14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 22:55

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Le monde est mort. On ne sait ni pourquoi ni comment. Une poignée d’êtres humains désespérés tentent de le sauvegarder, en vain. Ne reste de leurs proches qu’un souvenir, un souvenir éphémère qui se fissure. La bulle va éclater, le désespoir monte. Qui osera braver la vérité ? Qui osera déchirer le rideau et affronter le regard accusateur du public ? La jeune fille se tient debout devant l’audience. Existe-t-elle vraiment ? N’est-elle qu’une allégorie ? Peu importe. Elle s’apprête à rentrer en scène. Elle s’apprête à déchirer le rideau qui dissimule ce qui reste de son monde. Ce sera son interlude.

 

Un interlude est une petite pause située entre deux grands moments, une page de publicité entre deux émissions de télévision. Dans le cas qui nous intéresse, Interlude est aussi une série de 3 OAVs sortis en 2004 par la Toei Animation et dont le chara-designer est Hidero Horibe (décédé en 2006). Une série fondamentalement obscure et aux critiques très contrastées. On y découvre un jeune homme ordinaire ne possédant même pas de nom vivant son existence paisible et stéréotypée de lycéen japonais en compagnie de sa copine d’enfance ultra chiante, Tama (doublée par Tamura Yukari), et d’autres filles de sa classe. Enfin, c’est ce qu’il aimerait bien croire. La vérité c’est qu’il ne cesse de faire des cauchemars déboussolants et qui paraissent si réels qu’il finit par ne plus bien savoir où finit le rêve et où commence la réalité. Ce n’est qu’en croisant la mystérieuse Watsuji Aya (doublée par Houko Kuwashima) en pleine hallucination que ses doutes seront partiellement levés : il doit à tout prix la retrouver. Le synopsis paraît commun, et pourtant, Interlude tient véritablement de l’OVNI.

 

Le PV du jeu dont est tiré l'anime, j'en reparlerai plus bas mais avouez que ça fait envie
 

Un décor en carton

Le premier épisode annonce la donne dès les premières secondes puisque la série démarre sur un plan incongru : celui d’une scène de théâtre totalement vide, plongée dans le noir. Une silhouette s’avance et entame un monologue étrange, comme quoi le monde se meurt et désire renaître. Un coup de projecteur nous révélera son visage : oui, c’est bien Watsuji Aya, le personnage qui apparaît sur toutes les illustrations publicitaires de l’anime, et pourtant on ne l’entendra pas parler de tout l’OAV où elle est quasi-inexistante. Curieux paradoxe. Chaque épisode démarre par le soliloque d’une des trois héroïnes et se termine par celui, plus bref et moins allégorique, d’une fillette. Prenez bien garde à ces soliloques car c’est à travers eux que l’on en apprendra le plus sur l’histoire. L’influence des derniers épisodes de Neon Genesis Evangelion se fait clairement sentir dans ces petites scènes mais là où Interlude va plus loin c’est qu’il joue allègrement avec le quatrième mur. Les personnages semblent regarder le spectateur droit dans les yeux et la mention d’un « public » y faire référence, mais ce discours étant également une sorte de méta-commentaire sur la série elle-même, le mot peut très bien avoir plusieurs sens. Emerge alors un sentiment confus, on se sent presque manipulé par ces acteurs censés jouer leur rôle de marionnette, au point de se demander qui contrôle qui.

 

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Je te vois

Le quatrième mur sera d’ailleurs plusieurs fois brisé tout au long de la série mais presque naturellement, sans avoir l’air d’y toucher. Ainsi au cours d’une scène purement gratuite de déshabillage où on se croit en position de voyeurisme, Tama (la copine d’enfance du héros) stoppe net au moment de retirer sa blouse et se tourne délibérément vers l’écran pour crier « Pervers » alors même qu’elle est seule dans sa chambre. L’espace d’une seconde on pense qu’elle s’adresse à nous, spectateur indiscret...pour mieux retourner à son rôle de marionnette avec un léger twist humoristique (elle s’adressait en réalité à une photographie). Mais alors qu’elle retourne à son déshabillage, on est gratifié d’un gros plan sur un objet quelconque, comme pour nous faire tourner en bourrique, faire croire à du fanservice pour mieux l’ôter sous notre nez. Ces quelques passages apportaient déjà leur lot de remises en questions, mais le plus étourdissant c’est de se dire qu’il existe sans doute d’autres occurrences qu’on aurait laissé passer et que peut-être une partie de l’intrigue nous est implicitement dédiée. Le tout premier monologue est même ambigu à plusieurs titres : le public est impatient que le rideau cachant la vérité se lève mais il s’insurge tout à la fois que celle-ci lui soit dévoilée. A travers cette drôle de réplique, on pourrait sentir le thème de la création affluer de manière sous-jacente. Soulever le voile c’est révéler l’intrigue, révéler l’intrigue c’est en exposer les rouages, exposer les rouages c’est détruire le mystère, la magie. A partir de là, ne vaut-il pas mieux ne jamais expliquer l’essence d’Interlude pour que le mystère demeure toujours complet ? En somme, la série nous annonce d’emblée qu’elle ne nous donnera jamais toutes les réponses attendues pour se préserver de l’autodestruction.

 

Pour mieux enfoncer le clou, Watsuji Aya déclare l’arrivée des comiques pour distraire le spectateur durant l’entracte. Comiques qui se révèlent être les personnages eux-mêmes. Alors que le récit se met doucement en marche, Tama fait le pitre et les aventures des jeunes lycéens sont là pour nous égayer. Une sorte de pause dans la pause. Difficile encore de croire que le visionnage de cette série laissera intact.

 

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Le costume cachait l’acteur ?

Cet aspect pour le moins peu conventionnels mis à part, Interlude dispose d’un grand soin technique. Globalement le chara-design est très agréable, l’animation plus que correcte et la bande-son, de bonne qualité, possède quelques morceaux sympathiques. L’ending lui-même, Ookina Koe De, massacré par des enfants à la voix criarde qui ne savent pas chanter, est une espèce de comptine triste et entrainante, un leitmotiv dont les différentes versions, interprétées par plusieurs personnages, seront bien plus belles que sa forme originale. Mais c’est surtout l’expressivité des visages à certains moments qui m’aura marqué. La gamme d’émotions dont dispose chaque personnage est proprement hallucinante. L’intrigue est assez clairement découpée en trois temps : le premier OAV est consacré au quotidien du héros et à sa déformation progressive vers le cauchemar, il oscille donc entre légèreté, blagues salaces et ambiance mystérieuse, tandis que le second est pratiquement uniquement centré sur le personnage d’Aya Watsuji et se fait plus psychologique, et le troisième est surtout l’occasion de découvrir révélations et scènes allégoriques qui nous font presque douter davantage tant il est parfois délicat de comprendre ce qui tient du rêve ou non.

 

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De gauche à droite : "camarade de classe blasée potable", "amie d'enfance chiante" et "camarade de classe inutile et mièvre"

 

Les doublages sont de bonnes qualités, surtout Houko Kuwashima (mais vous savez que, comme avec Aya Hisakawa, je suis une vraie fangirl) et Ootani Ikue (plus connue pour son rôle de...Pikachu) qui interprète la petite fille. Je trouve que son ton légèrement aigre correspond très bien à ce genre de personnages et que ça change un peu des seiyuus ultra kawaii qui en font des tonnes. En revanche, on peut malheureusement compter deux grosses erreurs de casting équivalentes avec Nishihara Kumiko qui tient le très anecdotique rôle d’une meilleure amie mais dont la voix nasillarde est proprement insupportable. Et que dire de Tamura Yukari qui ne livre clairement pas une de ses plus belles performances ? Elle donne à Tama une voix trainante et ultra-kawaii de manière surjouée. Les premières minutes à la supporter relèvent presque de l’épreuve de force et, si le personnage déjà bien chiant à l’origine, finit par se révéler touchant sur la fin, c’est probablement parce qu’on l’entendra moins parler...

 

 

Cachez ce sein que je ne saurais voir

Malgré toutes les bonnes idées qui sous-tendent Interlude, il faut avouer que la série souffre d’un sérieux problème, c’est qu’elle se veut un théâtre d’expérimentations et de réflexions profondes, mais qu’en même temps elle n’hésite pas à verser dans des clichés absolument grossiers, vus et revus des milliers de fois. Concrètement, ça se traduit par une dichotomie assez déstabilisante.

 

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Comme dirait Ridge : "Les femmes mentent mais elles ont des seins, j'aime les seins"

 

Ainsi, notre héros et sa copine Tama vont secourir une employée de mairie, nommée Marufuji, d’un pervers dans un train et sa généreuse poitrine sera la source d’un nombre incalculable de blagues pas drôles et bien dégoulinantes. Comme si le spectateur n’était pas déjà assez lassé comme ça de voir Tama heurter les gros lolos de Marufuji avec un bruitage cartoonesque en fond sonore pour mieux la traiter de nympho (c’est bien connu, elle le fait exprès d’exhiber ses seins, si elle se fait violer ce sera de sa faute, ahahah...non, attendez, c’est carrément malsain comme raisonnement), on hérite par la suite de ses deux collègues de boulot...dont une fan de cosplay qui se complaît à porter des tenues bondage sous son imperméable et suscite l’admiration des autres personnages féminins (c’est bien connu que toutes les filles rêvent de s’habiller comme des putes et que c’est une tenue parfaitement naturelle pour se balader dans des ruelles le soir, ahahah...non attendez, mais, que...quoi ?). On a donc parfois cette désagréable impression d’être en train d’assister à un cours de philosophie mais tenu par la prof barjo de Dears (pour ceux qui ne connaissent pas cette bouse, il s’agit d’une charmante dame qui n’hésite pas à se déshabiller devant ses élèves, à se caresser les seins dans un grand élan d’amour en poussant des petits bruits pas du tout explicites et à leur faire lire des nouvelles érotiques de son cru). On voudrait se laisser entraîner par le côté mystérieux d’Interlude, réfléchir sur ses problématiques philosophiques, et la présence de ces grosses paires de seins sur l’écran ont tendance à très légèrement déconcentrer, tant et si bien que certains risqueront assez vite de décrocher de l’ambiance générale.

 

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Cette image est TOTALEMENT en adéquation avec la substance d'un anime à tendance métaphysique

 

Même dans une scène censée se vouloir terrifiante où le personnage de la lugubre conseillère d’orientation, Saegusa Miyako, pratique une sorte de séance d’exorcisme sur une jeune élève, il faut qu’on ait le droit à des plans graveleux sur sa poitrine qui s’élève et se soulève ainsi que sur ses cuisses entrouvertes qui se dandinent dans une sorte de coït muet dont on se serait bien passé. En plus, comme elle gémit en même temps, rapport à la douleur d’avoir une main enfoncée à l’intérieur de son épaule, ça devient limite tendancieux, tu t’attendrais presque à ce qu’une scène de H déboule de nulle part.

 

 

Mais qu’était-il allé faire dans cette galère ?

Les OAVs se révèlent également un peu chiches en termes de réponses. En effet, à la base, Interlude était un visual novel sans contenu sexuel sorti par Longshot en 2003. Le peu d’images que j’ai pu en voir trahit un budget que j’estime considérable et je ne pense pas me tromper en affirmant que ce jeu doit être raisonnablement long et posséder plusieurs routes (une par héroïne, sans doute). Là où le bât-blesse c’est qu’adapter un visual novel n’a jamais été très facile et que cela suppose des aménagements.

 

Le personnage de Marufuji qui, j’en suis persuadée, tient sans doute un grand rôle dans le visual novel, apparaît ici totalement inutile et hors sujet. Et sa présence est d’autant plus frustrante que les OAVs manquent de temps pour exprimer une histoire déjà très simplifiée. Il manque des personnages de l’original, dont une espèce d’infirmière à gros seins et peu vêtue qu’on ne regrettera pas, par exemple. D’ailleurs un bref passage du 1e épisode semble y faire référence puisque le héros en découvrant sa nouvelle conseillère d’orientation fait l’innocente remarque « On ne nous en avait pas présenté une autre beaucoup plus vieille ? ». Or il se trouve que Miyako avait un rôle  légèrement différent dans le jeu et qu’elle remplace donc ici la vraie conseillère. Mais je m’égare. En 3 fois 40 minutes, concentrer le scénario d’un jeu vraisemblablement assez fourni tient de l’exploit, voire du suicide, et si le résultat n’est pas mauvais du tout, il est même assez épatant, il manque cependant des éléments de réponses par-ci, par-là. Et ces éléments de réponses manquant ont de quoi frustrer énormément.

 

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Contrairement à d’autres animes comme Avenger qui se finit sur un gros doigt d’honneur balancé au spectateur (je rappelle que l’héroïne principale d’Avenger se barre de sa propre série en envoyant chier tout le monde sur le dernier épisode tellement elle en a marre) ou à un massacre en règle du type de RahXephon, Interlude prend la peine de vraiment expliquer son intrigue, juste pas suffisamment pour offrir au spectateur une vision claire de l’ensemble. En outre la structure en rêves est source de beaucoup de confusions et il faudra plusieurs visionnages attentifs pour relier certains éléments entre eux (je vous conseille même de prendre des notes). Difficile de ne pas penser qu’un peu moins de fanservice et de scènes inutiles en compagnie des filles de la mairie aurait pu permettre à l’intrigue de se développer davantage. Mais là encore, j’ai un doute. Et si c’était volontaire ? Et si la série se contentait de promouvoir le visual novel en laissant délibérément quelques points dans le noir pour obliger les consommateurs à tester le jeu eux-mêmes ? Ce serait diabolique, et en l’occurrence immensément rageant pour nous autres occidentaux qui n’auront sans doute jamais le droit à une traduction. C’est sans doute ce point qui rebutera la majorité des spectateurs puisqu’il faut véritablement s’accrocher pour suivre le scénario et qu’il est loin d’offrir tous ses secrets. Secrets qui sont en grand nombre.

 

 

A ce sujet, je me permets d’inclure un assez long développement sur tous les points qui m’ont marqué et je m'excuse si ces quelques impressions peuvent paraitre brouillonnes, il m'est impossible de faire plus structuré. Je sais que peu de personnes auront visionné ces OAVs mais je serais curieuse d’avoir un autre avis sur cette œuvre décidément pas banale donc si vous n'avez pas encore vu Interlude, je vous recommande vivement de ne pas lire tout de suite mes hypothèses afin de ne pas influencer votre vision de l'oeuvre.

 


 

\!/ Attention, spoilers \!/

 

The case of Tamaki Maiko : Dream in a dream

On peut supposer que la première scène d’Interlude où apparaît Tama compose le début du rêve du héros construit parce qu’il voulait la revoir, en atteste la brève apparition d’Aya qui semble renvoyer au dernier épisode. Ce nouveau monde semble au fond presque tourner autour de Tama plus qu’autour du héros. Là où l’anime induit en erreur c’est qu’il nous présente uniquement le prisme déformant du protagoniste principal : tout en se persuadant lui-même qu’il est parfaitement normal, il essaye en fait de nous en convaincre. Or certains indices viennent dors et déjà troubler cette « réalité parfaite ». Par exemple, on ne voit jamais le héros prendre de repas avec sa famille, on ne nous la montre jamais, pas plus qu’on ne nous montre sa maison en dehors des scènes de réveil (toujours accompagnées de cette sonnerie lancinante). Certaines expressions faciales peuvent aussi être source de multiples interprétations : ainsi le héros fait la grimace en contemplant Tama faire son show. On peut penser que c’est parce qu’il est préoccupé par ses fameux cauchemars, mais cela peut être parce qu’il éprouve un malaise en la revoyant. Comme il le dira plus tard à Aya, avec qui il partage un certain nombre de points communs, il est au fond terrifié à l’idée que son précieux quotidien soit détruit mais, en même temps, il ne peut se défaire d’une certaine sensation désagréable, un peu comme un doute cartésien qui l’entraînerait du côté de la recherche de la vérité.

 

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A cet égard la scène dans la bibliothèque est plus que révélatrice de son état de pensée. Le rêve de Tama tourne à vide comme un magnétoscope enrayé, il s’effiloche, et deux réalités semblent coexister parallèlement. Il choisit délibérément de prendre un gros risque en sautant par la fenêtre pour vérifier ce qui est réel de ce qui ne l’est pas, ce qui prouve que le malaise était bien le plus fort. Mais cette scène nous présente aussi la « ville de la lune » comme une sorte de carrefour, un entre monde qui relierait tous les rêves entre eux. La preuve, lorsqu’il suit Aya, il débarque dans un quotidien sans monstre qui tourne exclusivement autour d’elle (en attestent la présence de nourriture et d’argent à l’infini, le fait que les attractions du parc soient fonctionnelles ou même le train), c’est vraisemblablement qu’il pénètre dans le rêve d’Aya. Et si le rêve du protagoniste et celui d’Aya sont directement attachés à la ville de la lune, que dire de la présence des filles de la mairie dans la seconde version de la scène de poursuite ? De quel rêve proviennent-elles à ce moment ? Je pencherais pour dire qu’elles débarquent toutes du rêve de Marufuji puisque, dans quelques rapides flashbacks et surtout la scène d’adieux finale, on la voit vêtue d’une blouse dans un laboratoire, il est donc fort possible qu’elle ait été scientifique pour le projet Pandore et fasse partie des 12 survivants.

 

Ce qui est intéressant c’est de faire le parallèle avec le rêve du héros et son véritable quotidien avant l’apocalypse car Tama y fait office de pivot. On comprend mieux son désarroi face à sa mort brutale : en la perdant, il a surtout perdu ses repères. Mort qu’on devine être la cause de son départ. La scène du lac le montre sur le point d’abandonner son amie d’enfance. Or le thème du départ étant raccroché à la promesse qu’il fait constamment à Aya, on peut deviner qu’il l’a sans doute rencontré dans cette réalité et désire s’enfuir avec elle, privant du même coup Tama de toute volonté de continuer puisque son propre monde tournait autour du héros. D’où de puissants remords. Le protagoniste s’excuse principalement d’avoir négligé les sentiments de son amie en ne pensant qu’à lui et d’avoir considéré son existence comme quelque chose de définitivement acquis. Lorsqu’il rencontre Tama pour la dernière fois sur cette plage déserte et qu’il l’embrasse, il est difficile de déterminer s’il l’a vraiment aimé à un moment (une sorte de premier amour) ou s’il cherche juste à lui faire plaisir une dernière fois en lui donnant ce qu’elle attendait de lui de son vivant.

 

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Le « S’il t’était possible de retrouver ce que tu as perdu » de Fuyuki agit comme une tentation auquel le héros cède. Rêver de la jeune fille c’est en somme manifester sa peur du changement, le refus de tourner la page, et donc l’impossibilité d’évoluer. Du moins au début puisqu’il retourne à Aya pour sortir de ce cocon trop protecteur, trop étouffant. Leur but étant de quitter leur rêve pour, ils l’espèrent, se retrouver dans la réalité. On voit alors les capsules, notamment celle de Mutsuki, de ceux enfermés pour l’éternité tandis que lui part à l’aventure. Sauf que, lorsque le héros se réveille, il nous est nettement montré à l’intérieur de sa capsule, le crâne rasé et couvert de câbles alors qu’à la scène suivante c’est de nouveau un fringuant lycéen. Ses cheveux n’ayant pas pu repousser si vite en quelques heures, on peut se demander si c’est vraiment la réalité, et dans ce cas il pourrait s’agir d’une erreur de raccord (mais j’en doute) ou simplement d’une manière plus romantique de conclure l’histoire (un protagoniste qui s’éloigne dans le désert avec un look de cancéreux en phase terminal ça fait peut-être trop pessimiste), ou alors, s’il ne s’agit pas d’un autre rêve...

 

 

The case of Saegusa Mutsuki : From love to hate

Mutsuki et Tama ont beaucoup de points communs, en réalité. Elles sont toutes les deux très « pures » dans le sens où elles ne vivent que pour voir ceux qu’elles aiment heureux. Cette pureté peut être symbolisée par Hedgehog, le chiot de la fillette, qui devient dans le rêve une sorte de bête surnaturelle qui semble très puissante mais en fait qui est relativement faible (scène où elle pleure quand on fait mal à son chien). Mais là où Tama est une idiote écervelée, la petite Mutsuki se révèle plus réfléchie et plus mature. Elle est prête à se sacrifier pour le bonheur de ses proches, surtout sa grande sœur et son nouveau frère qu’elle affectionne beaucoup d’un amour platonique et innocent. Son sacrifice étant de devenir une sorte de matrice, le cœur du projet Pandore.

 

Le projet Pandore mis sur pied par Fuyuki et sa femme, Miyako, est relativement simple. Pour une obscure raison ils savent que l’apocalypse approche et désirent sauvegarder ce qu’ils peuvent de l’humanité sous forme de souvenirs à l’intérieur des survivants. En somme il s’agit de protéger une douzaine d’élus des aléas du temps et de les plonger dans un quotidien rassurant, celui de leur monde intérieur, et ce à défaut de ne pouvoir sauver la Terre de sa destruction. Une idée purement égoïste donc mais perçue comme moins amère que la réalité. Comme c’est Fuyuki qui est à la tête du projet, les douze places sont probablement réservées pour ses proches et les autres scientifiques. Mutsuki sera sa pièce maîtresse. Dans chacun des survivants, cloîtré dans une capsule, doit émerger un monde de souvenirs, un monde où les êtres chers perdurent.  Face à ces sortes de « modérateurs » virtuels maîtres de leur propre espace, Mutsuki doit faire office d’administrateur et les contrôler, vérifier qu’aucun d’entre eux ne se réveille. Cloîtrée dans un gigantesque hub à la croisée de tous ces mondes, elle y scelle les pensées mauvaises et les souvenirs parasites sous formes de monstres. Les fameux esprits noirs qui se baladent.

 

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On en voit d’ailleurs un dans la scène où la conseillère exorcise une élève qui se plaint d’entendre une voix toujours plus forte. En ôtant de sa poitrine les sentiments négatifs, elle espère l’empêcher de se souvenir. Cette élève est peut-être une autre survivante. Ce qui explique le discours de Fuyuki quand il indique qu’il a sous-estimé le contrôle qu’il a sur "eux", le "eux" désignant aussi bien Aya et le héros que les 12 survivants dans leur globalité.

 

Bref, si on réveille Mutsuki, tout disparaitra...et la seule raison qui la fait accepter ce sort et qu’elle veut vivre avec ceux qu’elle aime pour toujours (dont son « frère » et sa sœur). Mais cet amour se mue en haine parce qu’elle souffre de sa solitude. Elle a été sacrifiée pour le bonheur des survivants et n’y trouve plus la contrepartie espérée puisque son frère se détourne d’elle, ce qu’elle perçoit comme une véritable trahison. Trahison qu’on peut analyser comme suit : le héros ne correspond plus aux souvenirs que Mutsuki avait de lui. La comptine qu’elle fredonne va en tout cas dans ce sens. Et ce qui fait que le héros change est probablement le fait qu’il soit tombé amoureux d’Aya. On peut le constater à travers la photographie que tient Miyako où une Aya, barrée au feutre noir, vêtue de l’uniforme de l’école du héros côtoie une Mutsuki souriante. Photographie qui semble indiquer que le héros l’a rencontré dans la réalité (c’était une élève transférée ?) et que les deux filles se sont fréquentées un moment. Mutsuki passe donc de l’amour à la haine quand elle réalise que ses efforts pour rendre les gens heureux ne sont pas retournés. Mais la nature même de sa rivale est floue...

 

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The case of Watsuji Aya : Despair

Fuyuki la décrit comme étant un fléau et la responsable de la destruction de plusieurs mondes mais on ne comprend pas bien comment l’héroïne pourrait correspondre à ce constat. Le tout premier monologue d’Interlude nous fournit de précieux indices quant à la véritable nature du personnage de Aya qui reste très nébuleux : elle serait prête à sacrifier l’univers pour se sauver elle-même. Mais on peut considérer que le monologue de Marufuji s’applique aussi bien à elle qu’à Aya quand elle parle de son envie de découvrir la vérité, de son dégoût face à cette comédie grotesque et dans la mention du cri capable de détruire le monde.

 

Aya pourrait être un fléau dans plusieurs sens, quand on analyse son passé. Il se peut que, contrairement à son entourage, elle n’ait pas cru au brusque retour de sa mère, tout juste décédée car son éveil à la vérité était le plus fort. Et dans ce cas les gens peuplant sa ville ne disparaissent pas, comme elle le prétend, car ils n’ont jamais été que des souvenirs errant dans son rêve, ce serait elle qui commencerait à ne plus croire en leur présence. Ce qui fait d’elle une des 12 survivantes. Mais, en même temps, la jeune fille refuse fermement de quitter son rêve, comme mue par une puissante contradiction. Sa détermination faiblit alors quand elle cohabite avec le héros car il lui apporte la conscience de ce qui est réel et de ce qui ne l’est pas, elle commence à hésiter (doute symbolisé par la scène de tir à l’arc : alors que dans son flashback elle vise à la perfection, en la présence du protagoniste principal, elle manque sa cible). En le suivant, elle abandonne ce qui maintenait son rêve, d’où sa dangerosité : elle n’a plus rien à perdre, plus d’attache.

 

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Une autre possibilité est qu’Aya soit en proie à une folie dévorante. Ainsi lorsqu’elle raconte que sa mère est revenue d’entre les morts et que personne ne s’en est étonné, on entend simplement la voix de la défunte et le décor semble étrangement vide, comme si la jeune fille était la seule à voir le fantôme. De même, son père et son frère n’apparaissent pas dans cette scène alors qu’elle les dit présents. Etait-elle seule depuis le début ?

 

Une dernière possibilité est qu’Aya, décrite comme « le monde et ses contradictions personnifiés », ne soit en réalité qu’une allégorie, la personnification du désespoir (comment qualifier autrement son acharnement à répéter les mêmes gestes encore et encore dans un monde complètement vide ?).

 

Reboot

Une théorie que j’ai développée sur Interlude est que c’est une œuvre mettant en place une boucle temporelle. En effet certains évènements se répondent de façon étrange. Plusieurs indices tendent en tout cas vers un « reboot ».

