28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 12:45

 

Jusqu’à maintenant je ne m’en étais pas cru capable, je pensais que je ne parviendrais jamais à rédiger d’article sur Noir, il y avait trop de souvenirs, de moments émotionnels en jeu. Et puis à mes yeux ce n’était pas n’importe quel anime non plus – probablement le seul pour lequel je suis incapable de raisonner, de prendre ce recul que je m’efforce de garder pour tous les autres. Parce que c’est par Noir que tout a commencé. Alors je m’étais résolu à ne pas en parler, à ne pas briser le mystère. Et puis soudainement, la semaine dernière, alors que je sentais la fièvre monter de manière insidieuse à cause d’un rhume charmant, mon cerveau a profité d’une nuit sans sommeil pour élaborer un long discours sur Noir, discours qui m’a étonnée moi-même puisque cela faisait des années que je n’avais pas touché à mes DVDs (un peu par peur de voir l’illusion se détruire : si mon imagination avait exagéré l’ampleur réelle de l’animes, je n’aurais pas pu le supporter). Alors finalement je me suis décidé à sauter le pas : après tout, s’il y a bien une série qui doit figurer sur mon blog c’est celle-là puisque c’est avec Noir que j’ai eu le déclic et que je me suis véritablement intéressée à la japanimation. Aussi elle occupe une place particulière dans mon cœur.

 

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Mireille Bouquet est une parisienne d’origine corse d’une vingtaine d’années qui officie en tant que tueuse à gages. Elle est plutôt réputée dans le milieu et a la tête bien sur les épaules, aussi quand une certaine Yuumura Kirika, une étudiante japonaise qu’elle ne connaît pas, lui envoie un jour un mail en l’invitant à la suivre pour un pèlerinage dans le passé, Mireille prend ça pour une mauvaise blague et s’apprête à l’ignorer lorsqu’une petite mélodie familière retentit. Des souvenirs enfouis reviennent alors à la surface et poussent la tueuse professionnelle à s’embarquer vers le Japon pour rencontrer cette mystérieuse jeune fille afin d’en apprendre plus. Il s’avère que Kirika Yuumura cache en réalité un profond traumatisme : elle s’est réveillée il y a peu complètement amnésique dans une maison vide. Les seuls indices dont elle dispose sont : un revolver, une montre à gousset d’où s’échappe la fameuse mélodie, le mot « Noir » et Mireille. Dès lors les deux femmes décident de faire équipe pour lever le mystère de leurs passés respectifs en prenant le nom de code Noir. Mais elles se font aussi une promesse : une fois qu’elles sauront la vérité, Mireille devra tuer Kirika.

 

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Noir  possède un rythme intéressant : les premiers épisodes sont là pour présenter le duo Kirika/Mireille, leur interaction, comment elles se tirent de situations délicates, mais aussi de manière plus ténue le motif qui sous-tend la série, celui de la vengeance. Ensuite l’arrivée de Chloé, un personnage dont je ne manquerai pas de reparler, au tiers de la série vient bousculer cette mini-routine et entame une série de doutes, de révélations menant au crescendo final. Mais ce qui est surprenant c’est de constater combien tout fait sens et combien l’engrenage est bien huilé. Tous les épisodes sont à leur place, servent un point particulier ; on ne peut rien ajouter, rien soustraire. Lorsqu’on repasse l’anime dans sa totalité après l’avoir fini on se rend enfin pleinement compte de tous les détails qui paraissaient un peu obtus auparavant.

 

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Un monde plongé dans le silence

D’aucuns disent que Noir est une série un peu molle. En réalité ce n’est pas l’anime en lui-même qui est particulièrement lent, puisqu’il n’y a jamais de « remplissage », mais son aspect contemplatif qui lui en donne l’air. Car oui Noir est une série très contemplative. Contrairement à des animes comme Bakemonogatari réputés très bavards, Noir ne dit que ce qui est nécessaire. Jamais on n’entendra un personnage se lancer dans un long monologue pour exprimer ses sentiments les plus profonds au spectateur, non, ici tout est bien plus subtil et un regard jeté en coin en dit souvent bien plus long que n’importe quelle tirade. La plupart du temps c’est bel et bien la musique qui fait office de dialogue. Tout repose sur l’ambiance crée par les mélodies de Yuki Kajiura qui signe là (et je pense que peu de monde me contredira) son plus grand chef d’œuvre. Des pistes comme Canta per me et Salva Nos sont largement sur-utilisées par rapport au reste de la bande son mais elles sont tellement belles qu’il est tout bonnement impossible de s’en lasser. La musique, le paysage, les jeux de regard, tout cela forme une atmosphère très particulière qui se trouve être le cœur de l’intrigue. Il est donc important de se laisser porter par elle. L’aspect contemplatif en lui-même s’accorde avec le thème de la série, il existe donc une harmonie dont ne profitent malheureusement pas toutes les œuvres du studio Bee Train qui depuis Noir a eu tendance à répéter le même schéma avec des animes pour lesquels il ne fallait pas du tout le même traitement (je pourrais citer Tsubasa Reservoir Chronicle, El Cazador de la bruja et Avenger par exemple). Je ne peux par ailleurs que recommander à tout être vivant de jeter une oreille à l’OST de Noir. A moins d’être une pierre, c’est impossible qu’il n’y ait pas au moins une piste qui vous fasse un petit quelque chose.

 

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Lancinante obsession

Une autre critique envers Noir porte sur l’usage abusif du flashback. En effet à chaque épisode, ou presque, on plonge dans la mémoire de Mireille, au moment où petite fille elle découvre une scène particulièrement horrible, celle du massacre de sa famille. Et ce souvenir revient sans cesse, de manière lancinante, comme une obsession qui la hante, sur fond de musique nostalgique, étouffante, écrasante. Puis petit à petit, le spectateur découvre des bribes supplémentaires jusqu’à ce que le souvenir soit complet – et il ne le sera véritablement qu’à la fin de la série puisqu’on découvrira assez tard que Mireille n’était pas seule présente lors du meurtre, ce qui fait qu’il existe plusieurs perceptions de la scène, chacune apportant un nouvel élément, parfois même contredisant ce qui a été vu auparavant. A mon sens le flashback est parfaitement utilisé. Ne le voir qu’une seule fois minimiserait complètement son impact. Le revoir encore et encore, toujours plus angoissant avec ses couleurs sépia et ce sang écarlate sur les carreaux noirs et blancs – carreaux évoquant évidemment un jeu d’échecs macabre – ce sang qui brille, ces ombres bleus déconcertantes et cette montre toujours immuablement présente, comme une sorte de gardien de la mémoire. Un gardien cruel qui est la clé du pèlerinage dans le passé réunissant les trois héroïnes.

 

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L’esthétique avant tout

Noir n’est pas une série réaliste du monde des assassins, de la pègre et des organisations secrètes, elle vise avant tout une esthétique. On le voit dans les scènes d’action, nombreuses, qui finissent toujours par une sorte de divinisation des héroïnes : leurs mouvements possèdent toujours une grâce, une élégance, certains mouvements paraissent n’exister que pour la gratuité, la beauté qui s’en dégage. Deux personnages en particulier ont le droit à ce traitement : Kirika et Chloé (Mireille aussi mais dans une moindre mesure, on verra pourquoi). Et ce choix n’est évidemment pas anodin, en nous les présentant dans des exploits à la limite du surhumain, BeeTrain cherche à nous faire réaliser le fossé qui existe entre elles et les hommes ordinaires, à nous faire comprendre que non on ne choisit pas n’importe qui pour représenter le nom de Noir. Aussi il me parait absurde de pinailler sur le fait que tuer avec des petits cailloux, des fourchettes et des cartes d’identité en plastique est impossible. Bien sûr que c’est impossible mais c’est justement ça le but ! Nous prouver que Kirika et Chloé peuvent défier les limites du possible, que n’importe quel jouet entre leurs mains est une arme dangereuse. Ce procédé vise à manipuler notre impression sur les personnages : abattre un homme de main avec un petit caillou, je suis désolée, mais on ne peut qu’éprouver de l’admiration devant ce genre d’exploit même si dit comme cela l’action parait ridicule. Personnellement j’ai eu le souffle coupé devant les ruses de Kirika tel le coup de la corde à l’épisode 9 qui encore une fois renvoie plus à une esthétique qu’à une réalité (mais la réalité parait bien plate en comparaison). Je crois que c’est véritablement un mot d’ordre et il suffit d’assister au tout premier épisode, où Kirika pend un homme dans le vide par sa cravate sous fond de coucher de soleil rouge sang, pour le comprendre.

 

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La toile d’araignée toujours plus serrée

Plus qu’une série d’action et de mystère, Noir se concentre beaucoup sur la psychologie de ses personnages qui portent la série par leur complexité et leur charisme évident. On peut considérer qu’il y en a quatre véritablement importants, ce qui fait qu’ils sont considérablement approfondis au long des 26 épisodes – approfondis mais jamais totalement percés à jour, ne vous attendez pas à ce qu’on vous prenne par la main pour vous réciter leurs histoires réciproques de A jusqu’à Z.

 

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Mireille Bouquet, doublée par la très connue Kotono Mitsuishi (Misato dans Evangelion, Usagi dans Sailor Moon, Excel d’Excel Saga), est la première à nous êtres présentée. Si elle arbore fréquemment une façade un peu froide et surtout très cynique (elle n’hésite jamais à lancer des petites piques à son interlocuteur, voire à se montrer brutale, alors même qu’elle n’a pas toujours l’avantage), on devine aisément qu’elle cache une grande fragilité derrière ce côté de louve solitaire. Ce qui est intéressant dans son cas c’est que ses capacités en tant qu’assassin sont très vite dépassées au fur et ça mesure que la série avance. Elle a beau être exceptionnellement douée, elle reste une tueuse ordinaire, donc faillible, humaine. Dès que la situation sort un peu de l’ordinaire ou qu’elle doit faire face à des ennemis trop redoutables, elle montre ses limites mais les compense par ses qualités morales, sa culture, son réseau d’informations, sa débrouillardise.

 

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Et de ce point de vue là Kirika se place comme l’opposé parfait de Mireille. Petite brune réservée, la jeune fille semble s’effacer auprès de la grande blonde faussement joviale. Elle n’a plus rien au monde, ce qui fait d’elle une héroïne particulièrement tragique et sa seiyuu, Houko Kuwashima (Quon de RahXephon, Arete de Princess Arete et plus récemment Tomoyo de Clannad ainsi que Medusa de Soul Eater) rend à merveille l’émotion dans sa voix. On la voit souvent dans des postures mélancoliques, rongée par ce passé qu’elle n’a plus et de ce fait, mue par ce que j’appelle l’énergie du désespoir, elle se révèle bien plus redoutable que Mireille lorsque les circonstances dépassent l’ordinaire. Son revolver est ainsi complètement archaïque et aux capacités réduites, et pourtant elle arrive à compenser ce handicap apparent en ramassant tout ce qui se trouve à sa portée -lames, armes à feu, objets moins conventionnels (la voiture miniature par exemple, ça c’était fort, vraiment très fort) – et faire des ravages conséquents.

 

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Chloe ressemble énormément à Kirika : on ne sait pas non plus son véritable nom ou son âge mais c’est une tueuse hors pair qui garde toujours son sang-froid et arrive à se sortir de toutes les impasses possibles et imaginables. Ajouter à cela un coté un peu mystérieux et une grosse dose de charisme, passant notamment par le fait qu’elle se serve uniquement d’armes blanches ce qui suppose une agilité et une rapidité hors du commun, et vous avez un des meilleurs personnages de toute la japanimation (j’en reparlerai plus loin et sous spoil). Aya Hisakawa (Kerberos dans Card Captor Sakura, Yuki dans Fruits Basket, Youko de Juuni Kokuki, Ami de Sailor Moon) joue probablement avec Chloé à la fois un de ses rôles les plus difficiles et l’un des plus grands en ce qu’elle parvient à produire une voix aux modulations enfantines tour à tour tranchante comme l’acier, pure et intense. Elle donne ainsi corps à ce côté presque schizophrénique de Chloé qui peut tuer un régiment sans broncher, mais reste dans sa tête une enfant, ce qui provoque des situations parfois déconcertantes quand on ne saisit pas encore bien le personnage. Chloé apporte une nouvelle dimension à la série et possède par ailleurs son propre épisode qui en dit long sur sa psychologie.

 

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Le dernier grand personnage, Altena, est doublée par Tarako Isono qui, si elle fait un travail remarquable, n’est connue que par ce rôle ou presque (un sacré contraste avec les trois stars se trouvant au casting). On la voit dès le premier épisode, cependant jamais de manière « frontale », elle est toujours présentée comme une femme mystérieuse qui s’adonne à des occupations ordinaires (mais pleines de sens) mais on comprend bien vite que c’est elle qui tire toutes les ficelles de l’intrigue. Contrairement à pas mal d’autres animes, ce que Noir réussit avec Altena c’est une « méchante » convaincante et particulièrement complexe. On parle d’elle en permanence, ce qui fait que le personnage est construit non pas sur des faits mais sur des discours. Vue par Chloé, c’est une bonne mère, stricte mais juste, vue par les soldats c’est une manipulatrice qui inspire la crainte et contre laquelle peu osent se rebeller. Cette divergence est très intéressante parce qu’elle instaure un climat d’attente envers le spectateur qui n’a bien sûr qu’une envie, c’est de rencontrer la fameuse Altena, de comprendre ce qu’elle manigance. Mais jamais on n’entendra celle-ci nous révéler son plan ultra secret pour conquérir le monde, non, plus insidieusement, on ne la verra que peu parler, ou parler par paraboles d’une voix d’une douceur incroyable (ce n'est pas pour rien que son thème est une ballade), et sourire de manière énigmatique. Ce n’est que dans les derniers épisodes qu’on entrapercevra son terrible passé et que par touches très fines on pourra démêler la toile qu’elle a tissé autour des différents « pions » de son échiquier (on la voit par ailleurs jouer aux échecs contre elle-même dans l’épisode 4, subtile allusion visant à nous expliquer qu’Altena contrôle tous les côtés et en fait ce qu’elle veut).

 

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J’aurais encore énormément de choses à dire sur cette série, je pourrais y passer des heures et des heures, à tourner en rond s’il le faut, mais je crois que je vais arrêter ici pour ce qui est de la présentation et passer à une analyse un peu plus poussée des grands thèmes qui parcourent l’anime. Pour ceux qui ne l’ont pas encore vu je vous conseille de passer directement à la conclusion de l’article.

 

\ !/ Attention, spoilers\ !/

 

Le motif de la vengeance

Ceux qui connaissent un peu Noir le savent, la série s’articule majoritairement autour du thème de la vengeance. Chaque épisode devient vite prétexte à mettre en scène une de ses formes possibles. Dans Pain Quotidien, tout semble lisse, les cibles sont des ordures pourries jusqu’à l’os, mais déjà dans Double jeu meurtrier on n’a plus à faire à des vilains pas beaux mais à des tueurs au même titre que Mireille et Kirika, des tueurs qui ont été engagés et font leur travail, ce qui pose tout de suite la question de la légitimité du meurtre. Dans la même veine Le bruit des vagues présente un vilain pas beau, on se dit chouette, tout est simple, et puis on découvre que la cible est avant tout un homme, qui fait un sale boulot certes, mais un homme quand même, qui aime profondément sa fille et cherche à la protéger.

 

L’épisode qui dévoile le nom des ennemis invisibles, les Soldats, cherche en fait à tester Mireille. Et on peut dire qu’ils réussissent leur pari puisque la jeune femme finit par abattre froidement l’assassin ayant massacré son ami Vanel alors qu’elle sait qu’elle aurait dû lui soutirer des renseignements en le laissant en vie. Mais c’est vraiment dans Chat errant qu’apparaît de manière beaucoup plus claire cette thématique, sauf que cette fois c’est Kirika qui est testée. A cet égard le personnage de Nasarov est bien plus intéressant que les précédentes cibles puisqu’il est à la fois la victime et le bourreau d’un engrenage qu’il n’a pas lui-même lancé. Il tente de se repentir de ses fautes et mourant, expie encore ses crimes. Là où Mireille abandonne l’idée de venir cueillir ce vieil homme au lourd passé, là où elle pardonne, Kirika continue de suivre les préceptes d’Altena en perdurant le cycle de la vengeance.

L’épisode dédié à Chloé, Mission execution, nous prouve une fois de plus la vacuité de ce geste avec une sorte de second Nasarov, un autre vieil homme retiré dans une sorte de retraite, que Chloé exécute sans même savoir pourquoi mais qu’elle tient à venger par delà la mort en allant massacrer gratuitement ceux qui le tourmentaient. Et dans Une saison en enfer on découvre enfin la mise en pratique de ce cycle infernal lorsqu’un homme cherche à se venger de Mireille, provoquant ainsi la mort involontaire d’un innocent avec lequel venait juste de sympathiser Kirika. On en vient à se demander quelle est la finalité de ces meurtres sans fin puisqu’il y aura toujours quelqu’un pour se venger de quelque chose.

 

Le thème explose dans toute sa splendeur quand on apprend qui a assassiné la famille Bouquet. Mireille doit-elle se venger de leur mort en abattant bêtement sa partenaire, se plongeant ainsi dans la solitude ? Ou peut-elle lui pardonner ce crime ? On voit là les limites des préceptes d’Altena et le flashback final rappelant les derniers mots d’Odette Bouquet avant que la jeune japonaise ne lui tire dessus vient éclairer tout l’anime. Si l’amour peut tuer, la haine ne sauvera jamais. Si l’on peut tuer pour venger la mort d’être cher, la vengeance n’apportera jamais rien et ne le ramènera pas quoiqu’il arrive. Au départ l’idée de pardon est impossible à Kirika et son incompréhension totale lorsque Mireille refuse de tenir sa promesse et ce n’est qu’avec les paroles d’Odette qu’elle comprendra enfin l’absurdité du cycle de la vengeance.

