se contente de passer le balai, les animaux choupi-trognons font tout le reste). Ah, et elle cueille des fleurs aussi. On ne peut donc pas dire que la charmante demoiselle ait fait grand-chose pour être heureuse sinon rester jeune et jolie même sous son cercueil de verre.

 

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Cendrillon ? C’est un cas un peu plus subtil mais si on n’y regarde de plus près, c’est le même schéma. Dans le conte de Perrault un petit passage nous indique qu’elle se propose de coiffer ses sœurs pour le bal, preuve d’une certaine noblesse de cœur tout de même puisque rien ne l’y oblige. Dans le dessin-animé, la jeune fille réalise toutes les tâches sous la contrainte et s’occuper de ses sœurs n’est qu’une corvée parmi d’autres. Cela n’a l’air de rien comme ça mais en vérité ça dit tout du personnage : Cendrillon n’est jamais caractérisée que de manière indirecte, c'est-à-dire qu’on ne nous montre jamais ses vertus mais uniquement les défauts de Javotte et Anastasie. Le procédé est un peu pervers dans le sens où tout repose sur une comparaison. Mettre une souris à côté d’un éléphant la fait paraître minuscule, mais à côté d’un microbe elle est énorme. Mettre une personne détestable à côté de personnes encore plus détestables qu’elle la fait passer pour un parangon de vertus. Aussi s’il est absolument certain que Cendrillon est martyrisée, ça n’en fait pas quelqu’un de bien pour autant. Il suffit de lire la fin de l’Histoire de la princesse Rosette de la Comtesse de Ségur, une autre variante de Cendrillon, pour s’en convaincre : les deux sœurs, Orangine et Roussette, sont punies par la fée pour avoir tenté d’assassiner l’innocente demoiselle ; elles sont devenues défigurées et mariées à deux brutaux chargés de les battre tant qu’elles n’auront pas montré signe de compassion. Et vous savez quoi ? Orangine et Roussette restent comme cela toute leur vie parce qu’elles sont incapables de surmonter leur jalousie. Elles sont victimes de leurs maris respectifs ; sont-elles pour autant de bonnes personnes ? Non. Cendrillon est la servante de la maison ; ce statut la rend-elle automatiquement et fondamentalement gentille ? Non.

 

Tout cela fait que la version Disney en forçant outrageusement le trait des méchantes nous pousse à plaindre instinctivement la victime mais cette dernière n’a en elle-même, aucune qualité apparente (elle sait chanter et danser, youhou). Elle n’a pas l’astuce de l’héroïne éponyme du conte Finette Cendron, autre variation qui mélange Cendrillon et Petit-Poucet de manière assez intéressante, qui elle prend l’initiative, désobéit à sa marraine, sauve ses sœurs Fleur-d’Amour et Belle-de-Nuit (des noms narcissiques traduisant à merveille le caractère des personnages), se fait battre par elles, terrasse un ogre, charme le prince, humilie ses sœurs et finalement les récompense elles et leurs parents forcés de les abandonner. La chatte des cendres, de Basile, quant à elle, met au jour un aspect du conte particulièrement ironique : c’est Cendrillon (ici nommée Zezolla) qui tue sa belle-mère grognon mais inoffensive pour que son père épouse son institutrice (la Carminosa), institutrice qui se révèlera finalement bien plus terrible que la précédente épouse et qui la maltraitera. C’est une belle leçon que de voir que Zezolla est punie pour avoir orchestré le meurtre de sa deuxième mère pour finalement se repentir et trouver le bonheur tandis que la Carminosa est aussi punie pour ne pas avoir tenue sa part du marché.

 

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De la même manière la Belle au Bois Dormant est sans aucun doute la plus dotée et la moins méritante du lot. Elle n’aura eu qu’à naître et la voilà déjà prédestinée à une beauté époustouflante et à épouser un beau prince en bonus. Le maléfice qu’elle subit paraît complètement inoffensif vu qu’étant endormie, elle n’a conscience de rien et que Disney ne la laisse même pas dormir les cent années qu’aurait dû durer le sortilège.

