26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 17:36

Eroge

 

PREMIERE HISTOIRE
QUI TRAITE D'UN MIROIR ET DE SES MORCEAUX

 

Il était une fois un méchant sorcier, un des plus mauvais, le Diable en personne. Un jour qu’il était de fort bonne humeur il avait fabriqué un miroir très spécial, un miroir ensorcelé dont la particularité était que le Bien et le Beau en se réfléchissant en lui disparaissaient mais que tout ce qui était laid apparaissait nettement et empirait encore. Les plus beaux paysages étaient réduits à néant, ressemblaient à de la bouillie informe et repoussante, de même les plus jolies personnes y apparaissaient monstrueuses à en faire peur, leurs visages étaient si déformés qu’ils n’étaient plus reconnaissables. Le diable trouvait ça très amusant. Pour la première fois, disait-il, on voyait comment la Terre et les êtres humains sont réellement.

 

Les apprentis sorciers sous son autorité racontaient à la ronde que c’est un miracle qu’il avait accompli là. Ils voulurent voler vers le ciel lui-même pour se moquer aussi des anges. Plus ils volaient haut avec le miroir, plus ils ricanaient. C'est à peine s'ils pouvaient le tenir et ils volaient de plus en plus haut, de plus en plus près de Dieu et des anges, alors le miroir se mit à trembler si fort dans leurs mains qu'il leur échappa et tomba dans une chute vertigineuse sur la Terre où il se brisa en mille morceaux, et alors, ce miroir devint encore plus dangereux qu'auparavant. Certains morceaux voltigeaient à travers le monde, aussi légers que des grains de sable. Si par malheur quelqu’un recevait un éclat dans l’œil, le pauvre accidenté ne voyait plus que ce qu’il y avait de mauvais en chaque chose, le plus petit morceau du miroir ayant conservé le même pouvoir que le miroir tout entier. Quelques personnes eurent même la malchance qu'un petit éclat leur sautât dans le cœur et, alors, c'était affreux : leur cœur se changeait en pierre, ils ne pouvaient plus sentir ni compassion ni pitié. Ils étaient maudits.

 

Mais ce n'était pas fini comme ça. Dans l'air volaient encore quelques parcelles du miroir !

 

La Reine des Neiges, Hans Christian Andersen

 


 

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C'est l'histoire de Fuminori Sakisaka, un étudiant en médecine ordinaire, dont la vie bascule le jour où il est victime d'un accident de voiture Ses parents décèdent sur le coup tandis que lui reste entre la vie et la mort. Pour le sauver, le corps médical lui opère le cerveau de manière assez expérimentale. Il s'en sort mais non sans effets secondaires particulièrement atroces. Désormais ses sens sont complètement déboussolés et le monde devient un véritable cauchemar : les êtres humains sont des monstres défigurés, les rues couvertes d'organes, la nourriture a un goût répugnant et même les fleurs sentent la pourriture.

Évidemment c'est un drame pour lui mais Fuminori décide de garder son mal secret de peur d'être enfermé à l'asile ou pire, de servir de cobaye à des expériences scientifiques toute sa vie. Chaque jour il s'enfonce un peu plus dans la folie tandis que ses anciens amis, physiquement morts à ses yeux, s'inquiètent de plus en plus à son sujet. Une nuit, à l'hôpital, alors que Fuminori décide de se suicider pour mettre fin à cette horreur, il croise le chemin de Saya, la seule figure humaine des environs. Mais qui est-elle vraiment et pourquoi peut-il la voir normalement ?

 

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Saya no Uta est un visual novel érotique réalisé par la firme Nitro+ en 2003 avec Chūō Higashiguchi (Mnémosyne, une bonne partie des jeux Nitro+) au character design et Gen Urobuchi (Puella Magi Madoka Magica, Phantom of Inferno) au scénario et encore aujourd’hui il fait figure d’OVNI dans le média, notamment à cause de son univers atypique et noir.