 

Le premier élément révélateur étant le personnage de Sugiura. Il apparaît dans la 1e scène de course-poursuite dans la ville de la lune, scène que le héros croit être un rêve. Or lorsque les deux hommes se croisent à nouveau, ils ont tout les deux le souvenir de s’être rencontrés. La scène aurait donc véritablement eu lieu...mais elle ne coïncide avec aucun moment de la chronologie ! Pire, Sugiura semble sous-entendre que ce n’est pas la première fois qu’il prévient le héros de ne pas se mêler du projet Pandore, alors que nous n’avons assisté à aucun de ses conseils. Il y aurait donc eu plusieurs rencontres ? Des renseignements à ne pas prendre à la légère puisque Sugiura se révèle un peu plus tard immortel. Il n’est alors pas impossible qu’il ait été jeté dans la ville de la lune parce qu’il gênait, comme le confirme le sourire de Fuyuki, visiblement peu ravi de le revoir. Et il gênait parce qu’il possède vraisemblablement tous ses souvenirs (en atteste sa régénération spectaculaire).

 

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La notion de souvenir prend une toute autre ampleur quand on analyse les ordres de Mutsuki à son chien Hedgehog. Quand elle lui demande d’attaquer son frère ou Aya, le mot qu’elle prononce est très étrangement « Reboot ». Elle essayerait donc de les empêcher de se souvenir en réinitialisant leur mémoire. Or quand on sait que Fuyuki et Mutsuki font justement tout en leur pouvoir pour empêcher les deux adolescents de se rencontrer, c’est bien parce qu’ils se sont déjà rencontrés par le passé et ne s’en souviennent pas. On peut alors prendre Interlude comme le long combat du héros pour accéder à la réalité. Malgré la réinitialisation de sa mémoire et de celle d’Aya, les souvenirs sont finalement les plus forts et les attirent l’un vers l’autre. Leur coup de foudre serait donc une forme de réminiscence confirmée par un bref et curieux passage à la fin du 1e OAV où Fuyuki apparait entouré de machines et d’employés, surveillant par l’intermédiaire d’un écran ce qui se passe dans le rêve du héros et fait la mention du destin. Comme si ce n’était pas la première fois qu’il tentait de les séparer. Une impression accentuée par son bref dialogue avec Miyako dans le 3e épisode.

 

On pourrait alors interpréter la problématique de la non-mort des personnages de cette manière : Fuyuki entame un discours volontairement provoquant à l’encontre d’Aya pour la pousser à se servir de son arc dans une espèce de suicide qui prend son sens s’il s’attend à un reboot de sa mémoire (en tant que chef du projet Pandore, il est peut-être l’un des seuls à avoir gardé ses souvenirs et pourrait vouloir s’en débarrasser pour oublier son échec). Comme le héros est mortellement touché mais revient pratiquement intact, on peut supposer qu’à la manière de Sugiura le reboot ne lui fait plus rien car il regagne ses souvenirs de plus en plus vite à mesure que défilent les boucles. La scène suivante sur fond blanc serait alors le reboot suivant, cette fois Aya et le héros savent tous les deux ce qu’ils veulent et comptent partir derechef et Mutsuki tente alors le tout pour le tout pour les arrêter, ordonnant alors à Hedgehog de détruire le rêve. D’où la scène d’adieux où tous les survivants souhaitent bonne chance aux deux adolescents après avoir compris qu’on ne pourrait les forcer à rester.

 

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Restent plusieurs questions : Le delete de Mutsuki signifie qu’elle veut supprimer les données du rêve...or le delete est envoyée contre Aya ; cela veut-il dire que cette dernière est une donnée comme une autre ou simplement que Mutsuki compte lui retirer son pouvoir de « modérateur », de rêver ? De même, si certains personnages ne sont généralement que des souvenirs des défunts à l’intérieur d’autres personnages, n’y aurait-il pas plusieurs versions en circulation, par exemple ?

 

\ !/ Fin spoilers \ !/

 


 

Conclusion

En fait, tous ceux que le côté « philosophical bullshit » énerve s’ennuieront ferme et trouveront Interlude tarabiscoté. Les plus courageux apprécieront cependant les débuts de réflexions qui émergent et prendront goût à l’élaboration d’hypothèses personnelles pour essayer de rassembler les pièces du puzzle.

 

Pour ma part, j’avoue avoir été franchement emballée par Interlude. Le premier visionnage m’aura tenu en haleine et même fait un peu pleuré à certains moments. Au second j’ai compris que beaucoup de dialogues et de scènes étaient à double tranchant et que l’œuvre formait un vaste et compliqué réseau de scènes pas toujours dans le bon ordre chronologique qu’il fallait remettre en place. Au troisième j’élaborais déjà des théories pour expliquer partiellement l’intrigue. Ce qui m’a énormément plu c’est surtout que c’est la première fois que mon discernement est mis à rude épreuve par une série. Les animes qui possèdent des failles béantes et se révèlent incompréhensibles ne m’ont jamais donné envie de me pencher dessus justement parce que leur structure était branlante et les animes réellement philosophiques et complexes comme Serial Experiments Lain et Boogiepop Phantom ne m’ont jamais torturé les méninges parce que j’avais l’impression de tout comprendre dès le premier visionnage ou presque. Interlude n’est pas impossible à analyser car un grand nombre d’indices sont là pour nous aiguiller mais en même temps il se dérobe suffisamment pour donner envie aux esprits les plus retors de découvrir la vérité cachée derrière ce rideau qui semble ne jamais vouloir se lever.

 

Malgré des défauts évidents, tel que cet abus de fanservice complètement hors-sujet et des choix de seiyuus pas toujours pertinents, et même s’il se contente d’effleurer des principes philosophiques potentiellement exploitables, Interlude propose un incroyable puzzle digne des plus grands masochistes du cerveau. Avec un petit côté à la Ever17 mais en animé, il donne surtout envie de vérifier si le jeu original est à la hauteur de cette réalisation. Une réponse toujours en suspens. Dommage...

 

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P.S : Ceux qui me suivent sur Twitter le savent déjà mais j’ai décidé de me rendre à l’Epitanime cette année. Histoire d’observer des geeks dans leur habitat naturel et de prendre des notes. Donc voilà, vu que je sors pas souvent de mon trou, profitez-en, ça se reproduira ptet pas avant un moment.

 



Pour l’Eroge Mix de mars j’ai décidé de sortir mon meilleur atout avec l’OST d’Utatemeguri. Entre les pistes relaxantes mêlant flûte et harpe, les pistes à consonance rock, les pistes rythmées mélangeant rock et musique traditionnelle, les pistes épiques parsemées de chœurs grégoriens et les pistes dynamiques au chant lancinant, il y a largement de quoi trouver son bonheur. J’espère que vous apprécierez autant que moi.

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 22:10

Vie du blog2

 

Avec une bonne grosse semaine de retard, voici enfin l’article dédié à l’anniversaire du blog, ma petite tradition à moi. Vu le nombre de billets que je commence à laisser dans mon sillage, il serait peut-être bon de constituer un vrai bilan digne de ce nom, et pas de botter en touche comme je le fais à chaque fois. Petit rappel des épisodes précédents après le jingle pub !

 

Et parce que je suis dans un jour de bonté, cet article sera entièrement illustré par des croquis d'Hitode, notre étoile de mer nationale, qui remplace Plumy au poste de graphiste sur le VN Milk.

 

2009-2010

Ma première année de blogging a surtout été l’occasion de pas mal d’expérimentations, d’essais. Je testais un peu le média, ses possibilités, ses limites, et le peu de temps que m’accordait la prépa m’a un peu poussé à compenser en écrivant des tas de petits billets inutiles ou superficiels. Il n’empêche que j’ai commencé à apprendre à rédiger des analyses de plus en plus fournies et que c’est devenu finalement très enrichissant, me conduisant à privilégier les gros articles aux impressions sur des épisodes isolés.

 

Mes premiers posts auront été dédiés à Avenger (l’anime le plus soporifique qui soit), la saga Mai Otome sous toutes ses formes (manga, anime, OAV) et aux deux Come See Me Tonight, des eroges pas bien captivants avant d’embarquer en mars sur un yaoi, Haru wo Daiteita (je voulais tester, j’ai été servie) et un autre eroge encore plus dépourvu de scénario, Gibo : Stepother Sin. En avril, je commençais à développer un peu plus ma réflexion sur Romeo X Juliet, la très surprenante adaptation de Shakespeare, El Cazador de la Bruja (le raté de la trilogie Bee Train) et le merveilleux Haibane Renmei et sa cité des anges. Je testais aussi Moonshine, un petit visual novel un peu bizarre, puis le fameux Narcissu et la démo de Katawa Shoujo en mai. C’est aussi à cette date que remonte ma découverte du groupe Sound Horizon dont j’ai parlé récemment. Ayant évoqué Haibane Renmei, c’est tout naturellement que je me suis penchée sur Serial Experiments Lain en juin, un anime culte, ainsi que sur le début d’un petit manga mettant en scène une héroïne perverse, Bousou Shoujou. En juillet ce fut le tour du très controversé Earth Girl Arjuna qui dispose d’une bande-son absolument sublime, de l’onirique Tenshi no Tamago (un film quasiment muet),  du jeu Myst IV et du célèbre eroge Saya no Uta, qui me sert toujours de bannière. Un dernier article que j’ai remanié depuis peu en faisant un parallèle avec la Reine des Neiges. En août, je découvrais Perfect Blue, le chef d’œuvre angoissant  de Satoshi Kon et en septembre, je grognais contre Doubt de Yoshiki Tonogai. C’est vers novembre que j’ai arrêté mes impressions éparses pour m’éprouver sur les premiers OAVs de Kiss X Sis. Dès décembre je déménageais sur Overblog, n’étant plus trop à l’aise sur Gamekult. J’évoquais alors un manga un peu chiant, 100% Doubt !!, le livre de Werber, Les Thanatonautes, qui m’a traumatisé à vie, et l’incroyable Ever17, un visual novel très long mais captivant et complexe. En janvier, je découvrais les OAVs dynamiques de Read or Die avec son héroïne atypique et attachante, et en février, le très beau Yume Miru Kusuri, un eroge pour lequel j’éprouve toujours un certain attachement.

 

Si on se concentre sur les articles les plus importants, on peut constater que je parle majoritairement d’animes mais que les VN/eroge ne sont pas loin derrière.

 

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Quelques essais d'expressions pour Miruku

 

 

2010-2011

La seconde année de blogging, j’étais entre la prépa et la fac, je suis donc passé d’un emploi du temps extrêmement chargé à une plus large liberté qui m’a permis d’écrire plus régulièrement qu’auparavant. Entre temps, je pense avoir fait un certain nombre de progrès au niveau du style et de la présentation des articles. Ils deviennent aussi de plus en plus épais au fil du temps...

 

Fin février, je testais les étranges OAVs Iria : Zeiram the Animation et toujours dans la thématique des extraterrestres, j’évoquais Alien 9 début mars, un gros concentré de mindfuck derrière les graphismes enfantins. Je parlais aussi du joli album Square Enix Music Presents Music for Art avant de flooder comme un porc en présentant tous les jours pendant une semaine des passages du livre 26, 5 auteurs qui n'existent pas mais qu'il faut absolument avoir lus. En avril je découvrais le film adapté de Clannad par la Toei Animation et le trouvais bien plus intéressant que la série du même nom avant de braver Colorful, un concentré de culottes et de naouak qui ne fait franchement pas sens. Avril-mai aura aussi été l’occasion de débuter un tryptique toujours incomplet sur les films Kara no Kyoukai. Je me demande si j’arriverai à le finir un jour... En mai j’ai aussi fini Narcissu 2, la préquelle à Narcissu, Planetarian, un petit kinetic du studio Key, le mystérieux manga God Save the Queen / Le Labyrinthe de Morphée et présenté une compositrice intéressante en la personne de Missa Johnouchi. Bon, et j’ai surtout pourri les yeux des lecteurs de Néant Vert en ressortant cette immondice d’Eiken du placard. L’été a été plus calme. En juin je faisais des comparaisons entre Final Fantasy X et Final Fantasy XII tout en étalant ma déception envers Paprika, un autre film de Satoshi Kon, et puis je me décidais à présenter de juillet à août toutes sortes de petits courts-métrages. Là aussi, il manque un épisode à l’appel... Juillet a également été l’occasion de découvrir l’enchanteur Petshop of Horrors tandis qu’en août j’ai réalisé un blindtest et péché en analysant une autre immondice, Boku no Pico. En septembre, mois chamboulé, j’aurais surtout montré les différents visual novel du studio indie Sakevisual. En octobre je parlais de Yurumates, cette ode à la procrastination, de Majokko Tsukune-chan, un petit anime parodique hilarant, et de Princess Arete, un merveilleux conte de fée très différent de ce que l’on peut voir habituellement. En novembre, je formulais une théorie sur Denpateki na Kanojo et je listais des tas d’eroges bizarres pour m’amuser. Dans la même veine, j’ai commencé décembre en établissant un top remis au goût du jour des openings d’eroges possédant la plus belle musique. J’ai des goûts bizarres, je sais. Et puis, après, je me suis surtout moqué du mièvre Candy Boy et du ubuesque Abunai Sisters. 2min à pleurer de rire. Janvier a été plutôt le mois du jeu vidéo puisque j’ai partagé quelques impressions sur plusieurs jeux et entamé un diptyque sur Yume Nikki, une expérience étrange qui en traumatisera plus d’un. Bon, et j’ai aussi évoqué la version soft d’un film porno qui était très marrant sans les scènes de sexe, si, si, je vous jure. Début février je découvrais l’onirique Please Save My Earth qui aurait été parfait si la dernière partie du manga avait été adapté aussi et je rédigeais un second article musical sur des OSTs m’ayant marquée.

 

Cette année-là, j’ai bien plus parlé d’animes que de VNs (largement K.O) suite à des difficultés techniques de ma part. Le nombre de posts divers n’a pas diminué pour autant mais ils sont désormais plus centrés sur des trucs ecchi que sur ma vie en prépa.

 

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2011-2012

L’année qui vient de passer a cette fois été partagée entre la fac et mon nouveau cursus en administration publique, moins sévère que la prépa mais qui ne me laisse pas non plus autant de temps qu’en lettres modernes pour écrire, d’où une baisse progressive du nombre d’articles et l’impossibilité pour ma part de regarder des animes, ce qui conduit à un épuisement progressif du nombre de sujets disponibles.  On remarque par ailleurs que les billets sont toujours de plus en plus longs et que certains atteignent désormais très facilement les 8 pages Word.

 

Une année que j’ai attaqué en livrant une quasi lettre d’amour à Noir, mon anime chouchou que je suis limite la seule à aimer, puis à Madlax, sa suite spirituelle. Et puis j’ai vu que Judge, le nouveau manga de Yoshiki Tonogai allait sortit, alors j’ai déchanté...En avril j’ai testé Interstella 5555, le film d’animation issu de l’album Discovery des Daft Punk, qui s’est révélé une très bonne surprise. En mai, j’ai été plutôt productive en livrant quelques impressions sur les visual novel de Christine Love, une autre indie, le très bizarre Alexander Senki, ses strings et ses serpents, et puis surtout le complexe Boogiepop Phantom, sorte de Serial Experiments Lain sans Lain, et l’angoissant Portrait de Petit Cosette qui faisait écho à la sortie récente de Puella Magi Madoka Magika. Et j'ai aussi pondu un billet sur une série québécoise sur le blog du Concombre. En juin, je faisais la promotion d’American McGee Alice, un très vieux jeu sorti en 2001, dont la suite débarquait (occasion rêvée pour se le procurer donc) et théorisait la romance dans les visual novel. Le nouveau Sakevisual sortant en juillet, j’y dédiais un petit post au milieu d’un été plus que chaud vu que je le dédicaçais à des critiques de hentai. Cette interruption des programmes se solda par le visionnage de l’OAV raté Shamshir Dance qui m’a conduit à parler de Masinowa, le nouvel album de Zektbach. Et enfin, je testais Red Shift, un petit VN amateur traduit en français, pas bien folichon, avant d’entamer la rentrée. Septembre fut alors l’occasion d’analyser les samples de chœurs grégoriens qu’on trouve dans les bandes-sons d’animes et de jeux-vidéo et d’en comprendre le fonctionnement et de rebondir sur l’OST de Drakengard, qui est à son image : violente et pleine de surprises. En octobre j’eus la nostalgie de Yume Nikki et m’essayais à un jeu qui en était inspiré, .flow, très différent, mais à l’ambiance très similaire. Je testais aussi X-Note, un VN sous flash du studio indie Zeiva Inc qui s’est révélé extrêmement frustrant. Et puis j’ai aussi parlé de Kite, une série de 2 OAVs érotiques mais possédant un scénario noir et intriguant. Novembre fut plutôt dédié aux VNs avec ma liste des jeux à venir pour 2012 qu’il faudrait surveiller de près et l’analyse de Tokyo Alice, une autre œuvre amateure inspiré d’Alice au Pays des Merveilles et très bien réalisée. Et puis en décembre, c’était le tour de cette grosse farce qu’est Hatoful Boyfriend, un VN où on sort avec des pigeons. Et puis, en janvier ce fut la farandole des pavés les plus costauds avec, coup sur coup, un approfondissement de ce qui se passait avec le projet Milk, une critique plutôt acerbe de Katawa Shoujo (j’entends comme un murmure d’indignement dans la foule tout à coup) et une éloge de l’album Märchen de Sound Horizon, qui surpasse beaucoup de limites musicales. Et pour ne pas briser le combo, en février, paf, j’ai ressorti le dossier contes de fées qui traînait sur mon PC depuis près d’un an et qui faisait bien le lien avec Märchen.

 

L’année qui vient de passer a donc vu le sujet des VNs prendre peu à peu le pas sur les animes, que je ne regarde plus (c’était donc inévitable), mais aussi la disparition des articles divers. J’ai été très sage en n’évoquant quasiment pas de trucs « cochons » en dehors de mon été du hentai. Moins de billets mais des billets de plus en plus démesurés, j’ai peur pour l’année qui va suivre (si ça continue).

 

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Différents essais de colorisation, toujours pour Miruku

 

Ce constat n’est pas innocent puisqu’il me permet de faire la transition : 3 ans, c’est une durée de vie honnête pour un blog, je ne suis même pas sûre que l’aventure dure encore longtemps vu que je commence à ne plus trop savoir quoi dire, ne plus trop commenter les blogs des copains (que je lis de moins en moins, j’espère qu’ils me pardonneront). Si je n’ai plus l’occasion de regarder des animes, je n’ai fatalement plus énormément de matière à disposition, donc moins envie d’écrire. En revanche, il y a énormément de visual novel que j’ai envie de tester, cela n’étonnera donc personne si je me laisse tenter par une reconversion. Mais, plus profondément, c’est surtout qu’il y a quelque chose qui m’occupe désormais davantage l’esprit, et vous savez quoi. Cela fait à peine plus d’un mois mais il ne me semble pas si idiot de donner quand-même des nouvelles du projet Milk, même si lancer un blog de développement va vraiment commencer à devenir une urgence.

 

 

C’est un peu ça, la vie d’aventurier, et on y va, y a des squelettes à poutrer !

Actuellement, nous sommes entrés dans la phase de production, c’est-à-dire de création de ressources. La base (listings, organisation, scénario) est déjà là et on commence à avoir des morceaux de musique. Sans surprise, les graphismes sont à la traîne, il faut dire que je n’ai trouvé d’aimables volontaires que depuis peu et que les débuts sont toujours très flottants parce qu’il faut apprendre « le métier », en quelques sortes. Du coup, ça prend un peu plus de temps, mais je pense qu’on est en bonne voie et on ne devrait pas tarder à avoir notre premier set de sprite. Je suis donc davantage cantonnée à un rôle de soutien, et c’est dur XD. En bonne grosse bourrin que je suis, j’ai tendance à me lancer corps et âme dans une tâche pour la finir le plus vite possible et empiler les trucs à faire comme des cannettes de bière vides. Sauf que maintenant ça ne sert plus à rien de foncer dans le tas, il faut coordonner les uns et les autres, vérifier que tout va bien, et établir des dealines (ma Némésis, je ne sais pas encore comment fixer des délais qui soient raisonnables et justes, ça me rend dingue). Je suis d’autant plus perdue que je ne sais jamais trop sur quel pied danser : dois-je leur laisser de l’espace, les secouer plus souvent, me montrer compréhensive ou plus stricte ? Je pars un peu du principe que j’ai tout à prouver, donc je me défonce pour essayer de mériter leur confiance et de me montrer digne de l’ampleur de la tâche. Pour l’instant, je suis assez surprise de voir qu’ils ont tous l’air de supporter assez bien leur « chef », je crois que c’est justement à cause de ce type de comportement. Moralité : faire de votre mieux encourage vos partenaires à vous imiter.

 

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Croquis de Mika, Mizuho (que tout le monde prend pour une psychopathe ;__;) et Kurumi

 

A l’inverse, la procrastination est aussi terriblement contagieuse, il suffit que quelques uns se relâchent pour que soudain tout le groupe soit touché. Cela m’est arrivé une fois de me dire en consultant le carnet de bord (on a une nouvelle méthode de partage de fichiers plutôt efficace qui fait que quand quelqu’un ajoute une musique, une image ou un document à la boîte commune, tout le monde le reçoit immédiatement, ce qui est plutôt pratique pour savoir où les autres en sont et comment ça avance) : « Il n’y a que moi qui ait mis à jour ces derniers temps, à quoi bon me presser pour finir cette tâche aujourd’hui, je peux la reporter à la semaine prochaine, ça revient au même ». Et c’était pas bien, je me suis auto-flagellé depuis, je vous rassure 8). J’estime que ce serait pire sur un chan IRC parce qu’on finirait par se connecter pour s’amuser entre nous et qu’on avancerait moins vite tout en ayant l’impression de travailler. Ce que je veux dire, c’est qu’une ou deux personnes très motivées, qui participent beaucoup, peuvent encourager les autres à tenir la cadence, et qu’en tant que chef de projet, il serait de bon augure que j’en fasse partie pour ne pas plomber la motivation générale...alors même que je suis cantonnée à un rôle de conseil et de coordination. Rôle de conseil pas toujours facile non plus, soit dit en passant, parce qu’on ne sait pas forcément quel commentaire fournir à celui qui vous présente son travail. Quelques fois il manque des petits trucs, des détails, est-ce que tu demandes à ton coéquipier de tout refaire de A jusqu’à Z ou est-ce que tu laisses couler ? En sachant que si tu lui fais cette requête trop souvent, il va peut-être finir par en avoir marre. D’autres fois, je suis tout simplement incompétente dans le domaine concerné. En un sens, je dois apprendre chaque matière avec eux pour pouvoir les aiguiller, être polyvalente, disponible, humble, impartiale.

 

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Croquis de Miruku

 

Invisible Invaders

Pour compenser mes lacunes, j’ai tendance à lurker vers la communauté Lemmasoft de création de VNs amateurs, sur les sites spécialisés en critiques d’eroges japonais ou sur VNDB. Et le plus souvent, ça me fait douter plutôt qu’autre chose. Je me demande si je ne devrais pas avoir un projet plus stéréotypé, plus en accord avec les normes du genre. Je veux dire, ça enlèverait un grand nombre de difficultés techniques et « marketing ».

 

Pour économiser le nombre de backgrounds, il serait plus simple de miser sur un cadre répétitif, au hasard, une ville moderne avec 1) la maison du héros, 2) l’école et 3) quelques points stratégiques pour des rendez-vous galants. Et pour économiser aussi les sprites, un uniforme quelconque (seifuku ou tenue de serveuse, par exemple). Je comprends soudain beaucoup mieux pourquoi tant de jeux se déroulent dans ce genre d’environnement, il n’y a pas des masses de cadres répétitifs à disposition qui soient suffisamment glamour, je suppose, d’où l’afflux d’eroges en milieu scolaire ou se déroulant dans un café/restaurant. C’est là que je réalise qu’Ever17 a admirablement su contourner le problème en enfermant ses personnages dans un parc d’attraction sous-marin : ils n’ont pas l’occasion de voyager ou de changer de vêtements. Le visual novel est un média intéressant mais quand on débute, on ne peut pas vraiment en exploiter les possibilités immédiatement. Certains genres, comme les road movies, sont plus difficiles à représenter et ça se comprend.

 

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Croquis de Kurumi

 

Pour attirer de potentiels lecteurs, il semblerait même qu’il existe des règles tacites. Par exemple le fait d’écrire au présent et à la première personne du singulier est un point rarement remis en question. Sauf que, personnellement, ça ne me plaît pas du tout. Je préfère alterner la 3e personne du singulier avec point de vue omniscient et focalisation interne et la 1e personne du singulier avec différents personnages. Rester trop longtemps en mode « je » m’est difficile. De même, je n’aime pas écrire au présent quand je raconte une histoire. La plupart du temps je garde le présent pour les phases de dialogue (élémentaire, mon cher Watson) et j’écris au passé : majoritairement l’imparfait, le passé simple pour des phases d’action et le plus que parfait pour un temps encore antérieur. Je trouve que cela me permet une plus large marge de manœuvre que n’autorise que peu le présent, qui est un temps de l’immédiat.

 

Même du point de vue du contenu, je me demande si ça va coller. Je me suis rendue compte, avec l’exemple flagrant de Katawa Shoujo mais aussi des moe-ge en général, qu’au fond, les joueurs plaçaient souvent les personnages devant l’intrigue. Si un personnage leur plaît, peu importe qu’il y ait un scénario (du tranche de vie suffit en général), ils seront contents. Je ne fonctionne pas du tout ainsi parce que, pour moi, les personnages font partie du scénario (d’ailleurs j’ai la bizarre manie de monter mes histoires à partir de la création de personnages et de la combinaison de leurs histoires respectives de manière à ce que cela s’accorde) donc je privilégie toujours la cohérence globale du puzzle et non le polissage des pièces à part. Je ne comprends même pas le but de n’achever qu’une seule route d’un visual novel parce que ça serait comme s’arrêter au tiers d’un livre, je me sens obligée d’aller jusqu’au bout pour ne rien manquer et souvent, je ne suis pas contre l’inclusion d’une true end qui fasse le lien entre les différents fragments. De tels joueurs y trouveront-ils leur compte ou seront-ils déçus de ne pas retrouver leur archétype préféré ?