 

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L’amour nommé Chloé

Ah Chloé, toute une histoire. J’ai dis plus haut qu’elle était à mon sens un des meilleurs personnages de la japanimation et je maintiens. Ce qui est passionnant dans son cas ce n’est pas tant ses prouesses au combat (même si j’en suis fan) que sa psychologie en ce qu’elle illustre à merveille l’amour à sens unique. Depuis son enfance Chloé est conditionnée par Altena en qui elle a une confiance et une dévotion aveugle mais elle ne s’accomplit réellement en tant que tueuse qu’en observant pour la première fois Kirika assassiner, elle acquiert alors un rêve, une raison d’être : former Noir avec son idole. Je crois que c’est sur ce point qu’il faut débuter.

 

Depuis le début Chloé est persuadée qu’elle est parvenue au même niveau que Kirika (l’épisode 24 la fera légèrement déchanter sur ce point) et qu’elles sont ensemble le véritable Noir, aussi elle ne prend la jeune corse qu’à la légère. Le fait qu’elle se présente à l’épisode 10 comme le « vrai Noir » n’est pas innocent : cela sous-entend qu’il y aurait un « faux Noir », le Noir de Kirika et Mireille. Et cette phrase, elle la répète de manière enfantine, elle s’en délecte, trahissant en réalité son mensonge : car comme le dit si bien notre cher président, une vérité on ne la prononce qu’une seule fois lorsqu’on en est convaincu. Chloé se répétant qu’elle est le vrai Noir se leurre donc elle-même mais pire, elle induit le spectateur sur une fausse piste ! Son manège se poursuit lorsque, consumée par le désir de voir son idole avec qui elle peut enfin s’entretenir après tant d’années, elle se rend à l’appartement de Mireille, probablement sans en informer personne. Evidemment cette dernière en professionnelle s’énerve parce que la présence de Chloé n’a aucun sens. Elle s’imagine que la fille aux cheveux de raisin a des choses importantes à leur annoncer, des informations à leur apporter. Point de tout cela. Car non, Chloé n’a rien prévu, elle voulait juste rencontrer Kirika une seconde fois avant de s’en retourner au Domaine et c’est avec une joie toute enfantine qu’elle prend plaisir à boire le thé avec les deux tueuses sans se rendre compte qu’elle est la seule qui perçoive la scène de cette manière. Même si Kirika parait entrer dans son jeu, elle est aussi méfiante que sa partenaire et c’est sur un pur malentendu que vont reposer les sentiments de Chloé. Elle demande à son idole la permission d’emporter une fourchette, symbole –pour elle- de cette délicieuse soirée. Mais d’un point de vue externe, elle a tout simplement emporté avec elle et de force l’objet représentant la méfiance qu’elle inspire puisque c’est par cette fourchette que Kirika s’apprêtait à la frapper en cas de besoin (et on connaît le talent de Kirika en matière de fourchettes…).

 

Toutes les autres apparitions de Chloé se feront sur le même mode. Durant l’arc de Taïwan, elle interviendra pour aider son idole qu’elle pense en danger (en réalité elle y est subtilement poussée par Altena qui sait très bien comment tirer sur la corde sensible) et ce qui est intéressant c’est que le premier geste de la concernée après qu’elle lui ait sauvé la vie est de braquer son revolver dans sa direction. Un peu plus loin dans l’épisode Kirika finira par inverser ce mouvement dans une scène tout à fait symbolique où elle s’en remet à Chloé en croyant que seule elle peut lui révéler sa véritable identité et finalement se rapprocher d’elle petit à petit au fur et à mesure des épisodes. Pas par confiance, mais bel et bien par mensonge puisqu’elle ne remet pas en question le fait qu’elle est censée former Noir avec Chloé. Et même si les deux jeunes filles sont de plus en plus « intimes », elles ne s’atteindront au fond jamais puisque l’image même dont est tombée « amoureuse » Chloé n’est pas Kirika I (la mélancolique) mais Kirika II (la tueuse sans merci qui remplace Kirika I à partir de l’épisode 21) donc ne correspond pas à la réalité. C’est une image que Chloé embrasse à l’épisode 25 (sur fond de Secret Game), une image seulementet à ce moment là, quand elle serre sa camarade contre elle, elle semble prendre sa place, la faire disparaître : ce ne sont plus deux amies/amantes mais bien Chloé seule.

 

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Et c’est ainsi que tous ses mensonges lui reviendront à la figure dans le même épisode où elle sera à son apogée (et donc sur le point de basculer dans le gouffre). Certes Chloé avait acquis l’assurance auprès d’Altena d’avoir raison mais elle ignore combien elle a été manipulée par « la bonne mère » qui ne lui disait que ce qu’elle voulait bien entendre au fond. En voyant Kirika II redevenir Kirika I et lui préférer Mireille (après un passage un peu schizophrénique qui la laisse dans une grande confusion) au dernier moment tout son monde s’écroule. Elle comprend alors enfin ce que le spectateur avait compris depuis le début : l’outsider c’était elle. Celle qui a été introduite dès le premier épisode, qui a vécu aux côtés de la japonaise dans l’adversité, c’était Mireille. Immédiatement la haine prend le dessus et en traitant Kirika de menteuse, en se retournant conte elle, elle accuse au fond son propre aveuglement et la manipulation d’Altena (qui sourit d’un air triste comme si elle avait tout prévu en sentant la fin de sa fille d’adoption).

 

Les toutes dernières scènes (où retentit Colosseum) parachèvent de conférer à Chloé un statut d’héroïne tragique. D’un point de vue externe on croit qu’elle a le choix alors qu’en réalité les dés sont jetés dès son enfance. Chloé ne peut pas pardonner, Chloé ne peut pas abandonner son rêve, sa raison d’être, c’est tout ce qu’elle a, tout ce qui lui restait. Elle a été embrigadée dès son plus jeune âge, il lui est impossible de voir la vie différemment. Le choix apparent n’est donc qu’une impasse – à ses yeux – elle ne peut pas choisir l’amour, cette fameuse fourchette dérobée qu’elle regardait un épisode plus tôt avec tant de bonheur dans les yeux, elle ne peut pas tirer un trait sur l’éducation d’Altena, rejoindre les héroïnes et habiter avec elles à Paris. Parce que ça n’entre tout simplement pas dans sa vision des choses. Dans sa tête elle n’a que deux possibilités : devenir Noir ou mourir. Aussi son geste est logique : elle jette la fourchette et tente le tout pour le tout en se précipitant sur Mireille pour l’abattre. Ironie du sort c’est par cet amour qu’elle vient juste d’abandonner qu’elle sera tuée. Son dernier mot sera Noir. Pas Kirika, pas Altena, Noir. C’était sa vie, c’était son destin, elle ne pouvait pas agir autrement et je crois que c’est en ça qu’elle est tragique : Chloé est engluée par ses propres convictions et se montre incapable de les dépasser, elle est donc forcée de disparaître à cause d’elle-même.

 

A l’inverse Mireille, pourtant la plus faible des trois pieds de vignes, ressort victorieuse en ce que ses qualités morales priment au fond sur sa technique de tueuse. Si Chloé représente l’amour à sens unique, Mireille elle représente l’amour partagé, c’est donc tout naturel que ce soit celui-ci qui l’emporte.

 

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La quête d’une identité toujours absente

Noir s’articule autour de la vengeance mais aussi autour d’une quête d’identité, celle de Kirika qui se présente souvent de manière symbolique. Ainsi dans le premier épisode on la voit démonter son Beretta juste avant d’expliquer son amnésie à Mireille comme si elle tentait d’illustrer le morcellement de son identité de manière inconsciente. Une perte d’identité qui pèse énormément sur les épaules de la japonaise mais qu’elle ne cherche pourtant pas vraiment à surmonter, laissant entendre qu’elle pressent déjà qu’il ne vaut mieux pas pour elle qu’elle se souvienne de ce passé encombrant. Ce qui ne l’empêche pas d’être incroyablement mélancolique, surtout à cause de son incapacité à ressentir quoi que ce soit lorsqu’elle tue. Etre vide et seule au monde lui accorde une force inouïe qu’elle tire justement du fait de ne rien avoir à perdre.

 


 

Ce que voudrait Kirika c’est au fond de vivre comme une étudiante ordinaire. La rapide présentation du personnage de Rosalie Hammond à l’épisode 4 la fera à ce propos énormément réfléchir : elles ont sensiblement le même âge mais voilà Rosalie est une fille ordinaire et elle une tueuse. Leur rencontre furtive et tragiquement ironique puisque Kirika vient de tuer son père nous fait mesurer à la fois toute la distance qui les sépare et l’envie retenue de la japonaise de franchir cette barrière invisible.

 

Son égarement métaphysique fait bien sûr écho au chat égaré de l’épisode 6 mais se concrétise aussi dans la carte d’étudiante qu’elle garde toujours avec elle, un bout de plastique sans signification mais qui est au fond la seule preuve de son existence et donc la seule chose qui la rattache à la vie, ce qui explique cet attachement étrange.

Chloé est en fait la première pierre qui relie Kirika à la vérité et sa première apparition est tout à fait symbolique puisque la « caméra » bascule de manière à ce que la tête de la jeune fille, qui nous apparaît de dos, vienne cacher celle de Mireille et « prendre sa place », comme si l’image trahissait déjà ses intentions inconscientes. Dès lors la japonaise ne cessera jamais, lentement mais sûrement, de se rapprocher de Chloé, d’abord d’un point de vue de la personnalité lors du thé au clair de lune, puis en tant que partenaire dans l’arc de Taïwan pour enfin commencer à abandonner symboliquement Mireille dans la scène de l’entrepôt où on la voit franchir la distance, s’éloignant ainsi de sa camarade pour mieux basculer du côté de Chloé. Chaque fois que cette dernière interviendra sera une nouvelle épreuve qui ébranlera les certitudes de Kirika, toujours plus repoussée dans ses retranchements et de moins en moins sûre de cette identité qu’elle cherche sans le vouloir.

 

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La solitude du personnage est parfaitement résumée par ses errances dans le très dur épisode 18 (un épisode presque sponsorisé par Salva Nos II) où livrée à elle-même, elle se bat contre ses démons intérieurs en soupirant « Je suis dans les ténèbres. Non. Les ténèbres sont en moi ». Ce qui est particulièrement intéressant c’est qu’elle abandonne sa carte d’étudiante à sa partenaire, qui l’a pourtant chassée, comme pour signifier que c’est dorénavant Mireille qui représente son identité. Une idée réaffirmée un peu plus tard lorsque la jeune corse lui rend son « identité » métaphoriquement.

 

Je pourrais m’étendre de long en large sur la lente descente aux enfers de la jeune fille qui finit par disparaître totalement au profit de Kirika II suite au massacre du village de Soldats auquel elle assiste aux premières loges (cf Killing) avant d’être finalement sauvée par le souvenir d’Odette qui la ramène à ce qu’elle avait voulu fuir : Mireille. Ce n’est qu’à partir du moment où elle tue Chloé, qu’elle désigne comme son alter ego et donc comme une sorte de double de Kirika II, qu’elle devient enfin capable de ressentir la tristesse et plus tard de se suicider (enfin d’essayer de se suicider), ce dont elle aurait été incapable auparavant à cause des préceptes d’Altena.

 

La montre à gousset brisée dans les ultimes secondes de l’anime symbolise la fin de ce périlleux pèlerinage dans le passé qui a conduit Kirika, mais aussi Mireille, aux limites des feux de l’enfer et entame le début d’une ère nouvelle où la jeune japonaise a décidé de tirer un trait sur le passé et de vivre telle qu’elle est en assumant ses crimes.

 

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\!/Fin de spoilers \!/

 

Conclusion

Pour finir, car il faut bien que je m’arrête un jour, Noir est pour moi un anime particulier dont je serais fort incapable de dire du mal (vous l’avez compris) et même si je ne suis pas du tout objective là-dessus je ne peux que vous conseiller d’y jeter un œil pour toutes les raisons évoquées ci-dessus : une bande-son superbe, des personnages complexes et une intrigue bien ficelée parsemée de symboles, de touches esthétiques et de références littéraires (telles qu’Hemingway, Dostoïevski ou Lewis Carroll, voire Rimbaud si on compte le titre de l’épisode 13).

 

 


 

J’ajouterai bien un mot en faveur de l’opening, Coppelia no Histugi (Le cercueil de Coppélia) qui a fait découvrir le groupe Ali Project à l’époque et qui reprend très justement le ballet du nom du personnage éponyme : Coppélia, un automate que l’on prend pour une jeune fille tant elle est réussie. Je trouve que ce thème s’applique merveilleusement bien à Kirika, tout comme l’ending interprété par Akino Arai d’ailleurs. [Si on relève toutes les "introductions" (la prière des Soldats) depuis le début on compte : 2 de Chloé, 2 de Mireille, 1 avec Mireille et Kirika ensemble et toutes les autres de Kirika, ce qui laisse à penser que c’est elle la véritable héroïne de l’histoire.] Les paroles sont vraiment fascinantes mais il y a une phrase en particulier qui décrit toute la série de manière très juste : « Les hommes sont des poupées fatiguées de danser ». Je suis la seule à penser que le soleil noir de l’opening renvoie à Nerval ?

 

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Peut-être qu’un tel déchaînement de mots en faveur de Noir paraitra un peu étrange vu que je n’ai pas fait bénéficier Serial Experiments Lain et Haibane Renmei du même traitement alors même que j’apprécie ces trois séries à un niveau similaire (enfin quatre, il y en a une autre dont je risque de parler sous peu si ce post n’a pas déjà eu raison de mes forces vitales XD). La vérité c’est que contrairement aux deux derniers qui ont passés l’épreuve du temps en étant cataloguées « Incontournable de la japanimation » ça n’a pas vraiment été le cas de mon anime fétiche et j’aimerai bien lui rendre ses lettres de noblesses. Et ce d’autant plus que je trouve particulièrement intéressant de constater que l’anime-declic de chacun définit un peu de sa personnalité. Le fait que ce soit Noir (puis Serial Experiments Lain), orienté sur la vengeance, la quête de l’identité et le monde des tueurs, qui m’ait donné le coup de foudre n’est probablement pas dénué de sens au même titre qu’il est intéressant de faire la relation avec ceux qui ont eu le déclic pour Sailor Moon, Neon Genesis Evangelion, Haruhi et maintenant K-ON (ça ne nous rajeunit pas d’y penser) et de réfléchir sur ce que ça implique en terme de vision de la japanimation.

 


 

Au fait, il parait qu'on m'a interviewé ici (genre), je songe à mettre le lien dans la page Qui suis-je, ça me parait un bon complément pour cerner un peu "la bête" qui se cache sournoisement derrière l'écran

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 00:15

N’avez-vous jamais souhaité être quelqu’un d’autre ? Ouvrir les yeux et atterrir dans un autre monde ? Fuir la monotonie du quotidien et s’embarquer dans de grandes aventures ? Cette vie extraordinaire, tout le monde en rêve, Please save my earth (ou Boku no Chikyuu wo Mamotte en version originale) ne fait que le concrétiser de manière à la fois cohérente et touchante.

 

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Le récit tel qu'on le décrit ouvent ça et là, notamment sur Internet ou via les trailers, n’est pas très clair, il parait même un peu confus, un peu loufoque. Pourtant lorsque j’ai entamé le premier OAV de l’adaptation télévisée, je me suis retrouvée complètement captivée par cette histoire hors normes et envoûtante.

 

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Sakaguchi Alice est une jeune lycéenne qui vient juste d’arriver à Tokyo avec sa famille. Elle pourrait être une adolescente banale si elle n’avait ce drôle de pouvoir d’empathie qui lui permettait de percevoir les sentiments des animaux et des végétaux. Les arbres sont ses plus fidèles alliés et les fleurs ses confidentes. Alice est un peu dans la lune, un peu dans son monde, mais c’est une gentille fille très sensible –trop sensible. Alors elle supporte très mal les brimades de son voisin de pallier, Kobayashi Rin, un petit garçon d’à peine huit ans qui prend beaucoup de plaisir à lui jouer tous les mauvais tours possibles.

 

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Malheureusement pour elle, Alice se retrouve un jour obligée de le garder en l’absence de ses parents et pour l’occuper va au zoo. Là-bas elle croise un de ses camarades de classe, Ogura Jinpachi qu’elle a surpris un peu plus tôt dans une situation embarrassante. Ce dernier voulant absolument clarifier le quiproquo l’invite alors à boire un café en compagnie de son meilleur ami Nishikiori Issei. Les deux garçons avouent alors leur secret : depuis quelques temps ils ont commencés à faire des songes étranges, les mêmes, dans lesquels ils incarnent des personnes différentes. Tous ces rêves se déroulent dans un observatoire situé sur la lune. Il y a sept scientifiques, des extraterrestres, qui observent la Terre avec bienveillance. Et presque à chaque nuit Jinpachi et Issei se rencontrent par le biais de leurs alter-egos respectifs, Gyokuran et Enju – un homme et une femme !