 

Morale contemporaine

Les héroïnes de ces trois dessins-animés apportent à mes yeux un énorme problème de représentation. De nos jours les enfants connaissent d’abord les contes de fées à partir de Disney, ils lisent de moins en moins les contes originels qui possèdent pourtant bien plus de facettes et de complexité qu’il n’y paraît. L’avantage du support papier est que la caractérisation du personnage n’a pas besoin d’être subtile, il suffit de jeter un « la douce jeune fille » ou un « la pauvre enfant » par-ci, par-là, pour que le lecteur intègre que la princesse possède un certain nombre de vertus. Dans un long-métrage c’est bien différent. Le parti-pris esthétique de Disney a beau être très intéressant, il force les scénaristes à négliger des détails au premier abord anodins et en réalité très révélateurs (n’oublions pas qu’un conte est bien souvent bref, il n’y a pas de longue description interminable à la Balzac, l’auteur va à l’essentiel, il est donc difficile de retrancher quelque chose) au profit d’autres éléments. Il en découle une aseptisation certaine du conte et la nouvelle morale qui s’en dégage me paraît particulièrement malsaine.

 

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Je ne me souvenais pas que la sorcière était aussi sexy dans le dessin-animé...

 

Quel est le message que suggère cette trinité, notamment aux filles ? Femme, sois belle et le bonheur te tombera tout cuit dans le bec. Voilà c’est tout ! Blanche-Neige est jolie, elle se contente de faire une tarte aux prunes et de temps en temps elle passe le balai : elle récupère le prince charmant à la fin. Cendrillon est jolie, elle fait le ménage et va pleurnicher sur les genoux de sa marraine : elle récupère le prince à la fin. Aurore est jolie, elle danse avec un hibou dans la forêt et elle roupille en attendant que quelqu’un vienne lui apprenne à se servir d’une aiguille à coudre : elle récupère le prince à la fin. Toi, fille ordinaire, sois jolie, soigne ton apparence (tiens, exactement comme le font les méchantes sœurs des contes originels) et attends : tu récupéreras le prince à la fin. Crois juste en tes rêves et ne fais jamais rien pour les réaliser. Quel message paradoxal ! Sous les dorures de ces magnifiques dessins-animés, on gratte à peine et on trouve déjà le germe d’une morale d’autant plus dangereuse qu’elle se grave en nous sans qu’on n’y fasse attention (c’est la magie du conte).

 

Aussi suis-je consternée encore aujourd’hui lorsque je rencontre des filles qui ont pour modèle plus ou moins inconscient cet idéal « disneylien » parce qu’au fond elles se rendent malheureuses elles-mêmes en espérant quelque chose d’impossible, en essayant de satisfaire des exigences trop hautes. J’en ai connu et je me rappelle nettement les avoir choqué en soulignant le fait que le prince de Blanche-Neige est, sans nul doute, un nécrophile (ou alors un type louche), comme si je brisais un doux rêve.

« Il y a quelqu’un pour moi quelque part, je l’attends sous mon cercueil de verre. Il y a quelqu’un rien que pour moi, quelqu’un à qui je suis nécessaire, il me cherche dans les plaines, dans les forêts, en haut des montagnes, au fond des gouffres. Il y a quelqu’un qui va venir me chercher, il m’emmènera dans son château, dans cette bulle d’amour que rien ne brisera. Il y a quelqu’un pour moi, j’étouffe d’attendre sous mon cercueil de verre. »

 

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Une Rapunzel cyber-punk, je veux bien aussi

 

La thématique des Deux Soeurs

Face à ce souci de représentation qui crée des ambiguïtés, mon alternative est un autre conte très proche de Cendrillon à une grosse différence près, différence qui change toute la portée de la fable. En effet le motif qui m’a le plus marqué dans ma jeunesse est de loin celui des « Deux Sœurs », représenté par une multitude de versions dont la plus connue est Les fées de Perrault. La structure narrative est quasiment identique à Cendrillon : Le père veuf se remarie avec une belle-mère acariâtre qui considère sa fille comme un trésor et maltraite celle qui n’est pas la sienne. A la fin, la victime se marie avec le prince. L’évènement qui relie l’introduction et la conclusion n’est pas un bal (évènement mondain par excellence et donc plein d’artifices, de mensonges, le règne de l’apparence) mais une épreuve que les deux sœurs passent chacune à leur tour. L’une triomphe et est récompensée, l’autre échoue et est punie.