 

Et puis, j’ai aussi remarqué, toujours avec Katawa Shoujo, que les gens tenaient finalement beaucoup aux choix « factices », c’est-à-dire qu’ils appréciaient qu’on leur demande énormément leur avis parce qu’ils avaient l’impression de peser sur le déroulement de l’histoire. Or, si on regarde bien les mécanismes cachés derrière les choix, on se rend compte que les combinaisons sont souvent limitées et que les choix n’apportent pas forcément grand-chose à l’intrigue, c’est presque de la poudre aux yeux. De mon côté j’avais bien apprécié la route de Shizune parce qu’en un seul choix, elle arrivait à introduire un sérieux dilemme dans l’esprit du lecteur (même si celui-ci est malheureusement sous-exploité) mais je sais qu’elle en a frustré plus d’un. En somme, les choix servent de sucrerie qu’on tend au joueur pour le faire avancer le long de l’histoire, ce que je trouve fondamentalement dommage. L’autre problème qui se pose simultanément est que l’interactivité bouscule le scénario : il est nettement plus difficile de monter un ensemble cohérent lorsqu’il y a énormément de choix parce qu’un scénario n’est pas élastique à l’infini. Alors, est-ce qu’un lecteur pourra supporter un nombre relativement réduit de choix si l’histoire est longue ?

 

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Croquis de Makuro

 

Limit Break

Ces questionnements me taraudent parfois, mais comme dit le proverbe : « Qui ne tente rien n’a rien » ! Ce projet me tient énormément à cœur et je ferai de mon mieux pour arriver jusqu’au bout malgré l’adversité (et Dieu sait que c’est dur !). Même si ça ne plaît pas à tout le monde (ce qui ne manquera pas d’arriver avec mes partis-pris particuliers :p), le plus important pour moi sera de le mener à bien, de lui donner vie. Je suis déjà satisfaite d’avoir pu aborder dans le scénario un certain nombre de thèmes qui me sont chers, parfois de manière approfondie, parfois simplement effleurés, comme le mariage arrangé, la dépression, la recherche du danger, le viol, le suicide, le bizutage, la délinquance, les problèmes de personnalité, la guerre, l’héritage d’une civilisation perdue, la difficulté d’exprimer ses sentiments ou le destin. Je me suis aussi inspirée en partie de la mythologie celte, de la légende de Mélusine, d’un conte d’Andersen et de beaucoup d’autres choses diverses et variées... Le thème général pourrait être résumé à une recherche d’identité, la recherche de soi, même si ça ne se limite pas qu’à ça et qu’il y a aussi beaucoup de passages « light » à vocation comique qui soutiennent l’ambiance parce que j’ai besoin des deux aspects pour établir un contraste, de moments chaleureux et de moments plus froids. Ne reste plus qu’à mixer tout cela et servir frais, ou du moins partager avec ceux qui veulent.

 

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Un dessin de Miruku spécial Saint Valentin

 

De toute façon il y a encore beaucoup d’autres thèmes que je voudrais aborder à l’avenir, dans d’éventuelles suites (j’ai toujours envie d’écrire) comme la famille, l’inceste, l’héroïsme, le déclin d’une civilisation, l’altération de la mémoire, le sacrifice, la drogue, les organisations inter-dimensionnelles, la recherche de l’identité sexuelle ou la légende de Médusa. J’aimerai aussi beaucoup jouer sur la chronologie et varier les décors : comme retourner dans le passé proche à une époque où la technologie était moins avancée ou le passé lointain, dans une tribu primitive, dans des contrées équatoriales ou en classe préparatoire (quoi, c’est exotique aussi d’une certain manière et je vois peu d’œuvres qui parlent de ce bout de Mordor français =D). Mon inspiration étant vivace, autant en profiter !

 

Donc voilà, je sais que je m’avance un peu, voire beaucoup, vu que tout cela n’apparaîtra pas avant un long moment, mais c’était important pour moi. Il me semble qu’on m’a déjà demandé de discuter de mes motivations et c’est ce qui s’en rapproche le plus. Je n’ai pas de raison particulière de me lancer dans cette aventure, j’aime juste écrire, j’ai une histoire qui me démange le crâne et la sensation que je ne reposerai pas en paix avant de l’avoir couché sur papier virtuel. Je dois, c’est CHAMBALALAMALAMALALA, le dieu des chamallows, qui m’a demandé ! Et quand le dieu des chamallows te touche de son doigt boudiné sacré, tu ne refuses pas la mission qu’il t’offre, non mais ho !

 

Quittons-nous en musique avec cette fabuleuse piste d'un fan de Persona très doué

Cette dernière partie était une spéciale dédicace aux membres de l’équipe, je sais qu’ils me lisent, les adorables filous, et qu’ils comprendront la private joke :p. Et puisqu’ils me surveillent d’un œil inquisiteur, je m’empresse de rajouter que ce sont les meilleurs coéquipiers du monde !

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 23:05

Puisque j’abordais Märchen la dernière fois, je me suis dis que c’était l’occasion ou jamais de parler d’un sujet que j’aime beaucoup : les contes de fées. Il y aurait mille approches du sujet à adopter mais je n’en choisirai qu’une, plus restrictive et plus facile à traiter : la transcription par Disney de certains contes. Et ce afin de mettre en lumière un problème majeur pour moi : la perte de la pluralité de sens.

 

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J’ai été nourrie et élevée par les contes de fées depuis que je suis en âge de lire et encore aujourd’hui le sujet me fascine ; je suis capable de vous réciter par cœur Les habits neufs de l’Empereur, La grotte des korrigans, Peau d’ours et bien d’autres. Malgré le fait que j’ai une certaine préférence pour raconter de vieilles histoires un peu oubliées qui font le bonheur des enfants curieux (je suis un livre ambulant, c’est un plus quand on travaille en centre aéré) j’apprécie bien sûr énormément les classiques popularisés par Disney que tout le monde connaît. D’ailleurs des Disney j’en ai regardé toute petite et j’aimais beaucoup Le Roi Lion, Aladin ou La Belle et la Bête, mais je ne connaissais la « trinité » que via les frères Grimm ou Charles Perrault, aussi je dispose d’une vision assez particulière en la matière. Et, après visionnage récent des contes de fées adaptés par Disney, j’ai pas mal à dire et je risque d’être particulièrement grinçante !

 

La « trinité »

Blanche-Neige / Cendrillon / Belle au bois dormant

 

Blanche-Neige

Premier long-métrage de Disney, Blanche-Neige reprend Schneewittchen des frères Grimm en adoucissant certains éléments plus ou moins violents du conte originel, je ne m’attarderai pas sur la transformation des nains en personnages comiques ou des animaux choupinets qui pullulent de partout et qui font avant tout partie d’une esthétique, ce qui m’intéresse le plus ce sont trois points très particuliers.

 

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La scène du balcon

Le premier est la pseudo-romance avec le Prince Charmant qui a lieu dès l’introduction. Elle a, selon moi, deux rôles : il s’agit d’abord de crédibiliser le final et de le rendre plus « romantique ». Car dans le conte, la jolie Schneewittchen n’a jamais rencontré son bienfaiteur avant sa mort, il ne la cherchait pas elle particulièrement et ne l’a pas embrassé non plus ; il passait par hasard dans la forêt, est tombé amoureux du cadavre et souhaitait l’emmener avec lui, ce sont les nains qui la font revenir à la vie en laissant tomber le cercueil, ce qui a pour effet de la faire cracher le morceau de pomme empoisonné qui la maintenait endormie. Tant qu’on ne s’interroge pas sur la possible nécrophilie que suggère la situation (ramener un cadavre chez soi même pour décorer son salon est très malsain comme comportement, même pour un esthète) ni sur la pédophilie latente du prince (voir fun fact ci-dessous) tout va bien. Rajouter une première rencontre permet de lever l’ambiguïté mais aussi de monter de toutes pièces un modèle d’identification.

 

En effet, quoi de plus artificiel que cette scène d’amour au tout début du dessin-animé ? On y voit une charmante jeune fille, elle n’a aucune caractéristique particulière, un beau jeune homme, il n’a aucune personnalité préétablie, et les deux se comptent fleurette dans une sorte d’hommage à Roméo et Juliette (pensez à la scène du même nom), c’est un archétype usé jusqu’à l’os, un symbole qui vise à l’identification du spectateur. N’importe quelle personne qui regarde Blanche-Neige peut transposer sa propre histoire sentimentale dans ces deux protagonistes fantoches et finalement s’approprier ce qu’il voit très rapidement, même inconsciemment. Disney a vraiment poussé la malice jusqu’au bout et on ne peut pas ne pas reconnaître que c’est bien joué de leur part.

 

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Fun fact : dans la version des frères Grimm, Blanche-Neige n'a que 7 ou 9 ans

 

Magie noire et magie blanche

Le deuxième élément concerne le personnage de la belle-mère. Evidemment, sans surprise, elle nous est présentée comme la méchante. Il aurait été utopique de demander au studio de nous faire de la psychanalyse en tentant de justifier sa peur panique de la vieillesse (au fond c’est une étape allégorique par laquelle passe toutes les mères quand elles constatent que plus leurs enfants grandissent et s’épanouissent, plus elles se flétrissent) mais on peut noter, du point de vue de la représentation, qu’il ne s’agit pas de n’importe quel type de femme. La belle-mère est présentée comme une reine, celle qui détient le pouvoir. Selon Robin Allan dans Il était une fois Walt Disney « elle représente la femme redoutée par les hommes dans une société dominée par les hommes ». Intéressant, non ? Autrement dit Blanche-Neige est avant tout la confrontation entre deux idéals : d’un côté la femme qui domine, de l’autre la dominée. La soumise est une « gentille princesse » et la gouvernante assimilée à une sorcière monstrueuse (on pourrait faire un chouette rapprochement avec le visual novel d’Utena).

 

 

Et c’est aussi là que se trouve une différence majeure avec le conte originel : chez les frères Grimm, la reine se déguise en vieille femme mais redevient belle, alors que chez Disney tout se passe comme si la sorcière était son véritable visage enfin dévoilé. La scène de transformation, à cet égard très perturbante, n’est pas sans rappeler Docteur Jekyll et Mister Hyde, le roman noir de Stevenson (dont je vous recommande vivement la lecture). Le fait que la méchante belle-mère meure sous son apparence diabolique ne fait qu’amplifier ce sentiment. On perd donc tout l’aspect « humain » du personnage, ce qui est bien dommage.

   

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Le triomphe de l’idéal pur

Le troisième élément n’est pas un ajout mais bien une disparition, celle de la fin de l’histoire ! Car en réalité la belle-mère n’est jamais tombée du haut d’une falaise pourchassée par des nains à dos de Bambi (même si je reconnais que c’est une mort grandiose et ridicule à souhait), elle est rentrée au château et a cru avoir accompli son terrible dessein. Comme Blanche-Neige est restée un moment sans pourrir dans son cercueil de verre, elle a baissé sa garde en la croyant définitivement morte et enterrée. Et c’est là qu’intervient ce qui m’intéresse. La miraculée épouse le prince en grandes pompes et invite sa meurtrière qui, après avoir entendu le miroir magique lui souffler que la nouvelle reine du pays voisin était plus belle qu’elle, ne résiste pas à la curiosité. Et là on la force à chausser des souliers en feu jusqu’à ce qu’elle crève dans d’atroces souffrances aux yeux et à la vue de tous les convives. Visiblement Blanche-Neige n’a pas vraiment apprécié qu’on l’empoisonne et elle se venge de manière tout aussi cruelle. Concrètement, que nous montre cette fin ? Que la jeune fille est avant tout humaine et donc tout aussi encline que sa belle-mère à tuer son prochain. C’est un peu un rappel qui souffle au lecteur : certes Blanche-Neige est une pauvre petite victime sans défense mais ne va pas croire qu’elle ne peut pas se retrouver du côté du bourreau. On perd dans la version Disney toute la violence mais aussi toute la symbolique de ce « retour de karma », ce qui fait de leur héroïne une sorte d’oiselle naïve et innocente, trop pure pour être au fond crédible. Le prince l’emporte sur son cheval blanc, la fable ne se termine au fond jamais, il n’y a pas cette rupture nécessaire mise en place par l’original.

 

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Cette image me fait penser que je ne dois jamais vous parler de Pretear, l'adaptation anime "magical girl" de Blanche Neige

 

 

Cendrillon

Des années après Blanche-Neige, le studio Disney adapta de nouveau un conte, de Charles Perrault cette fois-ci (on verra pourquoi la version Grimm n’a pas été retenue) avec toujours plus d’animaux mignons qui chantent et qui dansent et une esthétique toujours aussi particulière. Comme je vais avoir énormément de choses à dire sur Cendrillon je vais essayer d’écourter cette présentation avec deux points et réserver le reste pour plus tard.

 

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Une Cendrillon cyber-punk, moi je signe tout de suite

 

La famille d’abord

Un des changements opéré par Disney par rapport à la version de Perrault porte sur la fameuse scène du bal. Pour mémoire, dans le conte la demoiselle ne se contente pas de batifoler avec le prince lors du premier bal. Prince qu’elle a par ailleurs bien identifié, contrairement à la Cendrillon de Disney qui passe totalement à côté de la célébration en tombant amoureuse du premier garçon qu’elle voit sans jamais faire de rapprochement avec son statut royal (pour louper le seul gus debout forcé à faire des courbettes à tout ce qui porte fanfreluches et rubans à 500 mètres à la ronde il faut vraiment être myope…). La jeune fille du conte saisit en fait la première occasion qu’elle a pour aller à la rencontre de ses vilaines sœurs. Au premier abord, on pourrait trouver ça assez absurde : après tout elle les côtoie tous les jours ses sœurs, elle n’a pas besoin d’assister à une réception pour les approcher. Mais en y repensant bien, on se rend compte que ce léger détail n’est pas là par hasard. Dans cette impulsion bien plus puissante que celle qui la pousse à courtiser le prince, elle semble tout simplement réclamer l’affection de sa famille en recherchant un contact affectif dont elle est privée la plupart du temps. Elle utilise donc son déguisement de princesse pour avoir un rapport d’égal à égal avec ses sœurs et c’est bien en leur compagnie que sonne l’horloge qui la force à s’enfuir. Elle ne sera vraiment avec le prince que lors du second bal, un peu comme si la relation sentimentale nécessitait d’abord une sorte de purge émotionnelle du point de vue familial. La Cendrillon de Perrault a d’abord besoin de se sentir aimée de sa famille, même si ce n’est qu’à partir d’un stratagème, avant de pouvoir songer à l’amour alors que la Cendrillon de Disney, en plus d’être sacrément myope donc (un subterfuge bien maladroit si vous voulez mon avis), pense immédiatement à l’amour, ce qui n’est pas forcément une bonne chose.

 

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Méchants et gentils : même rêve, même combat

Il existe énormément de variations du mythe de Cendrillon que j’étudierai tout à l’heure, mais il y en a une qui, je pense, doit être évoquée tout de suite : celle des frères Grimm. Dans cette histoire, point de bonne fée, la jeune fille reçoit sa robe d’un arbre magique qui pousse sur la tombe de sa mère. La scène de l’essayage de la pantoufle qui suit est juste incroyablement gore : les deux vilaines filles n’arrivent pas à rentrer leurs pieds dedans alors chacune à son tour, en suivant l’ordre pressant de leur mère, se résout à se couper, pour l’une l’orteil, pour l’autre le talon. Inutile de dire que le soulier dégouline de sang et que l’arbre magique prévenant le prince de la superstition, ce dernier se trouve passablement dégoûté d’un tel spectacle. Pourquoi mentionner ce passage peu ragoûtant ? A mon sens il illustre un point que Disney a laissé dans l’ombre : Cendrillon comme ses sœurs, et comme des centaines d’autres jeunes filles dans le royaume, partagent le même rêve. Toutes veulent s’élever socialement en épousant le prince et ce au prix de sacrifices s’il le faut. Pour moi Disney s’y prend assez mal pour dissimuler ce trait de caractère de l’héroïne qui transparait tout de même dans le songe qu’elle fait au tout début du dessin-animé. Au fond les deux sœurs de Grimm, bien que lâches, prouvent en se mutilant atrocement le pied qu’elles aussi sont prêtes à tout pour prendre la place de reine. Certes Javotte et Anastasie ne vont pas aussi loin mais c’est le même sentiment.

 

A noter qu’à la fin du conte de Perraut, les sœurs de Cendrillon s’excusent de l’avoir malmené quand elles comprennent que la demoiselle en haillons et la belle inconnue qu’elles admiraient ne font qu’une, lui apportant ainsi la reconnaissance tant attendue. En retour la nouvelle reine s’arrange pour les placer à la cour avec des gentilshommes fortunés. L’absence de ces éléments dans la version Disney efface la dimension « familiale » du conte pour ne garder que l’histoire d’amour, ce qui est un peu dommage.

 

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Que serait cet article sans version moe et à moitié à poil d'une princesse, je vous le demande...

 

 

Belle au Bois Dormant

Concluant la trinité des contes de fées classiques remaniés par Disney, La belle au bois dormant a de particulier que le dessin-animé se devait de s’émanciper de Blanche-Neige qui lui ressemblait un peu trop et donc que le « scénario » a dû subir plusieurs modifications comme l’intégration d’un archétype amoureux très courant et plutôt bien utilisé (le malentendu princesse/paysanne, la fausse opposition au mariage arrangé) ou des effets spéciaux avec l’intégration d’un combat contre un dragon maléfique. Pourtant le studio aurait très bien pu s’inspirer de la seconde partie du conte présente chez Perrault où la mère du prince est une ogresse tyrannique qui projette de croquer sa belle-fille. Il faut croire que la belle-mère cannibale faisait moins sexy comme sujet…

 

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Briseur de romantisme

Je ne peux m’empêcher de rappeler que dans les versions les plus archaïques de la Belle au Bois Dormant, la belle ne se réveille pas au bout d’un simple baiser mais uniquement lorsque, après une ellipse de neuf mois tout rond, un charmant nouveau-né vient lui sucer le doigt, lui retirant ainsi l’épine ensorcelée qui la maintenait endormie. Oh, bien sûr, elle marie ensuite avec son violeur mais on ne pourra pas dire que sa première fois ait été glamour. Dans le cas d’une partie du roman de Perceforest (écrit entre 1300 et 1350) mettant en scène la princesse Zellandine, le violeur en question se trouve être son amoureux, le chevalier Troïlus, qui tentait de la guérir de son mal par sa méthode très spéciale…je ne sais pas si c’est mieux à vrai dire.

 

L’anecdote glauque étant passée, je citerai encore Le soleil, la lune et Thalie, une autre itération du conte où cette fois le prince est déjà marié avec une autre quand il rencontre Thalie et fait son affaire avec elle. Il a l’attitude sympathique de la planquer dans son château quand il découvre qu’il est papa et se prend d’affection pour ses deux rejetons. Dommage que la reine apprécie moins de se voir trompée et essaye de massacrer sa rivale qui prend finalement sa place (je ne serais pas surprise que ce soit l’inspiration de la partie ogresse de l’histoire de Perrault).

 

Dans la version de Perrault la princesse est bien réveillée par un baiser mais elle est ensuite réduite à l’état de courtisane que son bien-aimé visite de temps en temps avant que son froussard de mari ne profite de la mort de son père pour la faire monter sur le trône. Dans tous les cas, La belle au bois dormant perd cette aura de romantisme absolue érigée par Disney pour nous rappeler que la sorcière ne l’a pas forcée à faire la sieste mais lui a bel et bien jeté une malédiction.

 

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Normalement au bout de 100 ans de sommeil, on ressemble plus à ça qu'à une jeune fille fraiche et en bonne santé

 

 

La problématique du mérite

  Maintenant que j’ai énuméré plus ou moins rapidement ce qui me paraissait être les différences primordiales entre les contes papier et leur adaptation Disney, il est temps de soulever le problème que posent ces variations et qui est la perversion de la notion même de mérite, de récompense.

 

Vraies fausses victimes du destin

Car voilà, chaque héroïne obtient son happy end, mais qu’ont-elles réellement fait pour y parvenir ? Le bonheur ça ne descend pas du ciel comme par magie, ce n’est pas non plus un dû, c’est quelque chose pour lequel on doit travailler. Par exemple, si vous êtes amoureux de quelqu’un et que vous voulez que vos sentiments soient réciproques, il faut bien se bouger et tout mettre en œuvre pour que cela marche (et évidemment ça ne fonctionne pas à tous les coups, ce serait trop simple).

 

C’est là que ça devient marrant. Blanche-Neige, on la voit nettoyer une fois la terrasse, chanter et danser avec les animaux et éventuellement faire le ménage dans une maison (enfin faire le ménage est un grand mot, elle se contente de passer le balai, les animaux choupi-trognons font tout le reste). Ah, et elle cueille des fleurs aussi. On ne peut donc pas dire que la charmante demoiselle ait fait grand-chose pour être heureuse sinon rester jeune et jolie même sous son cercueil de verre.

 

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Cendrillon ? C’est un cas un peu plus subtil mais si on n’y regarde de plus près, c’est le même schéma. Dans le conte de Perrault un petit passage nous indique qu’elle se propose de coiffer ses sœurs pour le bal, preuve d’une certaine noblesse de cœur tout de même puisque rien ne l’y oblige. Dans le dessin-animé, la jeune fille réalise toutes les tâches sous la contrainte et s’occuper de ses sœurs n’est qu’une corvée parmi d’autres. Cela n’a l’air de rien comme ça mais en vérité ça dit tout du personnage : Cendrillon n’est jamais caractérisée que de manière indirecte, c'est-à-dire qu’on ne nous montre jamais ses vertus mais uniquement les défauts de Javotte et Anastasie. Le procédé est un peu pervers dans le sens où tout repose sur une comparaison. Mettre une souris à côté d’un éléphant la fait paraître minuscule, mais à côté d’un microbe elle est énorme. Mettre une personne détestable à côté de personnes encore plus détestables qu’elle la fait passer pour un parangon de vertus. Aussi s’il est absolument certain que Cendrillon est martyrisée, ça n’en fait pas quelqu’un de bien pour autant. Il suffit de lire la fin de l’Histoire de la princesse Rosette de la Comtesse de Ségur, une autre variante de Cendrillon, pour s’en convaincre : les deux sœurs, Orangine et Roussette, sont punies par la fée pour avoir tenté d’assassiner l’innocente demoiselle ; elles sont devenues défigurées et mariées à deux brutaux chargés de les battre tant qu’elles n’auront pas montré signe de compassion. Et vous savez quoi ? Orangine et Roussette restent comme cela toute leur vie parce qu’elles sont incapables de surmonter leur jalousie. Elles sont victimes de leurs maris respectifs ; sont-elles pour autant de bonnes personnes ? Non. Cendrillon est la servante de la maison ; ce statut la rend-elle automatiquement et fondamentalement gentille ? Non.

 

Tout cela fait que la version Disney en forçant outrageusement le trait des méchantes nous pousse à plaindre instinctivement la victime mais cette dernière n’a en elle-même, aucune qualité apparente (elle sait chanter et danser, youhou). Elle n’a pas l’astuce de l’héroïne éponyme du conte Finette Cendron, autre variation qui mélange Cendrillon et Petit-Poucet de manière assez intéressante, qui elle prend l’initiative, désobéit à sa marraine, sauve ses sœurs Fleur-d’Amour et Belle-de-Nuit (des noms narcissiques traduisant à merveille le caractère des personnages), se fait battre par elles, terrasse un ogre, charme le prince, humilie ses sœurs et finalement les récompense elles et leurs parents forcés de les abandonner. La chatte des cendres, de Basile, quant à elle, met au jour un aspect du conte particulièrement ironique : c’est Cendrillon (ici nommée Zezolla) qui tue sa belle-mère grognon mais inoffensive pour que son père épouse son institutrice (la Carminosa), institutrice qui se révèlera finalement bien plus terrible que la précédente épouse et qui la maltraitera. C’est une belle leçon que de voir que Zezolla est punie pour avoir orchestré le meurtre de sa deuxième mère pour finalement se repentir et trouver le bonheur tandis que la Carminosa est aussi punie pour ne pas avoir tenue sa part du marché.

 

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De la même manière la Belle au Bois Dormant est sans aucun doute la plus dotée et la moins méritante du lot. Elle n’aura eu qu’à naître et la voilà déjà prédestinée à une beauté époustouflante et à épouser un beau prince en bonus. Le maléfice qu’elle subit paraît complètement inoffensif vu qu’étant endormie, elle n’a conscience de rien et que Disney ne la laisse même pas dormir les cent années qu’aurait dû durer le sortilège.

 

Morale contemporaine

Les héroïnes de ces trois dessins-animés apportent à mes yeux un énorme problème de représentation. De nos jours les enfants connaissent d’abord les contes de fées à partir de Disney, ils lisent de moins en moins les contes originels qui possèdent pourtant bien plus de facettes et de complexité qu’il n’y paraît. L’avantage du support papier est que la caractérisation du personnage n’a pas besoin d’être subtile, il suffit de jeter un « la douce jeune fille » ou un « la pauvre enfant » par-ci, par-là, pour que le lecteur intègre que la princesse possède un certain nombre de vertus. Dans un long-métrage c’est bien différent. Le parti-pris esthétique de Disney a beau être très intéressant, il force les scénaristes à négliger des détails au premier abord anodins et en réalité très révélateurs (n’oublions pas qu’un conte est bien souvent bref, il n’y a pas de longue description interminable à la Balzac, l’auteur va à l’essentiel, il est donc difficile de retrancher quelque chose) au profit d’autres éléments. Il en découle une aseptisation certaine du conte et la nouvelle morale qui s’en dégage me paraît particulièrement malsaine.

 

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Je ne me souvenais pas que la sorcière était aussi sexy dans le dessin-animé...

 

Quel est le message que suggère cette trinité, notamment aux filles ? Femme, sois belle et le bonheur te tombera tout cuit dans le bec. Voilà c’est tout ! Blanche-Neige est jolie, elle se contente de faire une tarte aux prunes et de temps en temps elle passe le balai : elle récupère le prince charmant à la fin. Cendrillon est jolie, elle fait le ménage et va pleurnicher sur les genoux de sa marraine : elle récupère le prince à la fin. Aurore est jolie, elle danse avec un hibou dans la forêt et elle roupille en attendant que quelqu’un vienne lui apprenne à se servir d’une aiguille à coudre : elle récupère le prince à la fin. Toi, fille ordinaire, sois jolie, soigne ton apparence (tiens, exactement comme le font les méchantes sœurs des contes originels) et attends : tu récupéreras le prince à la fin. Crois juste en tes rêves et ne fais jamais rien pour les réaliser. Quel message paradoxal ! Sous les dorures de ces magnifiques dessins-animés, on gratte à peine et on trouve déjà le germe d’une morale d’autant plus dangereuse qu’elle se grave en nous sans qu’on n’y fasse attention (c’est la magie du conte).