 

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Notre trio de base

 

Alice est fascinée par cette expérience hors du commun et demande à en savoir plus sur ces gens qui vivent sur la lune, mais Rin, visiblement très irrité d’être complètement ignoré, commence à agir de plus en plus bizarrement. Une fois à la maison, un incident se produit et Rin tombe du haut du balcon de l’immeuble d’une dizaine d’étages et ce, sous les yeux d’Alice. Personne ne le sait encore mais les choses ne seront plus jamais les mêmes…

 

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L'équipe de scientifiques

 

La grande force de Please save my earth réside là, dans cette dualité. On le comprend très tôt, les rêves de Jinpachi et Issei sont en réalité des bribes de leur vie antérieure. Pour rassembler les pièces du puzzle et comprendre totalement ce qui s’est passé dans cet observatoire lunaire, ils se mettent en tête de retrouver les autres réincarnations et, ce qui est passionnant, c’est que les relations de leurs vies antérieures influent sur leurs vies présentes. Il y a donc un jeu de correspondance entre deux histoires au premier abord distinctes mais étroitement liées.

 

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Sur la lune il y a ces sept scientifiques extraterrestres : Hiiragi, le leader, Mokuren, une femme d’une grande beauté dont tout l’équipage masculin était tombé amoureux, Shion le ténébreux au passé trouble, Gyokouran son rival, Shukaido le discret physicien, Enju, une anthropologiste aimant Gyoukouran sans espoir et Shusuran, sa meilleure amie au fort caractère.

 

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Petit schéma trouvé sur le web pour s'y retrouver un peu dans le cast "lunaire" et le cast "contemporain"

 

Comme je le disais donc, les deux histoires entretiennent des rapports l’une avec l’autre. Ainsi Alice, que l’on croit très vite être Mokuren, devient la source de toutes les attentions, Issei se retrouve déchiré par l’amour d’Enju qu’il ressent pour son meilleur ami, Jinpachi, lui-même attiré par Alice qui est beaucoup plus préoccupée par le sort du petit Rin que de son prétendant. La curiosité aidant, on essaye de deviner qui est qui et de démasquer les Rêveurs de la lune, mais ce n’est que la première étape d’un long voyage.

 

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En effet, une fois Hiiragi et Shusuran ajoutés au petit groupe, les adolescents vont se réunir lors de meetings pour discuter entre eux de ce qu’ils ont vus, comment ils ont été amenés à l’Eveil (de leur passé), ce qu’ils doivent faire de ces révélations, et surtout comment vivre avec cette mémoire très lourde à porter. Ainsi Dobayashi Daisuke et Kokushou Sakura, qui possèdent probablement les passés les moins traumatisants et qui font ces rêves depuis très longtemps ont complètement absorbés cette seconde vie sans se poser de questions et n’hésitent pas à appeler leurs nouveaux amis par leurs noms lunaires, ce qui est légèrement dérangeant rien que pour le lecteur. La peur de la négation de leurs identités présentes s’impose alors. Jinpachi, encore l’un des plus chanceux, préfère regarder le futur et considérer son ancienne vie comme terminée, là où Issei, malgré toute sa volonté, doit se battre en permanence contre lui-même, contre cet amour trop pesant. De son côté Alice bloque et retarde le plus possible le moment de son Eveil parce qu’elle a l’intime conviction qu’au moment où elle se rappellera, elle ne sera plus elle-même mais Moguren. Elle est heureuse et craint cette mémoire étrangère, probablement douloureuse. Les réincarnations de Shukaido et Shion héritent quant à eux d’expériences tout aussi traumatisantes : le premier se retrouve à devoir porter la culpabilité d’un crime qu’il a commis dans sa vie antérieure à l’encontre de son ami et souffre de cette erreur dont sa personnalité présente n’y est au fond pour rien. Ce secret que les deux hommes seuls partagent est à la source d’une incroyable douleur, notamment pour le petit Rin qui, à la suite de son accident, sort du coma en ayant vécu d’une traite la mémoire d’un de Rêveurs de la lune, ce qui affecte gravement sa personnalité, d’autant plus que, puisqu’il est encore trop jeune, il n’a pas encore eu le temps de se forger, d’acquérir suffisamment de force pour lutter. Il ne peut qu’être écrasé par cette expérience terrible et avoir acquis les traumatismes d’un homme d’âge mûr aussi brusquement lui ôte toute l’innocence qu’il était censé avoir.

 

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Please save my earth traite d’un sujet qu’on voit finalement assez peu et qui est pourtant très intéressant qui est celui de la mutation de la mémoire. Car, c’est bel et bien le souvenir qui crée ce que nous sommes. C’est par ce que nous avons fais, ce que nous avons vu et vécus que nous nous construisons. Alors que se passerait-il si jamais on nous injectait la mémoire d’un autre ? Serions-nous toujours nous-mêmes ? Ou serions-nous cet autre ? Voilà des questions que je me suis souvent posé. L’auteur du manga, Hiwatari Saki, s’oriente plutôt du côté de l’optimisme en confrontant ses personnages non pas à une fatalité absolue mais à une évolution dont ils ont la possibilité. Les Rêveurs de la lune peuvent faire comme Daisuke et Sakura et se mélanger totalement à leur alter-ego, nier complètement et privilégier le présent comme Alice, ou osciller entre l’un et l’autre en se débattant contre ces démons séduisants mais dangereux. Séduisants car, comme le ressent le trio de base au début de l’histoire, revoir en rêve sa vie antérieure a quelque chose d’excitant, comme une aventure. Mais sous l’aspect brillant se dissimulent bon nombre de moments dramatiques. Daisuke et Sakura nous l’apprennent, les périples sur la lune se sont mal finis, et certains souvenirs devraient rester enfouis dans l’oubli sous peine de raviver des blessures cette fois bien réelles. L’idylle qu’Alice voit en rêve entre Mokuren et Shion étant un bon exemple de la fausseté des apparences puisque c’est un couple constitué de manière paradoxale, notamment parce que chacun est persuadé que l’autre le déteste.

 

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Apparences d’autant plus trompeuses que la réincarnation n’est pas forcément le portrait craché de son ancien « moi ». La belle Enju est par exemple impossible à distinguer derrière les traits d’Issei, bien que celui-ci possède un petit côté efféminé. Celle qui lui ressemble le plus, Sakura, a probablement hérité de son visage par souhait, puisque Shusuran enviait beaucoup son amie pour ses longs cheveux et sa douceur. De même Alice n’a physiquement rien de commun avec Mokuren qui, on l’apprend dans le manga, voulait justement devenir une fille comme les autres et se débarrasser de cette beauté empoisonnée. Et Alice ressemble beaucoup à sa mère…Il en est de même pour Shukaido et Shion qui jouent clairement sur l’ambiguïté de leurs apparences respectives.

 

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Please save my earth débute comme une fable onirique et saisissante qui ne laisse pas indifférent, cependant il possède aussi quelques moments comiques et des scènes d’action qui viennent rompre un peu le flot de larmes. L’intrigue reste toutefois vraiment centrée sur la peinture des émotions, de relations torturées et sur la nostalgie. Nostalgie est vraiment le mot d’ordre de cette série, je crois. On ne peut pas s’empêcher de ressentir une sorte de pincement au cœur devant certaines scènes, comme si l’anime avait heurté une corde sensible dont on ignorait l’existence. Un petit rien et soudain on pleure, sans trop savoir pourquoi, comme si un souvenir enterré profondément au fond de nous tentait soudain de se réveiller – en vain.

 

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L’ending représente d’ailleurs très bien cette sensation à la fois confuse et violente. Composé par Yoko Kanno, il dure presque trois minutes, ce qui est assez inhabituel pour un générique de fin. La piste est lente, portée par la voix planante et déchirante de Seika. On y entend des échos résonner au loin. Puis entre quelques notes de piano très discrètes. Puis enfin un violon dans un passage instrumentale à faire pleurer les pierres. Des images décolorées, comme des photos vieillies par le temps, accompagnent cette ballade langoureuse dans un rythme lent et contemplatif. Jamais je n’ai rencontré de chanson aussi porteuse de nostalgie. Vraiment magnifique.

 



Les 6 OAVS qui forment l’adaptation de Please save my earth sont à cet égard sublimes puisqu’ils transcrivent très fidèlement les émotions du manga en y insufflant du dynamisme, des images oniriques et une très belle bande-son signée Hajime Mizoguchi. Ce pourrait être un des meilleurs animes de tous les temps s’il ne s’arrêtait pas en plein milieu du récit en concluant l’histoire n’importe comment. Jusqu’au 5e épisode, tout va bien, on est pris dans l’aventure, et puis soudain, paf, flasback sur l’enfance de Shion. Et puis les scénaristes claquent du doigt et hop, c’est fini, sans explication, aucune. Au début je me disais, que le manga n’avait peut-être pas fini sa publication or justement, le dernier tome de Please save my earth est sorti en 1994, date à laquelle on estime les derniers OAVs et en plus les dernières secondes mettent bel et bien en scène des évènements que l’on ne lit que dans les derniers chapitres ! Ce qui signifie qu’on aurait très bien pu avoir une suite à ce stade là de l’histoire. Mais non, visiblement finir ce qui avait été commencé demandait trop d’efforts et on se retrouve avec un produit bâtard et terriblement frustrant. Du pur gâchis. Je recommande tout de même le visionnage de l’anime à tout amateur de poésie comme introduction au manga.

 

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Le manga, parlons-en puisque je l’ai aussi fini, a l’avantage de mettre enfin un point final à un récit cette fois-ci développé jusqu’au bout. L’histoire est toujours aussi fascinante, aussi nostalgique, mais il y a un gros point noir : le graphisme. Les premiers tomes sont hideux. Il serait donc plutôt approprié de commencer par les OAVs et d’attaquer directement là où reprend le récit, c'est-à-dire vers la moitié du manga, pour ne pas trop saigner des yeux. J’ai trouvé une petite comparaison sur TvTropes et effectivement, la différence saute aux yeux. C’est d’ailleurs bien dommage que les graphismes soient aussi « basiques » parce que le scénario rattrape volontiers tout cela avec des thèmes aussi forts que bien développés : la réincarnation donc, l’héritage de la mémoire, la construction de l’identité, mais aussi la discrimination via l’héritage Kiches de Mokuren, la complexité de l’amour, la solitude.

 

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A mes yeux Please save my earth fait vraiment figure d’OVNI, d’incontournable dans le domaine du shoujo grâce à son histoire originale et bien menée et à une agréable galerie de personnages, tous ne sont certes pas développés de la même manière (certains passent clairement au second plan) mais globalement les acteurs principaux sont attachants – je pense notamment à Tamura et Mikuro, les outsiders badass, à Haruiko, à Issei et à Rin (les alter egos lunaires sont malheureusement très peu montrés dans l’anime par rapport au manga, ce qui excite encore davantage la curiosité). Seule exception à la règle : l’héroïne un peu pleurnicharde qui est finalement presque moins intéressante que les autres.

 

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A noter qu’est sorti, bien des années plus tard, Please Save My Earth: The Passing of the Golden Age, une série de petits clips qui rajoutent quelques fragments à l’histoire brusquement interrompue de l’anime. La première vidéo, Prologue - Kin-iro no Toki, Nagarete, chanté par Akino Arai, nous plonge dans le passé de Mokuren auquel fait écho Ring, interprété par Gabriela Robin qui présente la fin de l’histoire et le désespoir de Shion. Il y a aussi Moon Light Anthem (une valse, toujours avec Akino Arai) qui se concentre enfin sur l’amour impossible d’Enju. Les musiques sont absolument superbes mais il y a de gros risques de spoil donc courez voir au moins l’anime avant de tester ces chouettes petits clips (les autres ont moins d’intérêt, ce sont plus des redites).

 

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En conclusion (déjà ?), rien que pour cette atmosphère si particulière, amère et nostalgique, cette histoire terriblement attrayante et onirique et ces « héros » tragiques aux sentiments complexes, vous devez vous laisser porter par Please save my earth.

 



Oh et sinon, l’anniversaire du blog se déroulant cette semaine j’ai arbitrairement décidé de le fêter dimanche avec l’article qui va bien avec. Et je vais parler de vous-savez-quoi (non pas de toi Voldemort, désolé mon chou). Et je risque d’avoir besoin de toute votre attention, accessoirement. Donc ce serait cool de venir jeter un coup d’œil par ici. Non mais je dis ça comme ça, hein, c’est pas comme si j’avais actuellement un détonateur dans la main et que je pouvais d’une seule pression faire exploser votre famille et vos amis si jamais vous veniez à manquer à l’appel, fufufu…

 

…en fait j’ai pas posé une ou deux bombes, j’en ai posé cent. Juste pour dire .

 

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 23:59

Maintenant que la trêve de Noël est finie, permettez que je fasse griller tous les petits zoziaux qui chantonnent sur mon nouveau barbecue et que reprenne la petite guéguerre entre les deux hémisphères de mon cerveau. J’ai été sympa, je vous ai laissé tranquille les 24 et 25 décembre mais pour le premier de l’an, je vous préviens que je ne vais pas vous louper =D.

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Pourquoi toute cette mise en scène, me demanderez-vous. Eh bien parce que je vais maintenant vous parler du meilleur anime jamais pensé par l’homme. Les séries à la Eiken ou à la Boku no Pico peuvent clairement aller se rhabiller (ça fera plaisir à nos yeux de surcroit) devant la suprématie de celle que je vais vous présenter…et qui est incomplète. Remettons les choses en contexte.

 

Kyoko et Mika Kano sont des « stars » japonaises, dont on se souvient surtout, pour les lecteurs de Jpop Trash, par leurs excès en matière de chirurgie esthétique. Approchant de la cinquantaine, les deux sœurs peuvent clairement être qualifiées de MILF quand on voit les photos sexy qu’elles font. Je n’ai pas vraiment compris leur occupation dans la vie (visiblement pas grand-chose de passionnant) mais ce sont des « stars ». Soit. Et, chose qui va désormais nous intéresser, les deux sœurs ont lancé en 2009 leur propre anime (10 épisodes de 3 minutes), sous le titre d’Abunai Sisters. Une série disponible aussi en anglais qui s’inspire de leur vie tout en délirant un tout ch’tit peu, vraiment un tout petit peu. La différence se voit à peine.

 

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Si l’on en croit les explications de leur site officiel, Abunai Sisters c’est l’histoire de deux actrices über sexy, Koko et Mika (Pour aider ces ignares de non-japonisants, Kyoko est devenu Koko, ce qui est probablement la vulgarisation de prénom la plus stupide que j’ai jamais vu. C’est comme si je disais : « Helia c’est vachement compliqué à prononcer pour un non-français, maintenant je vais m’appeler Elia »). Mais attention, ce ne sont pas n’importe quelles actrices, non monsieur, en réalité ce sont des agents secrets au service de…euh, au service de…oh allez on s’en fout, y a des boobs ! Des agents secrets trop fortes bien sûr, non mais ho, c’est pas comme si on ne nous avait pas déjà fait le coup une bonne centaine de fois auparavant. Bref. Koko est donc l’aînée habile au maniement d’armes à feu, et Mika, la cadette avec la robe exotique, est experte en arts martiaux.

 

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Koko

 

Pour encourager les gens à acheter leur DVD, les sœurs Kano ont mis le paquet niveau bonus et diffusé le premier épisode le net. Comme je n’ai pas pu trouver la suite (commander le DVD a l’air super chaud, je crois qu’il ne se vend plus), je me contenterai donc de cet épisode là. Mais croyez-moi, avec ces trois petites minutes de rien du tout, vous allez passer le meilleur moment de votre vie tant les sœurs Kano nous vendent du rêve =D.

 

Je crois que je vous ai assez fait attendre, je vais maintenant m’attaquer à Abunai Sisters en savourant bien chaque seconde de cette petite merveille !

 

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Mika

 

L’anime commence par un petit générique d’introduction visiblement très inspiré. Les paroles, d’une très grande richesse assurément, se limitent donc au seul titre de la série et c’est un petit coup de génie que frappe là le parolier puisque ce petit tour de passe-passe permet de se souvenir quelle série on regarde. Il fallait y penser, Abunais Sisters l’a fait. Les deux héroïnes avancent sous l’œil de la caméra, tout en prenant la pause, avec une démarche chaloupée et totalement naturelle qui n’est pas sans évoquer un robot qui a des difficultés gastriques. Elles sont parées de tous leurs atours, c'est-à-dire une mini-robe à la texture rappelant le latex et mettant bien leurs formes en valeur. A noter qu’il s’agit ici d’une collection Dior pour fille de 10ans (il n’y a pas de petites économies !), ce qui explique la longueur des dites robes.

 

Ce qui est fabuleux avec ce générique c’est qu’il concentre à lui tout seul et en même pas dix secondes l’essence de la série. Vous avez vu l’intro, vous savez ce qui va suivre. Non vraiment chapeau, un tel travail mérite toutes les félicitations, je suis d’ors et déjà conquise. Des seins, de l’action, des seins, encore des seins et surtout des seins.

 

N'empêche que les deux avatars de Kyoko et Mika, malgré un côté 3D bien cheap, leur ressemblent en fait pas mal : des proportions surréalistes avec des gros lolos, d’énormes lèvres dégoulinantes de silicone, des yeux enduits de maquillage et des coiffures à peu près fidèles.

 

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Mais revenons-en au plus important : l’histoire. Et là attention, scénario de haute volée, Koko et Mika sont en vacances. Donc si je comprends bien, Abunai Sisters est le seul anime au monde à commencer par le traditionnel bonus à la plage. Si ce n’est pas un fabuleux pied de nez à l’industrie ça ! Tant d’audace et d’originalité me submergent. Mais attention ce n’est pas fini,  pour aller encore davantage à l’encontre de tous les clichés habituels du genre, Koko et Mika vont à la plage en tenue de latex ! Si, si, adieu donc le sempiternel maillot de bain, prétexte frivole pour reluquer des filles innocentes peu vêtues, et bonjour la tenue en latex révélatrice qui…moule tellement près du corps qu’on leur voit la raie des fesses. Soit. De plus, loin de flâner et de se dorer paresseusement au soleil, nos deux héroïnes bouleversent tout, elles font du sport. Il est vrai qu’on est tenté de voir dans leur démarche assez particulière de top model sur un podium un caractère aguicheur, mais ce n’est qu’une apparence ! En réalité les deux sœurs font des montées de genoux. Vous croyez quoi ? Un corps de déesse ça s’entretient ! Chirurgie esthétique le matin et montées de genoux l’après-midi, tout un programme. Bon, avec des changements aussi radicaux, il fallait bien opposer quelques archétypes donc la plage n’est bien évidemment pas n’importe quelle plage mais une plage de gros riche avec palmiers partout, bouteille de champagne sous le parasol et palais cinq étoiles en marbre à disposition. Hey, le métier d’actrice demande beaucoup d’efforts en montée de genoux, il faut bien compenser !

