12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 20:59

Récemment mon colocataire a rapporté sa Wii qui prenait la poussière. Il se trouve que sa maigre ludothèque comportait Fragile Dreams, le jeu qui lui avait fait acheter la console mais auquel il n’avait jamais trop pu toucher. Ayant pour ma part toujours été intriguée par la couverture, nous nous dits que l’occasion était décidément trop belle. Et c’est comme ça que nous embarquâmes pour un drôle de voyage…

 

Seto est un adolescent d’à peine quinze ans quand le vieil homme qui l’avait recueilli jusqu’alors meurt. Or les rues de Tokyo ne sont plus que ruines depuis une catastrophe ayant décimé la majeure partie de l’humanité. Seto va donc devoir prendre son courage à deux mains et partir à la recherche d’autres survivants pour combler sa solitude. Un périple qui comprendra son lot de surprises et d’émotions.

 

 

 

Dans les ruines baignées par un rayon de lune

Fragile Dreams est un peu un OVNI. Le studio de développement à l’origine du projet, Tri-Crescendo (aussi connu pour Eternal Sonata), voulait mélanger des éléments de survival horror et de RPG, le tout relativement grand public. Résultat, cette œuvre atypique se base en grande partie sur son ambiance : Seto étant encore jeune, il est relativement faible et ne peut se battre qu’avec de vieux objets ramassés ça et là au fur et à mesure de sa quête. L’emphase est donc mise sur l’exploration de l’univers. Les environnements sont sombres, pullulent de fantômes, et il faudra jouer du pointeur de la Wiimote –devenue lampe torche à l’occasion - à la fois pour trouver son chemin et effrayer les ennemis. Même si la plupart du temps ce sont les ennemis qui vous effrayeront : en effet le jeu de Tri-Crescendo a la particularité de beaucoup jouer sur les sons. Ainsi la présence des fantômes se fera savoir avant même leur apparition par le moyen du haut-parleur. On pourrait croire que cela gâche la surprise mais les bougres feront tout pour vous prendre par surprise et le bestiaire compte quelques créatures assez repoussantes (on pense aux jambes d’enfants qui rient ou aux pleureuses avec des pics et un œil dans le dos qui relèvent le niveau des pigeons maléfiques).

 

 

Disséminés un peu partout, les feux de camp seront le seul havre de paix du héros puisqu’il pourra s’y reposer pendant que vous organisez son inventaire et sauvegardez votre partie. En parlant d’inventaire justement, Fragile Dreams ressemble un peu à Dark Soul dans la mesure où il faut régulièrement s’arrêter aux feux de camps pour le gérer. Le protagoniste sera même invité à ramasser les « objets-mystère », des objets ne se dévoilant que devant la lumière dégagée par les flammes. Parmi eux les souvenirs, des fragments dévoilant le passé de leur propriétaire avant leur décès. Ces séquences en plus d’être touchantes aident à mieux comprendre ce qu’a pu être la catastrophe et approfondissent l’univers.

 

Heureusement le marchand-poulet est là pour te réconforter de sa présence !

 

De plus la direction artistique de Fragile Dreams est emprunte de poésie. Les artworks du jeu sont sublimes et les paysages retranscrivent à merveille la désolation du monde mais aussi ses rares éclats de beauté. La musique est également enivrante mais malheureusement un peu trop discrète : les pistes au piano mélancoliques se réservant d’apparaître à seulement quelques scènes clefs et pas forcément toujours judicieuses. L’impact émotionnel aurait à mon sens été plus fort si on avait pu les entendre en découvrant les différents souvenirs. Du reste, le combat final sur fond de musique triste était vraiment bien vu et les pistes les plus sombres collent quant à elle parfaitement à l’ambiance angoissante. La majeure du temps, le héros sera de toute façon confronté au vide et au silence, ce qui met bien en valeur les bruitages à l’approche des fantômes. Rien à dire côté seiyuu, Houko Kuwashima (Kirika dans Noir, Margaret dans Madlax, Arete dans Arete Hime, Tomoyo dans Clannad) se débrouille assez bien avec Seto et j’ai beaucoup apprécié la performance de Umeka Shoji en tant qu’Assistante Personnelle (Personal Frame en VO).

 

 

Un mélange un peu bâtard

Présenté ainsi, Fragile Dreams possède un attrait indéniable pour les amateurs d’œuvres poétiques et les premières heures de jeux sont réellement rafraîchissantes, mais très vite les défauts commencent à pleuvoir et gâcher l’expérience.