 

Aussi suis-je consternée encore aujourd’hui lorsque je rencontre des filles qui ont pour modèle plus ou moins inconscient cet idéal « disneylien » parce qu’au fond elles se rendent malheureuses elles-mêmes en espérant quelque chose d’impossible, en essayant de satisfaire des exigences trop hautes. J’en ai connu et je me rappelle nettement les avoir choqué en soulignant le fait que le prince de Blanche-Neige est, sans nul doute, un nécrophile (ou alors un type louche), comme si je brisais un doux rêve.

« Il y a quelqu’un pour moi quelque part, je l’attends sous mon cercueil de verre. Il y a quelqu’un rien que pour moi, quelqu’un à qui je suis nécessaire, il me cherche dans les plaines, dans les forêts, en haut des montagnes, au fond des gouffres. Il y a quelqu’un qui va venir me chercher, il m’emmènera dans son château, dans cette bulle d’amour que rien ne brisera. Il y a quelqu’un pour moi, j’étouffe d’attendre sous mon cercueil de verre. »

 

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Une Rapunzel cyber-punk, je veux bien aussi

 

La thématique des Deux Soeurs

Face à ce souci de représentation qui crée des ambiguïtés, mon alternative est un autre conte très proche de Cendrillon à une grosse différence près, différence qui change toute la portée de la fable. En effet le motif qui m’a le plus marqué dans ma jeunesse est de loin celui des « Deux Sœurs », représenté par une multitude de versions dont la plus connue est Les fées de Perrault. La structure narrative est quasiment identique à Cendrillon : Le père veuf se remarie avec une belle-mère acariâtre qui considère sa fille comme un trésor et maltraite celle qui n’est pas la sienne. A la fin, la victime se marie avec le prince. L’évènement qui relie l’introduction et la conclusion n’est pas un bal (évènement mondain par excellence et donc plein d’artifices, de mensonges, le règne de l’apparence) mais une épreuve que les deux sœurs passent chacune à leur tour. L’une triomphe et est récompensée, l’autre échoue et est punie.

 

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Dans Les deux galettes de Basile, les sœurs deviennent cousines mais le principe reste le même : Martiella va à la fontaine et rencontre une vieille dame affamée. Pleine de compassion elle lui offre toute entière la galette qui devait lui servir de repas et reçoit comme don que des perles tombent de sa chevelure à chaque fois qu’elle se peignera. Sa tante, jalouse, envoie en vitesse sa propre fille, Puccia, à la fontaine sans lui expliquer la situation, et lorsque celle-ci entreprend de narguer la vieille femme en se délectant sous ses yeux de sa galette, sa punition est de laisser s’échapper des poux à chaque fois qu’elle se peignera.

 

On compte aussi comme variation Les enchantements de l’éloquence de Mademoiselle Lhéritier qui donne un nom à l’héroïne, Blanche, et à sa mauvaise sœur, Alix, toutes deux longuement caractérisées, ou Frau Holle des frères Grimm dont j’ai déjà un peu parlé, véritable emblème du genre : cette fois, la pauvresse laisse sa quenouille tomber dans un puits et est forcée par sa belle-mère d’aller la chercher. Sauf que dans le puits se trouve un passage vers un monde enchanté dirigée de main de fer par Frau Holle (Dame Hiver en version française alors que le mot Holle est plutôt à rapprocher de la traduction « enfer ») qu’elle va servir jusqu’à s’ennuyer de chez elle et y retourner (on dirait une sorte de résurrection), récompensée par une pluie d’or. Sa demi-sœur, appâtée par l’attrait du gain, va vouloir l’imiter mais, trop paresseuse pour travailler correctement, elle recevra une pluie de poix au lieu de l’or convoité, poix dont elle ne pourra jamais se séparer.

 

Les Deux filles, un conte gascon, développe encore d’avantage le principe de l’épreuve puisque cette fois-ci la fée vit dans un château et propose à ses visiteurs de choisir des cadeaux pour déterminer la pureté de leur âme : par exemple la paysanne qui prend une robe déchirée dans la penderie se voit forcée de garder la plus belle, et il se passe l’inverse avec la fille suivante.

 

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Seuls les fans de Sound Horizon peuvent comprendre la double référence

 

Mais la version la plus fine du thème reste à mes yeux La veuve et ses deux filles de Madame Leprince de Beaumont parce que cette fois-ci Blanche et Vermeille, les deux sœurs, sont mises dès le départ sur un pied d’égalité ; il n’y a ni méchante, ni gentille et aucune n’est battue par sa mère. Seulement en recevant la visite d’une étrangère Blanche offre à manger à contrecœur, Vermeille sans compter, ce qui leur vaut une récompense très intéressante : la première deviendra reine, la seconde fermière. On peut se dire que la fée s’est trompée quelque part, que ce n’est pas logique, mais au final Blanche, devenue reine grâce à sa beauté, souffre énormément de son nouveau statut puisque le prince se lasse d’elle, prend des maitresses et que du coup plus personne ne la respecte ni ne fait attention à elle. Et quand elle retourne voir Vermeille, cette dernière devenue très heureuse l’invite à rester fermière auprès d’elle et à se contenter du nécessaire.

 

Pour une nouvelle morale

 

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En conclusion de ce « petit » exposé, je dirais que le conte est un genre beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît et qui mérite largement qu’on s’y intéresse de plus près. Le conte possède un pouvoir immense qu’il ne faut pas sous-estimer, il ne se démode jamais, il fait rêver. Il est donc dommage de faire disparaître ces siècles d’histoires dans l’oubli en abandonnant la version papier au profit d’adaptations modernes, certes de qualité, mais ne retranscrivant jamais tout à fait intégralement l’atmosphère d’origine. En voulant trop simplifier et arrondir les bords, Disney y va parfois un peu fort avec la scie-sauteuse et ce sont des morceaux importants, du moins à mon sens, qui tombent, donc autant d’éléments d’interprétation qui disparaissent. En d’autres termes, il est primordial de comparer les supports et ne pas se contenter d’une seule source. Je ne déteste pas Disney pour autant mais ma préférence va toujours aux originaux.

 



Pour l'Eroge Mix de février, j'ai choisi Sengoku Rance, un jeu relativement connu qui possède quelques pistes bien sympas, mélange de rock et de traditionnel (celles que je préfère).

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 13:35

 

En réalité cela fait depuis très longtemps que j’ai envie de faire cet article et il a sans cesse été repoussé pour tout un tas de raisons (certaines indépendantes de ma volonté). Il aurait normalement dû voir le jour en février 2011, après Ongaku #2. Je comptais ne jamais faire de critique d’un album complet de A jusqu’à Z mais celui-ci en vaut largement la peine que je contrevienne à cette règle tacite. Sinon je m'excuse pour l'aspect peu pratique des extraits sonores mais les chouettes vidéos qui faisaient la traduction de Märchen avec un petit montage et toutes les informations nécessaires (références, seiyuus, qui chante quelle partie) et que je comptais utiliser ont bien entendu été bloquées par Youtube et il a fallu que j'upload les pistes sur Puush pour vous permettre d'écouter quand-même (parce qu'un article musical sans musique c'est un peu con).

 

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Back in the past
Pour commencer il faut savoir que je suis tombée sur Märchen par hasard au début de l’année 2011. Le dernier single de Sound Horizon (si vous ne connaissez pas encore ce groupe, allez lire mon article dessus fissa, bande de garnements) étant déjà sorti automne 2010, je n’attendais pas leur nouvel album avant un paquet de mois et mes dernières expériences avec le groupe m’ayant laissé un goût amer, je ne l’attendais que très froidement en me disant que ce serait probablement le dernier Sound Horizon que j’écoutais. Et en constituant mon calendrier de sorties en OSTs, surprise, le dernier album était déjà paru en décembre 2010 et non sur le thème « Conquistadores » comme prévu mais sur les contes des frères Grimm, un sujet éminemment séduisant. Je me suis jetée un peu à reculons dans l’aventure, à la fois inquiète de voir ce que Revo avait bien pu fabriquer, et intéressée par la culture germanique (l’allemand est ma 1e langue vivante donc fatalement je comprends mieux l’allemand que le japonais) et l’aspect contes de fées. Le choc aura donc été d’autant plus puissant. Et des choses à dire sur cet album, j’en ai à foison !

 

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Une structure finement élaborée
Avant même d’invoquer la musique, il convient de parler de la structure de Märchen (qui, je le rappelle, signifie « contes » en allemand). Comme l’histoire reprend exactement là où se terminait le single Ido e Itaru Mori e Itaru Ido (déjà mentionné la dernière fois et que je n’avais que moyennement apprécié), je me suis demandée pourquoi avoir séparé en deux ce qui était censé former une unité. J’ai vite compris. L’album repose en fait sur un savant jeu d’échos. La première piste, Yoiyami no Uta (Chant du crépuscule), très sombre, entre ainsi en résonnance avec la dernière piste Gyoukou no Uta (Chant de l’aube) lumineuse. Dans cette boucle de 9 chansons, 7 sont centrées sur 7 personnages, toutes des filles décédées de manière tragiques, dont l’histoire est liée aux 7 péchés capitaux. Les deux premiers et les deux derniers contes encerclent un trio un peu spécial puisque la 4e mélodie, sur Blanche-Neige, est profondément liée à la 6e mélodie sur la Belle au Bois Dormant : toutes deux sont des princesses endormies pour l’éternité qui font face à une méchante sorcière et sont sauvées par le prince courageux. Et justement la sorcière est doublée dans les deux cas par Miki et le prince dans les deux cas par Yume Suzuki. Le thème du prince se retrouve également sous une forme identique dans les deux chansons. Et dans cette enclave spécifique, la 5e chanson se démarque de tout l’album en ce qu’elle raconte une histoire aussi tragique que les autres mais sur une musique pop et enjouée, ce qui fait qu’on s’y perd un peu sans les paroles. En outre, ces trois héroïnes seront les seules à revenir des limbes où elles étaient prisonnières. La structure a été tellement finement élaborée qu’effectivement, on comprend mieux que Revo ait voulu séparer Ido dans une sorte de single faisant office de prologue.


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L’histoire
La marque de fabrique de Sound Horizon est de bâtir leurs albums autour d’intrigues souvent très sombres et riches, Märchen n’échappe pas à la règle mais pour mieux comprendre ce qu’il se passe, il convient de rappeler le contenu du prologue, Ido e Itaru Mori e Itaru Ido. Celui-ci propose en réalité une histoire à rebours en commençant par la fin et en remontant progressivement vers le début tout en se permettant des sauts temporels. Je vais tenter de remettre cette chronologie un peu en place. La première moitié de Kanojo ga Majou ni natta riyuu nous conte l’histoire d’une femme du nom de Thérèse (interprétée par Miki) qui vit dans une Allemagne médiévale en compagnie de son petit garçon, März, qui est albinos et fut malvoyant à sa naissance. Elle possède des connaissances très poussées en médecine, si bien qu’on vient régulièrement la consulter pour soigner les maladies. C’est ainsi qu’elle sauvera un soir la petite Elisabeth, fille unique d’une femme riche, et également le fruit d’un inceste (son père est aussi son frère).


Les deux enfants ont sensiblement le même âge et deviendront amis (d’autant plus que Mär est guéri de sa cécité pour dieu sait quelle raison). C’est ce que chante une Elisabeth grandie (à travers la voix de Joelle) dans Kono semai torikago no naka de. Elle a la nostalgie du passé, de cette enfance solitaire où on la séquestrait pour qu’elle fasse une bonne future épouse et où seules les visites de son ami la consolaient. La réputation de Thérèse commence à vaciller et on murmure qu’elle exerce la sorcellerie, aussi pour se protéger, elle va vivre avec son fils dans la forêt, forçant März à dire adieu à Elisabeth. Il reçoit d’elle une petite poupée à son effigie et la promesse de se revoir. On revient dans le « présent » alors que la jeune femme est priée par son frère/père d’entrer.

 

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La suite on l’apprend dans Hikari to Yami no douwa alors que März, sa poupée à la main, s’apprête à rentrer à la maison. Deux hommes le suivent et demandent à voir sa mère, l’enfant, naïf, s’exécute et condamne sans le savoir sa famille. Les brutes brûlent sa poupée et la lancent, ainsi que lui, à travers la fenêtre. L’albinos s’écrasera dans le puits où il mourra brutalement tandis que sa mère, Thérèse, se bat bravement mais finit capturée. Son sort est exposé à la fin de Kanojo ga Majou ni natta riyuu où elle est brûlée pour sorcellerie en place publique. Avant de rendre l’âme, elle s’excuse de ne pas avoir pu sauver son fils qu’elle aime, et tourne sa haine envers ceux qui l’exécutent en se promettant de devenir une véritable sorcière qui se vengera. Le prologue se conclut sur son rire maléfique qui se mue en cri de souffrance.

 



Yoiyami no Uta
Crépuscule

 

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Passant maintenant à la critique en elle-même, qui sera laborieuse vu la richesse du matériau de base. Comme souvent dans les derniers Cds de Sound Horizon, Revo a tendance à se réserver une première piste très rythmée. Märchen ne fait pax exception à la règle mais quelques surprises nous attendent au tournant ! Après les dernières secondes d’Ido accolées en intro angoissante (c'est-à-dire le cri déchirant de Thérèse sur son bûcher), le narrateur allemand, Sascha commence un décompte inquiétant tandis qu’une voix aiguë monte en puissance et que les dernières paroles de Thérèse confirment sa vengeance. La bulle finit par éclater vers 0:45 où le « aaaaaah » angoissant se mue en un étrange « Aishiteru » (Je t’aime). Soudain un piano, puis la batterie, la guitare électrique et des violons entrent en scène et Revo commence à chanter (c’est lui le personnage principal). Il se serait arrêté là, Yoiyami no Uta aurait été une intro traditionnelle à la Sound Horizon. Mais le coup de génie du compositeur aura été d’introduire des reprises d’airs classiques célèbres dans le morceau et de les coller ensemble dans une harmonie surprenante.

Certains ont reconnus l’air de la Lettre à Elise de Beethoven. Or la jeune fille que l’on entend (Hatsune Miku en version chantée et sa doubleuse Saki Fujita sans effet synthétique lorsqu’elle parle normalement) se nomme Elise dans l’histoire. C’est la poupée confiée à l’albinos par Elisabeth qui prend vie en recueillant l’âme de Thérèse et se réveille aux côtés d’un März adulte qui a fusionné avec l’esprit malveillant qui résidait dans le puits, un certain Idolfreed mort de la peste, et en ressort amnésique. Désormais sous le nom de Märchen von Friedhof, il va accomplir sa mission d’esprit vengeur en répandant la mort autour de lui. L’anecdote est que le titre initial de la Lettre à Elise était justement « Für Thérèse » qui reflète donc la transformation de la sorcière en poupée. Revo n’a pas fini de nous surprendre niveau références !

 

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Yoiyami no Uta continue donc dans sa lancée (avec quelques chœurs en fond) lorsque Märchen von Friedhof invite les morts à se soulever pour se venger. 7 jeunes filles répondent à l’appel et entament un refrain sous forme de leitmotiv en allemand proprement envoutant. Niveau déclinaisons (mon côté germaniste, que voulez-vous) j’ai noté une petite erreur mais bon on s’en fout, c’est beau. A 3:46 et 5:21 et donc les 7 cadavres chantent « Kommt, die Nacht kommt ». C’est presque trop court j’ai envie de dire. Mais voilà 5 minutes se sont déjà écoulées et on arrive seulement au milieu de la piste. Et la suite sera encore plus jouissive (et ça parait pourtant impossible) : de 6:15 à 6:38 l’Ode à la joie, toujours de Beethoven. L’Ode à la joie. Version rock. Et en allemand bien sûr. Un pur orgasme auditif. Et comme ça ne dure que quelques secondes on reste totalement sur sa faim en plus. Revo est machiavélique. S’en suit une reprise très réussie de des Tableaux d'une Exposition de Moussorgsky puis de Fantaisie-Impromptu de Chopin au piano. Et à peine remis du choc de la 9e symphonie, un chœur s’élance et s’interrompt. Petit flashback avec le puits (Ido) qui parle à März (mort enfant et « ressuscité » adulte) et lui propose d’une voix monstrueuse et lugubre de fusionner. Les cris qui suivent ne nous laissent aucune illusion quant à la souffrance du processus. Et là… Hatsune Miku (dont je ne suis pourtant pas fan à l’origine) qui ne fait qu’une discrète apparition a son petit moment de 7:50 à 8:18 sur ce qui ressemble énormément à l’Antre du roi de la montagne dans Peer Gynt. Visiblement je ne suis pas la seule à avoir noter les similitudes mais Revo n’a indiqué l’inspiration nulle part. Pourtant ce crescendo si familier… En tout cas ce passage est encore plus énorme que l’Ode à la joie. On repousse les limites de l’impossible. Les 10 minutes passent à une vitesse affolante, c’est dingue.


Après une entrée en matière aussi extraordinaire et géniale, j’ai eu très peur que le reste ne soit pas à la hauteur. Si, certes c’est toujours Yoiyami no Uta que je préfère, l’album tout entier est juste énorme. A partir de là nous sommes entraînés dans le cercle des vengeances. Et chaque chanson (sauf la dernière, je l’ai déjà signalé sur le paragraphe concernant la structure) débutera par un petit prélude où Revo/Märchen intime à la victime de chanter pour lui. Celle-ci lui raconte alors son histoire, comment elle a été tuée, et lui propose une solution, souvent sanglante avant de conclure avec un mini-dialogue avec Elise où tous deux commentent leur travail.


Kakei no Majo
Péché : La gourmandise

 

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La première piste est la complainte d’une nonne qui a été abandonnée par sa mère très jeune à l’époque où elles vivaient toutes les deux dans la forêt parce qu’elles étaient trop pauvres. Elle essaye de se souvenir des jours heureux, avant que le couvent qui l’avait recueilli ne soit attaqué. Les premières secondes à la flûte de 0:27 à 0:40  sont charmantes, puis résonne la voix de Kanami Ayano qui interprète la nonne. J’avoue avoir beaucoup de mal avec son timbre et le début de la piste est un peu fade pour mes goûts, surtout que l’instrumentation se fait bien discrète. Heureusement entre 3:34 et 3:50 la guerre éclate et nous dévoile une sublime parenthèse au violon et à la guitare sèche où la voix partant dans les hauteurs de Kanami Ayano semble davantage à sa place. Le tout se dynamise un peu mais ce n’est que vers 4:30 quand la nonne retourne dans la forêt pour voir sa mère et se retrouve face à une vieille femme qui ne la reconnaît pas et qui semble à moitié tarée, pour vraiment profiter de la montée de tension violons/guitares (pour cause, elle fait la narration et ne chante plus). Elle est alors empalée sur un autel. S’en suit une courte envolée de Miki (qui joue la vieille femme) de 4:58 à 5:32 sous un air lent de batterie et de guitare électrique qui est franchement sympa et inaugure du bon.

Sauf qu’après que Märchen ait déclaré le cercle de la vengeance enclenché, on découvre ses instruments : Hansel et Gretel. Ce sera donc notre conte subverti. Le problème c’est que les deux gamins sont un peu insupportables et que le passage où la vieille femme vante sa maison « en sucreries » ne rend pas bien justice à la voix de Miki. Il faut vraiment attendre 7:58 pour retrouver une fibre épique lorsque le fantôme de la nonne, qui a guidé les enfants vers son ancienne maison, raconte combien ils s’empiffrent sur des pointes de violons et de batterie. Hansel et Gretel décrètent alors de leur propre chef que leur hôte est une sorcière et, toujours poussée par l’esprit de la nonne, lui foutent un coup de pied bien placé lorsqu’elle ouvre la porte de sa grande cheminée. Elle pousse un cri ardent et brûle donc vive. Ce qui est intéressant c’est qu’il n’est dit nulle part qu’elle voulait les manger ni qu’elle était méchante, elle était donc parfaitement innocente cette fois et les vrais méchants sont les deux gosses. A noter que le thème de la vengeance, qu’on retrouve à la fin de toutes les pistes, est ici étouffé par la narration d’Hansel et Gretel.
Une piste qui est loin d’être mauvaise mais qui se révèle plutôt moyenne en comparaison du reste de l’album. Comme ça on pourra mieux apprécier la suite vous me direz...


Kuroki Joshou no Yado
Péché : L’avarice

 

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Cette seconde piste ressemble à bien des égards à la première dans le début de l’histoire (une jeune fille pauvre, la guerre) mais largement améliorée. Les premières secondes de 0:17 à 0:30 dévoilent cette fois-ci des chœurs lugubres d’enfants avant de basculer vers notre nouvelle héroïne : une humble paysanne. REMI adopte pour l’occasion un dialecte un peu particulier en avalant les syllabes pour mieux sonner provinciale, sa voix reste malgré tout très pure et rappelle volontiers que c’est une excellente cantatrice, surtout dans le passage suivant de 1:46 à 2:38 où elle se fait le témoin d’une guerre sanglante et épique à grands coups de violons, de batterie et de bruitages d’explosion et de cris. Et puis la jeune paysanne est vendue à une auberge dont la propriétaire est interprétée par nul autre que Jimang. En travelo donc. Comme d’habitude il fait très bien le pitre et sonne toujours s’il était très vieux mais je ne peux toujours que difficilement supporter le résultat. Reste qu’il sait mettre de l’ambiance et joue très bien son rôle. Vient ensuite le moment décisif où la propriétaire se rend compte qu’elle n’a plus rien à offrir à manger à ses clients et décide de purement et simplement s’absenter pour aller piquer les organes des pendus. Ce n’est jamais précisé dans la chanson mais on peut plus ou moins le deviner à travers le conte d’origine, parfaitement méconnu, L’homme de la potence. Il y a donc un vent de panique entre 4:14 et 5:07où Jimang commet l’irréparable, sert son client puis affirme que piller les cadavres c’est très bien (il n’y a pas de petits profits), le tout sur fond de violons, de guitare et de batterie, comme précédemment, puis avec un accordéon. Et puis, sans qu’on sache pourquoi, la serveuse se pend (ou est pendue, impossible de déterminer si c’est un homicide) et REMI nous entonne un petit requiem bien sympa avec simplement un peu de piano et de guitare.

La serveuse revient ensuite d’entre les morts grâce à Märchen et le thème de la vengeance éclate alors vers 5:58 dans toute sa puissance avec un mélange exlosif de guitare électrique et de batterie sur lesquels s’ajoute le chœur d’enfant (qui répète « toctoc, toctoc ») et même de l’orgue jusqu’au paroxysme de la chanson. Et là, REMI déclare simplement « Rends-moi mon foie » et Jimang hurle. Tout simplement jouissif.


Garasu no hitsugi de nemuru Himegimi
Péché : L’envie

 

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Cette fois-ci le conte de fée nous est très clairement expliqué dès le début et il s’agit de Blanche Neige. Revo a choisi de coller à la version qui la décrit comme une enfant, c’est donc une petite fille qui chante, la jeune Tomoyo Kurosawa qui jouait déjà un rôle mineur dans le précédent album, Moira. Elle devait avoir 13-14 ans au moment de l’enregistrement et, à ma grande surprise, je trouve que sa voix, même si très haut perchée, n’est pas si désagréable. Son monologue introductif où elle précise son histoire est calme, simple mais plutôt bien joué. Elle est régulièrement interrompue par Miki, qui cette fois fait la belle-mère, chantant devant son miroir (et c’est Jimang le miroir) et contemplant sa beauté. Un léger crescendo nous mène au moment fatal où le miroir avoue que c’est Blanche Neige la plus jolie et s’en suit un passage guitare/violons (+batterie à la fin) de course-poursuite entre elle et le chasseur (encore Jimang) de 2:34 à 3:26 entraînant à souhait. Pour continuer dans l’excellence le thème que l’on entend brièvement de 3:27 à 3:43 lorsqu’elle erre dans la forêt jusqu’à la maison des 7 nains est franchement bon. Un peu de batterie, du piano, et on a envie de danser. Thème malheureusement trop court. Mais déjà l’arrivé des nains entraîne une scène comique tout aussi entraînante. Et comme Revo est vache, il a inclut un passage secret de même pas dix secondes en plein milieu vers 4:20, passage qui parle d’un certain Idolfreed. Mais évidemment on ne l’entend presque pas parce que cette narration est écrasée par ce que raconte Tomoyo Kurosawa. A vrai dire, il faut tendre l’oreille pour comprendre que ce ne sont pas les nains.
Après une telle effervescence on en revient à une mélodie plus calme lorsque la sorcière vient offrir une pomme à Blanche-Neige (et comme d’habitude Miki a une voix intense qui transperce tout).

Quelle sera la vengeance pensée par Märchen ? Eh bien, puisque la princesse est plongée dans un sommeil éternel, elle n’est techniquement pas morte et peut donc revenir sur terre. Pour cela, elle a besoin...d’un prince. C’est ainsi qu’à 5 :58 nous est introduit un passage purement épique où Yume Suzuki nous joue un prince en quête désespéré de trouver la femme parfaite. Sa voix colle admirablement bien et a un petit quelque chose d’étrange et de viril à la fois. Je vous conseille d’écouter d’abord avant de lire ce qui va suivre. En effet, Yume Suzuki est...une femme. Je crois que je n’ai jamais entendu un prince aussi « charmant », elle est juste parfaite dans le rôle. Dès le moment où le prince pénètre dans la forêt jusqu’à se trouver devant le corps sans vie de Blanche-Neige on peut entendre de 6:47 à 7:00 le même thème que de 3:27 à 3:43 mais réarrangé de manière plus dynamique et avec la superbe voix du prince. Comme dans le conte, le cercueil est renversé et la jeune fille revient à la vie. S’enclenche alors le thème de la vengeance joué à l’orgue et au violon tandis que  l’héroïne répète les toutes premières paroles de la chanson mais en changeant certains mots de manière macabre. Dans une sorte de leitmotiv, voilà de nouveau Miki qui brûle puisque la belle-mère est forcée de danser avec des chaussures brûlantes jusqu’à sa mort. Les rires maléfiques de Tomoyo Kurosawa se superposant aux cris ont de quoi faire peur.