 

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Après cette sommaire présentation s’en suit une des meilleures scènes de dialogue jamais introduite dans un anime. Mika sort un mini-string de nulle part (de ses obus je suppose vu que les gros seins servent en réalité de poche, de ponceuse, de pompe à vélo et de coffre-fort) en déclarant qu’elle a son maillot de bain (LOL, mais bien sûr. Genre tu vas aller en pyjama à la montagne et dire : « Hey ça y est, j’ai ma tenue de ski » ? Non parce que là c’est tout aussi ridicule). Ce à quoi Koko répond :

A swimsuit ? […] A celebrity should be swimming in her birthday suit !

Hein ? Que ? Quoi ? L’aînée des soeurs Kano serait-elle en train de faire l’apologie de la nage naturiste (non parce que moi à ma naissance je ne portais pas de maillot de bain jusqu’à preuve du contraire) ? Je…Euh, c’est probablement un pamphlet caché en faveur de l’écologie et…Ah non, là je suis désolée, j’ai beau me creuser la tête, je vois pas comment justifier ça 0_o. Fanservice !

 

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Mais heureusement, le spectateur décontenancé par cette petite incongruité retrouve vite ses marques quand les deux héroïnes s’avancent triomphalement en tenue de latex vers le bord de l’eau pour faire l’amour aux vagues (il suffit de les écouter pour comprendre combien elles sont folles de désir pour cette surface humide, hum, yeah). C’est alors que Mika se révèle être une magicienne de grand talent : elle fait disparaître son string doré dans ses mains. C’est vrai que c’est moins classe que de se balader avec un revolver dans les fesses (c’est là que le planque Koko à mon avis) mais c’est tout de même assez impressionnant ! Effets spéciaux de folie !

 

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Malheureusement on n’aura jamais l’occasion de reluquer Koko et Mika à poil et mouillées avec des algues partout puisqu’un évènement étrange vient interrompre la tentative de trempette. Attention, séance WTF ! Nos héroïnes reçoivent un subtil signal (le « abunai emergency alarm », traduction pourrie quand tu nous tiens) qui les avertit d’un danger imminent. Quel genre de signal ? Oh, trois fois rien, leurs seins se mettent juste à vibrer et leurs tétons envoient des ronds rouges sonores. La routine quoi. Tout le monde sait bien que nous les femmes nous avons toutes des seins magiques qui nous préviennent quand le repas est cuit (fonction minuteur) ou encore quel programme passe à la télé ce soir (mince alors, j’avais failli louper la Roue de la Fortune, heureusement que mes seins ont le « abunai emergency alarm »). Par contre il est impossible de les régler et chacune possède sa propre sensibilité. Les miens par exemple brillent dans le noir à chaque fois que mes pensées concernent un être vivant, qu’il soit humain, animal ou végétal. L’avantage c’est que ça me permet de lire un bon roman même quand l’ampoule a grillé, l’inconvénient c’est que ça m’empêche de dormir le reste du temps. Mais depuis j’ai une astuce : j’imagine un jardin zen avec pleins de petits cailloux partout, ça enlève la veilleuse pendant au moins trois bonnes minutes. Koko et Mika étant des filles avec des capacités hors normes, leurs poitrines respectives sont particulièrement sensibles et développées et réagissent à chaque fois qu’elles pensent à quelque chose de sexuel. Autant vous dire que des « abunai », il y en aura beaucoup :p.

 

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Bref, un danger les guette sous la forme d’un vilain requin. Les deux sœurs ont beau être à trois putain de mètres de la première goutte d’eau, les voilà qui paniquent comme des malades alors qu’elles ont juste vu un bout d’aileron. Très crédible… C’est vrai que les requins ont pour habitude de venir s’allonger sur le sable pour bronzer, suis-je bête. Hey wait, comment peut-il y avoir un requin aussi près du bord ? C’est pas censé être un poisson un peu trop gros pour nager dans cinq centimètres cube ? A propos de gros, le symbole phallique de l’aileron en érection perturbe visiblement Mika qui trouve la nageoire affutée énorme. Oh yeah. Mais c’est là que la force d’Abunai sisters reprend ses droits. Dans un élan anti-conventionnel, le requin est en réalité un vilain robot qui possède un beau et long canon dans ses mâchoires d’acier. A quelques mètres de là un pervers avec ses jumelles les épie et marmonne d’une voix étouffée. On ne verra jamais le bas de son corps, caché parmi les rochers. Mais je pense qu’on aurait eu une belle et longue surprise le cas échéant. Oh yeah.

 

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On entre dans la phase d’action et nos héroïnes nous donnent des conseils de self-défense assez fascinants et dont la pertinence échappera à beaucoup. Saviez-vous, par exemple, qu’en cas de fusillade, mettons d’un robot-requin (ce sont des choses qui arrivent après tout) il ne faut pas se mettre à couvert derrière les rochers en courant le plus vite possible ? C’est une erreur commune. En réalité il faut se mettre à quatre pattes et ramper. Pourquoi ? Eh bien parce que ça va moins vite et que ça vous rend plus vulnérable bien sûr ! Hum, non, attendez, c’est pas ça. Parce que ça vous permet de repérer d’éventuelles truffes enfouies sous le sable bien sûr ! Euh, non plus. Bon une minute, je cherche mes fiches. Parce que ça vous permet d’emprunter une posture connotée en parfait accord avec les symboles phalliques récurrents bien sûr ! J’y étais presque. Bref.

 

Autre conseil de survie important : comment se débarrasser d’un requin. Prendre la fuite ? Tss, tss, mais non. C’est une autre erreur récurrente qu’on constate malheureusement de plus en plus souvent et qui a finit par entrer dans les mœurs. Quand on regarde à « Problème de requin » dans le dictionnaire des situations délicates et qu’on se trouve dans le cas numéro deux (aka le requin est dans l’eau mais pas moi donc en fait je risque pas grand-chose à part d’avoir des vacances pourries), la réponse donnée est désormais « Bah reste pas planté là et casse-toi, abruti ». Mais si l’on suit la vieille école, comme le font les sœurs Kano, il faut en réalité se saisir de la belle et longue bouteille de champagne la plus proche (on ne vous demande pas d’y gaspiller toutes vos économies mais il faut qu’elle soit de qualité quand même) et la secouer en gémissant de plaisir. Ou d’effort, je ne sais plus. Ce qui aura pour effet de…de…Une seconde, j’ai comme un fou rire qui remonte le long de mes naseaux.

 

*sort dans la rue en pleine nuit et rit à gorges déployées*

 

Voilà. Je disais donc qu’il fallait caresser un objet phallique en cas de sérieux danger avec les petits cris comme il faut. Ce qui aura pour effet de faire mourir de rire votre ennemi dans 100% des cas. Avouez que c’est efficace. Bon dans le cas présent c’est un requin-robot donc ça ne sert pas à grand-chose mais le vieux pervers qui mate les deux héroïnes a l’air d’aimer ça. Surtout quand les seins gigotent en bonus.

 

Bref. Cela nous mène au conseil survie numéro trois : les bouchons de bouteille de champagne sont des objets mortels. Seriously. Des gens sont décédés à cause de ça. Et contre les robots-requins ça marche du tonnerre. Donc, premier de l’an oblige, quand vous déboucherez votre bouteille de champagne, faites gaffes, ce serait con de tuer mémé alors qu’elle n’a pas encore pu rédiger ce testament en votre faveur ou d’envoyer votre pote Titi à l’hosto avant qu’il ne vous prête sa collection de DVDs (ça risque de lui faire réfléchir à deux fois en plus).

 

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Tout ça en même pas deux minutes, avouez que vous êtes bluffés, et à juste raison. Koko aussi puisqu’elle nous rappelle que pff, être une star c’est fatiguant, faut faire des tas de montées de genoux et ramper à quatre pattes sur la plage devant un robot-requin. On peut voir ici une critique assez révolutionnaire du star-system ! A côté du champagne, de l’île tropicale et du palace, les exercices quotidiens pèsent lourd et montrent combien la vie d’une actrice est difficile. Je n’oserai bien évidemment jamais vous spoiler ce fameux cliffhanger à la fin de l’épisode où le pervers voyeuriste appelle un mystérieux interlocuteur pour lui annoncer qu’il a finalement retrouvé les Abunai sisters, tellement la surprise d’un tel retournement de situation, jamais expérimenté dans aucune série auparavant depuis Dallas, possède un impact sur la conscience. Le choc a été tellement puissant à la vu du « to be continued » que j’ai soudain été envahie par une irrépressible envie de me pendre. Je ne sais pas pourquoi. C’est vrai ça, une série de cette qualité, on en a jamais assez ! Si je pouvais j’en mangerai tous les jours au petit déjeuner…que l’on me donne une corde ou un objet tranchant…une telle profondeur de scénario qui détrône aisément tous les animes anecdotiques de 2009 comme les films de Kara no Kyoukai (au hasard)…me trancher la carotide vite…la beauté des graphiques….ouvrez la fenêtre je dois sauter !

 

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Bref, après délibération entre les deux hémisphères de mon pauvre cerveau déjà bien atteint par quelques perles qu’on ne citera plus (Eiken et Boku no Pico *tousse* ), je crois que Abunai Sisters remporte la palme du plus mauvais anime jamais conçu. En trois petites minutes il arrive à concentrer tout ce qu’il y a de plus cliché et de plus ridicule dans une série en l’arrosant de trois milles litres d’un fanservice douteux, ce qui nous donne un mélange explosif. Je n’ai vu que cet épisode de la série donc, mais je vous jure que j’étais écroulée de rire de bout en bout. Je n’ose même pas imaginer ce que doivent donner les autres (il parait que nos merveilleuses actrices vont tourner une scène de lit et une scène de douche, mouhahaha, ça annonce la couleur).

 

Je sais que Noël est passé, mais Noël revient tous les ans : donc si quelqu’un débusque un jour ce DVD extraordinaire et me l’envoie en guise de cadeau, je promets de faire un article pour parler des 9 épisodes suivants (qui sont probablement plus épiques les uns que les autres) et de partager ce petit trésor =D. Bon, ça n’arrivera probablement jamais mais s’il y a quelques petits malins qui veulent m’embarrasser en public lors d’une convention (si j’en fais une un jour), on ne pourra pas dire que je ne vous ai pas tendu la perche !

 

Je n’ai qu’une chose à dire : les sœurs Kano, continuez à nous vendre du rêve et faites-nous une seconde saison !

 

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Capture tirée du second épisode. Quel scénario proéminent !

 

…cela va bien faire vingt ou trente fois que je me repasse ce premier épisode en boucle et je suis toujours aussi explosée de rire à chaque fois, j’ai l’impression que je ne m’en lasserai jamais =D.

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 06:30

Autant je suis toujours assez réticente quand il s’agit d’aborder du yaoi, autant le yuri je ne dis jamais non. Peut-être par réminiscence de mes premiers grands animes (comment voir l’épisode 25 de Noir sans se mettre à apprécier le shoujo-ai ?) ou parce que je possède des goûts plutôt masculins, allez savoir. Toujours est-il que, dans un commentaire sur mon article concernant l’inceste, Caziro a vaguement parlé de Candy Boy, une série vraiment très brève qui traiterait…de relation amoureuse entre deux jumelles. Et évidemment, j’ai finis par me lancer dans l’aventure.

 

Yukino et Kanade sont deux sœurs très fusionnelles. Elles dorment dans la même chambre de leur résidence universitaire, vont au même lycée, et se montrent inséparables en toutes occasions. Un jour Kamiyama Sakuya, une de leur camarade moins âgée qui traine tout le temps avec elles, demande un entretien privé avec Yukino. Visiblement elle aurait le béguin pour cette dernière, ce qui fait naitre une pointe de jalousie dans le cœur de Kanade. Pourquoi se sent-elle aussi mal à l’aise suite à cette révélation ?

 

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Mon coeur, mon amour, mon amour, mon coeur

Sorti entre mai 2008 et 2009, Candy Boy est une série de 7 ONAs d’une dizaine de minutes complétée par un épisode 0 et deux bonus de longueur sensiblement similaire, qui nous fait entrer dans le quotidien des sœurs Sakurai. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a ici aucune trace de drame ou de destin tragique, non, la vie des deux demoiselles est au contraire plutôt paisible, rythmée de petits riens et orientée sur le mode du sourire. Yukino et Kanade vont faire du shopping, s’achètent des gâteaux, rentrent chez elle pour Noël, sortent à la Saint-Valentin, se soucient de leurs examens, réservent leur prochaine année de résidence ou réfléchissent à leur futur. Des occupations de filles de leur âge quoi. Une note plus sombre est apportée lorsqu’il s’agit de la relation qu’entretiennent les jumelles avec Shizuku, leur cadette, qui se sent délaissée parce qu’elle est plus jeune et donc, fatalement laissée derrière par le torrent du quotidien ou lorsque le moment de décider de leur orientation se fait plus présent. Mais là encore la série ne s’attarde pas sur ces obstacles et s’en sert plutôt comme d’un prétexte pour approfondir les liens qui unissent les différents personnages.

 

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De gauche à droite : Shizuku, Yukino, Kanade et Sakuya

 

En parlant de personnages, il n’y en a guère que quatre ici : Kanade (Nabatame Hitomi), la sœur sérieuse mais manquant de confiance en elle, Yukino (Yuzuki Ryouka), la tête en l’air qui joue souvent les idiotes, leur stalkeuse attitrée, Sakuya (Kato Emiri), qui est pleine d’énergie et possède une imagination des plus fertiles, et enfin Shizuku, qui est probablement la plus fragile et la plus introvertie de toutes. Sa doubleuse, Yuu Kobayashi (Kimura Kaere dans Sayonara Zetsubou Sensei, Setsuna dans Negima ou Satoshi dans Higurashi) fait vraiment un excellent travail en interprétant sa douleur silencieuse, toute en retenue, et en délivrant une performance poignante. Le fait qu’il y ait si peu de protagonistes permet bien sûr un développement que ne peuvent généralement pas se permettre les animes brefs. Chaque personnage est donc mis en valeur sous toutes les facettes de sa personnalité, ce qui est assez plaisant.

 

Le style graphique est d’une grande beauté (surtout dans les scènes de neige, les paysages) et bien qu’il repose beaucoup sur des plans fixes, cela n’entrave en rien l’appréciation de l’histoire. Et, petit détail sympathique, les héroïnes changent régulièrement de vêtements et de coiffures, ce qui donne vraiment l’impression que les jours s’écoulent, contrairement à d’autres séries où le personnage reste habillé de manière identique pendant 20 épisodes. La bande-son est complètement transparente à l’oreille, et il est à noter qu’il n’y a pas du tout d’opening, juste un ending, mais sans aucune animation.

 

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Ca dégouline d'amour / C'est beau mais c'est insupportable

Jusque là je n’ai mentionné que des qualités et je me suis retenue de donner mon véritable avis, mais c’était nécessaire. Car voyez-vous Candy Boy porte un peu trop bien son titre (non pas la partie « boy », les hommes sont une espèce disparue depuis longtemps visiblement) : c’est un bon gros flan qui descend sur l’estomac, un sac de choux à la crème, de la pièce-montée à cinq étages mit chantilly. En un mot, Candy Boy c’est sucré, trop sucré ! Evidemment un anime tranche de vie ne faisait pas miroiter dans mon esprit l’espoir d’une intrigue épique avec des déchirements, des lamentations, des morts sanglantes ou des combats de dingue, mais qu’il n’y ait absolument aucune intrigue m’irrite un peu. Car le synopsis de la série…recouvre son premier épisode. Et bien que je ne l’ai vu il y a moins de 4h, il m’est absolument impossible de vous décrire quelles sont les passionnantes occupations des jumelles, c’est vous dire à quel point leurs virées shopping m’ont marquées… Certes les pitreries de Yukino et les sermons de Kanade, éternelle reprise dus schéma boke/tsukkomi, sont mignonnes comme tout mais il y a quelque chose qui me dérange.

 

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Can you feel the love tonight ?

 

C'est un pudding bien lourd / De mots doux à chaque phrases

Le couple dispose d’une crédibilité descendant en dessous de zéro. Les deux jeunes filles se tiennent la main en permanence, dorment dans le même lit, collées serrées, et ne se quittent pas d’une semelle tellement elles sont en manque. Et si par malheur elles ne rentrent pas ensemble le soir pendant –ola, juste ciel- une demi-semaine, c’est un coup terrible que l’on porte à leur moral. Quand elles ne se tiennent pas la main en babillant, il faut que l’une pose se tête sur l’épaule de l’autre ou alors lui donne la becquée. Et vas-y que je t’achète un bijou à couper en deux (chacune héritant d’une partie) pour rajouter dans le cliché « amour éternel dans l’éternité de l’éternelle éternité », et vas-y que je chouine pour partager ta glace avec toi parce que je suis incapable de manger ailleurs que dans ton assiette, et vas-y que je roucoule à qui mieux-mieux et que je répète combien j’aime dormir sur tes genoux/ta poitrine. D’ailleurs un flashback nous les montre enfants à se rouler par terre en faisant milles caprices parce qu’elles ne sont pas dans la même classe. Si l’on prend en compte le fait qu’elles sont nées le même jour et qu’elles ont toujours vécues ainsi, il y a de quoi devenir fou. Etre amoureux et être siamois sont deux choses bien différentes, il me semble, et laisser de l’air à son couple est une devise que les tourterelles ne semblent pas comprendre. La chanson « Mon coeur, mon amour » d’Anaïs est à cet égard leur hymne personnel, car oui, ça dégouline d’amour, de sentiments aromatisés aux fines herbes, et pas qu’un peu.