 

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Dans Les deux galettes de Basile, les sœurs deviennent cousines mais le principe reste le même : Martiella va à la fontaine et rencontre une vieille dame affamée. Pleine de compassion elle lui offre toute entière la galette qui devait lui servir de repas et reçoit comme don que des perles tombent de sa chevelure à chaque fois qu’elle se peignera. Sa tante, jalouse, envoie en vitesse sa propre fille, Puccia, à la fontaine sans lui expliquer la situation, et lorsque celle-ci entreprend de narguer la vieille femme en se délectant sous ses yeux de sa galette, sa punition est de laisser s’échapper des poux à chaque fois qu’elle se peignera.

 

On compte aussi comme variation Les enchantements de l’éloquence de Mademoiselle Lhéritier qui donne un nom à l’héroïne, Blanche, et à sa mauvaise sœur, Alix, toutes deux longuement caractérisées, ou Frau Holle des frères Grimm dont j’ai déjà un peu parlé, véritable emblème du genre : cette fois, la pauvresse laisse sa quenouille tomber dans un puits et est forcée par sa belle-mère d’aller la chercher. Sauf que dans le puits se trouve un passage vers un monde enchanté dirigée de main de fer par Frau Holle (Dame Hiver en version française alors que le mot Holle est plutôt à rapprocher de la traduction « enfer ») qu’elle va servir jusqu’à s’ennuyer de chez elle et y retourner (on dirait une sorte de résurrection), récompensée par une pluie d’or. Sa demi-sœur, appâtée par l’attrait du gain, va vouloir l’imiter mais, trop paresseuse pour travailler correctement, elle recevra une pluie de poix au lieu de l’or convoité, poix dont elle ne pourra jamais se séparer.

 

Les Deux filles, un conte gascon, développe encore d’avantage le principe de l’épreuve puisque cette fois-ci la fée vit dans un château et propose à ses visiteurs de choisir des cadeaux pour déterminer la pureté de leur âme : par exemple la paysanne qui prend une robe déchirée dans la penderie se voit forcée de garder la plus belle, et il se passe l’inverse avec la fille suivante.

 

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Seuls les fans de Sound Horizon peuvent comprendre la double référence

 

Mais la version la plus fine du thème reste à mes yeux La veuve et ses deux filles de Madame Leprince de Beaumont parce que cette fois-ci Blanche et Vermeille, les deux sœurs, sont mises dès le départ sur un pied d’égalité ; il n’y a ni méchante, ni gentille et aucune n’est battue par sa mère. Seulement en recevant la visite d’une étrangère Blanche offre à manger à contrecœur, Vermeille sans compter, ce qui leur vaut une récompense très intéressante : la première deviendra reine, la seconde fermière. On peut se dire que la fée s’est trompée quelque part, que ce n’est pas logique, mais au final Blanche, devenue reine grâce à sa beauté, souffre énormément de son nouveau statut puisque le prince se lasse d’elle, prend des maitresses et que du coup plus personne ne la respecte ni ne fait attention à elle. Et quand elle retourne voir Vermeille, cette dernière devenue très heureuse l’invite à rester fermière auprès d’elle et à se contenter du nécessaire.

 

Pour une nouvelle morale

 

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En conclusion de ce « petit » exposé, je dirais que le conte est un genre beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît et qui mérite largement qu’on s’y intéresse de plus près. Le conte possède un pouvoir immense qu’il ne faut pas sous-estimer, il ne se démode jamais, il fait rêver. Il est donc dommage de faire disparaître ces siècles d’histoires dans l’oubli en abandonnant la version papier au profit d’adaptations modernes, certes de qualité, mais ne retranscrivant jamais tout à fait intégralement l’atmosphère d’origine. En voulant trop simplifier et arrondir les bords, Disney y va parfois un peu fort avec la scie-sauteuse et ce sont des morceaux importants, du moins à mon sens, qui tombent, donc autant d’éléments d’interprétation qui disparaissent. En d’autres termes, il est primordial de comparer les supports et ne pas se contenter d’une seule source. Je ne déteste pas Disney pour autant mais ma préférence va toujours aux originaux.