Une piste tout simplement magistrale qui se conclue cependant par une légère ambiguïté puisque le prince réagit à ce spectacle par une réflexion de désarroi dont on ne sait ce qu’elle représente (trouve-t-il que la belle Blanche-Neige est une garce ? que la méchante fait bien de crever en public ? mystère).

 


Sei to Shi wo wakatsu Kyoukai no Furuido
Péché : La paresse

 

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Désolée, j'ai pas trouvé meilleure qualité pour l'image

 

Revo aime les contrastes et il lui arrive de temps en temps de raconter les plus atroces supplices avec des mélodies joyeuses (comme  la célèbre Yield de l’album Elysion où une fillette décime sa famille avec une bonne humeur à toute épreuve). C’est le cas Sei to Shi wo wakatsu Kyoukai no Furuido qui a de quoi dérouter. Au début j’ai même cru, avec mes faibles compétences en japonais, que c’était l’histoire d’une idol qui mourrait sur scène, mais pas du tout.

Une paysanne sans nom, interprétée par Ceui, entonne un couplet plein d’énergie sur fond de batterie et guitare électrique tandis qu’elle nous raconte qu’elle est régulièrement maltraitée par sa belle-mère (tiens, encore doublée par Miki) et sa demi-sœur suite à la mort de son père (il aurait disparu dans un puits...Idolfreed ?). De bout en bout la chanson reste excellente et rythmée mais précisons quand-même ce qui arrive à cette brave fille : elle fait tomber son fil dans le puits et sa famille lui ordonne dans le très bon passage de 2:45 à 2:53 où on entend un peu de Miki d’aller le récupérer. Et elle se noie. Elle se noie mais visiblement elle devait être tout juste entre la vie et la mort quand Märchen est intervenu parce qu’elle se réveille alors dans un nouveau monde qu’elle croie être le paradis et se révèle être le monde de Frau Holle avec les pommes et les pains qui parlent et lui demandent d’accomplir des épreuves. La brave fille s’exécute sans réfléchir et entame de chanter et de danser en même temps comme s’il s’agissait d’un concert. Ainsi de 4:37 à 5:21 on peut entendre un superbe final très pop-rock. Frau Holle (Azumi Inoue, qui a une voix très "maternelle") intervient alors en personne et offre un marché à la demoiselle : elle devra travailler pour elle. Comme c’est une bonne magicienne, Frau Holle n’hésite pas non plus à récompenser la jeune fille qui s’en retourne chez elle couverte de poussière d’or. La vengeance ? La belle-mère va demander à sa propre fille d’aller aussi dans le puits et même si ce passage est coupé, ceux qui ont lu le conte savent qu’elle ne va rien foutre et que Frau Holle va la punir pour sa paresse : elle reviendra couverte d’une substance gluante noire impossible à enlever. C’est là que résonne le thème de la vengeance alors que l’héroïne se moque allègrement du malheur de sa sœur. La piste est alors rehaussée de quelques chœurs et reprend son aspect pop. Un mélange surprenant mais diablement efficace.


Bara no tou de nemuru Himegimi
Péché : L’orgueil

 

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On reprend sensiblement la structure de Blanche-Neige avec cette fois-ci la Belle au Bois Dormant, interprétée par Mikuni Shimokawa. Elle monologue aussi sur son histoire mais sa voix épurée est parfois interrompue par de brefs instants où résonnent «  Siebten Schuld » (7 péchés dans un allemand approximatif) et il y a un passage à la flûte magnifique de 1:00 à 1:16 en plus (ce qui change TOUT, avouez-le). On passe alors au banquet en l’honneur de la naissance de la princesse où -devinez qui brille- la méchante sorcière (Alte Rose) s’invite jouée par nulle autre que Miki, décidément déchaînée, qui livre encore une fois une prestation de qualité à partir de 2:32. La même doubleuse que Frau Holle intervient en tant que fée rivale et le duel se conclut comme il se doit sur un pari sur le temps de vie de la princesse. On en revient au monologue et de 4:00 à 4:24 débute un lent morceau de batterie qui reviendra plus tard. La suite, tout le monde la connaît, la princesse se pique sur le rouet et tombe mortellement endormie.

Et comme pour Blanche-Neige, Märchen dépêche un prince pour la réveiller. A 5:20 résonne donc le thème du prince avec Yume Suzuki toujours très en forme. Sa tirade est interrompue par le chant d’une rumeur qui lui souffle l’existence d’une magnifique princesse endormie. On peut alors entendre de 7:07 à 7:20  la même mélodie que de 4:00 à 4:24 de manière plus dynamique. On repart directement sur le thème de la vengeance qui s’amorce doucement avant de se déchaîner avec de la flûte en bonus. La princesse réveillée par le prince chasse Alte Rose de son royaume et subit sa dernière malédiction qui est en réalité une référence à la piste Majo to Rafurentse de l’album Elysion et qui dit qu’elle va abandonner son enfant dans la forêt (où il sera recueilli par la sorcière Old Rose).


Aoki Hakushaku no Shiro
Péché : la tortu…euh luxure

 

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L’effusion de qualité ne semble jamais vouloir s’arrêter maintenant qu’elle est lancée. Notre prochain conte est celui de Barbe-Bleu mais raconté non pas par sa dernière femme (celle qui lui survit) mais la précédente. C’est Minami Kuribayashi, qu’on avait déjà pu entendre à loisir dans l’album Moira, qui l’interprète. Après un prologue résolument effrayant et rock, les débuts se font soudain hésitants, Minami Kuribayashi semble douter, sa voix est faible, alors qu’elle constate que sa robe préférée est devenue rouge. Soudain elle réalise : c’est parce qu’il l’a tuée. Cette révélation soudaine entraîne un interlude rythmé tandis qu’elle livre son histoire, son mariage avec le terrible Barbe-Bleue que tout le monde craignait et que pourtant, elle aimait sincèrement. Sa complainte se fait alors touchante, des violons s’ajoutent à la batterie et à la guitare électrique. Puis de 3:14 à 4:50, au chœur du chaos, résonne la voix puissante d’Akio Otsuka (mais si, vous savez, Batou de Ghost in the shell, Rider de Fate/Zero et le seul mec intéressant de Paprika)  qui campe un Barbe-Bleu parfait, violent, torturé. Il se paye même le luxe de nous exposer comment il a tué ses femmes de 3:30 à 4:08 où les bruitages sont plus qu’explicites. Entre celle qui s’est fait brûler vive, celle qui a été enfermé dans une Dame de Fer et celle qui a été étranglée, il y en a pour tous les goûts !

La vengeance ? L’esprit de la dernière des femmes tuées souffle innocemment à la nouvelle épouse que derrière la porte interdite se trouve un fabuleux trésor (quelle pute) et la piste qui avait repris un rythme un peu moins soutenu se déchaîne de nouveau vers 6:02 lorsque la porte du cabinet s’ouvre, dévoilant les cadavres mutilés. Des chœurs accompagnent alors Minami Kuribayashi de 6:29 à 6:41 tandis que la femme de Barbe Bleu tente vainement de lui résister. La piste se conclut avec le combat des deux frères qui assassinent le tyran sur fond du thème de la vengeance, légèrement plus discret.


Haritsuke no Seijo
Péché : La colère

 

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Après une petite introduction avec des chœurs et du violon de 0:33 à 0:53, épique  comme il se doit, Joelle nous revient en tant qu’Elisabeth exactement là où s’était arrêté Kono semai torikago no naka de. Et pour changer, elle ne nous narre pas le passé mais bien le présent tandis qu’elle s’avance vers son destin. Débute alors un passage un peu jazz de 1:30 à 1:55, duo entre Revo et Joelle qui se font mutuellement écho dans leurs paroles : Märchen a oublié sa promesse, Elisabeth ne peut l’oublier. C’est alors en grandes pompes, avec trompettes et violons, que l’on découvre le père/frère de la jeune fille qui lui annonce qu’il lui a enfin trouvé un mari et qu’il serait temps qu’elle passe devant le curé. Ce à quoi elle répond qu’elle ne pourra jamais épouser quelqu’un qu’elle n’aime pas et qu’elle préfère encore mourir. Se lance alors son chant magnifique de 2 :25 à 3:38 , qui s’envole (son motif est celui de l’oiseau), comme un signe d’espoir, jusqu’à ce que le verdict tombe comme un couperet : puisqu’Elisabeth préfère mourir, elle sera crucifiée. Cette partie est visiblement adaptée d’un vieux conte que je ne connais pas donc je ne pourrais pas dire ce qui est original.

Cette fois, Märchen est coupé net dans sa vengeance tandis que la jeune fille affirme qu’elle n’en veut pas à son frère/père et qu’elle ne désire pas sa mort. Des échos de Kono semai torikago no naka de nous parviennent alors sur fond de violon et soudain, à 5:02 Joelle se remet à chanter. Sa voix gagne en puissance à mesure que l’instrumentation s’amplifie et que s’emballent les violons pour un passage volontairement larmoyant, une scène d’adieu. Et c’est bien le thème d’Elisabeth du prologue qui s’enclenche à 6:28 dans un dernier soubresaut et non le thème de la vengeance. Les paroles sont à la fois simples, universelles et touchantes : « Je suis juste Elisabeth, rien d’autre ». La piste pourrait se conclure ainsi mais non, à 6:55 on passe à quelque chose d’entièrement différent puisque Elise, la poupée, essaye de secouer Märchen, resté muet après les adieux de celle qu’il aimait et qui le remerciait d’être venu la voir une dernière fois. Evidemment il ne répond pas et elle commence à paniquer. La batterie et la guitare électrique introduisent une tension et révèlent bientôt la mélodie de Yoiyami no Uta tandis que Saki Fujita se met à vociférer de plus en plus fort jusqu’à ce que sa voix se disloque dans un son électrique comme un automate brisé. Et puis Märchen la ramasse et décide de tout arrêter.
Une très belle piste qui démontre tout le talent de Joelle et qui m’aura fait davantage aimé Kono semai torikago no naka de comme les prestations de Miki m’auront finalement fait aimé Kanojo ga Majou ni natta riyuu (particulièrement dans sa partie finale). Mais la clôture n’est pas encore là.


Gyoukou no Uta
Aube

 

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Pour finir Märchen (l’album, pas le personnage ; oui je sais, on s’y perd) en beauté, on bascule vers un morceau très différent de tous les autres puisqu’il n’est plus composé de fragments de mélodies bout à bout, ce qui le rend plus court. Il n’y a qu’une seule voix, celle de Revo, qui joue März au moment où il s’éteint définitivement, et répond, un peu tard, aux adieux d’Elisabeth. L’instrumentation est constituée de violons et de piano et commence calmement pour aller vers un crescendo de plus en plus épique où s’ajoute d’abord un peu de flûte pour faire bonne mesure, puis du tambour vers 2:37. De 2 :08 à 2:27 on peut entendre les échos de tous les personnages des pistes précédentes et du prologue et à 3 :06 ils rient même tous ensemble comme si März s’avançait vers le paradis. Soudain, à 3:58, le soufflet retombe et on entend un compte à rebours à l’envers. Tout à coup c’est le silence et Revo prononce une phrase très spécifique, que l’on pouvait entendre à 1:01 de Kanojo ga Majou ni natta riyuu lorsqu’il était enfant, marquant sa renonciation. La boucle est bouclée.

 



Conclusion
Le septième horizon qu’est Märchen représente réellement le chef d’œuvre de Revo (et Sound Horizon en général) : une intrigue riche, ambiguë mais pas totalement incompréhensible non plus, une structure fine, des références aussi bien musicales qu’anecdotiques à ses précédents travaux, des morceaux maîtrisés de bout en bout. Si je reprochais volontiers à Moira d’être un patchwork de fragments minuscule dont seule une minorité était sympathique et trop souvent submergée par le reste, Märchen est une mosaïque où chaque morceau est bon et où les plus excellents apparaissent dans toute leur splendeur. Musicalement abouti donc, et pour une fan de contes de fée comme moi, les versions proposés des contes des frères Grimm présentent également un intérêt certain. Le sieur Revo aura su me redonner foi en Sound Horizon, et ce de manière magistrale. Plus encore, il m'aura révélé Miki, nouvelle recrue que Moira n'avait pas su mettre en valeur. D’une certaine manière, Märchen conclue admirablement la carrière de Revo et je ne peux que chaudement vous recommander d’y jeter une oreille.

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 11:00

Mon très long pavé sur la version complète de Katawa Shoujo voit enfin le jour pour me décharger de mes frustrations, de ma colère, de mon dégoût et de ma peine. J'ai signalé les spoilers quand il y en avait donc ça devrait être lisible pour tout le monde mais pas sûr...

 

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Hisao Nakai est un lycéen on ne peut plus normal jusqu'à une belle journée d'hiver où la fille de ses rêves lui déclare son amour. C'est malheureusement à cet instant précis qu'il fait une crise cardiaque et découvre par la même occasion qu'il a une arrythmie, une malformation du coeur, depuis sa naissance. Bien sûr il survit, sinon il n'y aurait pas d'histoire, mais reste alité à l'hôpital pendant quatre mois, oublié de ses anciens camarades, avant d’être envoyé dans un établissement un peu spécial accueillant uniquement des élèves « handicapés ». Il y fait très vite la connaissance des excentriques Misha, l’hyperactive, et Shizune, sourde-muette, déléguées de sa classe, de la timide Hanako, portant sur sa peau les stigmates indélébiles d’un incendie, de Lilly, aveugle, déléguée de la classe voisine, ainsi que d'Emi, la sportive sans jambes et de Rin, l’artiste excentrique sans bras, et enfin de Kenji, son voisin de pallier paranoïaque. Evidemment chacun d'eux possède un handicap et une personnalité propre qu'Hisao tentera de découvrir petit à petit.

 

 

Contexes
C’était en 2009, je venais de me plonger dans l’expérience visual novel avec des titres amateurs d’assez piètre qualité comme Moonshine ou des eroges frivoles comme les Come See Me Tonight, et mon seuil d’émerveillement était encore très bas, suffisamment pour m’extasier devant les plus petites choses. C’est à cette période que la démo de Katawa Shoujo est sortie, générant une attente immense. Un projet incroyablement ambitieux qui ne pouvait que me plaire. J’avais adoré l’Acte 1 disponible sur le web (mon post de l'époque est toujours disponible sur mon ancien blog). En 2012, date de la sortie finale du jeu, le contexte n’est plus le même.

J’ai avancé, j’ai goûté à des visual novel bien plus complexes (Ever17), bien plus élaborés (Yume Miru Kusuri), jusqu’à même rêver de sortir le mien un jour. Aussi ce n’est pas avec autant d’enthousiasme que j’ai accueilli cette sortie inopinée. Il faut dire que je ne suis pas la seule à avoir changé. En 2009 l’équipe de Katawa Shoujo prônait sur son blog de développement (que j’ai suivi assidûment) que le visual novel était un média dont on n’exploitait pas assez les possibilités et qui voulait montrer qu’on pouvait faire de grandes choses avec le moteur Ren’Py. Ils étaient les seuls. En 2012, plusieurs petits studios indépendants ont fleuris ça et là (WinterWolves, Sakevisual, Zeivac Inc, et bien d’autres qui se lancent progressivement), des visual novel amateurs sérieux on commence à en voir émerger de plus en plus, ce n’est pas le potentiel qui manque. Dans ce nouveau contexte, Katawa Shoujo débarque avec une double difficulté : en plus des problèmes techniques inhérents à la création de visual novel, la team Four Leaf doit satisfaire les attentes des innombrables fans et combler le fossé du temps par un coup de poker. Puisqu’ils ne sont plus les seuls dans la sphère anglophone, il n’y a pas trente six mille solutions pour marquer un grand coup : soit soigner l’enrobage au maximum, soit peaufiner le scénario jusqu’à la perfection. Avec du recul, le choix paraît évident...

 

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Branle-bas de combat, Kenji, nous allons braver la colère des fans !



Un pavé dans la mare

Katawa Shoujo se présente comme un pionnier, une des meilleures utilisations à ce jour du moteur de Ren’Py en matière de réalisation dans la sphère anglophone amateur. On oublie très vite l’utilisation de photographies retouchées en guise de backgrounds et les quelques erreurs de proportion lors de certaines illustrations quand on voit à quel point les sprites sont impeccables et les event CGs nombreuses et jolies (certaines sont d’une qualité à couper le souffle, je pense notamment à deux images très colorées, comme des aquarelles). Les personnages ont tous un grand nombre de poses et d’expressions, on les voit s’agiter avec un timing parfait, comme s’ils prenaient vraiment vie. La musique quant à elle est indubitablement de qualité ; certains morceaux un peu bourratifs ont tendance à passer trop souvent mais des pistes comme Parity, le thème dynamique de Rin, Concord, l’air de piano représentant Lily ou le mélancolique Breathlessly se faufilent vite dans un coin de notre tête pour s’y loger.

 

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Dois-je vraiment expliquer pourquoi certains event CGs sont à se pâmer ?


En outre le système est impressionnant et fourmille de détails : c’est ainsi qu’à chaque fois qu’on aborde un acte, une petite image apparaît sur le menu principal pour finalement le décorer tout entier. Je ne parle même pas des animations, car oui, Katawa Shoujo contient de courtes séquences vidéo déblocables assez facilement mettant en scène les héroïnes. Du point de vue technique, on ne peut qu’admirer le travail. La team Four Leaf nous livre un bijou en la matière.

 

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Le menu une fois le jeu complété à 100%


Une question de priorité
Vu comment mon texte se présente, vous le voyez venir, n’est-ce pas ? Ceux qui me lisent sur Twiter le savent déjà mais mes premières impressions de la version complète de Katawa Shoujo ont été absolument désastreuses, et même si j’ai réussi à avaler un peu les couleuvres qu’on me tendait depuis, je ne peux pas cacher qu’il m’est difficile de repartir du bon pied.

Alors le problème, quel est-t-il ? Je vais m’étendre dessus en long, en large et en travers mais il y a plusieurs choses à savoir pour mieux comprendre toute la difficulté de créer un visual novel. Je vous ai déjà décrit le revirement de contexte auquel doit faire face le studio Four Leaf, mais il faut aussi bien réaliser que plus d’une vingtaine de personnes ont participé activement à la création du jeu, dont pas moins de cinq scénaristes (un pour chaque route), ce qui rend la communication à l’intérieur d’une équipe, même soudée, très handicapante. Vingt personnes susceptibles de partir dans tous les sens à gérer, c’est juste un travail monstrueux et insoupçonnable, je dirais même plus que c’est un petit miracle que Katawa Shoujo ait réussi à sortir malgré ces conditions difficiles.

 

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Si le blog de développement a surtout fait état de l’avancement des images, on aura finalement eu assez peu de détails sur l’histoire en elle-même, ce qui n’est pas si étonnant avec le recul : puisqu’une personne différente s’occupe de chaque route, le jeu est déséquilibré. On passe d’un style à un autre, d’un univers parallèle à un autre j’ai presque envie de dire, et même si le tout aura sûrement été gommé, atténué, le handicap est trop important pour passer inaperçu : certains ne sont pas écrivains du tout et commettent des erreurs grossières purement littéraires, certains semblent ne pas savoir comment traiter leur sujet et improvisent, certains s’en sortent avec les honneurs. En somme, il aurait fallu virer des scénaristes de l’équipe pour assainir et unifier l’ensemble ; or il est bien évident que chasser un membre motivé parce qu’on sent qu’il écrit moins bien que soi est absolument terrible et que personne n’a probablement jamais osé le faire. C’est un sentiment que je comprends et pourtant le résultat est là : depuis le début, Katawa Shoujo était probablement voué à n’être qu’une prouesse technique. La priorité n’est plus l’histoire.

En tant que littéraire, en tant qu’écrivain amateur, ça me désole profondément car je suis de ceux qui oublient facilement les défauts s’il y a une bonne intrigue derrière. Au premier abord, j’étais presque furieuse devant la débauche de luxe que s’offrait Katawa Shoujo : Refaire entièrement l’opening à la main ? Embaucher Mike Inel (de Draw with me) pour des séquences animées ? Multiplier les paper-doll pour des personnages inutiles (au hasard...l’antiquaire qui apparaît 2 fois à tout casser juste pour vendre des trucs ou bien Miki et ses 10 lignes de dialogue) ? Multiplier les poses et les vêtements pour les personnages ? Proposer une masse d’event CG dont certains ne sont même pas nécessaires (l’intérêt de montrer l’anniversaire d’Hanako avec des cadeaux différents m’est définitivement obscur, je le crains) ? OH REALLY ? Je n’aime pas le superflu, je l’avoue, et je préfère nettement un visual novel simple et efficace, d’où une réaction étrange de ma part qui fait que je suis finalement déçue du polissage technique de Katawa Shoujo parce que j’ai l’impression que ces heures de travail auraient pu être utilisées ailleurs. Toujours cette foutue question de priorité...

 

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Maintenant que j’ai assez déliré en l’air, passons sur du concret et saignons-nous à blanc.

 



Métamorphe, je te choisis !

La principale conséquence de la diversité des scénaristes dans la team Four Leaf retombe sur la tête du personnage principal. Pour que chacun puisse tirer la couverture de son côté, il faut bien sûr qu’Hisao soit une véritable page blanche. Il n’a aucune personnalité, aucun but, aucun véritable passé, aucune caractéristique sinon son cœur défaillant (mais on ne crée pas une personne avec ça). Ce sont en réalité les choix du joueur (notamment dans l’Acte 1) qui vont modeler Hisao dans un sens ou dans un autre, à volonté : si le joueur veut poursuivre Emi, Hisao deviendra sportif ; si le joueur veut poursuivre Lilly, Hisao sera une feignasse faiblarde ; si le joueur veut poursuivre Hanako, Hisao sera une chochotte traumatisé par le moindre brin d’herbe pas en place ; si le joueur veut poursuivre Shizune, Hisao sera chiant mais bougera ses fesses. Dans tous les cas il ne sera jamais qu’une pâle copie de la fille qui l’intéresse, par une sorte de truchement justifié par sa nature « facilement influençable ». Cela facilite peut-être le travail de celui qui écrit mais ça rend surtout le personnage impossible à aimer pour celui qui lit. Hisao ne comporte aucun espèce d’intérêt, on ne sait rien de lui, il n’a rien à raconter. Parfois, il lance une boutade, au détour d’une phrase, mais c’est tout, ce potentiel ne sera jamais exploité pour faire de lui un blagueur ou un cynique. Comment, dans cette situation, en avoir quelque chose à carrer de ce qu’il vit ?

 

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Une parfaite métaphore de ce qu'est Hisao : une putain de tasse, vide, qu'on remplit à loisir.

 

De ce point de vue là, je ne suis pas non plus d’accord sur l’importance accordée aux choix : je les vois plus comme des dilemmes qui peuvent arriver occasionnellement, pas comme des messages méta-textuels censés dicter le comportement d’Hisao (Tu préfères rester sur le campus au lieu de batifoler en ville ? Tu es donc un castrateur, prend cette bad end dans la gueule). J’ai ainsi beaucoup plus apprécié l’unique choix de la route de Shizune parce que son importance me faisait hésiter, que la route d’Emi où bon et mauvais comportements sont si étroitement mêlés qu’on peut aller contre la volonté du scénariste et récolter quand-même le happy end en se rattrapant à la dernière minute.


Le masque de papier : Lilly
L’autre écueil dans lequel tombe Katawa Shoujo est que c’est un visual novel centré sur les personnages mais que les personnages eux-mêmes sont extrêmement peu développés. La seule chose que je désirais après l'Acte 1 c'était ôter les masques des personnages pour découvrir ce qui se cachait derrière. Mais ici le masque est la personne.

 

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L’exemple le plus éclatant en est certainement le personnage de Lilly, animée par l’écriture de Suriko, la belle Amazone comme on la surnomme, grande, cheveux blonds, calme et posée, toujours polie et souriante. Riche et de bonne famille, elle semble très populaire dans sa classe. Lilly est aveugle mais n’est jamais vexée quand on lui pose des questions sur son handicap et  ne semble guère gênée au quotidien. Autrement dit elle n’a aucune faiblesse. On aurait donc pu attendre de sa route que le masque d’élève modèle finisse par tomber et qu’elle montre au grand jour une nouvelle facette, plus torturée, plus hésitante, plus distante. Or ce n’est pas le cas. Lilly ne change pas, Lilly ne faiblit pas. Son histoire n’est rien de plus qu’une romance plus ou moins insipide où elle flirte allègrement avec Hisao et éventuellement où on discute un peu de ses origines (blonde = étrangère, je vous le rappelle). Le drame qui en découle est mal mis en scène, il semble forcé, cliché, la fin est absolument débile, la bonne fin n’ayant aucun sens et ne donnant même pas l’impression d’une conclusion satisfaisante de surcroît.
[spoil] Provoquer une crise cardiaque en courant après Lilly à l’aéroport pour empêcher son départ à la dernière seconde alors que tu as eu plusieurs jours pour lui en parler ? MAIS BIEN SUR, tous les jeunes gens sains d’esprit font ça. Pour les autres il existe des trucs appelés moyens de communications. Tu sais, genre parler, passer un coup de téléphone, ce genre de trucs complètements absurdes. [spoil]

 

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Si tu savais Hideaki, si tu savais...


Ne restent qu’Akira, la grande sœur de Lilly pour égayer un peu l’atmosphère et divulguer des informations concernant la relation orageuse de Shizune et Lilly ainsi que la condition d’Hisao, qui se révélera finalement le handicap le plus approfondi du récit même s’il est utilisé à des fins de deus ex machina absolument pas subtiles presque en permanence. Le reste n’est pas mauvais mais sonne creux. Lilly correspond à merveille à ce que E.M. Forster appelle un personnage plat (« flat character »), sans substance, c'est-à-dire un personnage qui n’évolue jamais ou ne possède pas de personnalité complexe. Mais elle est loin d’être la seule...


Incommunicabilité : Hanako
Tout comme Lilly, Hanako possède un masque de papier : c’est de loin celle qui possédait le passé comportant le plus de potentiel, potentiel qui tombe à l’eau rapidement ; il n’y a rien à voir derrière sa façade de moe-blob timide et docile, pas une once de personnalité.