 

 

 

Et ça se fait des mamours / Se donne la becquée à table

Cette dimension d’un romantisme exacerbée m’agace profondément, d’autant plus que toute idée charnelle semble disparaître. En réalité les deux sœurs ne sont incestueuses que par ce que le dos du DVD l’indique, elles ont un comportement malsain par péché d’extrémisme mais ne font rien que la morale puisse reprocher : elles ne se désirent pas. Le seul rêve qui aurait pu être un peu révélateur de Kanade ne va pas plus loin qu’un léchage de doigt et si les deux simplettes batifolent volontiers à coup de « Kana-chan, Kana-chan, fais ahhhhhhhh à ta soeurette d’amour et mange ton petit pot » ou « Yuki-chan, Yuki-chan, quel cadeau inutile donc indispensable veux-tu que je t’achète pour la cinquante et unième fois ce mois-ci alors qu’on est en pleine difficulté financière ? », ça en reste là. Oui, les deux sœurs s’aiment d’un amour platonique et absolu, voyez-vous, et la simple vue de leur moitié les remplit d’un bonheur niais et indicible. Le comble est atteint lorsque Yukino, qui au tout début de la série s’amusait à réclamer des baisers de sa sœur, et se plaît souvent à la provoquer de manière gentillette (pas plus loin que des léchouilles sur le bout des doigts on vous dit), s’offusque parce que lors du dernier épisode Kanade dépose sur ses lèvres un bref et chaste baiser. Et je ne parle pas d’un baiser bien slurpeux avec langue qui gigote, non, je parle d’un petit bisou tout mignon sur le bout des lèvres. Et ça la choque. Et donc les deux sœurs s’aiment d’une incroyable passion, passion tellement puissante qu’elle les rend toutes bêtes l’une devant l’autre mais prohibe tout contact physique en dehors des câlinous en pyjamas et du léchage de doigts. MAIS VOUS VOUS FOUTEZ DE MA GUEULE OU QUOI ? Mais alors en quoi sont-elles incestueuses ? Leur sister complex atteint peut-être des proportions hallucinantes mais elles restent, dans leur relation, des sœurs. Des sœurs qui vivent dans le même appartement, s’entendent bien et partagent tout entre elles. En enlevant tout désir charnel, on enlève au fond toute la tension qui aurait pu être celle de l’intrigue mais pire encore, son sens profond.

 

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FU-SION !

 

Ce mélange de sentiments / Aromatisé aux fines herbes

Autre point fâcheux, le traitement du regard d’autrui. Certes la reconnaissance de l’homosexualité a fait un très grand pas à notre époque actuelle, mais je ne suis pas sûre que l’inceste passe pour autant de son côté pour une formalité commune. D’autant plus dans un pays aussi conservateur que le Japon et qui recense un nombre aussi impressionnants de victimes de l’ijime. Si l’on pousse des fillettes au suicide parce qu’elles ont des origines métisses ou un léger surpoids, alors j’ose à peine imaginer le regard que subirait un couple aussi hors-norme. Or là non, rien, nada. Yukino et Kanade ont le droit à trois post-it sur leur porte pour leur signaler combien elles sont graves. Trois putain de post-it. A aucun moment il n’est question ni du regard d’autrui, ni du qu’en-dira-t-on, jamais les héroïnes ne sont troublées le moins du monde par des menaces, des remarques désobligeantes ou des préjugés blessants. Elles vivent toutes les deux dans une sorte de bulle, loin de toute réalité. Je ne m’attendais certes pas à une descente aux enfers ou à un drame intense mais cela m’a profondément choqué qu’à aucun moment ne soit évoqué le moindre obstacle. Yukino et Kanade n’ont aucune épreuve à surmonter qui renforcerait ou fragiliserait leur couple, elles s’affichent dans toute leur mièvrerie (« Je t’aimerai toujours, toujours, toujours » « Moi aussi je t’aimerai toujours, toujours, toujours, toujours, toujours ») et rien ne se produit. Je ne sais pas du tout comment est la vie de deux personnes qui s’aiment malgré l’inceste mais la facilité déconcertante dans laquelle baignent ces demoiselles me semble très fort de café. On nage dans l’idéalisme complet.

 

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Autant de mièvrerie / Nappée de crème pâtissière

D’ailleurs Sakuya subit un peu le même traitement en ce que son attirance démesurée et non réciproque pour Kanade, qui sert de procédé comique récurrent, n’est jamais, au grand jamais remise en question. Est-il normal qu’une jeune lycéenne vous adule au point de couvrir les murs de sa chambre de vos photos, de vous espionner en permanence et de corrompre votre sœur pour qu’elle dévoile tous vos secrets, quand elle ne tente pas de créer un dakimakura à votre effigie ? Bien sûr, ce n’est pas à prendre au sérieux du tout et la dépendance émotionnelle parait être la norme de Candy Boy mais c’est un peu la goutte en trop, le brin d’herbe qui dépasse et qui révèle à quel point l’amour est surjoué dans cet anime. Seule Shizuku aurait pu être crédible dans la manifestation de sentiments interdits et c’est paradoxalement celle qui a les intentions les plus pures (si on considère le léchage de doigt comme scabreux). Ce qui n’empêche pas le personnage de Sakuya d’être assez désopilant par ailleurs. Sa logorrhée extatique parodie souvent assez allégrement les séries harem lambda mais elle tombe quelques fois un peu à plat –c’est le revers de la médaille dira-t-on.

 

Coucou qu'est ce que tu fais mon coeur ? / La même chose qu'y a une demi-heure...

L’épisode 0 de Candy Boy peut être vu comme un stand-alone en ce qu’il contient à lui tout seul tous les éléments de l’intrigue condensés et magnifiés en quelques brèves minutes, mais il n’échappe pas plus à la vacuité de l’anime. Les bonus (que je conseille de regarder après la série même si le premier est censé se situer avant sur l’échelle temporelle) apportent des rajouts appréciables pour les fans mais d’une inutilité assez crasse : Ex01 se contente de montrer l’emménagement ô combien palpitant des deux sœurs et Ex02 se présente comme le pendant « yuri » de l’épisode spécial plage/piscine de l’anime harem habituel, les héroïnes font juste leur numéro habituel mais en maillot de bain.

 

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Partant d’un pitch au potentiel certain Candy Boy prend la route complètement différente d’un petit "tranche de vie" sans prétention. Si le format bref et le soin apporté à l’évolution des personnages plairont aux amateurs du genre pas dérangés par l’étiquette un peu fantoche de « twincest », les autres fuiront l’épais coulis tout rose qui déborde de l’écran à chaque épisode enclenché. Le moe trop exacerbé de Yukino (sa voix devient clairement agaçante à certains moments) et le côté « lovey-dovey » poussé à l’extrême m’ont repoussés et au fond empêchés d’apprécier la série pour ce qu’elle était mais il ne s’agit pas réellement ici d’un mauvais anime. D’ailleurs c’était assez agréable à suivre. C’est juste que je ne supporte pas de prendre des kilos de sucre en intraveineuse

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 15:00

OAV

 

Paru encore très récemment, Denpateki na Kanojo est l’adaptation en deux OAVs du light novel du même nom de  Kentarou Katayama.

 

On y découvre Juuzawa Juu un lycéen atypique aux cheveux décolorés et bagarreur qui fuit comme la peste tout contact et préfère rester tranquille. Enfin jusqu’au jour où une fille étrange qui cache ses yeux sous sa frange, Ochibana Ame, débarque et prétend le connaître d’une vie antérieure. Il aurait été roi et elle, son fidèle chevalier. Evidemment Juu n’y croit pas du tout et essaye de l’ignorer, mais non seulement la petite est tenace et le suit partout, mais en plus des meurtres inexplicables ont lieu dans les environs et elle a toujours l’air d’en savoir un peu plus que les autres. Juu décide donc de faire équipe avec elle afin de démêler son implication véritable dans cette affaire…

 

Voilà donc l’histoire du premier OAV qui se révèle être une sorte de thriller morbide (miam) reposant à la fois sur une ambiance sombre et pesante menée par de beaux graphismes et une bande-son minimale mais bien utilisée, et la prestation d’Ame (doublée par Hirohashi Ryou qui fait Kyou dans Clannad ou encore Rakka dans Haibane Renmei), un personnage aussi ambigu que fascinant. Après un sacré twist, l’épisode se finissait de manière concluante tout en laissant une petite part de mystère sur cette fameuse histoire de vie antérieure.

 

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Et puis quelques mois plus tard, paraissait un second OAV, ce qui en soi-même était assez intrigant puisque tout semblait fini. Après la résolution de l’affaire précédente, Juu a finalement accepté de laisser Ame lui faire office de chevalier (c’était ça ou prendre le risque de la voir pénétrer par effraction dans sa maison à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit donc bon) et tout semble redevenu normal. Mais une fois de plus le duo se retrouve face à un nouveau mystère : une secte qui lynche des cibles prises au hasard, dont Juu. De nouveaux personnages sont introduis, dont les copines d’Ame, qui sont aussi badass qu’elles (notre héros est décidément bien entourée niveau sociopathes), comme Endo Madoka l’androgyne (doublée par Saiga Mitsuki) et Kirishima Yukihime la lanceuse de couteaux (Mai Nakahara). Et qu’apprend-t-on dans ce nouveau récit ? Que de plus en plus de gens joignent une secte qui prône le système des « Hapiness Points ». Selon ce système il est établi que le bonheur s’obtient en étant arraché à autrui. Plus on bousillerait la vie de son prochain, plus ça nous rendrait heureux. Une théorie qui dit comme ça parait totalement farfelue et d’une absurdité crasse, et pourtant quand on y regarde de plus près le système des « Hapiness Points » est certes stupide mais il n’est pas dénué de sens.

 

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Dans une société comme la société japonaise qui prône beaucoup l’intérêt de la collectivité comme étant supérieure à celui de l’individu, on parvient parfois à des débordements extrêmes comme celui de l’« ijime », qui est un problème d’ordre national. Qu’est-ce que l’ijime ? Littéralement « intimidation », l’ijime c’est l’acharnement d’un groupe sur une personne parce qu’elle est différente. L’ijime peut intervenir, au collège, au lycée, dans le monde du travail, mais même à l’école primaire. Généralement les enseignements témoins de ce genre de traitements ne font absolument rien pour aider les élèves en difficulté, ils font semblant de ne pas voir, et nombre de victimes se suicident à cause de cela.

Les brimades arrivent aussi dans les pays occidentaux plutôt portés sur l’individualisme, mais nous n’attachons pas, à mon avis, le même sens derrière ces brimades.

 

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Life, un des rares mangas à faire de l'ijime son sujet principal.

 

Il y a deux manières d’unir un groupe sous une même bannière : 1) un but commun et 2) un bouc-émissaire. Evidemment, il est bien plus difficile de trouver un objectif qui mette tout le monde content et bien plus confortable de projeter tous les maux du monde sur un tiers. Les groupes ne sont souvent unis que dans l’amour d’une même chose ou la haine d’une même chose, sitôt cette chose disparue, le groupe se détruit de l’intérieure parce que chacun défend des intérêts différents. On peut ainsi mentionner quelques exemples historiques dont le plus marquant a sans doute été l’antisémitisme vu à quelles extrémités il a été poussé. Que fait Hitler en 1933 quand il obtient les rênes de l’Allemagne ruinée par le chômage ? Il cherche à avoir tout le pays derrière lui bien sûr. Un dirigeant qui compte faire la guerre (et à l’origine il n’y avait pas trente-milles solutions pour relancer le pays, il fallait faire marcher l’économie de guerre) cherche à ce que sa politique soit soutenue par son peuple. Et l’Europe étant massivement antisémite à l’époque (l’affaire Dreyfus à la toute fin des années 1800 l’aura prouvé), il était facile de pointer du doigt les juifs en disant la ruine de l’Allemagne était de leur faute (je vulgarise mais c’est un peu ça), et à cause de cela la cohésion de groupe était assurée dans une haine qui débouche sur l’horreur absolue qu’est le génocide. Après avoir constaté l’ampleur de tels massacres on pourrait se dire que les politiques ont retenus la leçon mais en fait non. Après l’attentat du 11 septembre, W. Bush a bien profité de la peur générale à l’égard des terroristes pour déclarer la guerre à l’Irak. Et de nos jours la haine de l’immigré ressemble quand même fichtrement bien à la haine du juif d’antant. Bref, tout ça pour dire que ce système qui est celui de « l’ami/ennemi » (je ne sais plus de quel livre de philo j’ai sorti cette appellation, désolé) a aussi lieu au Japon mais de manière différente.

 

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Life a connu une adaptation en drama du même nom (11 épisodes en tout) qui ne s'en sort pas trop mal

 

L’ijime c’est au fond le même concept de l’ami/ennemi : on unit une classe dans la haine d’un seul élève (on est tous contre toi, on est donc tous ensemble contre toi, quelle belle harmonie) et tant que ce bouc-émissaire supporte toutes les saloperies qu’on lui fait subir, tout le monde est heureux dans le meilleur des mondes (ironie bien sûr). Si le bouc-émissaire, à bout, se suicide, la classe se retrouve de nouveau éclatée, puisque tout le monde ne s’aime pas, ne se parle pas, ou n’interagit pas selon les mêmes intérêts. Et les petits camarades cherchent donc le prochain bouc-émissaire. C’est le même principe dans le monde du travail, en peut-être plus ténu ; je suppose que la victime se retrouve ignorée et avec le plus de corvées. Mais elle n’a vraisemblablement pas le droit à des jeux aussi vicieux qu’à l’école (dont le jeu du mort par exemple, qui vise à mimer le décès du bouc-émissaire pendant plusieurs jours afin de lui foutre les jetons) puisque ça nuirait à la productivité de l’entreprise.

 

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Pour en revenir à nos moutons, le système des « Hapiness Points » est au fond assez représentatif de cette mentalité dont découle l’ijime. On sacrifie le bouc-émissaire au bien de la classe, on lui vole son bonheur pour s’assurer le sien. C’est écraser ou être écrasé ; choisis ton camp. Lorsque la secte de Denpateki na Kanojo scande que pour être heureux, il faut écraser autrui, en un sens ce n’est pas faux, mais cette manière de penser est juste horrible.

 

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Autre aspect : tout au long de l’épisode Juu se rend compte qu’en réalité, cette secte qui parait absurde, a bien plus d’adhérents qu’il ne parait, dont certains de ses proches, comme Ame qui révèle elle-aussi croire au principe des « Hapiness Points » mais qui procède d’une toute autre manière ;  j’y reviendrai plus tard. C’est assez ironique parce qu’à chaque fois on se dit « Quoi ! Elle aussi, elle y croit ? ». Serait-ce une manière de montrer que dans la société il existe bien plus de personnes qui appliquent ce principe, sans même s’en rendre compte ? Une surinterprétation de ma part sans doute, mais ce serait assez intéressant.

 

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Même notre héroïne croit au système des « Hapiness Points » mais comme elle le révèle tout à la fin du second OAV, la manière la plus rapide d’obtenir ces fameux points de bonheur…c’est de fuir la réalité. Tiens donc. Comme c’est étrange. De là à dire que le concept de l’ami/ennemi repose en réalité sur une illusion, il n’y a qu’un pas, et je pense qu’on peut le franchir. L’ijime c’est exactement ça : on essaye de se convaincre que tous nos petits malheurs personnels sont la faute et l’unique faute de Jean-Marie Sigismond qui n’a jamais rien demandé à personne mais qui, parce qu’il est juif/noir/arabe/obèse/a les cheveux de travers/appartient à telle minorité/rayez la mention inutile, se montre un coupable tout désigné. Et tant qu’on lui bousille ses manuels, ses fringues, sa vie, ça nous défoule, on se sent mieux, on n’a pas à se regarder en face dans le miroir pour se dire « S’il m’est arrivé telle merde, c’était quand même un peu de ma faute ». Echapper à ses responsabilités c’est toujours tellement plus commode que de se retrousser les manches et essayer de trouver des solutions.

 

C’est un peu la morale de l’épisode puisque qu’à la fin l’antagoniste principale, qui vivait complètement enfermée dans son petit monde pour ne pas avoir à ouvrir les yeux sur sa triste vie, finit par être confrontée à ses contradictions et une autre personne (je ne spoilerai pas) qui croyait aux « Hapiness Points » est punie  d’avoir voulu suivre le même chemin qu’elle.

 

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Je ne pense pas que Denpateki na Kanojo soit volontairement une référence à l’ijime mais plutôt un reflet d’une mentalité qui couve dans les esprits, ou peut-être même un récit exemplaire tentant de nous montrer pourquoi une quête aussi universelle que la quête du bonheur ne doit pas se faire au détriment de celui d’autrui. Après tout la réaction première du spectateur lorsqu’il découvre cette secte aux idées bizarres est de souligner son absurdité, et donc ironiquement de souligner l’absurdité d’un système qu’il a cautionné sans même s’en rendre compte.