 



Pour l'Eroge Mix de février, j'ai choisi Sengoku Rance, un jeu relativement connu qui possède quelques pistes bien sympas, mélange de rock et de traditionnel (celles que je préfère).

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commentaires

Fleur 01/03/2013 23:34

Salut, après cette petite explication, je crois que je comprends mieux, ce que tu voulais dire. Je suis d'accord avec ton idée d'un juste milieu, après j'ai l'impression qu'on fait de moins en
moins regarder les tous premiers disney mais je n'en suis pas sûre. C'est vrai que le cinéma c'est puissant pour bourrer le crâne. Mais j'espère (naïvement peut-être) que les filles d'aujourd'hui
soient capables de se rendre compte que le prince charmant ne nous tombe pas dans les bras, de 1 parce qu'il n'existe pas et encore heureux parce qu'il serait d'un ennuie mortel et de 2 que l'amour
c'est pas comme ça.
J'ai regardé de loin le cinéma politique et il y a de nombreux articles qui m'intéressent mais par manque de temps, je ne peux pas les lire maintenant (examens la semaine prochaine et on peut pas
dire que je sois prête). Merci pour le lien ^^.
Quant à la création de visual novel, on n'est pas assez avancé dans le projet pour être bloqué totalement et avoir un site de développement et vu notre vitesse de production c'est pas pour tout de
suite, le scénario est fait et là on travaille sur les personnages plus en profondeur aussi bien en dessin qu'en passé et personnalité. Et puis tes articles sur le sujet m'ont bien aidé déjà. Et je
crois que les girl pursues boys, c'est pas ta tasse de thé donc je ne veux pas t'embêter avec ça. Notre seul vrai problème risque d'être la programmation, ni mon amie ni moi ne sommes très au fait
de cela mais google est ton ami... la plupart du temps.
J'en ai lu un peu plus sur Milk, tes personnages ont l'air plutôt barrés et c'est originale cette histoire de vache humaine qui doit signer un CDI pour ... se faire traire ? ... ça fait bizarre de
l'écrire XD. Makuro est celle qui me plaît le plus pour ce que j'en ai lu et vu et compris. Après il faut que je télécharge l'épisode 1 pour vraiment savoir. Aller, il se fait tard, j'ai encore du
boulot alors bonne soirée, bonne continuation, ce blog est top moumoute !

Oh, et si ce projet de lunapar aboutit, je serais ravie d'en être la première cliente ^^ Champagne pour tout le monde XD (enfin champomy, vu mon budget)

Helia 31/03/2013 16:21



Blanche-Neige n’a plus trop le vent en poupes mais il me semble que Cendrillon est toujours extrêmement populaire, après je ne suis plus au contact d’enfants depuis un moment, donc je dis un peu
ça au piff XD. En même temps, d’autres œuvres cinématographiques poursuivent le thème du prince charmant (genre Twilight, d’une certaine manière), alors la disneylandisation du monde continue par
d’autres biais...


 


Prends-ton temps si les articles t’intéressent, hein, c’était juste pour référence ^^.


 


« Quant à la création de visual novel, on n'est pas assez avancé dans le projet pour être bloqué totalement et avoir un site de développement et vu notre vitesse de production c'est pas pour
tout de suite, le scénario est fait et là on travaille sur les personnages plus en profondeur aussi bien en dessin qu'en passé et personnalité » = Hésite pas à donner des nouvelles
quand-même, des fois avoir un peu de soutien peut changer la donne =).


 


 « Et puis tes articles sur le sujet m'ont bien aidé déjà » = Si ça a pu servir à quelqu’un, j’en suis très contente ! Mon but était
justement d’aider au maximum ceux qui veulent se lancer dans la création de visual novel.


 


« Et je crois que les girl pursues boys, c'est pas ta tasse de thé donc je ne veux pas t'embêter avec ça. » = C’est pas parce que je ne suis pas très otome game que ça ne m’intéressera
pas. Crois-le ou non mais j’aime tester des tas de choses différentes (y a même 1 ou 2 jeux BL qui me font de m’œil alors que je ne supporte pas ça d’habitude XD) et changer de genre ne me
dérange pas quand le thème m’intéresse.