Contrairement à la route de Lilly, entièrement tournée vers la romance pure et simple, celle d’Hanako est centrée sur du drame, du drame à fond, du drame tout le temps. Le problème c’est que ces scènes sont ridicules : il ne se passe rien, Hisao monologue en permanence sur combien il est désolé pour Hanako, combien il voudrait faire quelque chose pour elle et combien il ne lui en parlera jamais frontalement de manière calme et compréhensive parce que –you know- ça risquerait de faire avancer les choses. A la place il est obsédé par ses brûlures au point d’évoquer en permanence le terrible passé d’Hanako. Et j’ai trouvé ça particulièrement malsain au point de me sentir dégoûtée par cette route. A aucun moment, Hisao ne considère sa douce comme une jeune fille ordinaire, non, il ne voit que le handicap, encore et encore, il DOIT savoir, après tout cela ne fait que 2 semaines qu’il la connaît, il en a le DROIT, pas vrai ? La décence voudrait qu’il apprenne à connaître Hanako avant d’exiger ce genre de choses.

 

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Et c’est là que le bât blesse : les seules contreparties aux scènes dramatiques et lourdes sont des scènes proprement insipides de bavardage insignifiant (« Oh tiens, j’ai soif, je boirais bien du thé » « Tu as raison, moi aussi »  « Je vais le faire » « Non moi » « J’ai proposé d’abord »). Lilly et Hanako étant les deux personnages les plus plats du jeu et solitaires par-dessus le marché, les interactions sont extrêmement limitées. On ne sent pas de véritable lien s’établir entre les trois protagonistes, on ne sent pas une confiance, un refuge. Ce ne sont que de vagues connaissances.

 

Cette incapacité à bâtir une relation viable renie à Hisao ce droit qu’il proclame et plus encore, renforce l’incommunicabilité dont il fait preuve : on croirait parfois qu’il ne sait pas comment converser avec un autre être humain. Faire rire Hanako, discuter des livres qu’ils ont partagé –après tout c’est leur passion commune- tout cela fait partie du jeu nécessaire de la séduction. Dans aucune des routes Hisao ne se livre à cet exercice, il se contente de jouer au bon copain et d’attendre que la fille lui tombe dans les bras (gros scoop les gens, l’amour ce n’est pas comme ça que ça marche). Aussi les deux mauvaises fins sont au final bien plus pertinentes que la bonne : [spoil] Hisao est relégué dans la zone « pote », ça le corrige de son côté « prince charmant à la rescousse » ou alors Hanako libère un peu de la rage contenue en elle, rappelant brièvement tout le potentiel qu’elle aurait pu avoir si quelqu’un d’inspiré avait voulu raconter son histoire. [spoil] D’elle, on ne saura jamais que l’évidence même : elle a été prise dans un incendie. Une phrase, peut-être deux, laconiques, presque mécaniques, c’est tout ce qui servira à insuffler de l’émotion au lecteur. Comme si la situation par son évocation pure et simple devait le faire pleurer automatiquement et qu’il n’y avait pas besoin de construire sur cette base. Le reste du passé d’Hanako est vaguement décrit, cliché et ne renforce que davantage son rôle de petite fille fragile.

 

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Une parfaite métaphore du passé d'Hanako : une ébauche tellement simpliste qu'il n'y a que les contours


La bonne fin est ce que je juge le pire. Elle m’a insulté. Profondément. J’ai bien compris que l’auteur voulait subvertir l’aspect « demoiselle en détresse » mais il l’a fait de manière si maladroite que ça ne peut pas marcher. Non seulement Hisao ne corrige son obsession chronique et pathologique que par un brusque élan d’égoïsme (soi-disant) mais le résultat est catastrophique (paradoxalement c’est dans la route de Lilly qu’Hanako se sent le mieux).
[spoil] Non seulement il va coucher avec Hanako avant même de lui déclarer ses sentiments en abusant nettement de la situation (drôle de manière de respecter la fille que tu aimes), celle-ci révélera un peu plus tard qu’elle n’était même pas totalement consentante (donc tu l’as violée par-dessus le marché ?) mais en plus l’épilogue est d’une confusion assez aberrante. Hanako improvise totalement une excuse incohérente sur son comportement alors qu’elle n’en avait pas du tout besoin et Hisao vient la prendre dans ses bras de manière très protectrice (où elle est la subversion là ?) pour lui souffler qu’elle « peut changer ». Non, elle ne peut pas changer. Les gens ne changent pas. Pour changer, tu dois déjà avoir en toi la possibilité d’aller dans une autre direction, donc ce n’est pas un changement mais une forme de réalisation, de découverte de soi-même. Tu peux soudain réaliser que tu n’étais pas vraiment ce que tu croyais être, que tu te mentais à toi-même, que ta vie ne te convient pas. Tu ne peux pas être quelqu’un d’autre. Le scénario ne décrit jamais de potentiel à l’intérieur d’Hanako, de possibilités, elle ne se découvre pas elle-même, elle n’apprend pas à avancer. Tout le long de sa route, elle n’a absolument pas grandi, elle s’est juste légèrement socialisée. Il est donc déplacé de prononcer ce fameux « Tu peux changer » alors même qu’elle t’explique qu’elle restera toujours très timide, que c’est sa manière d’être et que ça risque de ne pas te plaire. Parce que ça sous-entend « Ton ‘toi’ actuel ne me convient pas, je ne reste avec toi que parce que j’espère que tu deviendras un jour celle que je veux que tu sois ». Et c’est exactement le préjugé que le scénariste essaye vainement d’inverser. [spoiler]

 

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Cette fin maladroite, pour ne pas dire plus, montre à quel point cpl_crud (il semblerait que ce soit lui l’auteur) a eu du mal à élaborer un développement psychologique qui tienne la route.

Un autre développement psychologique a été très nettement gâché, celui d’Emi.


Incommunicabilité : Emi
Emi était un des personnages que j’appréciais le moins de l’Acte 1 (paradoxalement j’aimais bien Hanako au début...au début) : sportive, hyperactive, superficielle, un peu loli sur les bords, bref tout ce qui peut m’insupporter chez un personnage. Pourtant sa route s’est révélée surprenante...de plusieurs manières.

Contrairement aux routes précédemment citées, ici TheHivemind a eu la bonne idée de s’appuyer sur une structure bateau mais ô combien efficace : acte 2 => romance, acte 3 => drame, acte 4 => réconciliation (ou pas). La lecture était donc plus respirable que dans le drama-drama-drama d’Hanako, mais comme ses deux compagnons, il a eu la très fâcheuse tendance à avoir recours à l’hyper-description (en gros, raconter exactement ce que l’image montre à l’écran et couper les phases de dialogue censées êtres dynamiques par des monologues qui racontent exactement ce que l’autre personnage vient de dire, juste trois fois d’affilée), ce qui, je vous l’avouerai, gâte la majorité de la narration.

 

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Emi s’éloigne un peu du concept de personnage plat dès lors que s’amorce la partie drame où elle arbore les prémices d’une psychologie intéressante, mais tout comme avec Hanako, deux ou trois phrases laconiques seront les seules fenêtres dont disposera le lecteur, ce qui est d’autant plus frustrant qu’il y avait vraiment moyen d’en faire quelque chose. A la place on aura le droit à une partie romance pas trop mal (les brèves apparitions de Rin suffisant à faire émerger des sourires en rafale) avec cependant un très net défaut dans la suite du déroulement : tout comme avec Hanako, Hisao se montre véritablement obsédé par sa promise de manière inquiétante. Il sait qu’Emi a perdu ses jambes dans un accident et comme avec l’incendie, il va remettre constamment le sujet sur le tapis à un point où il en devient haïssable et d’une imbécillité sans nom (si tu apprenais à écouter les gens autour de toi, peut-être que tu aurais tes réponses). Sa mentalité semble parfois frôler l’indifférence et la cruauté d’un enfant de 5 ans, c’est dire. Ce comportement poussé à l’extrême, combinée avec l’agressivité soudaine d’Emi rend la route presque aussi indigeste que celle d’Hanako en fin de compte (ce qui est dommage puisqu’il s’y passait réellement quelque chose). La subversion de la demoiselle en détresse ne fonctionne pas, pour des raisons purement littéraires, mais aussi par ce côté malsain : Hisao ne regarde jamais que le handicap d’Emi, ce qui ruine totalement la bonne fin puisqu’il continue d’agir de cette manière et s’en trouve récompensé.

 

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Le problème de cette route demeure en réalité le thème choisi pour Emi : les relations interpersonnelles. Un thème moderne et peu courant dans les visual novel que j’aurais sans doute mieux apprécié...si je n’avais pas déjà joué à Yume Miru Kusuri. En effet, c’est un des trois motifs qui y est abordé (un autre est l’ijime, ce qui rapproche Aeka avec Hanako d’une certaine façon) et il y est représenté dans toute sa complexité avec une grande finesse littéraire. Je pense que c’est cette proximité qui m’empêche de véritablement apprécier Emi. Celle-ci et Hisao ne sont au fond que des ersatz de Kouhei et de Mizuki Kirimiya. Peut-être que j’aurais eu un autre jugement si Katawa Shoujo était venu avant. Maintenant c’est trop tard.

 
Vacuité et manque de recherche : Shizune
Beaucoup estiment que la route de Shizune est la plus ennuyeuse, je dirais plutôt que c’est une sorte de microcosme illustrant les défaillances et les possibilités incombant au jeu. 

Commençons par la principale défaillance : la recherche. Je l’ai assez peu mentionnée auparavant mais les routes de Katawa Shoujo ont toutes ce côté flottant et un peu vague concernant le handicap qui montre à quel point les auteurs devaient être mal à l’aise sur le sujet (on ne peut guère les blâmer pour cela même si objectivement, ils se sont jetés dans les difficultés tout seuls). J’ignore s’ils ont rencontré des gens pour recueillir leurs témoignages, s’ils ont lus des livres, mais la façon dont est présenté Yamaku, l’institut spécialisé dans la scolarité des personnes handicapées présente un irréalisme complet. Passe encore qu’Hanako (et ses problèmes psychologiques lourds) soit livrée à elle-même, passe encore que l’infirmier laisse Emi dans la nature alors qu’il sait qu’elle l’évite depuis plusieurs jours parce que ses prothèses sont infectées, mais que quelqu’un m’explique comment Shizune peut avoir une vie normale si a) aucun membre de sa famille ne pratique la langue des signes, b) si le professeur ne sachant pas signer non plus, aucun accompagnant ne daigne lui traduire son cours et c) si la seule personne pouvant lui servir de traducteur est une autre élève enrôlée dans le langage des signes par pur hasard depuis un ou deux ans. Cette aberrance fait grincer les dents et coupe le réalisme dont se prévalait Katawa Shoujo jusque là, vidant du même coup le personnage de Mischa d’un potentiel qui aurait pu être encore plus grand.

 

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Si seulement Mischa avait gardé son ancienne coupe au lieu de ces cheveux bubble-gum hideux...


Les fans ont émis des théories très intéressantes quant à son handicap, sur le fait qu’elle sache si bien la langue des signes, et je trouve véritablement dommage que les scénaristes (dont Anonymous22 principalement) aient fait preuve d’autant d’entêtement. Il n’a jamais été prévu de raison à l’existence de Mischa au départ et corriger le tir m’aurait semblé naturel. Ceci dit, le personnage aura vraiment gagné en sympathie tout le long de son aventure. Dans toutes les autres routes, Mischa excelle, de manière assez surprenante, dans le rôle de la bonne copine qui te remonte le moral et donne des conseils. Ce qui fait qu’au final, quand j’ai entamé la route de Shizune, mon antipathie à son égard avait déjà disparu. Bien intégré, son arc aura réussi à la rendre moins superficielle, plus humaine, et à apporter un peu de drame de manière un peu maladroite mais convaincante.

Mais plus que tout c’est Shizune que j’ai appris à apprécier, comme une espèce de chieuse attachante. Ses nombreuses contradictions la rendent également plus complexe qu’il n’y paraît et l’on peut enfin entendre sa « voix » à elle lorsque Hisao décide d’apprendre la langue des signes, ce qui mène à des situations désopilantes où quelqu’un se fait son interprète et que le lecteur peut à loisir admirer le fossé entre la phrase originale, souvent incendiaire, et la traduction affable. Cette phase aurait dû durer plus longtemps et remplacer l’inutile partie où l’on découvre la famille de Shizune, des personnages secondaires inintéressants. Son père en particulier. J’ignore toujours s’il fait semblant d’être un enfoiré quand il se plaint que sa fille ne l’appelle pas (elle est SOURDE, comment veux-tu qu’elle se serve d’un téléphone ?).

 

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Traduire Shizune, tout un art !


En bref, si le thème choisi pour Shizune, la nostalgie au sortir du lycée (l'avantage de ce thème c'est qu'il englobe tout le reste de l'année, il y a donc des ellipses, ce qui rend davantage crédible l'amitié d'Hisao avec les deux jeunes filles), sonne comme du vécu et projette une lumière intéressante sur notre perception des personnages, sa route est malheureusement minée par un large inconvénient : la romance ne marche pas. Ou plutôt, devrais-je dire, elle n’existe pas. Même lorsque Shizune et Hisao sont censés sortir ensemble, ils ne se « parlent » pas de manière différente, ne s’embrassent pas, ne se prennent pas la main. Il y a juste une scène de sexe issue de nulle part au début et puis une autre toute à la fin. Pour un visual novel à tendance « dating sim » centré sur des histoires d’amour avec de jeunes filles handicapées, ça fait un peu tâche. En somme Shizune et Mischa fonctionnent paradoxalement mieux en personnages secondaires, en soutenant le héros.

 

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La lumière au bout du tunnel : le cas de Rin
Jusque là l’expérience Katawa Shoujo fut chez moi plus que mitigée. Entre les scénaristes qui veulent réellement développer le  handicap de leur héroïne (Hanako, Emi) et persistent vaille que vaille, quitte à échouer à livrer un véritable développement psychologique, une relation qui ait du sens, entre ceux qui ne sont pas à l’aise avec le handicap et décide de se forger leur propre thème mais peinent à le rendre vivant (Emi, Shizune), ceux qui se contentent de minimiser les pertes avec un développement stéréotypé (Lilly) et ceux qui abandonnent carrément l’idée de romance (Shizune), le scénario censé fonder la baser du visual novel s’est au bout du compte montré instable et vacillant. Heureusement, la route de Rin prouve qu’il est possible de trouver un équilibre. Dosée juste ce qu’il faut entre comique et drame, entre léger et philosophie, entre développement psychologique et intrigue, c’est, je le crois, la route la mieux bâtie du lot. Rin se révèle tour à tour tête en l’air, toujours à balancer des répliques aussi absurdes qu’irrésistibles, tragiquement indécise, prisonnière du présent, de sa propre abstraction. Elle n’est pas définie par son handicap et écope d’une véritable personnalité, complexe juste ce qu’il faut, et en même temps son handicap est instrumentalisé par son entourage de manière vraisemblable. Contrairement aux autres routes qui flottent les unes par rapport aux autres dans un espace-temps incertain, elle se colle parfaitement à celle d’Emi et s’en démarque par une structure similaire (présentation, conflit, résolution) mais mieux exécutée.

 

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Le thème de Rin est l’Art. Soumise à la pression de son professeur qui voit en elle un prodige, elle se voit proposer de participer à une exposition à condition de produire de nouvelles toiles. A travers cette situation simple sera développée une petite réflexion sur l’Art tandis que Rin s’en va en guerre contre elle-même, craignant et souhaitant à la fois de changer. Une équation dans laquelle vient se mêler un Hisao mélancolique qui essaye de trouver sa place quelque part et finit par se prendre d’affection de l’étrangeté de Rin. Emerge alors un espèce d’égoïsme très compréhensible qui rend soudainement notre héros plus humain, un égoïsme dont fait également preuve le professeur d’arts plastiques, personnage secondaire et admirablement esquissé. Certaines idées auraient pu être davantage développées ([spoil] notamment lorsque la jeune fille déclare vouloir s’auto-détruire comme une sorte de sacrifice pour l’Art [spoil]) mais globalement c’est tout ce que j’attendais de Katawa Shoujo : que l’héroïne raconte son histoire, que l’héroïne ait une histoire à raconter. Le scénariste, ici Aura, aura fait du très bon boulot.

 

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Petit point sur les scènes de sexe
Avant de conclure, rapide parenthèse sur l’aspect qui aura le plus fait parler du jeu : le sexe. Contrairement à ceux qui crient au sacrilège et à ceux qui tentent de l’excuser en misant sur le scénario, je serais assez neutre. Il faut dire que j’ai l’habitude maintenant, ça ne me choque plus vraiment. En l’occurrence le jeu n’utilise que des illustrations très soft. A part l’unique scène sensuelle d’Hanako, aucune ne montre l’emboîtement des parties génitales en fait. Comme dans tout bon eroge scénaristique, les scènes semblent parfaitement inutiles mais c’est un peu le principe. Généralement on ne dépasse pas les 2/3 scènes érotiques par personnage et il faudra un sacré paquet d'heures de lecture pour y arriver, ce n'est clairement pas un nukige donc. Petit bonus pour les récits d’Emi et de Lilly qui mentionnent (sinon utilisent) les préservatifs, c’est toujours appréciable. J’aurais aimé qu’il en soit de même dans les autres routes. Sinon rien à signaler sinon une scène dans la route d'Emi tellement bizarre que même l'auteur finit par la tourner en dérision (et c'est sans doute mieux ainsi).

 

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Rin à son meilleur : pendant les scènes de sexe des autres


Bilan
En conclusion, Katawa Shoujo n’a aucunement à rougir par rapport à tout ce qui touche le domaine technique : réalisation irréprochable, des graphismes excellents, de l’animation, une masse de travail impressionnante pour un résultat tout aussi impressionnant d'une bonne vingtaine d'heures de jeu. En revanche le jeu est à l’image de l’équipe qui s’en occupe : fragmenté. Les incohérences scénaristiques et graphiques s’oublient, les failles béantes l’intérieur de l’intrigue (ou devrais-je dire, des intrigues) en revanche ruinent complètement l’expérience, ce qui est plus que rageant. Je voulais aimer ce jeu, je le voulais vraiment, je voulais encourager Four Leaf pour leur boulot, mais au final seule la route de Rin sauve réellement le navire du naufrage et rattrape l’ennui des scénarios de Shizune et Lilly comme les grossièretés littéraires de ceux d’Emi et d’Hanako. Si l'équipe s'était davantage centrée sur l'humour, et il n'est plus à prouver qu'elle sait être drôle (surtout à travers Rin ou des personnages secondaires comme Kenji ou Akira) au lieu de se forcer sur le drame, le résultat aurait peut-être été différent. Au lieu de prouver qu'on peut vivre avec un handicap, le jeu prouve surtout l'incapacité de ses personnages à briser le mur de l'incommunicabilité, un obstacle irrationnel :  le refus de la compréhension.

 

Est-ce que je conseille cette oeuvre quand-même ? Oui, pour les connaisseurs du visual novel amateur, rien que pour apprécier l’outil qu’est Ren’Py à sa pleine puissance et les possibilités qu’il renferme. Oui aussi, pour la route de Rin, mais ce sera tout. Je pense qu’aborder un nouveau prisme de réflexion est essentiel : ne plus regarder le jeu comme une source de hype et un potentiel immense jamais vraiment exploité est très difficile, c’est pourtant sans doute ce qui aura le plus tué Katawa Shoujo...

 

En un sens, la victoire de la team Four Leaf est plus symbolique qu'autre chose : en mettant la barre très haut dans les standards de visual novel anglophone et en sortant un produit complet malgré l'adversité, l'équipe fait rêver tous les créateurs amateurs utilisant Ren'Py et encourage à toujours plus d'ambition et ça, on ne peut pas le leur enlever.

 


 

EDIT : Pas encore eu le temps de répondre aux commentaires mais j’en ai survolé quelques uns et je souhaitais apporter une série d’ajouts.

  • Le premier étant le terme de masque qui n’est bien sûr pour moi qu’une figure de style (littéraire oblige, j’aime bien employer des métaphores). Je n’entends pas par là que les héroïnes font semblant d’être ce qu’elles sont mais qu’elles se limitent à leur apparence. Pour être plus claire, un auteur (dont j’ai oublié le nom) a dit une fois qu’aucun être humain ne se résumait à son apparence, qu’il y avait toujours plus à voir. Or ce n’est pas le cas des personnages de Katawa Shoujo. Je ne leur demandais pas d’être hautement complexes, juste de comporter une deuxième facette pour compléter leur être superficiel. Et elles n’en ont bien souvent qu’une seule, surtout Lilly et Hanako, les autres remplissent plus ou moins ce critère. Ecrire un récit centré sur une héroïne monodimensionnelle et la rendre intéressante demande cent fois plus de talent et la team ne pouvait pas être à la hauteur d’un tel défi.

 

  • Le second étant, comme me l’a si bien rappelé Gen, la problématique de la différence. Katawa Shoujo traite de jeunes filles handicapées, donc « différentes ». La question qui se pose naturellement est donc « C’est quoi la différence, c’est quoi ce qu’on appelle normalité ? » et le jeu l’écarte totalement en dehors de la route de Rin. Je pense qu’une simple définition de quelques phrases, dans un des monologues d’Hisao ou à la place d’un dialogue inintéressant, aurait permis de rendre plus bien cohérent l’ensemble sinon apporter une nouvelle dimension.

 

  • Encore une fois, mes attentes n’avaient rien de transcendant, elles étaient même très basses pour ainsi dire. En m’attaquant à la version complète de Katawa Shoujo je voulais simplement que chaque héroïne me conte son histoire, aussi simple soit-elle. Et pour avoir une histoire à raconter il faut avoir un passé, des forces, des faiblesses, même si ce sont des notions très brièvement esquissées. C’est un minima de base de la littérature et je pense que ce n’était pas énorme de ma part même si, bien sûr, ma formation de littéraire me rend bien plus sensible au scénario que les individus lambdas qui, peut-être, se contentent volontiers de belles images. Une petite histoire sympa, ce n’était pas la mer à boire et j’ai par ailleurs chialé comme une madeleine devant Tokyo Alice, un visual novel amateur japonais, avec des photos en guise de background aussi, dont je n’attendais pas grand-chose non plus. Tokyo Alice n’a pas 20h de jeu à proposer ni des animations magnifiques, mais je me suis sentie plus proche du drame très simple de son héroïne que de tous les personnages de Katawa Shoujo réunis (même Rin que pourtant j’adore). Je crois que cela veut dire beaucoup. Le mieux est l’ennemi du bien...


Sinon je tiens à remercier les personnes qui ne se sont pas laissées aller au troll dans les commentaires et sont restées respectueuses, même si c’était pour opposer une opinion différente de la mienne (ce qui est normal). Je savais d’avance que critiquer Katawa Shoujo me vaudrait des remarques cinglantes mais je n’avais pas envie de me forcer à aimer quelque chose qui ne me plaisait pas ni de faire semblant de trouver le jeu génial à cause de son origine particulière. Je pense qu’il est plus important de rester fidèle à soi-même, quitte à être la seule à élever la voix.

 



Sinon l'Eroge Mix de janvier est sorti depuis quelques temps déjà. J'ai eu des soucis avec la vidéo : elle était normale quand je l'ai posté (après plusieurs essais désespérés) et quelques heures plus tard impossible de l'écouter sans que le son soit étrangement accéléré, depuis elle remarche correctement. A n'y rien comprendre. Dommage, surtout que c'est une super compilation cette fois, avec plein de Nitro+ (bon ok, c'est pas vraiment un eroge à la base, c'est un jeu de combat avec les héroïnes de plusieurs eroges, mais ça compte quand-même).

 

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 13:10

Comme promis précédemment, voilà enfin le post censé donner des nouvelles du projet Milk.

 

Vie du blog2

 

Si l’histoire avait une forme claire dans mon esprit, la coucher sur papier, même virtuel, m’aura pris un temps fou. Il y a un peu plus d’un an j’achevais la branche principale, puis une ou deux routes (ironiquement les plus courtes) en cours d’années pour enfin carburer à fond pendant les vacances d’été où la quasi-totalité des routes fut rédigée. Il m’aura fallu jongler avec mon nouveau cursus scolaire, mon job occasionnel, des articles publiés sur le blog et mes nouvelles responsabilités de chef de projet, ce qui ne fut pas facile, pour achever la toute dernière route (ironiquement la plus longue) et le petit chapitre final. Aujourd’hui ça y est, c’est fini, le gros du travail de scénariste est fait, ne reste plus que la correction en profondeur et le remaniement pour le jet définitif, mais cela paraît presque superflu en comparaison. En tout et pour tout j’aurais pondu 803 pages et 495 727 mots (on arrondira à 800 et 500 000 pour plus de commodité).

 

Les véritables difficultés qui auront croisé mon chemin étaient toutes de l’ordre de l’emploi du temps puisque j’ai la particularité de n’être à fond que sur le long terme, je dois donc réserver plusieurs jours d’affilée, patiner le premier et partir en apnée pour le reste pour espérer avancer, écrire trois lignes chaque jour étant fortement déconseillé. Le récit en lui-même s’est éclairci avec le temps et les « coups de génie » imprévus ; au fur et à mesure il a perdu son côté « assemblage brouillon » pour devenir un bloc que j’espère cohérent pour un esprit moins allumé que le mien. Au final j’aurais mis de côté assez peu de choses. Les idées ridicules et certains clichés dispensables sont partis tout seul, un protagoniste à qui je prévoyais une route s’est bien gentiment rangé parmi les personnages secondaires ; au contraire, j’ai presque eu du mal à m’arrêter et à ne pas partir trop loin. Avec le recul j’ai l’impression de ne pas avoir développé tel ou tel aspect mais si je le faisais, on atteindrait un niveau encyclopédique donc non, stop, ça suffit.

 

Ces considérations mises à part, rentrons dans le vif du sujet.