Le concept « Ecraser ou être écrasé » est en effet un concept tacite mais bien réel. Il suffit de regarder un film lambda, comme Le diable s’habille en prada, qui nous montre à un moment l’héroïne en plein dilemme : sa supérieure hiérarchique avec qui elle s’entend bien est malade et la grande patronne lui propose de prendre sa place. Si elle accepte cette occasion unique (une promotion en or comme celle-ci ne tombe pas du ciel tous les jours), elle rend sa collègue malheureuse ; si elle refuse, elle se rend malheureuse.

 

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Y aurait-il donc plus qu’une simple histoire de thriller dans l’anime Denpateki na Kanojo ? Est-ce un reflet de l’ijime ? Une critique de la société ? Je ne sais pas si c’est vraiment le cas mais ce serait une idée bien séduisante. A chacun de se faire son propre avis sur la question.

En tout cas, ce qui est certain, c’est que ce petit OAV de rien du tout se révèle bien plus profond qu’il n’en avait l’air au départ. Et ça, c’est déjà pas mal.

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 15:00

OAV

 

Pour Halloween je pourrais très bien faire la review d’un anime effrayant. Mais vous savez ce qui est véritablement effrayant ? C’est de croiser la route d’un chef d’œuvre par hasard en se disant qu’on aurait pu ne jamais le connaître. De mourir bête en somme. Un anime sympathique, un anime qui détend, on en a besoin, mais un anime qui bouleverse notre vision du monde, il n’y en a pas des milles et des cents, et c’est une nourriture spirituelle indispensable sur l’échelle d’une vie. Peut-être bien que personne ne lira cet article, peut-être bien que personne n’en a rien à foutre des contes de fées du moment qu’il y a tel truc de ouf qu’on oubliera dans deux mois à regarder, mais c’est un sujet qui me tenait à cœur alors voilà, je me livre à l’indulgence/indifférence générale.

 

La princesse Arete (doublée par Houko Kuwashima : Kirika dans Noir, Tomoyo dans Clannad) est une fillette confinée dans la plus haute tour du château par son père depuis son plus jeune âge. On dit qu’ainsi elle protège sa précieuse personne du monde extérieur et attend paisiblement la venue de son prince, de celui qui devra la sauver. Sauf que la jeune Arete a bien d’autres idées en tête : elle en a assez de rester perchée à sa fenêtre toute la journée et entend bien un jour obtenir sa liberté.

 

Sorti en 2001, Princess Arete est un film d’animation réalisé par Sunao Katabuchi, d’environ deux heures, résolument unique en son genre. Il s’agit ici de l’adaptation assez libre du livre de Diana Coles « The Clever Princess » qui a connu un fort succès au Japon à sa sortie. Les graphismes sont plutôt jolis (surtout les décors) et l’animation de bonne facture, on croirait presque avoir à faire à certains moments à un Ghibli. La musique composée par Senju Akira (Full Metal Alchemist Brotherhood, Red Garden) sied à ravir à l’ambiance médiévale et fantastique, et certaines pistes, même hors contexte, font voyager l’imagination de manière certaine. On a même le droit à Origa (si, si, la chanteuse russe de Ghost in the Shell Stand Alone Complex) pour nous livrer la magnifique chanson-thème, que demander de plus ? Ah oui et les doublages sont impeccables. Côté technique donc, le film est quasiment irréprochable, mais là où il dévoile tout son potentiel c’est, bien sûr, au travers du scénario, qui peut se découper en deux parties.

 

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Il était une fois…

 

Dans ce monde médiéval à la lisière entre l’histoire et le fantastique, l’ère des magiciens s’est éteinte depuis longtemps, mais au fond elle vit encore de manière fantasmée dans l’esprit populaire à travers tous les trésors magiques qui sont rapportés des confins de l’univers pour la cagnotte personnelle du roi. Car en effet le père d’Arete a promis sa fille au plus courageux des chevaliers, et sa main ne saurait être obtenue sans une preuve de bravoure exceptionnelle. Aussi tous les valeureux chevaliers se livrent à une immense chasse au trésor pour lui ramener le plus d’objets magiques possibles. Objets dont Arete ne verra jamais la forme puisque toute cette mascarade n’est que le plan des économistes du royaume pour enrichir le pays. Les objets magiques ça paye bien voyez-vous. Et vlan, première claque dans la gueule des contes de fées ou des histoires médiévales traditionnelles.

 

Courte berceuse que l’on entend lorsque quelqu’un touche la boite à musique magique rapportée par l’un des chevaliers, Magic Orgel a quelque chose d’assez ensorcelant, de triste, une petite ritournelle qui ne sort plus de la tête.

 

Mais ce ne serait qu’un détail insignifiant s’il n’y avait pas la princesse elle-même. Cloitrée dans une pièce d’une vingtaine de mètres carrés à tout casser depuis son enfance, elle n’a pour seule compagnie que les livres qu’elle planque sous son lit, son jeu d’échec et éventuellement la nourrice qui passe lui livrer ses repas. Son enfermement est sensé garantir sa « pureté », c’est à dire qu’on attend d’elle qu’elle soit docile, gracieuse, naïve, et surtout éloignée autant que possible de la réalité. Elle n’est plus un être humain mais un trésor, un trésor à garder jalousement dans un coffre fermé à double tour. Or Arete est tout sauf ce genre de princesse. Elle n’a pas envie d’être « sauvée » par un beau et noble chevalier, elle n’a pas envie de se marier pour être enfermée dans une autre pièce du château une fois les noces consommées, et elle n’a pas non plus envie que des gros balourds aillent massacrer des gens juste pour lui rapporter quelques babioles magiques. Non, Arete est avant tout fascinée par la magie, pas celle des sorciers, mais celle des hommes. Elle croit profondément en l’humanité, cette humanité capable de construire tant de belles choses. Le film s’ouvre d’ailleurs sur une scène populaire : on y voit un souffleur de verre, un potier, des tisserands, des artisans, créer à partir de presque rien. Et cette possibilité émerveille la jeune fille qui, en regardant ses propres mains, se demande si elle aussi possède cette magie. Arete a soif de connaissances de découvertes, elle veut voir le monde, de nouveaux paysages, en apprendre toujours plus pour devenir autre chose qu’une admirable potiche. Nouvelle claque dans la gueule des contes de fées ou des histoires médiévales traditionnelles.

 

A des milliers d’années lumières des génériques entrainants de GITS, Origa nous livre ici une balade somptueuse, douce et mélancolique, portée majoritairement par sa voix et des violons ou de la flûte qui émergent de temps en temps de la discrète composition. La traduction des paroles (c’est beau le russe :3) est disponible dans la description de la vidéo.

 

Lorsqu’Arete se confronte avec ses soupirants, des gens qui ne l’ont jamais vu de leur vie, qui prétendent vouloir la rendre heureuse mais bavent surtout devant l’idée d’un jour régner sur les territoires que son père possède, la situation est grotesque, le dialogue impossible. En effet le jour de la fin de la chasse aux trésors, Arete descend en douce dans les passages secrets pour apercevoir les présents qui lui sont destinés mais que personne ne prend la peine de lui montrer, et quand elle remonte dans sa chambre, c’est un véritable festival. Un premier chevalier se présente à elle en déclamant les paroles habituelles, comme quoi il meurt d’amour pour elle, que s’il pense à elle il se sent invincible, etc, et décide de lui raconter le récit de son voyage pour l’impressionner. Mauvaise pioche puisqu’en apprenant qu’il a massacré un éléphant en le prenant pour un monstre, Arete le considère comme un homme égoïste, et elle le renvoie après l’avoir somptueusement battu aux échecs en quelques coups (j’adore cette petite). Et même pas quelques secondes plus tard, voilà que sa seconde fenêtre s’ouvre grand et qu’un blondinet avec une rose dans la main s’amuse à lui conter fleurette. Difficile de ne pas compatir en voyant son visage prendre une teinte blasée tandis que ce chevalier là tente de la séduire de manière caricaturale. Et encore une autre claque dans la gueule des contes de fées ou des histoires médiévales traditionnelles.

 

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La première partie du film présente d’ors et déjà le caractère très particulier d’Arete de façon presque féministe. Au fond, la petite fille, réifiée, se bat contre les traditions ancrées dans les esprits de manière tenace, et dès que la cour apprend que leur belle et pure princesse (de dix ans) refuse d’être leur jouet, tous les sujets deviennent persuadés qu’elle est ensorcelée par un maléfice. Une scène qui m’a beaucoup marqué, à la fin de cette longue présentation, est le moment où Arete doit expliquer son comportement. Les sujets sont tellement peu habitués à ce qu’une demoiselle leur tienne tête qu’ils la regardent partir (pas bien loin, hélas) sans oser la rattraper. Les gardes pourraient la choper en moins de deux, mais non, ils ne le font pas, parce qu’une princesse se doit d’être docile, et que la créature qu’ils ont devant eux ose prétendre à choisir sa destinée, ce qui est une telle aberration qu’ils sont trop abasourdis pour bouger. Par ce côté un peu féministe, Princess Arete arrive à rester moderne sans verser dans l’excès et le pathos pur et dur, c’est juste ce qu’il faut, et ça ne peut pas ne pas nous parler, vu les conneries qu’on peut lire quelques fois sur les femmes (nous sommes toutes des yuccas, cool, on passe de potiche à arbuste, du minéral au végétal, mais c’est une super amélioration en fait !).

 

Piste simple mais efficace jouée au piano qui évoque une certaine lourdeur, une souffrance lancinante. Rien qu’à l’écouter on compatit tout de suite avec l’ennui de la petite Arete.


En fait ce féminisme léger est en grande partie dû au fait que le réalisateur, Sunao Katabuchi, en tant que mâle se sentait un peu mal à l’aise avec le conte initial, qui lui présente les hommes d’un point de vue beaucoup plus manichéen (toutes les femmes de l’histoire sont décrites comme des personnes attentionnées, courageuses et compatissantes, et tous les hommes comme des êtres stupides et égoïstes), et qu’il a préféré aborder des sujets plus généraux, comme la raison de vivre. Honnêtement, je n’ai pas lu le livre de Diana Coles mais je me suis renseigné dessus et je pense qu’il a fait le bon choix. C’est justement par ce que cet aspect d’Arete n’est que frôlé, presque sous-jacent, qu’il montre toute sa force quand on met le doigt dessus. De plus le « méchant » de l’histoire (dont je n’ai pas encore parlé) gagne en profondeur, en sympathie même. C’est donc une adaptation très intelligente à mon sens.

 

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Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enf…oh wait, what ?

(Attention, à partir d’ici je vais volontairement spoiler une grande partie de l’intrigue, je ne pense pas que ce soit particulièrement gênant pour ce type de film qui n’est guère basé sur les rebondissements mais je préfère prévenir)

 

Alors qu’Arete s’apprête à s’enfuir vers le monde extérieur, Boax, un sorcier débarqué de nulle part, demande sa main. Il profite de la panique entrainée par la déclaration surprenante de la jeune fille pour se présenter comme le seul pouvant lever la « malédiction » (car oui être intelligente est une malédiction) qui pèse sur elle. Grâce à son cristal magique il la transforme en la belle princesse obéissante que décrivent tous les contes de fées, ce qui ne manque pas d’émerveiller tous les conseillers du roi qui finissent par se débarrasser d’elle en la lui livrant. Il promet de prendre soin d’elle et s’aventure même à jurer retrouver sa beauté originelle pour lui plaire. La foule en liesse célèbre le mariage tandis que Boax s’éloigne avec Arete dans un engin volant tout droit sorti des carnets de Léonard de Vinci. Or bien sûr, tout était trop beau pour être vrai. Boax n’est pas du tout amoureux d’Arete, tout ce qu’il veut c’est l’enfermer dans son donjon pour être certain que la prophétie annoncé par son cristal ne se réalise jamais. Celui-ci a en effet prédit qu’elle mettrait fin à sa vie éternelle. On sent bien sûr venir la suite à grands pas, car c’est toujours en voulant éviter un évènement qu’on finit par le provoquer.

 

L’OST de Princess Arete comprend un certain nombre de motifs récurrents qui sont déclinés sous plusieurs formes. Himitsu no ishidan 3 est mon préféré : un calme morceau de harpe mêlé à quelques accords de guitare et de violons.


La deuxième partie du film nous montre donc Arete, de nouveau enfermée, mais cette fois sous sa forme adulte, tout au fond d’un donjon insalubre, au milieu des rats et de la poussière (il y aurait un rapprochement opportun à établir entre la plus haute tour du château et le plus sombre cachot du donjon, rien que par le changement de lieu, une déchéance se met en place). Son seul salut pourrait provenir de la bague magique qu’une vieille sorcière lui a confié avant de disparaître, et qui exaucerait trois de ses souhaits, mais elle est devenue bien trop passive et les utilise à des choses aussi futiles que repeindre/nettoyer son cachot ou tisser en attendant qu’un beau prince charmant vienne la sauver. Prisonnière de son propre esprit, la voilà figée dans ce stéréotype auquel elle avait toujours voulu échapper. Ce qui est intéressant ici c’est que pendant qu’Arete joue les damoiselles en détresse, on nous montre Boax toujours immobile dans la même pièce, qui apparaît être sa chambre, attendant en vain que son peuple vienne le chercher un jour. Lorsqu’il regarde par la fenêtre, Arete reste assise sur sa chaise devant la fenêtre en trompe-l’œil qu’elle a peinte sur le mur et représente un paysage verdoyant, une illusion lointaine. Lorsqu’il consulte le vieux grimoire volé à la princesse, elle-même l’ayant dérobé du trésor royal (mais après tout il lui était destiné et trouve bien meilleur usage entre ses mains je crois), qui conte les merveilles de cette ancienne civilisation dont il fait partie, Arete coud des tapisseries représentant des motifs traditionnels, poussant même le vice jusqu’à reproduire celle qui ornait le mur de son ancienne chambre. Ce parallèle est d’autant plus intéressant qu’il permet de placer le vilain sorcier comme un double de l’héroïne. Tous les deux sont deux êtres enfermés dans des cages, visibles ou non, prêts à patienter l’éternité durant pour une folie qui ne se réalisera jamais. La civilisation détruite ne se reconstruira pas, elle ne viendra pas déterrer Boax de son vieux manoir en ruines ; de preux chevaliers ne se rendront jamais dans ce désert humain, personne n’ira cueillir Arete avec un doux baiser. Ce parallèle, le sorcier s’en rend compte au fur et à mesure, notamment avec les interventions de Grovel, son serviteur, grenouille changée en être humain bavard et rustre, qui tout en se moquant ouvertement de la princesse décrit la condition pitoyable de son maitre sous ses yeux. Quand Boax comprend qu’il ne vaut pas mieux qu’une damoiselle en détresse à l’affut de son sauveur, il enrage, sans avoir le courage de prendre son destin entre ses mains.

 

Des chœurs s’élevant gracieusement sur des notes de harpe qui font de ce morceau une pièce sublime.

C’est tout doucement qu’Arete reprendra finalement le contrôle de son esprit, sans même se servir de l’anneau de la sorcière. Mais cela n’aura pu être possible qu’avec l’intervention d’Ample, humble villageoise forcée de nourrir le vieux sorcier en échange de l’eau qu’il produit pour eux, qui en discutant avec elle, va attiser le feu qui couve en elle. La princesse essaye, pour passer l’ennui, de s’imaginer quelque chose par elle-même, ce qu’interdit la magie de Boax, et l’histoire qui lui vient en tête, comme inconnue, est la sienne propre, racontée comme si elle ne l’avait jamais vécue. En se souvenant de cette Arete là, elle redevient la jeune fille débrouillarde qu’elle a toujours été et sort de cette espèce de passivité irritante, de cette voix en porte-à-faux, trainante et dénuée d’émotions, cette voix de théâtre mal joué à laquelle Houko Kuwashima a très bien su donner corps.

 

J’aurais très bien pu sélectionner la festive Konrei no matsuri mais c’est sur celle-là que mon choix s’est porté non pas parce qu’elle reprend l’air du générique de fin, mais pour ses dernières secondes de 1:30 à 1:50 à la guitare qui clôturent le film en beauté.

La voilà la quête de Princess Arete : il ne s’agit pas de sauver le monde ou d’accomplir des actions grandioses, mais d’une longue escalade vers la liberté, la prise de son destin en main. Elle part à la découverte de sa propre magie intérieure à travers la magie du monde extérieur.

 

Le traitement réservé à Boax est touchant en ce que les souvenirs qu’on voit de lui et sa véritable identité enfin dévoilée nous le présente sous un jour assez misérable, non plus comme le bourreau mais la victime, victime de lui-même au fond, de son aveuglement obstiné. Arete est bien celle qui réalisera sa prophétie, mais probablement pas de la manière qu’il imaginait. Son salut est encore possible, il est là entre ses mains, et il est légèrement frustrant de ne pas savoir quelle sera sa décision, ni s’il empruntera la même voie que la princesse. Mais la fin du film est belle, tout le monde ne finit pas heureux jusqu’à la fin des temps mais qu’importe, le voyage de l’héroïne ne fait en fait que commencer…

 

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Une princesse pas comme les autres

Princess Arete est une œuvre vraiment unique, à la fois un conte de fée merveilleux et un anti-conte qui fait un pied de nez à tous les archétypes du genre, une fable regardable par tous, grands et petits, qui s’interroge sur la magie insoupçonnée qui dort dans l’humanité. Pas d’action trépidante au programme ni de rebondissements de folie, mais si vous vous engagez à retomber en enfance ne serait-ce que deux heures, je pense que vous trouverez dans ce film d’animation matière à rêver pour longtemps. Chef d’œuvre inconnu il y a quelques jours encore, je place aujourd’hui Princess Arete parmi mes animes préférés et son héroïne comme un modèle de jeune femme qui n’est pas sans rappeler Utena la fillette révolutionnaire.

 

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Hey, ça vous dirait pas de remplacer vos poupées Barbies par ces adorables petites choses =D ?