 


« J'en ai lu un peu plus sur Milk, tes personnages ont l'air plutôt barrés et c'est originale cette histoire de vache humaine qui doit signer un CDI pour ... se faire traire ? ... ça fait
bizarre de l'écrire » = J’ai simplement essayé de faire quelque chose qui me plaît en espérant que ça plaise à d’autres. Mais oui, ça fait bizarre à écrire, je confirme, c’est pour ça que
j’ai du mal à expliquer aux gens de quoi ça parle !


 


« Oh, et si ce projet de lunapar aboutit, je serais ravie d'en être la première cliente » = Malheureusement il n’aura jamais de club d’hosts Träumendes Mädchen. Ou alors il nous faut un
riche sponsor et beaucoup d’abnégation :p.



Fleur 22/02/2013 05:27

Salutations ! En cet heure tardive ou très matinale, j'ai commencé à lire ton blog, et j'ai beaucoup ri (le jeu avec les pigeons c'est assez fort) et trouvé tes commentaires très pertinents mais je
me sens obligée d'émettre des réserves sur cet article, que je trouve très bon mais peut-être pas assez tempéré. Et puis j'aime bien me faire l'avocat du diable.
Je sais que les premiers films disney sont assez simplets mais il faut les remettre dans le contexte de l'époque, blanche neige date quand même de 1937, le film a été fait par des hommes et en ce
temps là, la femme devait se contenter d'être belle et de se taire. Donc c'est vrai c'est un dessin animé dont l'héroïne est une nunuche qui ne sert à rien à part à faire le ménage, et qui n'est
rien d'autre qu'un joli objet ou trophée, mais à l'époque c'est ce que voulait la tradition, ce film n'est qu'un reflet de ce que l'on attendait de la femme et quoi de mieux qu'un film mignon pour
conditionner les petites filles de l'époque ? Je ne cautionne pas, mais c'est comme ne pas cautionner de très vieux faits historiques comme le colonialisme, c'est facile puisqu'on est détaché de
l'époque et de son ambiance.
Après il y a un autre point qui me dérange, c'est d'avoir oublié à qui s'adressent ces films. C'est très clairement pour de jeunes voire très jeunes enfants. Tu les as vu récemment (enfin il y a un
moment déjà mais t'étais adulte je crois), tu les as analysé et c'est une excellente analyse, mais les gamins, ils n'analysent pas ou en tout cas pas de cette manière. A l'âge où j'ai vu Cendrillon
et tous les autres navets de disney, je n'étais vraiment pas capable de comprendre ce que voulait me dire le film, c'étaient des images jolies qui bougent, des jolies chansons et l'histoire je
comprenais pas toujours (la mère de bambi j'avais pas compris qu'elle était morte la première fois), mes parents m'ont fait regarder princesse mononoke à la même époque, j'avais rien compris non
plus, c'est quand je l'ai revu plus tard dans l'adolescence que j'ai vraiment apprécier cette petite perle d'animation et où j'ai un peu compris ce qu'il voulait véhiculer. Ensuite, les contes
originaux sont assez sombres, gores et un peu bizarre des fois (comme le truc de blanche-neige qui est une enfant c'est assez space, je savais pas ça, maintenant je vais pouvoir crâner dans les
dîners mondains fufufufu (rire snob)) donc vouloir une adaptation fidèle du conte en dessin animé, je suis pas sûr que ce soit bon pour nos petites têtes blondes, moi j'aurais vu les soeurs de
Cendrillon se couper les pieds pour rentrer dans les chaussures je suis pas sûre que j'aurais ensuite été capable de m'approcher de mes baskets sereinement.
Donc bon OK disney a peut-être un peu trop décapé les contes, mais peut-être que c'est pas plus mal de vouloir préserver l'innocence des enfants. Moi quand j'ai vu la vrai version de la petite
sirène qui crève comme une grosse merde sans son prince, j'ai chialé, et c'est pas ce que veulent les parents quand ils nous mettent devant la télé c'est pour être tranquilles et pas nous consoler
pendant une heure parce qu'Ariel est morte. Plus tard j'ai compris la philosophie de ce conte et j'ai trouvé ça vachement bien mais voilà, j'ai compris à l'âge de 13 ans pas à celui de 6. Et puis
même si ces films sont assez superficiels, c'est notre enfance et on a tous de la nostalgie même les plus cynique d'entre nous et on regarde parfois plus en profondeur l'histoire du conte et ces
trucs un peu simplets de disney nous conduisent vers les contes originaux et il y a beaucoup de "et" dans ma phrase mais c'est pas grave (je ne suis pas une littéraire, juste une gameuse) et avec
notre maturité on peut comprendre les morales implicites de ces vrais contes. La version polie, c'est un tremplin vers la version plus intéressante, plus vraie, plus réfléchie.
Donc c'est clair les disney d'il y a 70 ans c'est pas une image très modernes de la femme qu'ils dépeignent, c'est un vieil idéal dont on s'est affranchie depuis longtemps (quoique pas partout dans
le monde) on montre ces films à nos enfants parce qu'ils nous rappellent notre enfance, pas parce qu'ils sont bons, juste parce qu'il y a de jolies images qui bougent et que c'est propre, mais à
côté de ces navets aujourd'hui il y a de bien meilleur film d'animation à montrer aux gamins en plus (wall-e, presque tous les Miyazaki, là-haut etc), je ne pense pas qu'il y ait besoin de jeter à
la poubelle ces 3 films disney, il faut juste éviter de les passer en boucle aux filles.