Le nom complet du projet sera donc : Milk ~La légende des étoiles. Et comme le titre le trahit peut-être il y aura plusieurs intrigues fortement imbriquées les unes aux autres. La partie « Milk » (le choix du mot sera expliqué bien plus tard) se présente comme l’histoire d’un adolescent asocial, vivant dans un monde semblable au nôtre, qui croise plein de jolies filles (vaches sinon ça serait moins drôle), blablabla, vous connaissez la musique et c’est normal (comme je le dis toujours, pour donner un coup de pioche dans les stéréotypes, il faut d’abord les établir). La partie « La légende des étoiles » (que je ne spoilerai pas) est orientée autour d’une civilisation et se passe dans un cadre très différent. Entre les deux, il y a la partie « Khzi » qui a l’air de sortir de n’importe où avec de l’action, de l’aventure et des extraterrestres. Sans compter le méta-monde qui vient rajouter une couche supérieure dans la narration. Evidemment mon but est de lier ces parties en un énorme tout (« Genre Shift » en prévision). La subtilité, et quelque chose que j’avais constamment en tête au moment de l’écriture, c’est que toutes les réponses ne seront pas données dans le jeu, certaines viendront après (je suis bien partie pour une trilogie là). De plus, parfois, c’est encore plus fourbe, les personnages affirmeront quelque chose paraissant sûr et certain mais qui sera peut-être complètement remis en question et démantelé en pièces lors du prochain visual novel, voire celui d’après. Il y a donc un tas d’indices disséminés un peu partout qui ne feront sens qu’à la fin. C’est un véritable challenge pour moi que de constituer ce puzzle et j’espère qu’il vous plaira.

 

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De toute façon, que ça plaise ou pas, Dieu s'en branle, il va quand-même mettre le bordel

 

Un autre point que je voudrais aborder, toujours au sujet de la structure, c’est que, comme c’est mon premier gros projet et que je ne suis pas encore familière des visual novel, j’ai préféré m’appuyer sur une base qui existe déjà au Japon et simplement l’adapter à ma sauce et de ne faire des expérimentations que quand je serais plus à l’aise. Cette base c’est celle des « moe-ge » ou « chara-ge ». Je vois déjà des dents frémir. Pour ceux qui ne connaissent pas, les deux termes désignent des eroges orientés, non pas autour de la consommation de chair fraîche, mais de romance sucrée pour hommes, c’est-à-dire qu’il y a des scènes de sexe mais qu’elles sont surtout là pour apporter une sorte de consécration à la relation avec l’héroïne, l’accent étant plutôt porté sur les interactions entre personnages. Les filles à séduire sont donc fréquemment de gros moeblobs qui attisent l’affection par leur look et leur comportement.

Il y a donc souvent le schéma suivant : route commune en milieu lycéen comique + routes à penchant dramatique pour chacune des prétendantes et fortement centrées sur leur histoire personnelle. La formule est très nettement empruntée au nakige (attrape-larmes) de Key mais en plus édulcorée. Vu que je lis pas mal de choses sur les moe-ge/chara-ge, c’est assez naturellement que j’ai repris cette base.

 

Sauf que, je vous rassure, dans les restaurants d’Helia-land on préfère éviter les plats bourrés de sucre. Milk possède donc une route commune plutôt comique mais on passe plus de temps dans la ferme d’un village paumé que dans l’école (la vie en province n’est pas aussi morne qu’on voudrait bien le croire) et il n’y a certainement pas que cela (Dois-je répéter le mot magique ? Extraterrestre, dépaysement). De surcroît, si les interactions entre personnages dominent bien, j’ose espérer qu’elles sortent un tant soit peu de l’ordinaire (litote). Mon intention n’était pas non plus de forcer le lecteur à chialer comme un veau donc je me suis bornée à raconter l’histoire que j’avais à raconter en essayant de ne pas verser dans l’excessivité (du genre la pauvre petite fille contre qui le destin s’acharne et qui est dans le coma/une illusion/va mourir incessamment sous peu) parce que j’estime qu’une psychologie approfondie vaut mieux qu’un panneau géant « Cry now » (on est plus près de Serial Experiments Lain que de Clannad dans la démarche). Même les happy end, ma Némésis habituelle, ont une signification particulière (sinon j’aurais pas pu, mon côté sadique aurait repris le contrôle). A l’inverse je me suis étrangement calmée sur les bad end : aucun massacre à la tronçonneuse, très peu de sang, et pas de scène violemment grotesque. On croirait presque à des histoires d’amour banales tiens.

 

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Appâter les lecteurs avec du shoujo-ai, check. Il faut bien compenser l'absence de fanservice !

 


 

Petit rappel de ce à quoi ressemble l’histoire :

 

Enfermé pour l’éternité dans le Monde Qui N’existe Pas, Dieu s’ennuie, et pour s’extraire du vide, décide de se divertir en jouant un peu avec les mortels. Son choix se porte sur un adolescent marginal en mal d’avenir, Tarô Caligula, fils unique d’un humble fermier vivant dans un monde où les vaches ont une apparence humanoïdes. Le jeune homme passe des vacances moroses à s’abrutir devant la télévision jusqu’à ce que son père, inquiet par ce comportement un poil dépressif, lui propose de travailler avec lui en menant à bien les entretiens d’embauche pour engager la future vache de l’exploitation afin de remplacer celle qui va partir en retraite. Une tâche en apparence toute simple…si Dieu n’avait pas décidé de s’en mêler et de faire de la vie du pauvre Tarô une suite d’évènements étranges, loufoques et absurdes. Ainsi les candidates au poste sont toutes des cas sociaux passablement inquiétants avec qui il lui faudra bientôt cohabiter dans la bonne humeur générale, bonne humeur renforcée par la venue imprévue d’une extraterrestre squatteuse en panne de carburant et par les apparitions régulières du meilleur ami millionnaire lassé par les dîners chics, accompagné de son robot à tout-faire, qui a décidément beaucoup de choses à raconter.

 

Tarô va-t-il mettre de côté ses tendances misanthropes pour aider ces vaches un peu folles ayant vécus des choses pas toujours très rigolotes et retrouver l’envie d’avancer ? Va-t-il enfin réaliser que son amie Najimi  recherche désespérément son soutien ? Ou peut-être même percer le secret de l’existence des vaches humanoïdes ? Tout ceci ne relève pas de son choix, mais du vôtre. Mais veillez bien à ne pas contrarier le Dieu de ce monde ou vous pourriez bien percer à jour une étrange supercherie…

 

 

Voici donc les charmantes demoiselles qui postulent à un emploi de vache (car oui, c’est un métier) :

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Nom : (Meushi) Miruku

 

Age : 19 ans

 

Fleur : liseron

 

Moeblob / too-shy-shy girl ?

 

Benjamine d’une série de quatre enfants, Miruku complexe beaucoup à cause de son statut de « petite dernière ». Ses sœurs ayant une réussite plutôt éclatante, elle a l’impression de ne pas faire le poids et en a reçu une timidité maladive et une forte tendance à se dévaloriser, ce qui se traduit souvent par un certain nombre de maladresses et d’échecs. Elle veut vraiment décrocher ce poste, notamment vu les problèmes rencontrés lors de son dernier emploi, mais part vaincue d’avance.

 

Miruku est aussi très proche de sa cousine Kurumi avec qui elle est amie depuis l’enfance et qui représente son plus gros soutien psychologique.

 

 

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Nom : (Meushi) Kurumi

 

Age : 20 ans

 

Fleur : perce-neige

 

Cooldere / emotionless girl ?

 

Kurumi aurait dû être une vache mais suite à une malformation étrange, elle est venue au monde avec des cheveux-oreilles bizarres et aucun attribut bovin, ce qui lui vaut régulièrement les moqueries et des humains et des « vraies » vaches. La vie pas facile qu’elle mène lui a appris à s’endurcir et même si elle cache ses faiblesses en protégeant excessivement sa cousine, qui est par ailleurs sa seule véritable amie, elle n’est pas beaucoup plus confiante. Les deux jeunes filles ont pour habitude de s’encourager l’une l’autre, aussi quand Miruku a annoncé vouloir passer cet entretien, Kurumi est bien évidemment accouru pour la soutenir, d’où sa présence.

 

 

 

 

 

 

 

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Nom :  (Ishidatami) Makuro

 

Age : 22 ans

 

Fleur : bouton d’or

 

Barbare des steppes ?

 

Bourrine et franche du collier, Makuro fait peur à tout le monde avec ses yeux perçants. Il faut dire que ses hobbies ne l’aident pas à se faire des amis : les gens ordinaires apprécient moyennement la chasse au sanglier et l’entretien d’armes à feu. Elle n’en a pas moins bon cœur. Ce poste c’est surtout pour affirmer son indépendance qu’elle le veut, cela fait trop longtemps que sa grand-mère l’héberge et que tous ses entretiens d’embauche se concluent par des échecs cuisants. Mais en voulant renverser la vapeur, elle en fait inévitablement un peu trop !

 

On raconte qu’elle aurait fait de grosses conneries dans sa jeunesse...

 

 

 

 

 

 

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Nom : (Kanna) Mizuho

 

Age : 28 ans

 

Fleur : lys rouge

 

Invisible ?

 

Avant de postuler en tant que vache, Mizuho était enseignante, paraît-il. Aujourd’hui elle n’évoque ces années qu’en jurant et en vociférant, tant et si bien qu’on n’ose plus trop lui poser de questions sur son passé. Au chômage depuis plusieurs longs mois, elle déprime et force un peu trop sur la bouteille, aussi n’est-il pas rare de la retrouver endormie par terre à toute heure de la journée. A vrai dire, on sait peu de choses à son sujet tant elle se montre invisible au quotidien (sauf quand elle est bourrée). Et ne dit-on pas que les plus silencieux sont les plus dangereux ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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Nom : (Nishima) Mika

 

Age supposé :  17 ans (sauf contradiction du rapport de police)

 

Fleur : la rose

 

Loli hyperactive-pléonasme ?

 

Quand on la voit pour la première fois on croit avoir affaire à une enfant tant elle paraît jeune et Mika fait tout pour maintenir l’illusion. Son truc c’est la magie, tout ce qui sort de l’ordinaire l’intéresse, le paranormal, le fantastique. Elle refuse de grandir et se complaît dans son univers enfantin. Malgré sa jovialité à toute épreuve, elle reste étrangement lucide et mature, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle a présenté sa candidature, un peu comme pour amorcer un premier pas dans la vie d’adulte.

 

Ironiquement, sa propre histoire est finalement plus incroyable que ce que raconte n’importe lequel de ses livres préférés...

 

 

 


 

Et maintenant, chers amis, c’est serious business. Parce que si jusque là tout paraissait aller comme sur des roulettes, il se trouve que c’est loin d’être le cas. En effet, la délicieuse Plumy qui a réalisé pour moi ces croquis ne pourra pas prendre le rôle de dessinatrice pour des raisons qui la regardent et que je comprends fort bien. Les personnages sont donc orphelins jusqu’à nouvel ordre et j’ose espérer que tu es d’accord avec moi, cher lecteur, pour dire qu’un personnage orphelin, c’est moche. Il me faut donc un ou plusieurs graphistes motivés pour reprendre le flambeau et rentrer dans l’équipe (qui pour l’instant comprend un programmeur/correcteur, un web-designer, un compositeur et moi-même en tant que fourmi travailleuse euh chef de projet). Si personne ne se présente je me verrais dans l’obligation de réaliser un jeu aveugle sans image. Et un visual novel sans visuel, c’est un peu con, tu me l’accorderas.

 

On passe maintenant à la phase de recrutement.

 

Ce dont j’ai besoin :

Une ou plusieurs personnes motivées et j’insiste sur la motivation parce j’apprécierai moyen qu’un gus se pointe, fasse trois gribouillis, soupire que c’est trop dur et se barre au bout de cinq jours, ou pire en milieu de chemin (d’ailleurs lisez ceci si besoin, ça vous éclairera l’esprit).

Une ou plusieurs personnes motivées, disais-je, sachant dessiner un minimum (c’est pas grave si vous n’êtes pas Gustave Courbet ou Jérôme Bosch) et maitrisant à peu près des logiciels graphiques comme Photoshop (vous n’allez pas réaliser les paper-doll/sprite à la chaine non plus). Avoir du temps libre me paraît aussi un must, vous n’allez pas non plus dessiner dans votre sommeil (ou si c’est le cas et que vous disposez de ce fabuleux don, je vous embauche direct)

 

Ce que je propose :

  • participer à un projet ambitieux : il n’y a pas des masses de visual novel made in France donc c’est toujours agréable de se dire qu’on fait avancer le mouvement à sa manière et à son échelle
  • participer à un projet qui ne part pas dans tous les sens : la scénariste sait où elle va et le support écrit est déjà fini, donc les personnages ne vont pas changer de rôle du jour au lendemain au gré de ses humeurs
  • entrer dans une team motivée (c’est un peu le mot d’ordre) : les membres s’activent tous du mieux qu’ils peuvent et j’ai pour ma part la farouche détermination d’aller jusqu’au bout, donc rejoindre le groupe c’est s’inscrire sur du long-terme
  • entrer sur un tapis rouge : certes le travail que je nomme invisible n’a pas été totalement terminé (c’est impossible à ce stade-là d’avancement) mais j’ai déjà préparé la liste des images qui seront nécessaires pour au moins une démo et réalisé les gribouillis « concept art » pour une grande partie des personnages, « il n’y a plus qu’à » prendre ses crayons et ajouter sa touche perso

Pour me contacter, c’est fort simple, il suffit de m’envoyer un mail via le formulaire de contact d’Overblog. Mail qui contiendra en lien des exemples de ce que vous savez faire et idéalement une petite esquisse d’un des cinq personnages ci-dessus si vous en avez le courage.

 


 

En attendant la programmation d’une future démo a bien avancé, donc il suffit qu’un graphiste motivé rejoigne rapidement l’équipe pour qu’un petit quelque chose sorte dans les prochains mois. Auquel cas on restera sur un très cosy fond noir sur les dizaines d’heures de lecture que durera probablement le scénario. On a vu plus réjouissant...

Pour que vous puissiez continuer à suivre l’avancement, je continuerai à mettre à jour le module à la droite du blog mais un blog de développement est d’ors et déjà en préparation pour plus de confort.

 

Le jour de la sortie officielle de Katawa Shoujo que vous attendez avec autant d’impatience que moi je l’espère, aka le 4 janvier, j’aurais mes partiels mais je compte bien profiter du reste de la semaine pour remplir mon rôle de chef de projet et peut-être réaliser un beau logo pour la team maintenant qu’elle a un nom (si je ne l’ai pas donné auparavant c’est que j’ai jugé qu’il s’agissait d’un détail) : Träumendes Mädchen

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 16:30

Eeeeeeeeet, comme prévu, j’ai pas eu le temps de finir ce que je voulais pour Noël (en même temps je m’en doutais, le boulot m’a crevé) donc ce sera la semaine prochaine ou celle qui suit, dernier délai. Il va falloir patienter encore un peu pour ouvrir le cadeau ! En attendant, petit apéritif.

 

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Saya no Uta / Kusarihime

 

Cela fait plusieurs mois maintenant que j’ai voulu m’essayer à un drôle d’exercice qui est de profiter de ma mélomanie excessive pour faire partager davantage de musique, toujours dans le domaine proche de la japanimation, notamment des morceaux que vous n’auriez sans doute pas cherché à écouter auparavant. L’abondante prolifération de visual novel offrait un terrain de jeu parfait et je me suis aussitôt engouffré dedans pour chercher, comme à mon habitude, des perles méconnues. D’où la création de ce que j’appelle « eroge mix » par facilité mais qui n’en est bien sûr pas un puisque je ne possède aucun talent en matière musicale. Ce sont juste de bêtes assemblages de bouts de musique dont la visée est surtout de constituer un aperçu global des meilleures pistes d’un Original Soundtrack. Le tout avec des images associées au jeu présenté parce qu’il faut bien combler le vide et que c’est plus agréable pour les yeux.

 

Août : Aka Primitive Part 1

L’OST qui m’a donné l’idée à la base. Je ne l’avais récupéré que pour son opening original et j’ai été charmée par les pistes douces, mélancoliques, planantes, dont certaines me font vraiment penser à Clannad. Le résultat est simple, épurée, mais très efficace. Mention spéciale à la cornemuse de Sunaji Koete.

 

Septembre : Aka Primitive Part 2

L’OST étant bourrée de chansons interprétées de surcroit par des artistes plutôt connues, j’ai pris le parti de couper en deux le medley au lieu d’en monter un trop long. En première ligne, Suna Gin, l’opening, où on peut entendre Ayana, et Desert Duo (Hiromi Sato & YURIA), mais aussi le morceau dédié à Shimamiya Eiko que je trouvais sympathique malgré son engrish forcené.

 

Octobre : Seiken no Fairies

Changement complet de style (c’était voulu) avec le compositeur a.k.a.dRESS (ave;new) qui a tendance à plutôt abuser de sonorités synthétiques. Le résultat n’est pas mauvais mais un peu bourratif parce qu’il ne sort jamais de cette méthode de composition. Se séparer de paradis et Chevalier me paraissent les meilleures du lot.

 

Novembre : Dances & Dragons [Dra + Koi]

J’essaye de ne pas abuser niveau titres de Nitro+ parce qu’ils embauchent vraiment de bons compositeurs et que j'ai tout le temps envie de placer un de leurs jeux mais c’est difficile de ne pas céder alors j’ai opté pour un VN moins connu de leur part qui comprend des thèmes superbes. On revient à une instrumentation plus équilibrée. No Answer est mythique.

 

Décembre : Subarashiki Hibi

Cela fait très longtemps que je souhaite tester ce jeu, qu’on me rapporte excellent et bourré de métaphysique (il ne m’en faut pas plus), le souci est qu’aucune équipe de traduction ne s’y intéresse, ce faisant il est impossible à découvrir pour une large majorité de personnes. Alors je me console sur la musique (dont je n’ai même pas pu avoir la traduction en romanji complète). Mention spéciale aux pistes planantes et mystérieuses mais aussi au thème effrayant qui me fait penser à Higurashi.

 

Pour Noël, j’en rajoute un : Grisaia no Kajitsu ~Le fruit de la Grisaia (si je vous dis que grisaia est censé être un mot de français, serez-vous capable de trouver lequel sans tricher ?)

 

 

L’OST en lui-même est uniquement composé de pistes très courtes n’excédant pas une ou deux minutes, d’où la brièveté du medley (si j’en crois la bande-son d’Utapri, c’est probablement une marque de fabrique d’Elements Garden). Le jeu a l’air extrêmement long et il m’intéresse aussi, je trouve assez original le fait d’associer chaque héroïne à un fruit, par exemple. A noter que certaines pistes sont étrangement familières. Ainsi Jumbo Fruit Parfait DX rappelle fortement le style de Yoko Shimomura, surtout dans ses compositions pour Kingdom Hearts lorsqu’elle illustre l’ambiance du pays imaginaire et Rock You ressemble à du Nobuo Uematsu lors des thèmes de combat de certains Final Fantasy (mais je serais bien incapable de dire lesquels).

 

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Un message subliminal se glisse dans cette image, sauras-tu le retrouver ?

 

Jusqu’à présent je n’ai reçu aucun commentaire concernant cette expérimentation donc j’ignore totalement si des gens ont pu découvrir de nouveaux morceaux et élargir leurs horizons, alors je me suis dis qu’il serait bon de forcer un peu la main. Pas que j’éprouve le besoin absolu de me sentir soutenue puisque de toutes façons je m’amuse bien à les fabriquer ces assemblages, mais je serais quand-même curieuse de savoir s’il y a des pistes qui vous ont intéressées.

 

...

Ah oui et bonnes fêtes de fin d'année à tous, évidemment...

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 21:45

Encore une fois ça va causer visual novel, sauf que je vais plus me tourner vers ce qu’il y a dans les coulisses de fabrication de manière brève et très subjective. Je suis absolument désolée pour ceux que ça n’intéresse pas, car j’ai bien conscience de me restreindre de plus en plus à un public de niche, mais je n’ai plus du tout le temps de regarder d’animes (depuis Kite, c’est un peu le vide intersidéral et mon MAL se fait particulièrement désertique). Toute mon énergie est dirigée vers un seul domaine. Et justement, depuis que je m’emploie à fabriquer mon propre visual novel amateur, je remarque que même en suivant de près le milieu indie, il y a des choses dont je n’entends jamais parler et qui sont pourtant primordiales.

 

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Au tout début, il y a la conception et c’est le paradis. Les idées pleuvent, il faut les ordonner, les exploiter, renchérir. On a des modèles en tête, on se sent prêt à les dépasser. Tout est permis, justement parce que c’est un exercice de l’esprit et que l’imagination ne connaît pas de limite tangible. C’est un univers qui se développe. Sauf qu’il faut bien que le projet passe dans le domaine du concret à un moment ou à un autre (à moins de vouloir garder ses idées pour soi, bien sûr). Et là, c’est étrangement moins drôle. Parce qu’on est assez brusquement ramené à la réalité.

 

Pour réaliser un VN, comme beaucoup d’autres choses, il faut mettre la main à la pâte, que ce soit de manière visible ou invisible. Dans le premier cas, on peut compter la rédaction du scénario, par exemple. L’avancement peut être directement constaté, donc il est un tant soit peu gratifiant. Mais il y a aussi, et surtout, ce que j’appelle le « travail invisible ». Sournois mais nécessaire. Les développeurs n’en parlent jamais parce qu’il est peu reluisant mais c’est vraiment la clé de voûte du boulot de chef de projet. Il consiste majoritairement en un tas de listings : on répertorie les scènes principales du scénario afin de repérer tout de suite les incohérences et de suivre le déroulement en parallèle des autres domaines, les images que les graphistes vont devoir fournir, les musique que le compositeur devra réaliser, le code associé dans le script. Il faut établir un descriptif pour faciliter la fabrication de chaque image et de chaque musique, des références, des extraits, mettre en forme le script, corriger les bugs, partir à la pêche aux bruitages et en faire de même. Plus encore, il faut aussi communiquer aux artistes des croquis préliminaires des personnages avant même qu’ils ne s’y attèlent pour qu’ils visualisent à peu près vers quoi ils doivent tendre. S’en suit un gros travail de communication avec chacun. Tout se négocie, tout se débat. Comment faire pour améliorer la lisibilité des dialogues dans l’amorce de démo ? Doit-on espacer un peu plus cette ellipse ? N’y a-t-il pas un bruitage plus pertinent pour cette scène ? Est-ce que la musique cadre bien ? Est-ce que l’ambiance est la bonne ? Tu ne veux pas rajouter telle sonorité à tel endroit ? Est-ce que ce personnage n’est pas trop fade et n’aurait pas besoin d’un redesign complet, et si, comment le refondre ? Peux-tu modifier cette partie du visage pour la rendre moins anguleuse ?

 

Tout ce que je viens de citer, ces petits riens que personne ne verra jamais (sauf les concepteurs), on ne les évoque pas. Comme si, à l’instar d’une belle pièce de musique, le produit fini était sorti d’un coup, comme ça, par magie. Pourtant ils sont là, on a besoin d’eux pour avancer. Les laisser de côté revient à se retarder et à se mettre des bâtons dans les roues. Alors il faut composer avec. A vrai dire, ça paraît presque évident mais sur le moment on ne réalise pas bien. On peut mettre des mois avant de comprendre que c’est finalement ça qui bloque l’engrenage et que l’absence de ces listings divers et variés, de tout ce travail préliminaire, transforme le développement en un joyeux bordel ardu à gérer.

 

Il y a des cas où le projet est suffisamment modeste (ou réalisé par une personne seule, donc qui sait exactement où elle va et ce qu’elle veut) pour s’en passer, mais dès qu’on entraîne des collaborateurs dans l’aventure, c’est tout de suite un must et je l’ai appris en cours de route. J’ai mis du temps, mais je m’estime chanceuse de l’avoir réalisé bien assez tôt. J’entrevois maintenant ne serait-ce qu’une parcelle de la responsabilité qui incombe à un chef de projet et je la trouve assez phénoménale...et en même temps fascinante. Peut-être que c’est quelque chose qui me tente après tout...

 

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Pourquoi évoquer le travail  invisible ici et maintenant ? Il y a deux raisons. La première c’est que je me dis que sur la poignée de volontaires héroïques qui sont tentés par la création de visual novel, peut-être quelques uns attériront ici et trouveront l’astuce pertinente. L’autre est bien évidemment l’envie d’effectuer une petite transition en vue de mon prochain article qui portera, you guessed it, sur l’avancement du projet Milk. J’ai mis du temps à me décider sur la manière dont j’allais m’y prendre et je finis donc par différencier la forme du fond (c’est pas biiiien, je sais, on me le disait tout le temps en littéraire).

 

Car oui, les débuts n’ont pas été glorieux vu que je ne savais pas m’y prendre (mais je gagne de l’expérience peu à peu, je suis au moins Chef de Projet Niveau 2 là !) et j’ai notamment eu la grande naïveté de suivre des conseils plein de bonnes intentions qui m’ont été donnés, c’est-à-dire de ne pas attendre la fin du scénario pour commencer à recruter. Je ne leur jette pas la pierre, ces personnes ne pouvaient probablement pas savoir, mais ça m’a énormément retardé ; ça plus les études/le taff, être vu que, mon rôle étant central, si je m’absente trop longtemps, le projet meurt. Et ceci parce que je suis scénariste et chef de projet à la fois et que je ne puis m’investir à fond que dans un rôle à la fois. Ce qui a fait que je me suis entravée dans ma double responsabilité et que j’avais du mal à tout gérer simultanément. C’est d’ailleurs pour cela que j’attends d’avoir intégralement achevé la rédaction du 1e jet (j’en suis à 90% maintenant) avant de lancer le prochain billet où j’évoquerai les progrès et les non-progrès.

 

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Donc non, aller chercher des collaborateurs tout de suite n’était pas une bonne idée dans ma situation. Avoir la partie du scénariste pliée est même un must avant de s'y atteler (je dirais même que commencer à plancher sur le script et le travail invisible avant ferait aussi gagner énormément de temps). Comme le dit Cortex du blog Conquérir le monde (que je mentionnerais sûrement à l’avenir) :

 

Vous avez sûrement déjà vu ça, un gars présente son projet et recherche des programmeurs, des graphistes, des concepts artists, des scénaristes, des musiciens, un webmaster pour le site et des béta testeurs.