 

D’emblée, on découvre avec stupéfaction et dégoût le monde tel qu’il est perçu par Fuminori, un monde dégueulasse, cauchemardesque, l’image trop vivante de l’enfer sur terre. Les rues sont parsemées de tripes et de cadavres, les passants sont des créatures hideuses qui crachent des sons grésillant en guise de paroles. Tout y sent mauvais, tout y est pourri, en décomposition. Fuminori avait des amis, aujourd’hui il ne les comprend plus ; comment le pourrait-il ? Kōji, son meilleur ami, sa petite amie Ōmi, la timide et jolie Yō qui ne lui semblait pas indifférente, sont comme morts à ses yeux. Ce sont des abominations désormais, plus les visages souriants d’autrefois. En un sens, le héros de Saya no Uta est très similaire à Kay de la Reine des Neiges d’Andersen qui reçoit des fragments du miroir maléfique et dans l’œil et dans le cœur. C’est la même descente aux enfers...en plus violent. Et si on poursuit la comparaison, l’amie d’enfance incarnée par Yō a tout d’une Gerda, sauf que celle-ci est parfaitement impuissante. Pour tout ce qu’il endure, on se surprend très vite à faire preuve de beaucoup de compréhension à l’égard de Fuminori : certes il se montre de plus en plus antipathique avec ses amis et d'une froideur assez glaçante, mais c’est parfaitement justifié quand on sait qu’il se débat chaque jour contre la folie.

 

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C’est d’ailleurs là qu’intervient Saya. La jeune fille est un peu son seul espoir, le dernier fil qui retient Fuminori à ce monde hideux dont il ne peut s’échapper, la seule source de chaleur et d’humanité. Elle va donc prendre de plus en plus d’importance puisque c’est le seul refuge dont il dispose pour se sauver du désespoir. Or, vous vous doutez bien que la demoiselle a quelque chose à cacher, que quelque chose cloche : elle ne sort que très tard la nuit de peur d'être vue, prétend ne pas avoir d'amis car elle fait peur à tout le monde et n'a pas l'air d'avoir de domicile. Je pense que je ne vous spoilerai pas si je vous dis que Saya n'est pas tout à fait humaine. Sa véritable apparence n'est jamais vraiment montré mais comme Fuminori le fait lui-même remarqué dans une des fins, si les choses normales lui apparaissent monstrueuses et que les choses monstrueuses lui apparaissent magnifiques, elle doit avoir une forme assez unique.

 

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Et c’est finalement là l’aspect le plus intéressant du scénario. Tout comme la Reine des Neiges, Saya no Uta met en scène la lutte du Bien contre le Mal mais en la pervertissant au plus profond degré. Depuis que ses sens ont été bouleversés, Fuminori ne cesse de finalement perdre son humanité. D’où la question : Qui de Saya ou des amis de Fuminori est le plus humain ? Qui est le méchant ? Qui est le gentil ? La réponse ne change-t-elle pas radicalement selon notre perception ? Il y a un aspect presque philosophique qui est palpable. Saya no Uta force le joueur à se poser des questions à mesure qu’il avance dans l’aventure, mais aussi à remettre en cause ce qu’il croyait.

 

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Il n’y a pas énormément de personnages dans l’œuvre mais ils sont tous soigneusement travaillés. En plus du couple principal autour duquel gravite l’intrigue, on compte donc Kōji, Ōmi et Yō dans le trio des amis ainsi que Ryōko, le médecin en charge du cas de Fumnori aussi redoutable que belle. Saya no Uta n’étant définitivement pas pour les enfants, tous ces personnages, même les deux ou trois secondaires en plus, vont en baver sévèrement : cannibalisme, viol, meurtre/massacre (à ce stade ce n'est plus « juste » du meurtre), cruauté simple, tentacules, sadisme, tout le monde va en prendre pour son grade. Ce qui fait de ce jeu une oeuvre incroyablement gore (pas tant par les images que par les situations en elles-mêmes) donc à déconseiller aux âmes sensibles. Évidemment, comme c'est un eroge, il y a aussi des scènes de sexe, or la plupart d’entre elles servent surtout à accroître l’horreur et sont par là presque indispensables à l’ambiance du jeu. Seules les scènes d’amour entre Saya et Fuminori paraissent plus dispensables, mais elles sont aussi nécessaires parce qu’elles permettent d’établir un contraste.

 

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Qu'est-ce qu'il y a de si fabuleux dans Saya no Uta pour que j'en parle comme ça avec des larmes aux yeux, ou presque ? Je dirai que malgré le côté gore, il y a un charme indubitable à cette oeuvre. Gen Urobuchi sait vraiment changer la laideur en beauté. Les graphismes magnifiques (même si terriblement inquiétants dès que des tripes sont dans le coin) et la musique, qui l’est tout autant, l’attestent et collent parfaitement avec l’ambiance glauque, l’accentuent. Le seul défaut qu’on pourrait trouver à ce bref eroge serait l'interactivité moindre. En effet, vous ne décidez de rien ou presque car en tout il n'y a que deux fois où on vous demandera votre avis. En somme on se rapproche plus du kinetic novel (linéaire) que d’un visual novel à choix. Il y a trois fins possibles, toutes très tristes, qui vous chatouilleront les yeux [spoiler] et dont la meilleure montre Saya, telle une chrysalide devenant papillon, accéder à un autre niveau d'existence [spoiler]

 

  Un des thèmes les plus marquants du jeu, Song of Saya I, par Toshimichi Isoe

 

En conclusion : si vous êtes majeur et que vous avez les tripes bien accrochées, c'est résolument une expérience que je recommande, une sorte de fusion improbable et envoûtante entre le conte d’Andersen et le mythe de Cthulhu. Vous trouverez assez facilement des traductions sur le net vu la popularité du jeu (il y en a même une en français chez Nnuuu).