 

Tremblez démons, j'ai un balai ! Hé, c'est toujours mieux niveau charisme que la brindille du début du jeu...

 

Tout d’abord, vous le découvrirez probablement au plus mauvais moment, les armes se brisent et il faut régulièrement les changer. Le problème c’est qu’il n’y a rien à l’écran pour indiquer le taux d’usure qui est, en réalité, complètement aléatoire. Vous pouvez très bien briser votre toute nouvelle arme au bout d’une seule utilisation (!!!), recharger votre partie au même endroit et soudainement tenir 30 minutes avec la même arme. C’est extrêmement agaçant puisqu’une arme brisée ne fait quasiment plus de dégâts, ce qui rend les combats tellement longs qu’il vaut mieux se laisser mourir ou s’enfuir.

 

Seto n’étant guère maniable, les combats deviennent assez vite lassants et frustrants. Par exemple, il n’est pas possible de faire un pas de côté ou de se retourner rapidement, il faut faire un tour complet sur soi-même, et il est très difficile d’estimer les distances. La prise de niveau paraît au fond assez superficielle et inutile au point où on se demande pourquoi les développeurs n’en ont pas fait un survival horror tout court. Il aurait par exemple été bien plus intéressant de ne pas avoir d’arme ! La lampe-torche aurait ainsi véritablement repoussé les fantômes, Seto aurait eu à se soigner régulièrement pour récupérer les objets-mystère au milieu des monstres et la tension au moment de rejoindre le prochain feu leur aurait donné plus d’importance.

 

En l’état, il y a trop de feux de camp pour rendre l’aventure difficile et les combats sont trop agaçants pour rendre l’aventure plaisante. Et c’est quand-même un comble que de devoir tracer dans les derniers niveaux par lassitude et envie pressante d’en avoir fini…

 

 

Reverie of the Personal Frame

Mission: trouver la fille en tenue d'hôpital pour lui offrir de meilleurs vêtements...

 

La déception est également assez grande au niveau de l’histoire. Je ne m’attendais pas forcément à quelque chose d’immensément développé mais je m’attendais au moins à quelque chose. Las ! A peine sorti de chez lui, Seto croise une jeune fille mystérieuse courtement vêtue (pratique pour marcher dans les ruines ?) et oublie immédiatement ce que lui a dit son grand-père pour la poursuivre. On ne la reverra qu’à la toute fin du jeu. Entre ces deux moments, il ne se passera quasiment rien et l’objectif du protagoniste sera à chaque zone de voir si la fille aux cheveux d’argent est dans le coin. Evidemment, il rencontrera quelques personnages en cours de route mais ceux-ci ne resteront guère longtemps en sa compagnie : ils auront tous une bonne excuse pour disparaître à la fin du niveau et se faire remplacer par le prochain. Et surtout, plus grave encore : ils n’auront aucun développement. Crow, comme la fille que recherche Seto, sont des tropes sur patte sans aucune saveur (dans le cas de Crow, agaçant de surcroît) et Sai est tellement vide qu’il est difficile de savoir si elle a une personnalité. Finalement, seuls le marchand à tête de poulet qui passe occasionnellement près des feux de camp et l’AP, dont le héros se sépare bien trop vite, se révèlent véritablement intéressants…et ce sont visiblement les personnages les plus secondaires. Quand une simple radio est plus attachante et émouvante que l’ensemble des personnages humanoïdes réunis, il y a de quoi se poser des questions… J’étais vraiment fan de l’AP qui me faisait penser à ce que Yumemi de Planetarian aurait dû être.

 

L'AP, meilleur perso du jeu ! Oui, c'est elle dans le dos de Seto.

 

Ne parlons même pas de l’explication derrière la catastrophe qui se révèle moins convaincante que tout ce que vous aurez imaginé de votre côté. Fragile Dreams n’a tout simplement aucun rythme dans la mesure où quasiment toutes les cinématiques ont été regroupées soit tout au début, soit tout à la fin du jeu. Difficile de traverser ce fossé quand la seule motivation de Seto est de retrouver celle qu’il pense être la seule fille sur terre. Officiellement pour combler sa solitude, mais vu qu’il a au moins trois compagnons différents juste après (robot, garçon et fantôme), on comprend vite qu’il veut se la faire et ça n’aide pas à trouver le personnage sympathique.