 


 

*Il n’est pas dans mes habitudes, quand je commente un anime, de citer des ouvrages critiques, comme je suis sensée le faire en cours de lettres mais le fait qu’une étude ait été faite sur le sujet me semble tellement rare et bienvenue qu’il faut bien le mentionner.

 

Source : The Reception and the Adaptation of Diana Coles’ The Clever Princess in Japan de Hideko Taniguchi

 

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J’avoue que la possibilité de faire des articles sur des animes en s’appuyant sur des ouvrages sérieux et documentés sur le sujet me fait rêver. Comme je le disais sur Twitter, je m’imagine déjà dans un univers utopique. Imaginez un peu une immense bibliothèque pleine de livres interactifs (qui font DVDs en même temps, tant qu’à faire) sur le thème des animes. On déambulerait dans les rayons et on trouverait des ouvrages critiques jouxtant les séries elles-mêmes. Des trucs du genre « Le voyage de Chihiro : métaphore de la prostitution ? » (rigolez pas, ça existe), « La folie dans l’oeuvre de Satoshi Kon », ou encore « L’image de la femme dans les animes ». Je…je…gaah, *béatitude*. Si quelqu’un ici connaît un multimilliardaire sympa, qu’il me le présente et je jure que je viendrais foutre des coups de pieds dans le derrière de l’éducation nationale pour créer la première filière « Etude de la culture visuelle moderne » au monde =D ! Oh et puis tant qu’à faire je me présenterais en 2012, ça n’arrangera pas les chiffres du chômage (j’allais écrire fromage) mais au moins les études de lettres deviendront un peu plus funs.

 

(Et j’ai encore Paysages Humains de Nazim Hikmet à me farcir avant décembre, dooh. Pitié pourquoi ? En échange je boufferai la collection complète des Chrétien de Troyes et je l’apprendrais par cœur, mais épargnez moi la poésie turque é__è)


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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 23:02

 

Souvenez-vous, en mars 2005 sortait Bokusatsu Tenshi Dokuro-chan, un anime connu pour son pitch pour le moins original et décalé qui parodiait allégrement avec un mauvais goût assumé tous les codes de la magical girl. Le succès fut plutôt au rendez-vous, sûrement pas grâce au héros aussi séduisant qu’une serpillère, mais plutôt grâce à Dokuro-chan, l’ange tout mignon tout plein qui passait son temps à écarteler son grand amour à coup de grosses gerbes de sang, pour mieux le ressusciter, sa manière à elle de l’aimer ; dans tous les cas une suite moyennement réussie, voire même assez médiocre, dégoulinante de fan service, l’esprit comique du premier opus en moins, eut le droit de sortir.

 

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Quelques mois après Bokusatsu Tenshi Dokuro-chan et ses litres d’hémoglobine, en août 2005, un autre anime de prime abord semblable émergea dans l’indifférence la plus totale : Majokko Tsukune-chan. Avec une ambition bien plus modeste cette série là se composait de six épisodes d’une dizaines de minutes montés avec un budget vraisemblablement tellement bas qu’à certains moments on se demande s’ils avaient plus de deux euros en poches pour faire le travail (je suis mauvais langue, je sais). Et pourtant, qu’on ne s’y trompe pas, à choisir Majokko Tsukune-chan est un bien meilleur anime.

 

Tsukune-chan est une apprentie-sorcière vivant toute seule dans une petite maison au milieu de la prairie. Tous les jours elle part faire des patrouilles sur son balai magique pour vérifier si des personnes dans le besoin requièrent son aide et passe ses journées à multiplier les bonnes actions en distribuant le bonheur autour d’elle. Enfin ça c’est ce qu’elle pense, mais ses méthodes pour le moins explosives ont tendance à générer plus de catastrophes que de bienfaits !

 

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Majokko Tsukune-chan est donc un anime comique à tendance parodique et à l’humour pour le moins absurde qui fait souvent mouche. Dès les premières minutes du tout premier épisode la caricature est flagrante : une fillette toute mignonne sur son balai magique accompagné d’une adorable peluche s’apprête à aider un Monsieur Lapin affamé qui est tombé du haut d’une falaise. Et ce schéma ultra classique vole en éclats au moment même où notre sorcière en herbes transforme sa mascotte kawaï-trognonne en rosbif pour mieux laisser le bonhomme-lapin en plan (alors qu’il est visiblement prisonnier d’une faille rocheuse et que le bon sens voudrait qu’on le descende de là, avec douceur si possible). Ce qui est d’autant plus ironique que le Lapin est herbivore et répugne fortement à s’approcher de la chose jaunâtre toute suintante qu’on lui propose comme repas… C’est la première et dernière fois que la peluche fera une apparition en tant qu’être vivant (son esprit rôdant régulièrement dans le coin cependant). On apprendra plus tard qu’il s’agissait du familier de la jeune fille mais visiblement elle n’en avait rien à carrer. A partir de cette introduction pour le moins délirante on s’enfonce dans un monde aussi absurde que désopilant où Tsukune utilise sa « douceur » naturelle pour sauver les passants de manière douteuse, et ce sous forme de petites scénettes sans véritable fil conducteur : Une rivale apparaît et désire se mesurer à elle ? Faisons un concours dont le but est de trucider un copain, d’échanger et d’essayer de réparer à peu près convenablement le cadavre encore chaud qu’on a sous les yeux ! Un méchant vilain mais alors vraiment vilain la menace en partant d’un rire diabolique parce qu’il l’empêche d’utiliser la magie ? Oui mais les enclumes ça marche très bien aussi ! Tsukune apprend à faire de la magie à la petite Kanako et un homme passe devant eux en courant, poursuivi par un dinosaure ? Kanako fait apparaître une fleur sur son chapeau bien sûr, et le dinosaure en profite pour le bouffer tout cru ! Avec Tsukune, la violence est toujours la meilleure solution, ou en tout cas la solution la plus employée.

 

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Et un steak de mascotte kawaii-choupi pour la table trois !

 

Ce qui caractérise le plus les personnages hauts en couleurs de ce drôle d’univers c’est surtout leur manque flagrant de bon sens, Tsukune la première. Car il est bien connu que confondre une torpille avec une truite est chose courante, que transformer ses copains en spaghettis géants pour les fourrer dans le combiné téléphonique est la meilleure solution contre une prise d’otages, qu’il est de bon aloi de demander un autographe au Père Noël alors qu’il est manifestement en train de brûler, et que signer le crâne d’un oiseau mort ensanglanté est un merveilleux cadeau de remerciements…

 

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Pipiru pipirupi, pipiru pipirupi

 

Accompagnent donc Tsukune dans son quotidien mouvementé, et pour cause tous les malheureux du secteur font systématiquement appel à elle, une pléthore de personnages plus ou moins récurrents et tous un peu frappés de la cafetière : le maire qui passe son temps à glander dans la maison de Tsukune pour une raison pour le moins mystérieuse, sa nièce la charmante Kanako, la sœur de Tsukune, Kokoro-chan et ses éternuements « mortels » capables de raser toute construction à 50m à la ronde et plus particulièrement tout être choupi-trognon (sinon ça ne serait pas drôle), Charlotte, la « rivale », stéréotype sur pattes qui ne se sépare jamais de son majordome, et celui pour qui elle soupire secrètement, Hattori-sempai aux origines métissées pour le moins originales (son grand-père maternel était une carotte et son grand-père paternel un cyborg, ça vous annonce la couleur), entre autres. On ne mentionnera même pas les divers personnages de légendes (roi, monstres), les sources potentielles de parodie (idol, producteurs d’animes opportunistes) ou encore les guest abracadabrantesques qui apparaissent tout d’un coup, sans raison, et viennent mettre leur grain de sel dans l’histoire.

 

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Niveau parodique, Majokko Tsukune-chan est d’un niveau bien supérieur à Bokusatsu Tenshi Dokuro-chan en ce que la présence de fanservice est quasi-nulle (presque, on a une héroïne doublée par Momoi Haruho et des graphismes chibi, hein) et que de francs moments de n’importe quoi côtoient génie et folie : c’est bien simple la série parodie un peu tout (magical girl, mecha, contes, mécanismes de société, animes dans leur globalité) et dégomme tout ce qui bouge dans la joie et la bonne humeur. Tsukune trouve une lampe magique, son réflexe est de noyer involontairement le génie à l’intérieur en la remplissant d’huile pour éclairer sa table, celui du maire est de le ressusciter avec l’aide d’un autre génie pour le transformer en fille-génie sexy. Dans l’épisode qui voit se battre le Père Noël et son double maléfique, le premier se transforme tout naturellement en mecha pour devenir SANTA MECHA et fusionner avec ses rênes pour obtenir ZE mecha ultime. Hilarity ensues…

 

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Les enfants, croyez en moi qui crois en vous. Mecha Santa est dans la place !

 

Je n’ai pas encore parlé des génériques, c’est fort dommage, ils sont plutôt bons. Autant je suis d’habitude plutôt dubitative sur la voix suraigüe de Momoi Haruko, autant là je suis relativement charmée. Si l’ending est une ballade sympathique, sans grande originalité, mais agréable à l’écoute, l’opening représente d’avantage le côté fou-fou de la série en nous sortant des passages instrumentaux très étranges à base de violons et de guitare et un rythme difficile à sortir de sa tête une fois qu’il est entré.

 


Dans l’ensemble on regrettera juste que le tout dernier épisode, probablement par manque de budget, finisse par ne plus ressembler à rien pendant quelques minutes durant lesquelles on croirait presque assister à Sayonara Zetsubou Sensei tant c’est expérimental et incompréhensible. Shaft n’a plus qu’à se rhabiller…Mais malgré des défauts évidents d’animation et des graphismes plus que réduits à leur propre expression (et une tonne de chibi pour faire passer la pilule), une bande-son qui passe inaperçue et ce fameux fragment de l’épisode 6, les gags sont suffisamment bons pour faire oublier cet aspect technique et les personnages de Tsukune est tout simplement croustillant à souhait.

 

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Mon verdict est bien simple : des animes comme ça on en redemande, quitte à lâcher du leste quand à des considérations esthétiques (je rappelle que la série est sortie quelques mois seulement après Bokusatsu Tenshi Dokuro-chan, en 2005, je pense que la différence est suffisamment flagrante pour que je me passe de vous faire un dessin). Et puis mince alors, il y a un MECHA SANTA, qu’est-ce qu’il vous faut de plus XD ?

 

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*Aucune mascotte kawaï-choupi-kya-trognonne n’a été maltraitée lors de la rédaction de cet article…par contre on les a toutes grillées au barbecue =D*

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 23:05

 

Aida Yurume est une jeune campagnarde de 18 ans qui débarque à Tokyo dans l’espoir d’être admise dans une grande université locale. Elle s’installe alors dans une des résidences les moins chères de la région, Maison de Wish, qui a pour particularité d’héberger tous les étudiants pauvres comme elle, et pour cause : elle tombe en ruines. Mais ça ne dérange pas plus que ça les locataires, trop heureux d’avoir un toit. Yurume va donc découvrir la vie citadine avec trois autres ronins avec lesquels elle sympathise rapidement.

 

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Adaptation du 4koma éponyme de saxyun, ce petit OAV de 37 minutes seulement nous présente la vie quotidienne de ces quatre personnages attendrissants et hauts en couleurs qui passent plus de temps à glander qu’à travailler activement à leur entrée à l’université.

 

Yurume (cv : Momoi Haruko)

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C’est la plus jeune des pensionnaires mais étrangement l’une des plus raisonnables avec Matsukichi. Elle a du mal à se concentrer devant un livre mais est pleine de bonne volonté, même si elle finit invariablement par se laisser entrainer par ses camarades. Comme elle vient de la cambrousse, son passé est régulièrement évoqué de manière assez mystérieuse sur le mode du running gag : en bon stéréotype de la campagnarde elle vient d’un endroit où les chevaux sont le moyen de transport principal et où quand vient l’hiver on ne peut sortir de sa maison que via le deuxième étage, c’est vous dire. On imagine même pas à quoi ressemble sa famille quand on voit que le cadeau laissé par sa mère au cas où elle aurait un souci est un énorme couteau de cuisine !

 

Sae (cv : Kuwatani Natsuko)

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C’est la « voisine » de Yurume, enfin voisine est un bien grand mot puisque qu’un énorme trou dans le mur à l’emplacement où aurait dû se trouver la penderie constitue le couloir entre leurs deux chambres… Plus âgée et plus expérimentée qu’elle, Sae se révèle très excentrique et toujours présente quand il s’agit de faire les fous ; c’est aussi une flemmarde dans l’âme. Elle donne souvent la réplique à Kumi avec qui elle s’entend très bien. Un des gags les plus énormes la concernant montre Sae et Yurume discuter en se disant « Ah, j’aimerai bien recevoir quelque chose via la poste » « Et si c’était encombrant ? ». Et immédiatement son imagination fertile fait la suite.Non, vous ne voulez pas savoir !

 

Kumi (cv : Matsuki Miyu)

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Autre résidente de la pension et grande amie de Sae avec qui elle s’adonne régulièrement à des délires difficilement compréhensibles pour le commun des mortels (souvent à base de « Je t’assomme avec le premier objet à ma portée, je rigole, tu fais pareil, tu rigoles, et on continue de plus en plus fort en riant comme des baleines »). Kumi a la particularité d’avoir les yeux pratiquement toujours fermés et d’agir comme si elle était sous acides en permanence (l’Empire des pigeons !). C’est souvent elle qui a les idées les plus farfelues ou le comportement le plus stupide. Sa doubleuse traduit d’ailleurs à merveilles son apathie avec une voix trainante et molle qui laisse à croire que le personnage n’est jamais tout à fait réveillé.

 

Matsukichi (cv : Hino Satoshi)

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Un peu plus en retrait, c’est le seul mâle de la bande et fait incroyable, au contraire de tout bon anime qui se respecte, il n'est pas pervers. C’est de loin le personnage le plus « normal » du lot en comparaison avec Sae, Kumi et dans une moindre mesure Yurume (quoique dans le passage du robinet sérieusement elle était aussi tordue que Kumi…). Matsukichi est aussi flemmard et bon vivant que les autres locataires, mais se révèle un véritable enfant quand on lui propose de jouer au chat parce qu’il n’en a jamais eu l’occasion quand il était petit…ce qui lui vaut quelques ennuis puisqu’il se fait systématiquement arrêté pour comportement suspect si tôt qu’il fait semblant de courir après les trois jeunes filles XD.

 

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Comme ne l’indique pas le synopsis, on ne verra jamais nos héros à l’école ou travailler, pour la bonne raison qu’ils n’y parviendront jamais ! A chaque fois quelque chose leur en empêche, il fait soit trop chaud soit trop froid ou alors ils s’endorment pour une raison X ou Y. Ce sont de fieffés flemmards, sans le sou, qui passent donc leur année entre eux. De temps en temps une petite beuverie vient s’insérer dans leur vie procrastinatrice mais rien de plus. Et c’est très ironiquement que Yurume fait, à la fin de l’hiver, le bilan de son année : elle reste muette sur le sujet des études, laissant comprendre que « no comment », avoue avoir passé un bon moment avec les locataires à faire…à faire euh…elle ne sait déjà plus. L’histoire se conclue donc sur les interrogations de Yurume qui ne sait même plus ce qu’elle a pu faire de son année à force de ne rien faire !

 

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Le petit générique d’ouverture, chanté par Haruko Momoi, est à cet égard très clair : on y voit les protagonistes chanter ensemble comme à une autre soirée de beuverie, chanter qu’ils se la coulent douce et qu’ils ont la flemme de se lever le matin. On pourrait même voir un jeu de mot dans le titre. Si « yuruku ikou yo » veut dire « on glande comme des porcs », alors yurumates signifie peut-être « camarades de glandes » XD. Une ode à la procrastination, vous dis-je !

 

 

Yurumates se présente donc comme une série tranche de vie au budget resserré mais au rendu simpliste agréable, preuve qu’avec peu de moyens on peut quand même faire quelque chose de sympa. Il n’y a pas de véritable fil conducteur, juste une suite de gags et de séquences qui se concentrent sur la « dure » vie de nos quatre locataires glandeurs au rythme des saisons (du printemps à l’hiver). Les doubleurs font un très bon job pour rendre attachants ces drôles de personnages systématiquement représentés en mode chibi et on passe un bon moment à suivre leurs péripéties loufoques.

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 15:30

 

3 ème partie – Etoiles, étrange et pâte à modeler

 

 

Hoshizora Kiseki

Durée : 27 minutes

Thème : Amour

 

Kozue est une jeune fille passionnée d’astronomie. Alors qu’elle part en excursion à la recherche d’une météorite, elle rencontre un garçon en combinaison d’astronaute, un certain Ginga, qui possède un don mystérieux…

 

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Techniquement parlant, Hoshizora Kiseki fait très professionnel, l’animation et les graphismes sont irréprochables, c’est pour cela que je l’inclue dans les courts métrages qui mériteraient à être connus, pour prouver qu’il est possible de faire quelque chose de qualité avec un budget réduit ou inexistant. Cependant je n’aime pas vraiment Hoshizora Kiseki. La musique, en plus d’être répétitive, n’a aucune âme, les personnages sont superficiels, inintéressants, et la seiyuu de Kozue a réussi à me la rendre encore plus insupportable. Le scénario est basique, sans surprise, et tout au long de l’ONA on cumule les clichés : Kozue entend une voix MYSTERIEUSE grâce à son bracelet formé d’un éclat de météorite MSYTERIEUX, quand elle se balade elle croise le regard d’un jeune homme MYSTERIEUX avec moult effet de vent dans les cheveux quand la voiture passe (Oh mon Dieu, serait-ce un coup de foudre ? On me l’a jamais faite celle là dis donc), et quand elle fait du camping à la belle étoile, le même mec MYSTERIEUX se pointe toujours la bouche en cœur avec sa combinaison de martien. Sans spoiler (mais est-ce encore spoiler à ce niveau là ?), la fin n’est pas terrible. Kozue, qui aime faire suer le monde, insiste pour que Ginga enlève son casque, on a le droit à une révélation encore plus clichée, ils se marièrent, eurent beaucoup d’enfants, bla, bla, bla.