Je sais pas si j'ai été claire, 5h du mat, je suis insomniaque mais quand même, je fatigue. Tout ce que tu as dit dans l'article je suis d'accord, totalement, mais je comprends aussi ce que voulait
faire disney. En dehors de ça j'adore ce blog, je fais aussi dans la conception de visual novel avec une pote et ton projet Milk à l'air intéressant même si ce truc de fille vache, j'ai pas encore
compris (je mets du temps à comprendre, mon cerveau ultra logique est un peu lent) faut que j'aille voir le site de dev. Je te souhaite bien du courage pour la suite, plein de bonne chose et je
suis triste que ce projet de lunapar n'est pas abouti, je serais bien venue essayer moi, je crois que j'aurais choisi Roganis quoique Keul et Orfaen avaient l'air tentant aussi XD. Club d'hôtes,
c'est japonais sont vraiment bizarres parfois.

Helia 28/02/2013 21:35



Ma foi, ma foi, quel commentaire impressionnant de longueur XD.


 


Je sais pertinemment que les premiers films Disney s’inscrivent dans un contexte patriarcal bien plus
sexiste qu’aujourd’hui (ce qui est déjà beaucoup moins le cas de la Petite Sirène), et ce n’est pas vraiment ça que je critique. Ce qui me parait dangereux c’est que ce contexte, tout le monde
semble l’avoir oublié et effacé. Tu as l’air d’être d’accord pour dire que l’apologue est la forme la plus sournoise et la plus efficace pour bourrer le chou aux enfants. Pourquoi est-ce que les
apologues en faveur du racisme sont aujourd’hui regardés avec beaucoup d’embarras (certains vieux dessins animés censurés) et qu’on distribue aux enfants des apologues en faveur du sexisme sans
jamais rien remettre en doute ? Il est vrai que les enfants n’analysent pas ces dessins animés et c’est justement ça qui est sournois ! Parce qu’ils vont avaler le message et
l’assimiler sans se poser de questions. Evidement, cela ne veut pas dire qu’ils vont devenir psychopathes quand ils seront grands, on est bien d’accord. Certains vont varier les sources de
divertissement et d’informations et auront à leur disposition un plus large panel d’éléments pour comprendre le monde, comme toi et moi, par exemple, mais d’autres seront abreuvés des mêmes
imageries et finiront par reprendre les codes de ces dessins animés sans s’en rendre compte. J’ai vu des jeunes filles comme ça et elles se rendaient malheureuses « toutes seules »
parce qu’on leur avait vendu un idéal du bonheur qui, finalement, ne leur correspondait pas : nous partagions le même goût pour les contes de fées mais nous ne l’utilisions pas de la même
façon. Et même si je me pense hors d’atteinte, la réalité est qu’il m’arrive régulièrement de me reprendre en me disant « Non, non, tu ne dois pas penser comme ça » parce qu’une image
disney-esque est venu parasiter mon jugement.