 

 

Le retour des couloirs

Si ça n’avait été que ça, je pense que Fragile Dreams serait restée une aventure, certes pas exceptionnelle, mais quand-même agréable et bien rôdée. Mais les développeurs ont fait bien pire. Le jeu étant très court (environ 10h), sa durée de vie a été artificiellement rallongée. Très artificiellement.

 

TOI JE TE DETESTE AVEC TES MONTAGNES RUSSES A LA CON, VA PLUTOT EMMERDER LES PIEGONS

 

Autant on peut pardonner quelques ficelles un peu grosses au début de l’aventure (comme retourner en arrière pour explorer un nouveau bout de zone alors qu’on vient de finir le niveau sous prétexte que la fille mystérieuse serait là), autant vient un moment où ce n’est plus possible (courir après Crow d’attraction en attraction dans le parc juste pour ralentir la progression était déjà assez casse-pied, il a bien sûr fallu rajouter le passage totalement inutile des montagnes russes). Concrètement à partir de l’hôtel, tout plaisir s’évapore. Précisément au moment où le jeu bloque ta progression pour te forcer à parler à un fantôme enfantin qui va te demander de retourner au début des premiers niveaux juste pour lui ramener des objets dont il n’a pas besoin. Tout ça n’ayant aucun sens dans la mesure où finalement Seto exige littéralement d’ouvrir la porte pour voir son cadavre, ça vaut totalement la peine de se déplacer juste pour ça…

 

 

TOI AUSSI JE TE DETESTE AVEC TES QUETES A LA CON, VA BOUFFER TES BROCHES

 

Comme si ce n’était pas déjà assez, les niveaux suivants multiplient les longs tunnels vides, les longues descentes à l’échelle et toujours plus de longs couloirs vides. Quitte à être parfois plus que sadiques, en transformant la passerelle en zone friable qui t’oblige à marcher très lentement (au cas où elle ne soit pas déjà assez longue). Jamais je n’ai trouvé les détracteurs de Final Fantasy XIII plus injustes qu’à ce moment là. Au moins Square Enix entrecoupe ses couloirs de cinématiques, il se passe quelque chose et les combats sont agréables ! Là, rien, nenni, néant. Et je ne parle pas des salles situées juste avant le combat final qui approfondissent davantage une frustration au niveau maximal. Entre les robots de la salle toxique qui te barrent le chemin alors que la vie de Seto descend de manière inexorable ou la salle de détecteur de mouvement qui te force à recommencer depuis le début à la moindre erreur (mais pas sans quelques combats !), un bel effort a été fourni pour s’assurer que le joueur ne s’amuse pas.

 

Verdict

En conclusion, j’ai été immensément déçue par Fragile Dreams. Je voulais vraiment aimer le jeu, j’étais vraiment intriguée et les premières heures étaient vraiment bien. L’ambiance était là, la direction artistique était là, l’utilisation de la Wii était très bonne. On voit bien en lisant le Wiki ou en étant attentif à certains détails qu’un grand soin a été apporté à la construction du monde post-apocalyptique, c’est que l’univers était là aussi…mais les développeurs n’ont pas su le mettre en valeur

 

La maniabilité rend les combats pesants et rien n’est fait pour te donner envie de continuer (l’excuse qui sert de scénario n’est pas suffisante, pareil pour l’attachement aux personnages trop simplistes et l’allongement de la durée de jeu est juste impardonnable). Je préfère encore une œuvre qui ne possède pas de combats (je ne suis pas fan de visual novel pour rien) ou une œuvre qui prend le parti de n’avoir aucun texte pour accentuer le mystère (hello Yume Nikki) qu’une œuvre qui a recourt à des ficelles archaïques par peur de sa propre originalité !

 

Note: Cet article était disponible sur Patreon depuis presque un mois. Merci à ceux qui me suivent là-bas pour leur soutien ~

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commentaires

Leina 22/10/2015 00:02

J'ai éclaté de rire en voyant les phrases en CAPS LOCK sous les images des deux casse-pieds :D
Ca a l'air assez poétique comme univers, sinon...

Helia 22/10/2015 14:18

C’est ma catharsis : ils ont été trop méchants avec moi alors je me venge 8).
L’univers est très poétique sinon, mais ça ne fonctionne que si tu es dans le trip et que tu oublies les défauts du gameplay.