 

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Hoshizora no Kiseki c’est encore l’histoire d’amour hautement prévisible de deux êtres soi-disant séparés par un fossé qui essayent de surmonter cette difficulté. A la base, l’idée n’est pas mauvaise, mais son traitement laisse à désirer puisque l’héroïne se conduit en gamine écervelée et Ginga est une huitre (et pourtant vous connaissez mon goût prononcé pour les coolderes). Le scénario n’est de plus pas très consistant puisqu’on nous dit que Ginga n’a qu’à garder son casque de cosmonaute quelques années pour pouvoir communiquer avec le satellite Flowlight et permettre aux hommes de voyager plus loin dans l’espace. Admirable, non ? En plus ça tombe bien, Flowlight est dans le coin ce soir, Ginga va bientôt être libéré, il n’a qu’à faire « abracadabra » et puis c’est bon. Ah oui mais sous son casque il ne peut pas sentir la bonne odeur des forêts ou de la pluie me chuchote à l’oreille Kozue. Tu as raison c’est dramatique, Ginga ne peut pas attendre une heure de plus, il doit respirer l’air du soir tout de suite et maintenant, fais donc foirer le développement de l’humanité…

 

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Hoshizora Kiseki n’est clairement pas un anime révolutionnaire mais il permet de passer le temps, voire d’aider certains à s’endormir le soir.

 


 

Catsoup

Durée : 32 minutes

Thème : Etrange

 

Dans une ville lointaine peuplée de chats vit une tranquille petite famille de félins. Un jour, la grande sœur, Nyako, tombe malade. Ses parents sont tellement tristes qu’ils ne font même plus attention à Nyatta, le petit dernier. Lorsque celui-ci voit la mort emmener sa sœur, il la poursuit mais ne parvient qu’à récupérer la moitié de son âme. Commence alors un étrange voyage pour récupérer la partie restante, transformée en fleur.

 

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Catsoup est une perle en son genre : l’anime a beau être muet, on peut dire qu’il est paradoxalement très bavard tant ça fourmille de symboliques, d’onirisme, mais aussi de cruauté. Graphismes et musique servent à merveille ce pèlerinage au travers d’un univers cauchemardesque et bizarre. Moi qui suis friande de mindfuck, là je suis comblée !

 

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Rien que le début de l’OAV commence de manière assez unique puisqu’on nous présente Nyatta, jouant avec sa petite voiture qu’il pose au fond de la baignoire, comme si la caméra était sous l’eau. Au son calme des profondeurs se mêle vite l’inquiétude puisque le tout petit chaton commence soudain à se noyer. Beaucoup y ont vu là une clé de compréhension qui ramène la suite de l’histoire à un rêve, comme dans Alice au pays des merveilles, mais la transition est tellement confuse qu’il est difficile d’être sûr de ce que l’on voit.

 

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Rêve ou réalité ?

 

La suite est une véritable odyssée (à l’instar d’Ulysse, Nyatta sera sur un bateau, perdu au milieu de l’océan) : le chaton arrive à récupérer un bout de l’âme de Nyako, mais il lui manque le plus important, ses souvenirs, sans quoi elle restera une poupée silencieuse pour le reste de son existence. Le petit fait tout ce qu’il peut pour la rendre souriante comme autrefois et l’emmène dans un cirque plutôt glauque où sévit un mage intriguant qui découpe son assistante en plusieurs morceaux sanguinolents et la rassembler sans mal, quand il ne fait pas apparaître tout ce que lui suggère le public, passant d’une simple chaise à un éléphant d’or, avant de laisser sa place à une bête fabuleuse et mécanique qui crache des gerbes de couleurs. Enfin jusqu’à ce qu’un « petit » incident se produise…

 

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Catsoup, malgré des personnages enfantins (c’est vrai, c’est mignon les petits chats), reste une œuvre assez glauque, avec pas mal d’hémoglobine, de scènes un peu gores où l’on découvre que Nyatta n’est pas si innocent que ça : il découpe un pauvre cochon en tranches de viande qu’il cuit au barbecue et lui en donne un bout (auto-cannibalisme 0_o ?), voit des cadavres flotter sur l’eau, bat à mort le même cochon, se fait raccommoder le bras chez une vieille femme qui collectionne les membres, se fait inviter chez un monsieur un peu louche qui s’adonne à la torture sur des oiseaux avant de les servir à manger, découpe les membres d’un drôle de monsieur un peu sadomasochiste qu’il cuit à la marmite. On est très loin du conte pour enfants. La symbolique est reprise quand Dieu (oui, il est là lui aussi) déguste un bon repas et verse de la sauce rouge un peu partout, ce qui lui donne un air de boucher…

 

Amateurs d’étrange en tout genre, de poésie et de gore, Catsoup devrait vous plaire =).

 


 

Kikumana

Durée : 6 minutes

Thème : Etrange

 

???

 

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Kikumana est une animation qui joue beaucoup sur l’ambiance. Dans un monde en noir et blanc où règne le silence le plus total, avec parfois quelques notes de musique mélancolique ou méchanique, l’unique personnage, une jeune fille à l’apparence fantomatique, semble se chercher et se perdre. Entourée de livres dont la couverture suggère un code-barres, de photos usées sur lesquelles on ne peut rien distinguer, elle erre, prisonnière, dans une chambre sombre où il neige, sur un échiquier géant où rodent des ombres.

 

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Il n’y a pas d’histoire définitive à proprement parlé, c’est au spectateur de recoller les fragments dans un sens pour donner forme au récit. Beaucoup y ont vu une allégorie de la maladie mentale, une théorie judicieuse, mais qui laisse encore une grande marge d’exploration. Ce qui est bien avec Kikumana c’est qu’à chaque visionnage on découvre autre chose, on interprète de nouveaux éléments, pour peut être mettre le doigt sur des scènes aussi fortes que muettes. Les amateurs d’histoire métaphysique et d’ambiance devraient être ravis par cette création =).

 


 

Knyacki!

Durée : 5 minutes

Thème : Enfants

 

Deux chenilles trouvent des nouilles dans une cuisine et en profitent pour jouer avec lorsque soudain surgit, sur fond de musique de western, un insecte pas très commode.

 

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Bon, je sais, il y a sûrement beaucoup de chefs d’œuvre qui n’attendent qu’à être découverts mais retomber en enfance un moment c’est bien aussi =3. Knyacki c’est donc 5 minutes d’animation rigolotes avec des chenilles en pâte à modeler qui font des bêtises : ça ne vole pas bien haut (ce n’est pas le but) mais c’est attendrissant et ça fait passer le temps.

 


 

The Tales of Rien Village #1

Durée : 3 minutes

Thème : Enfants

 

Le roi poisson et sa tête au sourire anxiogène pêche dans le lac près de Rien Village (distribuons des mots français à tout hasard, ça fera classe). Pendant ce temps, Fortune Malon, le marron philosophe, reçoit un client particulièrement difficile qui demande conseils…

 

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Rebelote. Dans la série « Je retombe en enfance et j’aime ça », The Tales of Rien Village est dans la même veine que Knacki : des personnages de pâte à modeler font les fous pour t’arracher un sourire d’attendrissement. Ici le décor aussi est en céramique. L’histoire est par contre très nébuleuse. Un roi poisson qui pêche…du poisson (serait-il cannibale 0_o ?) et un marron qui dit n’importe quoi se révèlent nos principaux référents. Mais c’est mignon tout plein alors bon :3.

 


 

Paprika03

 

La nouvelle n'arrête pas de circuler depuis hier mais j'imagine que relayer l'information une fois de plus n'est pas un luxe : Satoshi Kon, réalisateur de Perfect Blue et Paprika (entre autres) a été fauché dans sa quarante-sixième année par un cancer. L'avenir de Yume-Miru Kikai, le projet sur lequel il travaillait, n'a pas été mentionné...

Je ne ferai pas d'article opportuniste sur le sujet, il y en a bien assez comme ça en ce moment ^^'

 


 

Les réponses du blindtest tomberont le 30 août. Parce que, j'ai décidé. Encore un tout petit peu de patience ! Je rapelle par ailleurs qu'il est encore temps de participer ^^.

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 16:20

OAV

 

En parcourant cet article des yeux vous vous engagez à :

1) Lire jusqu’au bout

2) Commenter si une remarque vous venait à l’esprit

3) Regarder Petshop fo Horrors si j’ai réussi mon boulot

Si l’un des termes du contrat venait à être brisé, le blog se dégage de toute responsabilité quant aux éventuelles conséquences que cela entrainerait…y compris si vous vous faites dévorer par un tigre qui sort de la tapisserie  !

 


 

Petshop of Horrors est une série de 4 OAVs, sortis en 1999 par Madhouse à partir de quelques chapitres du manga du même nom de Matsuri Akino. On y suit le quotidien de Léon Orcot, un détective au tempérament volcanique qui travaille d’arrache-pied sur des cas de meurtres et de disparitions étranges. Toutes les victimes auraient pour lien d’avoir été clients d’une animalerie de Chinatown, tenu par l’énigmatique Comte D. Persuadé que l’animalerie n’est qu’une façade, Léon entend bien prouver la culpabilité du comte. Pas facile quand on sait que même ses supérieurs fréquentent la dite boutique…

 

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Ce qui frappe le plus quand on regarde attentivement Petshop of Horrors, c’est que le titre ne reflète pas du tout l’histoire. Certes l’animalerie est un « personnage » d’une importance capitale, et il y a une ou deux scènes assez glauques, mais dans l’ensemble, ce n’est pas un anime qui fait si peur que ça. L’ambiance est plus au mysticisme qu’à la terreur pure.

 

Chaque OAV est en réalité une histoire indépendante dans laquelle sont forcément impliqués le comte et Léon, de par leurs métiers respectifs (si boire du thé toute la journée est considéré comme un métier). Cela laisse peu de place à l’épanouissement des divers protagonistes et pourtant on ne ressent pas ce manque, amplement compensé par la relation très ambiguë qui relie le bouillant détective rationaliste et ce drôle de commerçant calme et posé à l’apparence androgyne qui a une petite faiblesse pour les pâtisseries (Léon vient souvent avec des gâteaux avant de l’interroger), ainsi que par la profondeur des différents arcs qui comportent souvent une morale.

 

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Daughter

Un couple se présente à l’animalerie du comte dans le but d’acheter un animal qui les consolerait un peu de la récente mort de leur fille unique, Alice. C’est alors qu’à leur plus grande surprise, D leur propose un clone parfait de leur enfant, en affirmant qu’il s’agit d’une espèce très rare de lapin. Sans trop se poser de questions, le couple signe le contrat stipulant de ne jamais la montrer à personne et de la nourrir uniquement avec de l’eau et des légumes frais et embarque l’animal avec eux dans l’espoir de prendre un nouveau départ. Tandis qu’ils vivent heureux tous les trois dans leur grande maison, dans la rue, deux commères commentent l’arrivée du lapin dans la famille avec cette remarque « Pourvu que l’animal ne finisse pas comme la précédente Alice »…

 

Delicious

La nuit de son mariage, alors qu’elle voyageait sur un luxueux paquebot l’emmenant en lune de miel, la célèbre chanteuse Evangeline Blue tombe à la mer. Son corps n’est toujours pas retrouvé. C’est alors que le comte D contacte Iason Grey, son manager et époux, pour lui signaler que sa femme avait commandé une espèce rare de poisson et qu’après sa mort, il ne sait plus quoi en faire. Quel n’est pas alors l’étonnement de celui-ci lorsqu’il découvre un gigantesque vase rempli d’eau dans lequel se trouve une sirène qui ressemble trait pour trait à sa femme. Elle semble avoir perdu la mémoire mais l’alliance à son doigt fait planer le doute. Qui est-elle ? La réincarnation d’Evangeline ? Ou Evangeline Blue était-elle une sirène pendant tout ce temps ? Trop heureux de ce miracle, Iason Grey accepte le contrat qui demande de ne jamais montrer le mystérieux poisson à qui que ce soit, de mettre à sa disposition une grande étendue d’eau salée à changer régulièrement et de ne surtout jamais le laisser mourir de faim. Subjugué, le veuf croit alors être pardonné…

 

 

 

 

Despair

Robin Hendrix, un acteur célèbre, amateur de reptiles, est retrouvé mort le lendemain de son anniversaire, un petit lézard sur son cou. L’autopsie n’arrive pourtant pas à déceler quoique ce soit, laissant alors penser à une mort naturelle. Suspicieux, Léon va rendre visite au comte. Robin Hendrix était un habitué de l’animalerie qu’il fréquentait avec assiduité pour acheter de nouveaux spécimens de reptiles, au grand mépris de sa femme, qui ulcérée, a fini par le quitter, en lui conseillant de se marier à un serpent. Sa dernière visite remonte deux mois plus tôt, alors que le comte D lui avait présenté une sorte de lézard très particulière…

 

Dual

Cette fois ci c’est un candidat aux élections présidentielles, Roger Standford, qui vient visiter le comte D dans l’espoir d’obtenir le légendaire Kirin, une bête fabuleuse qui, dit-on, permet d’exaucer les vœux. Pour cela encore faut-il avoir l’âme d’un meneur. Si Roger Standford ne croit pas trop à ces sornettes, son assistant, Kelly, pense sincèrement que c’est le seul moyen pour que ce dernier devienne président des Etats-Unis. Il essuie ainsi plusieurs refus, jusqu’à ce que Kelly revienne avec Nancy, la femme de Roger, pour lui trouver un animal de compagnie qui puisse la consoler de l’attitude libertine de celui qu’elle a épousé. C’est alors que le Kirin se manifeste et le comte D finit par le livrer à contrecœur. Mais lequel des deux hommes ce monstre mythique va-t-il choisir comme maître ?

 

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Dans chacune de ces histoires, on suit certains des clients du comte D, qui trouvent dans cette animalerie tous leur souhaits exaucés, à condition de respecter les termes du contrat. Or la tentation est souvent grande de céder à l’interdit et tous les protagonistes tombent plus ou moins dans ce travers. Le plus intéressant est donc de voir comment ils vont tout foutre en l’air eux-mêmes et passer du rêve au cauchemar. Avec comme différence que tous ne réagissent pas de la même manière. Ce qu’il y a de bien dans Petshop of Horrors c’est que rien n’est jamais ce qu’il semble être : Ainsi la famille parfaite de Daughter vole en éclats lorsqu’on apprend le sort de la véritable Alice et de sympathiques, les parents deviennent haïssables une fois qu’on comprend qu’ils n’apprendront jamais de leur erreur et détruisent tout ce qu’ils touchent par excès d’amour (paradoxal et pourtant…). Delicious est un peu similaire puisque le couple idéal se révèle complètement illusoire une fois qu’on sait qui était vraiment Evangeline Blue, sauf que cette fois-ci, Iason n’est pas méprisable, il est juste pathétique parce qu’il méritait le bonheur et s’est juste fait empoisonné par une garce qui le poursuit même après sa mort sous la forme d’une apparition. Despair est complètement différent, cette fois ce n’est pas par maladresse ou par inconscience que le contrat est brisé, Robin Hendrix a même mûrement réfléchi son coup et son histoire est de loin la plus touchante des quatre. Dual est peut être l’histoire la plus ambiguë en ce qu’il n’y a pas vraiment de termes spéciaux à respecter dans le contrat et qu’on ne saisit ce qui se passe qu’à la toute fin alors que de nombreux indices nous le laissaient déjà entendre.

 

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Petshop of Horrors commençant à dater, l’animation ne parait pas bien extraordinaire, mais globalement les graphismes sont très corrects et il n’y a pas de tare particulièrement gênante. La musique se fait très discrète tout en collant parfaitement à l’ambiance, deux pistes en particulier émergent : Dope, qu’on entend lors de l’introduction, lorsque le comte présente sa boutique, et Delicous qui passe en boucle pendant l’arc du même nom puisque c’est le tube supposé d’Evangeline Blue, et la chanson envoûtante que la sirène utilise pour séduire Iason. Rien à dire pour ce qui est du doublage, qui est parfait, Toshihiko Seki traduit à merveille la personnalité du comte.

 

 

 

Le seul véritable problème de Petshop of Horrors, c’est que c’est beaucoup trop court, on en voudrait plus ! Il est par ailleurs dommage que l’intégralité du manga n’ait pas été adapté, parce qu’avec un peu plus de budget, si la qualité se prolonge, on aurait pu avoir le temps de s’attacher un peu plus aux protagonistes principaux mais aussi saisir un peu mieux les motifs des actions du comte D (mettre dans les mains du premier qui le demande un animal potentiellement dangereux n’est pas toujours une bonne idée) ou en apprendre plus sur son passé. Pour tout ça, il faudra se contenter du manga. En attendant la série se révèle très agréable à suivre : on sourit lors des face à face entre le bourru Léon et le très élégant comte D, on tremble lorsque les clients s’apprêtent à briser le contrat en se demandant ce qui va se passer, on pleure parfois en se disant que certains n’ont vraiment pas de chance, on en méprise certains, on en aime d’autres.

 

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Ce qui est fascinant c’est surtout le portrait du genre humain qui est fait. Tout comme Iason Grey de Delicious, chaque client se retrouve face à sa sirène, son interdit, son rêve, un rêve si éblouissant qu’il est difficile de ne pas se laisser ensorceler par la mélodie…

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