 


Edit 27/11/11 : L'article a été totalement refondu, pour le retrouver sous sa forme originale (histoire de comparer mes progrès en analyse peut-être ), je vous redirige vers mon ancien blog.

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commentaires

Likhos 11/12/2013 12:20

Tiens, Saya no Uta a eu droit à une release officielle US, apparemment. (sans la censure et avec traduction améliorée)
(en vente sur le site de jast usa)

ça fais longtemps que je ne l'ai pas lu, faudra que j'y refasse un tour.

Helia 20/12/2013 16:31



Oui, oui, JAST USA a effectivement sorti officiellement le jeu. J’ai chez moi l’édition boîte US de Saya no Uta dédicacée par Urobuchi et le boss de Nitro+, c’est plutôt la classe…même si en vrai
elle appartient à mon coloc’ donc c’est pas mon nom dessus XD.



Coronae 25/01/2013 13:38

Depuis le temps que je voulais écrire ce commentaire mais que la flemme me dominait !

Ce VN a eu un effet... Bizarre sur moi. ._.
J'étais tellement pris dans l'histoire qu'au final, je suis retombé dans un manichéisme digne d'un Disney. :3

Fuminori et Saya sont les gentils, les autres sont des connards qui doivent mourir. Point final.

Heureusement que j'ai eu la lucidité de réfléchir un peu à l'histoire après. :3
Mais quoi qu'on en dise, Saya restera dans mon coeur une petite loli resté "pure". e_e

Helia 27/01/2013 17:17



Assez paradoxal comme comportement, surtout que Saya est vraiment tout sauf pure. Mais je crois que je comprends le sentiment XD.



Shamrodia 01/06/2012 21:26

" le contenu n’est pas à mettre entre toutes les mains"

Totalement d'accord

Effectivement, j'ai dû mal comprendre ouais.

Shamrodia 22/05/2012 23:51

Tu avais dit une fois qu'il fallait mieux commencer par Yume Miru si on voulait aborder les VN. Je ne pense pas.

Si il y avait pas eu ce jeu pour me "détentre" après l’expérience traumatisante de Saya No Uta, je serais mal.

Après, c'est peut-être dû à mon côté lolicon

Helia 01/06/2012 18:17



Tu déformes mes propos. J’ai juste estimé que Yume Miru Kusuri était un bon jeu pour commencer les eroges (pas les VNs, hein, les
eroges, la nuance est importante) parce que relativement soft et avec des histoires très touchantes. Je n’ai jamais prétendu qu’il fallait à tout prix commencer par celui-là. Pour le reste c’est
à toi de voir selon tes sensibilités et tes goûts personnels, tu n’as pas besoin que je vienne te prendre par la main, je suppose ;).


 


Et Saya no Uta, j’ai toujours trouvé que quand on n’y connaissait rien aux eroges, c’était pas forcément très judicieux de commencer par là (même si certains comme Sirius ont adoré l’expérience,
le contenu n’est pas à mettre entre toutes les mains).



Padré 27/03/2012 09:19

Holà !

Alors que dire...

Tout d'abords j'ai eu peur, très peur, au début de l'histoire.
Pas pour l'histoire en elle-même, étant féru de SF/Anticipation et d'horreur/policier, les choses racontées sont presque banales au départ, ni pour les images qui sans être magnifiques sont très
bien dessinées, idem pour les sprites et il n'y à rien de choquant dans tout ça pour un être insensible dans mon genre.
Non, ce qui m'à rebuté c'est la façon dont le récit m'à paru m'être presque forcé à avaler dans la première partie.
Des détails, souvent gros comme des maisons, sont omis, consciemment ou non je ne peux pas le savoir.