Il n’y a rien qui vous choque ? (autre que le fait que recruter une grande équipe est une mauvaise chose, ce que l’on verra plus tard)

Ce qui coince, c’est qu’il essaie de réunir une équipe dont certains membres sont axés sur la préproduction (scénaristes, concept artists), d’autres sur la production (programmeurs, graphistes, musiciens) et enfin les derniers sur la post-production (webmaster, béta testeurs).


C’est comme si pour construire une maison, on appelait l’architecte, le maçon et le couvreur pour commencer à bosser le même jour… ça serait n’importe quoi.

 

L’exemple est tellement pertinent que j’ai immédiatement adopté un nouveau regard sur ma démarche et que je me suis dis qu’il avait raison et qu’il fallait améliorer l’organisation globale. Il n’empêche qu’au moment où j’écris on est déjà au mois de décembre (même si j’ai la chance d’être relativement épargnée par le fléau qu’est la procrastination). Je m’emploie toujours à combler ce trou mais je ne suis pas Wonder Woman.

 

Est-ce que pour autant je perds ma motivation et renonce à devenir, un jour lointain, « indie » ? (je vous invite chaudement à lire ceci, mes liens ne sont pas décoratifs) Non. Au contraire, ça me donne envie d’avancer. Peut-être que je suis vraiment maso en fait...

 

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Ce petit post était surtout là pour amorcer le suivant et faire patienter. Je ne suis pas sûre d’avoir finie la rédaction pour Noël (vu que je vais travailler toute la première semaine des vacances) donc ça serait probablement un peu après En plus il y a un autre article que je voudrais vraiment sortir avant janvier (pas sur un VN, promis) et il risque de me prendre pas mal de temps. Du coup ça ne dérange personne si je balance un Eroge-mix spécial Noël en faisant un peu le bilan de tous les medley proposés jusque là en cas de retard, j’espère :p. De toute façon, même si ça vous embête, je peux pas aller plus vite (je ne suis pas Zorro !).

 

Puisqu’on cause visual novel, vous vous rappelez de Cradle Song ? Mais si, le projet indie sur lequel j’avais un peu craqué (mais juste un peu parce que je suis tsundere vis-à-vis de mes goûts). Une traduction française vient d’être annoncée, allez donc proposer vos services si ça vous intéresse. C’est par là que ça se passe.

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 16:35

Mesdames, messieurs, mesdemoiselles et mesdemoiseaux. Vous pensiez avoir tout vu des bizarreries issues du Japon. Vous pensiez ne plus être surpris. Vous pensiez avoir atteint le summum du WTF. Vous pensiez qu'il ne pouvait pas exister pire que Gakuen Handsome et ses mentons tueurs en matière de parodie d'otome game. Vous vous trompiez. Et avec cet article, je vais à présent violer le peu d’innocence qui vous restait, à sec et sans vaseline, Dieu ait pitié de votre âme.

 

Mesdames, messieurs, mesdemoiselles et mesdemoiseaux, voici le meilleur dating sim du monde, non du système solaire, de l’UNIVERS. Le seul dating sim ayant véritablement compris ce à quoi rêve toute femme des cavernes en plein découpage de viande : trouver l’amour bien sûr, mais pas avec n’importe qui. La femme des cavernes rêve d’un bel éphèbe au plumage soyeux et aux ailes délicates : un pigeon.

 

Attention, musique de circonstance. Voilà, c’est beaucoup mieux.

 

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Hatoful Boyfriend (jeu de mot avec « hato » qui signifie « oiseau ») met en scène une jeune fille du nom de Hiyoko Tousaka (mais vous pouvez la renommer dès le départ ; pour ma part je lui ai choisi le doux sobriquet de « Zoophile Masquée », je trouvais ça plus classe que « Avianophile Avérée », ma première idée) somme toute PARFAITEMENT ordinaire. En effet Hiyoko vit dans une cave au bord d’un ravin, sans eau ni électricité, avec tout juste de quoi faire un feu et une couche peu confortable. Pourtant son habitat naturel est luxueux : la preuve, elle peut recevoir des mails et des lettres. Sauf les jours de pluie, ça perturbe visiblement la transmission (des signaux de fumée ?). En bonne femme des cavernes, Hiyoko aime manger (surtout des nouilles) et peut parfois pousser quelques grognements pas piqués des vers. Pourtant sous cette figure que l’on imagine un tant soit peu hirsute, bat un petit cœur sensible comme tous les autres, aussi se rend-t-elle incognito à l’institut St. Pigeonation, le meilleur établissement pour les pigeons par les pigeons. Car oui, elle est la seule humaine dans cette école réservée aux oiseaux mais chuuuuut, faut pas le dire - ah, en fait, je crois que tout le monde est au courant, never mind.

 

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Luxueux on vous dit : il y a même une porte !

 

A St. Pigeonation, comme toute jeune fille en fleur qui se respecte, Hiyoko va rencontrer une multitude d’oiseaux plus canons et plus adorables les uns que les autres, ce qui fera bien évidement chavirer son petit cœur d’adolescente et il lui faudra choisir lequel pourchasser et séduire (son instinct de chasseuse-cueilleuse étant proéminent, c’est elle qui fera le premier pas, vous pensez bien). Elle aura donc le choix entre son ami d’enfance, le pigeon biset Kawara Ryouta, le nouvel étudiant transféré, un pseudo-aristocrate tsundere français, le pigeon paon Shirogane Le Bel Sakuya, son demi-frère, le séducteur Sakazaki Yuuya, colombe de son état, la timide tourterelle, Fujishiro Nageki, le professeur de narcoleptique, une caille, Nanaki Kazuaki, le terrifiant mais très sexy docteur Iwamine Shuu, une perdrix, ainsi que le...la...euh...une chose indescriptible du nom d’Oko San, fana de pudding. Eh oui, 7 magnifiques pigeons pour vous toute seule ! On regrettera presque l’absence de harem.

 

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Une héroïne toujours très classe à laquelle on s'identifie facilement !


Inutile de le cacher : Hatoful Boyfriend est la meilleure histoire d’amour jamais conçue. Tous les pigeons sont à tomber par terre. Non mais sérieusement, regardez-moi ces yeux vides et inexpressifs qui vous fixent avec douceur et tendresse ! Comment ne pas succomber ? Il n’y a qu’une seule paper-doll pour chaque candidat à séduire mais c’est largement assez, une seule image suffit de toute façon amplement à faire passer toutes les gammes d’émotions qui soient : la tristesse, la joie, la colère, la peur. C’est la preuve de la supériorité des pigeons ! D’ailleurs il n’y a aucun event CG ou illustration chibi, pas besoin quand on dispose de sprites de cette qualité ! Aucun autre otome game ne lui arrive à la cheville. Evidemment chaque oiseau paraît un peu stéréotypé au début, mais on découvre très vite que derrière ces plumes immaculées se trouve un petit être ayant désespérément besoin de votre amour (ou de vos membres dans le cas de notre docteur Jekill préféré). La musique d’Hatoful Boyfriend est plutôt générique et les backgrounds sont corrects, sans plus, mais ce n’est pas bien important.

 

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Des choix, des vrais

 

Le système du jeu reste assez simple : on suit la vie scolaire d’Hiyoko durant une année complète à raison de quelques scènes pour chaque moment important et durant le temps qui lui est imparti elle devra prendre des décisions pour se rapprocher du pigeon de son choix (par exemple travailler à la librairie pour discuter avec Nageki ou à l’infirmerie pour écouter la voix doucereuse de Shuu). Il y a aussi quelques éléments statistiques mais ils ne sont pas bien compliqués : il vous suffit de suivre les cours de maths à fond pour être tranquille dans quasiment toutes les routes (sauf celle de Sakuya où il faudra prendre au moins deux cours de musique pour augmenter votre classe, et peut-être celle d’Oko où suivre un ou deux cours de gymnastique peut être bien vu).

 

Finir une route (donc le jeu une première fois) ne vous prendra guère plus d’une trentaine de minutes, et encore, mais il faudra pousser jusqu’à 2-3h pour visionner toutes les fins ; une par personnage, une bad end avec des ninjas qui intervient si vous échouez à faire la cours à un oiseau et une fin secrète déblocable dans certaines conditions, mais je vous conseille de finir le jeu en entier avant de relancer une partie (un nouveau choix apparaît dès le début donc ce n’est pas dur de le repérer) pour la découvrir. Petit indice : elle finit sur un cliffhanger, dégouline de nawak et on parle de H5N1 dedans.

 

Car oui, la traduction ne recouvre que la version gratuite de Hatoful Boyfriend, une payante étant sortie en octobre avec la résolution de la route secrète, un nouveau personnage et du contenu en plus. Je crois qu’une version anglaise est aussi prévue pour le jeu complet.

 

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Le nouveau choix en question. Un bon conseil : prends la fuite ! Cette perdrix est dangereuse !

 

Comme Hatoful Boyfriend est le meilleur jeu du monde, il se paye le luxe de dialogues dantesques et de retournements de situations extravagants, mais c’est pour ça qu’on l’aime ! Petit florilège de ce qui vous attend :

 

  • Ryouta : L’ami d’enfance d’Hiyoko, donc amoureux d’elle en secret, ça va de soi ! Il faut dire qu’elle lui a sauvé la vie un jour où il était tombé du nid. Il s’occupe de sa maman, gravement malade. Trap maid. Globalement une route peu fournie et moyennement intéressante.

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Ryouta est tellement sexy quand il est déguisé en maid !

 

  • Sakuya : Aristocrate donc français et super riche, ça coule de source. Totalement imbu de lui-même, il ne se mêle pas à la plèbe et méprise son demi-frère parce qu’il est impur. Président du conseil des étudiants. Une très bonne route.

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Madness ? This is St. Pigeonation !

 

  • Yuuya : Beau gosse de l’établissement, Yuuya fait tomber toutes les demoiselles et aime placer du français dans toutes ses phrases pour avoir l’air classe (mais il l’est déjà, voyons). Il cache pourtant un incroyable secret et a des démêlés avec le docteur Shuu dont il est l’assistant, on ne sait trop pourquoi. Une des meilleures routes.

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  • Nageki : L’archétype même du rat de bibliothèque qui ne décoince pas de ses livres (les tourterelles sont des créatures très cultivées). Il semble plutôt solitaire et on ne le voit jamais ailleurs, ce qui le rend un peu mystérieux. Probablement la route la plus lente et la moins intéressante, malheureusement.

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  • Okosan : Capitaine de  l’équipe d’athlétisme. En quête du « véritable pudding ». S’insurge dès qu’on lui présente un « faux » pudding. Pudding.

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  • Kazuaki : Le professeur de mathématiques de la classe. Il semblerait que ça soit un génie mais on ne le voit pas trop, peut-être parce qu’il a la fâcheuse tendance de s’endormir n’importe où, n’importe quand. Globalement une route moyennement intéressante.

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Que le quatrième mur vient d'être brisé ?

 

  • Shuu : Docteur fou qui aimerait bien vous découper quelques morceaux pour s’adonner à ses expériences bizarres. C’est LA route à garder pour la fin. La meilleure, sans conteste. Même si je me demande encore comment il peut manier le scalpel avec ses ailes...

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Ecouter ta douce voix, bien sûr. Tu sais bien que j'ai un faible pour les psychopathes de tous poils et de toutes plumes !

 

Bref, maintenant que vous avez eu un aperçu de Hatoful Boyfriend, je suis certaine que vous n’avez qu’une envie, c’est de l’essayer, et vous avez bien raison ! Tant de qualité doit être partagée ! Le seul défaut du jeu étant sa fonction skip déficiente qui fait qu’il vaut mieux ne pas trop l’utiliser, mais qui voudrait rater une miette de cette fabuleuse épopée, hein ? D’ailleurs il existe une fonction vous permettant de voir les oiseaux sous leur forme humaine la première fois que vous les rencontrez. Une fonction totalement inutile, vu que vous êtes d’abord là pour les pigeons, pas vrai ? PAS VRAI ? Tout le monde aime les pigeons. Et le pudding. Puisque je pense avoir suffisamment vanté les mérites de ce bijou, je propose une conclusion appropriée :

 

Hé, ça pourrait presque me servir de transition, en fait.

 

...

Sérieusement, je suis presque déçue, je m’attendais à quelque chose d’encore plus absurde, même si j’avoue que ce VN est étrangement addictif, une fois dedans tu peux plus en ressortir, il faut absolument que tu le finisses à 100%.  Et où sont les scènes de sexe, hein =D ? Non, je plaisante, je plaisante, pas de doujin H avianophile, pitié ! Les gars, j'exige un let's play de cette chose, ça vaut son pesant de cacahouètes !

 

Pour se procurer Hatoful Boyfriend, c'est par là, et il y a même un walkthrough pour les gens perdus.

 

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Oh Yuuya, que tu es beau en costume de majordome ! Epouse-moi !

 



Sinon, le Eroge Mix de décembre est disponible à l'endroit habituel (à ta droite, banane). Ce mois-ci c'est Subarashiki Hibi que j'ai choisi avec majoritairement des pistes composées mélancoliques au piano, planantes/étranges ou effrayantes (la plus rythmée me rappelle presque Ookami Kakushi).

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 15:50

« Hi Miss Alice, what kind of dreams do you see with your eyes of glass ? »  Still Doll (Kanon Wakeshima)

 

J’ai toujours été une grande fan de l’œuvre de Lewis Carrol, je crois que vous l’aurez vite deviné suite à mon billet sur American McGee Alice, aussi ai-je la fâcheuse tendance à être très attirée par toutes ses itérations (un véritable appeau à Helia). Comme il existe plusieurs visual novel sur le sujet (la série des Heart no Kuni no Alice ~Wonderful Wonder World~ de laquelle sont sortis plusieurs mangas, Alice♥Parade ~Futari no Alice to Fushigi no Otometachi~ illustré par Noizi Ito, Forest de la compagnie Liar Soft, Are you Alice ? ), j’ai donc longtemps caressé l’espoir de réaliser une analyse comparative de ces jeux, mais aucun ne semble pour l’instant traduit en anglais. Qu’à cela ne tienne, j’ai un dernier atout dans la manche, un petit visual novel développé par le groupe doujin Bouquet en 2008 : Tokyo Alice.

 

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Tokyo, de nos jours. Il fait chaud cet après-midi là, beaucoup trop chaud. Outa revient de l’école en courant ; sa voisine et amie d’enfance, Arisu, n’est pas venue en cours depuis trois jours alors que c’est la période des examens et il s’inquiète pour elle (Arisu serait-elle malade ?). Alors qu’il se dirige vers l’appartement où elle vit pour la secouer un peu, Outa croise la jeune fille vêtue d’une robe à froufrous étrange. En essayant de la rattraper, il est aspiré dans un univers inconnu : le pays des merveilles. Afin de la ramener dans la réalité, il faudra découvrir ce qui est arrivé à Arisu en explorant ce monde fantasmagorique issu de ses rêves et de ses désillusions. Mais existe-t-il bien une sortie ?

 

Ce jardin de roses

Pour un visual novel réalisé avec peu de budget, Tokyo Alice s’en sort avec les honneurs. L’interface est soignée, dans des tons rappelant un échiquier, et propose les fonctionnalités de base (même si on regrettera l’absence d’une galerie CG et d’un jukebox) avec une certaine personnalisation, ce qui est toujours appréciable. Ici, nulle paper-doll, mais un ingénieux système de portrait : la carte que vous voyez à gauche contient l’image du personnage qui prend la parole et tourne à chaque changement d’expression ou de prise de parole par un autre personnage. A noter qu’elle reste face cachée lors des passages de narration pure. L’avantage est que cela tranche du coup beaucoup moins avec les backgrounds qui sont des photographies. J’avoue que cela m’a au départ un peu inquiétée, mais au final ce n’est pas déplaisant dans le sens où le pays des merveilles est représenté sous la forme d’un parc enchanteur (le genre d’endroit ensoleillé et fleuri où tu voudrais passer ton dimanche en famille). Et Tokyo est représenté par...ben Tokyo, pas d’incohérence de ce côté-là. Certes il y a quelques scènes qui coincent un peu (la place du marché représentée par un truc qui n’a rien à voir, genre j’ai l’impression que la photo a été prise devant mon garage) mais globalement on n’y fait plus trop attention au bout d’un moment et certaines parties de ce parc sont vraiment à tomber. Assez pour te donner envie de passer de l’autre côté de l’écran, je trouve. Le jeu contient très peu d’event CG mais ces dernières sont plutôt jolies même si imparfaites donc rien à dire sur ce point-là.

 

Au niveau sonore, encore une fois c’est plus que correct. Bruitages et musiques ont été piochés sur des sites spécialisés donc la qualité n’est pas transcendante mais chaque piste colle admirablement bien à l’ambiance générale sans être prise de tête. On remarquera notamment le morceau à l’accordéon qui illustre à merveille la folie enthousiaste qui saisit les habitants du pays des merveilles et, surtout, l’air d’une boîte à musique qui s’accélère dans une course infernale pour se muer en une magnifique mélodie inquiétante à souhait.

 

Tokyo-Alice-001.jpg

 

The uninformed must improve their deficit or die

Maintenant, qu’en est-il du scénario ? Car, bien évidemment, l’univers de Lewis Carrol est à double tranchant : ses récits sont universels, et comme on en voit des variations partout, au final il est de plus en plus difficile d’évoquer le sujet en apportant quelque chose de nouveau. Sur ce point, Tokyo Alice semble de prime abord parfaitement peu inventif : Outa est catapulté comme par magie au pays des merveilles, qu’on lui désigne comme un rêve d’Arisu, et sa mission est de retourner dans la réalité. Ensemble. Sauf que tout n’est certainement pas aussi simple et qu’Outa a la mémoire bien courte...

 

Pour commencer, le visual novel est truffé de bad end vicieuses dans le sens où, la plupart du temps, c’est le choix le plus raisonnable qui se révélera le plus désastreux (la 1e option, vraisemblablement). Le jeu semble d’autant plus vous narguer qu’après avoir répéter ce motif plusieurs fois, il n’hésitera pas à retourner sa veste de temps à autre pour mieux vous plonger dans la confusion. Ou alors il se moquera clairement de votre pomme : j’en prends pour témoin le second chapitre, lorsqu’on nous demande de choisir qui du Chapelier Fou ou du Lièvre de Mars recevra notre humble visite. Outa réfléchit profondément, ajoutant que ce sera sans doute déterminant dans sa progression, il y a un peu de tension, eu égard à votre dernière bad end, mais si vous avez avidement lu le livre, vous savez parfaitement que les deux lurons prennent toujours le thé ensemble et que vous finirez invariablement par les rencontrer tous les deux. Ce petit jeu sied d’autant mieux à l’illogisme du pays des merveilles qu’il n’est clairement pas inutile. En effet, vous DEVEZ mourir le plus régulièrement possible si vous espérez débloquer l’épilogue en fin de course. Car à chaque faux pas apparaîtra le chat du Chester avec son éternel sourire de psychopathe complètement trognon, c’est un de vos alliés et il vous guidera en expliquant exactement où vous avez échoué et ce qu’il aurait mieux valu faire. Il est nécessaire d’avoir assisté à chacune de ces entrevues mais je préciserai pourquoi plus loin. Toujours est-il que la séquence du chat du Chester est absolument adorable. Son design est à la fois rigoureusement similaire à celui pensé originellement par John Tenniel (l’illustrateur officiel) et sensiblement moins effrayant (le chat de Tenniel a l’air de vouloir vous dévorer), la teinte violette semblant être héritée de Disney.

 

Tokyo-Alice-003.jpg

 

I only take tea with friends

Ce qu’il y a de bien avec Tokyo Alice c’est qu’il retrace fidèlement l’ambiance du livre à sa manière et en l’adaptant à certains traits de la « culture » japonaise. Le pays des merveilles regorge de personnages absurdes et attachants (justement parce qu’ils sont tous fêlés) qui mèneront la vie dure à ce réaliste d’Outa, toujours prompt à lancer des remarques acides. La sensation est étrangement similaire au plaisir qu’on a en retrouvant de vieux amis perdus de vue. Sensation exacerbée par les nombreuses références implicites. Il n’y a pas grand-chose à dire concernant ces figures connues de tous sinon qu’elles n’ont pas pris une ride.

 

Mais évidemment les habitants du pays de merveilles font, en somme, partie de ce paysage, les vrais protagonistes sont ailleurs. Mis à part le couple principal Outa/Arisu, on ne comptera que Clo, un petit lapin noir qui vous sert de guide, l’animal de compagnie de la jeune fille ayant atterri là on ne sait trop comment (et dans une moindre mesure la duchesse, ressemblant trait pour trait à la mère d’Arisu) comme « nouvel arrivant ». De ce fait, cela évite de s’éparpiller en demeurant toujours centré sur la relation qui unit les deux amis, une relation pas si évidente que cela à décrypter dans le sens où Arisu ne cesse de se dérober à toute interprétation pendant une bonne partie du voyage. Mais quand elle se révèle enfin, on ne peut que partager son dilemme, son envie d’évasion, ou plutôt son envie d’être Alice. En effet, Arisu et Alice sont deux personnes différentes.

 

Tokyo-Alice-004.jpg

 

Les deux Alice

Le jeu de mots japonais est difficile à traduire mais le concept reste relativement simple et c’est sur cela que se base l’intégralité de l’histoire : Arisu n’est pas et ne sera jamais l’héroïne de Lewis Carrol. Elle a hérité de ce nom de sa mère, admiratrice du livre éponyme, et elle-même est devenue fan d’Alice au Pays des Merveilles dès l’enfance au point de vouloir devenir Alice et d’être obsédée par l’idée d’échapper à la monotonie de la réalité par un rêve qui serait à la fois doux et cruel, un rêve qui serait sien. Aussi, dès que Outa la voit attifée de cette robe de conte de fée, elle exigera d’être appelée « Alice », comme pour gommer définitivement toute trace de la jeune fille réelle au profit de la figure fantasmée.  D’où le poème qui sert souvent de synopsis au VN :  

« Hey, Alice. Don't you regret it ? Hey, Alice. Don't you miss it ? Hey, Alice. Don't you wish you could return to that land ? Hey, Alice »

En ce sens, Tokyo Alice n’est plus tant une énième variation de Lewis Carrol que la triste histoire d’une adolescente perdue qui voudrait simplement se réfugier dans ses rêves comme le faisait autrefois l’héroïne du roman.

 

D’ailleurs, en un sens, on peut considérer qu’Arisu n’est même pas la Alice de son propre pays des merveilles car, comme elle le dit si bien, la vraie Alice est censée être un « outsider », un élément étranger égaré là par hasard. Or, ce rôle n’est-il pas justement dévolu à Outa ? Il est celui qui erre à travers le parc en quête d’une sortie. Arisu, elle, voulait être un habitant comme un autre du pays des merveilles, et pour cela, elle s’est arrogé un rôle finalement évident (d’autant plus quand on connaît la fin d’Alice de l’autre côté du miroir) puisqu’il s’agit de l’autre côté de la pièce. Je ne sais pas si c’est un spoil de l’avouer puisqu’on le découvre à la moitié de l’aventure mais je préviens quand-même ceux qui voudraient se préserver la surprise. Le véritable rôle d’Arisu est, bien sûr [léger spoil] la reine de cœur[léger spoil]. C’est bien normal quand on sait qu’elle a tout pouvoir sur cet univers né de son imagination. 

 

Tokyo-Alice-002.jpg

 

"That way" "This way" "Here" "Dead end" "There" "Wrong way" "Take this path" "Everywhere" "Nowhere"

Je n’ai fait qu’effleurer l’intrigue de Tokio Alice pour ménager les lecteurs puisque, comme je l’avais annoncé dès le début, il y a un « twist » derrière la façade joyeuse du pays des merveilles. Cette révélation est déjà préparée par énormément de petits détails situés dans les conversations badines des personnages loufoques, mais elle est parfaitement développée et touche droit au cœur. Arisu n’est qu’une jeune fille ordinaire, quoiqu’un peu rêveuse, mais on ne peut pas s’empêcher de ressentir de l’empathie par rapport à son schéma de pensée, sa difficulté à évacuer la douleur et à surmonter la solitude. Les larmes sont donc de sortie.

 

Un dernier point avant de conclure, mais les plus attentifs auront remarqué que dès l’introduction une petite phrase nous prévient qu’il est possible d’obtenir un « happy end ». Il est facile d’oublier cette mention sibylline, pourtant c’est un indice non négligeable. Il se trouve qu’après avoir complété le visual novel une première fois (ce qui doit prendre 2h au bas mot) un jeu de memory de 14 cartes est disponible dans le menu. Il n’est pas très difficile mais la silhouette d’Arisu apparaît comme une ombre, ce qui est légèrement intriguant. C’est qu’en réalité il existe un second jeu de memory, de 50 cartes cette fois (où Arisu sera visible normalement) uniquement déblocable après avoir complété le VN à 100%, c'est-à-dire avoir visionné toutes les bad end (les conseils du chat du Chester donc) et tous les embranchements possibles. Ce nouveau memory est bien plus difficile (avec un temps très limité) et permet d’accéder à quelques lignes supplémentaires, faisant office d’épilogue à l’histoire (on y apprend notamment des choses très intéressantes quant au sort de certains personnages). Ce qui est affreusement ironique là-dessous c’est que dans une des bad end, Arisu condamne Outa à jouer au memory jusqu’à la fin de ses jours, enfin toute la nuit...et c’est exactement ce qui va arriver au joueur soucieux d’accéder à ce fichu épilogue. Quand je vous disais que les concepteurs prenaient un malin plaisir à vous narguer !

 

Tokyo-Alice-005.jpg

 

 

En conclusion, Tokyo Alice est un visual novel qui mérite davantage à être connu. Derrière des prémices assez simplistes, il parvient à nous livrer une vision finalement très réaliste de l’univers déjanté de Lewis Carrol en le liant fermement à notre monde contemporain et à ses travers. S’y mélange à la fois la nostalgie chère aux aficionados du livre et une belle intelligence dans la construction de l’intrigue avec des jeux de miroir constants. Définitivement une version d’Alice au Pays des Merveilles intéressante.

 

A noter que malgré la difficulté que comportait la présence de nombreux jeux de mots en japonais, la traduction anglaise ne s’en est, à mon sens, pas trop mal sortie. Je sais qu’il existe également une version française mais je n’y ai pas touché donc j’ignore ce qu’elle vaut, si certains préfèrent bouder la langue de Shakespeare, je serais ravie d’entendre leur avis sur cette traduction.

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