 


C’était la première chose, la seconde étant qu’il faut un équilibre à tout. Entre le trop mignon et le
trop gore, il existe tout un monde. Je n’ai jamais demandé une adaptation fidèle à la lettre près de mes contes préférés, au contraire, je suis ouverte à toutes les variantes possibles, du moment
qu’elles sont créatives. Notamment, l’aspect gore peut tout à fait être écarté ou raconté d’une autre manière (plus implicite, par exemple). Aussi, je ne prétends pas qu’il faille balancer des
images sordides à la gueule de nos chérubins, je pense simplement que les surprotéger n’est pas forcément très judicieux, surtout à partir d’un certain âge. Raconter la mort de la petite sirène à
une gosse de 3 ans ou à un gosse de 8 ans change tout, surtout que chacun possède son propre rythme de maturité, je parle donc davantage des « grands » enfants. Ensuite il ne faut pas
oublier la différence entre un livre et un dessin animé : le premier ne montre pas les images de la mort, il est, par essence, plus difficile d’accès, c’est pour cela que je pars du principe
que si l’enfant a l’âge et la maturité pour lire convenablement, ça ne sert à rien de lui refourguer une énième copie de la version Disney. Quant au gosse de 3 ans...c’est très bien de préserver
son innocence mais il ne faut juste pas oublier de le laisser grandir, c’est tout ;).


 


« Donc c'est clair les disney d'il y a 70 ans c'est pas une image très modernes de la femme
qu'ils dépeignent, c'est un vieil idéal dont on s'est affranchie depuis longtemps (quoique pas partout dans le monde) » = Oh, tu serais surprise de constater à quel point cette idéologie est
encore rampante dans les mentalités d’aujourd’hui =/. Bien sûr que les choses bougent mais des relents persistent et ça crée parfois une sacrée schizophrénie. Il y a un blog que j’aime beaucoup
lire, c’est Le cinéma est politique (http://www.lecinemaestpolitique.fr/). Le parti-pris, qui est d’analyser les restes de patriarcat dans les
films et les dessins animés, est très marqué et ne plaira pas à tout le monde, mais force est de constater que la lecture tient la route.


 


Tu t’adonnes à la création de VN, toi aussi ? Hésite pas à donner des nouvelles ou à demander des
conseils alors, faut pas rester dans son coin ;).


 


« ton projet Milk à l'air intéressant même si ce truc de fille vache, j'ai pas encore
compris » = Ne t’en fais pas, tu n’es pas la seule : beaucoup de gens n’ont absolument pas compris ce que je cherchais à raconter XD.


 


Mon Dieu, la première cliente de notre lunapar ? Je dirais à ces messieurs qu’ils ont du succès
XD.



Autre 18/01/2013 12:52

Oh et au passage, j'ai oublié de te laisser le lien d'un visual novel qui pourrait te plaire : http://moacube.com/games/cinders/

Une lutte féministe, possédant énormément de fin, la soluce est ici : http://cinders.wikia.com/wiki/Cinders_Wiki

Que tu l'es dans un coin.

Helia 27/01/2013 17:14



Si l’héroïne tue elle-même sa belle-mère, ça ne peut pas être « une » version Disney, tout simplement ^^’. Il n’y a qu’une seule Blanche-Neige de Disney, celle du dessin animé, les
autres variantes que tu trouves viennent d’ailleurs.


 


Aussi, je tiens à faire remarquer que le tout dernier article que j’ai posté sur le blog (certes, ça date un peu) parlait justement de Cinders donc...je pense que je connais X’).



Autre 18/01/2013 12:34

C'est marrant, parce que dans la version disney que je possède, Blanche-Neige tue elle-même sa belle mère en poussant un gros rocher à l'aide d'un bâton, du haut de la falaise sur elle.
Donc loin d'être douce et innocente la jeune fille. Même chez Disney.

Svan 02/11/2012 21:43

Merci beaucoup, c'était bien elle, j'ai pu retrouver sa trace ainsi ! =)

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