Fort heureusement, très vite, à peine une heure ou deux de lecture et le récit se recentre parfaitement pour finir en beauté sur des révélations que je n’espérais même pas en pensant l'histoire
tournée vraiment horreur et non pas avec cette gros pointe de SF qui valide sans aucun soucis cette analogie avec le mythe de Cthulhu que tu avance.
Et donc malgré le départ qui m'aura été particulièrement difficile, voir éprouvant, je suis plus que comblé par l'histoire dans son ensemble quelle que soit la fin prise, même la première un peu
prématurée.
J'ai finalement passé plus de temps sur cette oeuvre que je ne le croyais au départ, la pensant bien plus courte mais ce n'est pas un mal au vue du plaisir qu'elle m'à procuré ^^.

Une autre petite chose m'à rebuté, c'est les différentes scène de sexe, j'y suis habitué avec la tonne de trucs débiles que j'ai déjà bouffé mais contrairement à tout ça où les donzelles ont des
formes pulpeuses voir grotesques, Saya ayant une apparence vraiment gamine et n'ayant pas ce genre de penchant pédophile, j'étais plutôt mal à l'aise même si ces scènes, on le sais à la fin, sont
"indispensable" au final.

En ce qui concerne la musique elle est dans l'ensemble très très bien composée et pour les titres faisant partie du thème principal (en gros Song of Saya I ainsi que Sin) vraiment...
envoûtantes.
Je remercie d'ailleurs les créateurs qui ont eu la bonne idée de concevoir ce VN de façon simple, toutes les données sont accessibles très facilement, en brut ou très peu cachées.

La traduction française par NUUU est vraiment impeccable, les tournures de phrase sont propres, sans fioritures et je n'ai repéré qu'une seule faute, vers la toute fin du récit, un "que" je crois,
oublié en début de phrase.

En conclusion je suis vraiment un gros con d'être passé durant tant d'années à coté de ce VN pour des raisons débiles que je pouvais contourner sans soucis si je me bougeais un peu le cul de temps
en temps ;).

Helia 28/03/2012 14:56



« Tout d'abords j'ai eu peur, très peur, au début de l'histoire. [...] Non, ce qui m'a rebuté c'est la façon dont le récit m'a paru m'être presque forcé à avaler dans la première partie. Des
détails, souvent gros comme des maisons, sont omis, consciemment ou non je ne peux pas le savoir » = J’avoue que je ne saisis pas ce qui a pu te gêner dans le début de Saya no Uta, peut-être
parce que j’y ai joué il y a très longtemps. De quels détails parles-tu ? Quel aspect du récit ?


 


« Et donc malgré le départ qui m'aura été particulièrement difficile, voir éprouvant, je suis plus que comblé par l'histoire dans son ensemble quelle que soit la fin prise, même la première
un peu prématurée. J'ai finalement passé plus de temps sur cette oeuvre que je ne le croyais au départ, la pensant bien plus courte mais ce n'est pas un mal au vue du plaisir qu'elle m'a
procuré » Heureuse de l’entendre. Après je suis un peu étonnée par tes remarques sur la durée puisque Saya no Uta reste tout de même un visual novel extrêmement court, contrairement à des
monstres comme Ever17 où il te faut des semaines pour en arrver à bout (avec plaisir).


 


« Une autre petite chose m'a rebuté, c'est les différentes scènes de sexe, j'y suis habitué avec la tonne de trucs débiles que j'ai déjà bouffé mais contrairement à tout ça où les donzelles
ont des formes pulpeuses voir grotesques, Saya ayant une apparence vraiment gamine et n'ayant pas ce genre de penchant pédophile, j'étais plutôt mal à l'aise même si ces scènes, on le sait à la
fin, sont "indispensable" au final » = Ah, je vois ce que tu veux dire. C’est parce que Saya est une loli. Je ne supporte pas les scènes de sexe avec les lolis non plus mais comme on en
trouve systématiquement dans les eroges, on finit par s’y habituer.


 


« Je remercie d'ailleurs les créateurs qui ont eu la bonne idée de concevoir ce VN de façon simple, toutes les données sont accessibles très facilement, en brut ou très peu cachées » =
De façon simple ? Je ne comprends pas non plus. Tu parles du nombre réduit de choix ?


 


« La traduction française par NUUU est vraiment impeccable, les tournures de phrase sont propres, sans fioritures et je n'ai repéré qu'une seule faute, vers la toute fin du récit » =
J’espère que tu le lui as dit, ça devrait lui faire plaisir ^^.


 


« En conclusion je suis vraiment un gros con d'être passé durant tant d'années à coté de ce VN pour des raisons débiles que je pouvais contourner sans soucis si je me bougeais un peu le cul
de temps en temps » = Tu vois, finalement, il y a des tas d’œuvres susceptibles de te plaire qui n’attendent que le fait que tu les trouves =).



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