Animus 22/07/2015 21:59

Même si c'est vrai que le jeu avait beaucoup de problèmes de gameplay (notamment certaines phases d'action horriblement lentes), je l'avais adoré.
J'ai beaucoup aimé l'histoire même si elle était vraiment triste (je me rapelle encore de la phrase de fin, bonjour la dépression :P) et j'avais versé une larme pour presque chacun des personnages secondaires.
Par contre je suis tout a fait d'accord sur le fait que les personnages principaux (si on peut dire que Ren est un personnage principal) sont vraiment fades, ils ont beaucoup plus l'air de fonctions que de personnes (ils servent juste de prétexte).
Ca m'a donné envie de le refaire tiens, plus qu'a mettre la main sur une wii. :D

Helia 26/07/2015 16:59

Le système d’armes qui cassent aurait pu être tellement mieux foutu rien qu’en ôtant la composante aléatoire. Je trouve ça injuste de se retrouver avec une arme HS alors qu’on vient à peine de l’acheter (et qu’elle a coûté cher). Parfois, elle se pète même sans être équipée (il suffit d’avoir alterner entre deux armes durant un combat), c’est pas logique du tout !

Après, je suppose que si tu as l’habitude d’être maltraité, c’est normal de ne plus trop t’en formaliser :p. Mais je tiens à faire remarquer qu’un jeu peut être super sadique tout en te récompensant quand tu comprends comment ça marche (genre Dark Soul).

Ca me rassure si je ne suis pas la seule à avoir tiqué sur le scénario. D’ailleurs, en réfléchissant bien, c’est un peu contradictoire : si l’expérience faite sur Sai l’a tué ainsi que l’humanité quasi entière, pourquoi ça n’a pas fait ça sur Shin qui était le 1e cobaye ? Et comment ça a tué l’humanité au juste ? Dans les souvenirs, on voit que les gens s’endorment et ne se réveillent plus, mais ce n’est pas vraiment expliqué pourquoi ou comment ça fonctionne. Et comment ça se fait que certaines personnes ne s’endorment pas ? (genre le héros) Sont-ils immunisés ? Si oui, pourquoi ? J’arrive pas à comprendre =’).

Le jeu essaye d’être ce que tu dis, mais je trouve qu’il est rattrapé par ses défauts. C’est mon avis personnel, bien sûr (je ne fais aucune accusation envers ceux qui aiment).

Animus 23/07/2015 16:23

En fait j'ai pas mal d'expérience sur les jeux amateurs (notamment les rpg), ce qui me rend peut-être assez résistant au gameplay lent du jeu (refaire 15 fois le même chemin dans tous les sens, je connais bien ça :D) ce qui a fait que cela ne pas dérangé outre mesure (je suis peut être légèrement masochiste mais j'ai bien aimé le système d'armes qui cassent :P).

Pour l'éradication de l'humanité, et bien en fait j'ai trouvé l'idée du projet de départ assez stupide (pouvoir rendre la lecture des pensés accessibles à tous pour créer de "l'empathie"), et le fait que on laisse un système aussi dangereux a des scientifiques qui ont l'air d'être libres de faire ce qu'ils veulent avec (fourni avec le bouton éradication de l'espèce humaine, ben voyons). Le pire est probablement l'antagoniste qui est la caricature suprême du méchant qui devient gentil a partir du moment ou il comprend qu'une personne l'aime...

Après le jeu est quand même bien plus que ça, c'est une plongée dans les ruines de l'humanité, dans un monde composé uniquement de souvenirs où le joueur ne connaîtra que solitude et pertes, et quand bien même la fin parait sereine, le jeu finit avec une phrase qui te fait bien fait bien comprendre que c'est juste une illusion passagère...

Après je dis pas qu'il s'agit de mon jeu préféré ou que c'est un chef-d'oeuvre, c'est juste qu'il m'a marqué et que je le considère comme une très bonne expérience.

Helia 22/07/2015 22:32

Tu fais donc partie de ces curieux spécimens. Est-ce que j’ai le droit de te disséquer pour comprendre :3 ?

Plus sérieusement, je suis prête à pardonner beaucoup de défauts si l’histoire est bonne…mais j’ai l’impression que quelque chose clochait, que la magie ne fonctionnait pas. Je pense que si les personnages avaient été plus développés (vu que l’histoire est surtout prétexte), j’aurais pu vraiment entrer dans le trip. Mais le jeu a vraiment tout fait pour m’en dissuader…

Sinon, tu trouves pas que toute la justification derrière l’éradication de l’humanité est totalement tirée par les cheveux 0_o ?

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