17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 21:07

Comme les gens de goût le savent un évènement de grande importance s’est déroulé cette semaine (non, pas les résultats de mi-parcours des TM Golden Blog, seriously, revoyez vos priorités). Pour ceux qui ne verraient pas du tout de quoi il s’agit, je propose une petite rétrospective. Il n’est jamais trop tard pour découvrir un chef d’œuvre, pas vrai ?

 

Alice.jpg

 

En 2001 un monsieur répondant au doux nom d’American McGee, développeur chez Electronic Arts, sortait son propre jeu, librement inspiré du célèbre conte de Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles et de sa suite, Alice de l’autre côté du miroir. Mais voilà, ne vous attendez pas à une adaptation gentillette et ordinaire comme fut le film pourtant très attendu de Tim Burton. Non, là on joue dans un tout autre domaine. Car oui, le jeu est déconseillé aux moins de 16 ans si je me souviens bien. Devinez pourquoi  !

 

 

Notez l'utilisation de la comptine

Alice est une petite fille à l’imagination débordante qui aime voyager au Pays des Merveilles. Mais voilà qu’une nuit, un incendie ravage sa maison et la laisse seule survivante. Après avoir assisté à la mort de ses proches, elle plonge dans la folie et se fait internée à l’asile Rutlege pendant de nombreuses années. Allongée sur son lit d’hôpital, le regard vide, la pauvre Alice mène une existence guère enviable jusqu’au jour où son lapin en peluche prend vie et l’incite à le rejoindre au Pays des Merveilles. Après une longue chute dans son inconscient, elle retrouve finalement ce monde fantastique désormais dévasté et cauchemardesque que dirige d’une poigne de fer la terrible Reine de Cœur.

 

J’ai découvert American McGee’s Alice dans les années 2007 grâce à un ami de lycée qui, connaissant mon amour immodéré pour le conte de Lewis Carroll, eut la bonne idée de m’apprendre l’existence de ce jeu. Au départ il m’avait montré le manuel de jeu qui, en lui-même, est vraiment intéressant. En effet toute l’aventure d’Alice se déroule au Pays des Merveilles et le manuel s’en fait l’écho en racontant sous forme de journal, la vie de la jeune fille dans la réalité (qu’on ne voit jamais autrement en dehors des cinématiques), à travers le regard de son docteur. Il n’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité. Dès le début j’ai su que ce jeu avait été fait pour moi et immédiatement j’étais fan.

 

 

 
American McGee’s Alice ne possède pas de gameplay extraordinaire et les graphismes, certainement très beaux à l’époque commencent à vraiment vieillir mais ce n’est pas ça le plus important. Le plus important c’est l’ambiance, l’histoire, les personnages qui font que ce n’est pas un jeu ordinaire. Pour commencer l’héroïne adopte un look qui flirte du côté du gothisme avec ses grandes bottes noires classes, son mascara prononcé, les taches de sang sur sa robe et cette fameuse tête de mort qui lui sert de nœud papillon (le détail qui tue). On est loin de la gentille blondinette de Disney, non cette Alice là est une adolescente brune aussi cynique que dérangée et elle n’hésite pas à massacrer ce qui se trouve sur son chemin. Elle possède une classe inouïe et la fragilité de sa santé mentale fait qu’à la base il est difficile de ne pas s’attacher à cette fille bizarre, brisée de l’intérieur et d’un aplomb incroyable à l’extérieur. Pour donner libre cours à ses instincts psychopathes elle a accès un certain nombre d’armes toutes inspirées de l’univers Lewis Carroll et toutes complètement perverties.
Alice-01.jpg
Ainsi le premier soutien matériel d’Alice sera un couteau de boucher avec lequel elle peut trancher les têtes des cartes de cœur envoyées par la reine (vous voyez pourquoi c’est gore maintenant =D ?) mais ce ne sera pas le seul. Entre les cartes à jouer tranchantes comme des lames de rasoir, le maillet de croquet qui sert de massue, le diable en boîte qui fait office de bombe destructrice, les dés qui permettent d’invoquer des démons (démons qui n’hésitent pas à t’attaquer si tu utilises l’arme n’importe comment), les osselets à pics qui rebondissent contre les murs ou encore la montre qui stoppe le temps, il y a clairement de quoi s’amuser !

L’autre grand allié de cette nouvelle Alice, en dehors du couteau de boucher, est le chat du Chester qui a un peu maigri depuis le dessin animé Disney. Avec son corps squelettique, ses tatouages et ses percings, il a de quoi faire peur, c’est pourtant votre plus fidèle conseiller qui se complaît à apparaître de nulle part pour vous débiter des énigmes d’une voix doucereuse et disparaître comme il était venu avec un rictus plus maléfique que rassurant. Le chat du Chester respire le charisme à plein nez, c’est assez fou.

 

Alice-02.jpg

 

A partir de ces quelques postulats de base vous êtes largués dans un pays qui n’a plus rien de merveilleux et il va falloir faire chauffer le couteau pour rejoindre le domaine de la Reine de Cœur et lui faire sa fête. D’ici là la route sera parsemée d’embûches : vous devrez, par exemple, traverser un échiquier où blancs et rouges se livrent une bataille sans merci (et assisterez en live à une décapitation =D), la vallée des larmes en étant toute petite (et les insectes ne sont pas très amicaux de ce côté-là), la terre de feu, le domaine du miroir et un labyrinthe avant d’enfin parvenir dans un palais qui semble organique et qui vous donnera la désagréable impression de marcher sur des morceaux de chair fraîche encore frémissants. Impression d’autant plus renforcée que la Reine de Cœur apprécie tout particulièrement l’usage des tentacules. Mais pour parvenir jusqu’à elle il faudra d’abord défaire ses acolytes dont le Chapelier Fou qui vit dans une antre mécanique remplie de rouages, d’horloges et de symboles sataniques ensanglantés ou pire, le Jabberwock, une créature aussi abominable que perfide.

 

Alice-03.jpg

 

Je ne m’y connais pas assez pour juger des qualités techniques du jeu (même si certains l’ont trouvé un peu court) donc je m’attarderai surtout sur l’histoire. Car ce qui est intéressant dans American McGee’s Alice c’est que le Pays des Merveilles n’est qu’une métaphore représentant le monde imaginaire de l’héroïne. Il est, en somme, à son image et ses longues années d’internement en ont fait un pays de cauchemars et d’hallucinations morbides. Le but n’est alors pas juste de battre bêtement tous les monstres qui passent par là, c’est plus subtil : la Reine de Cœur est la personnification de la folie d’Alice, cette dernière ne peut donc espérer retrouver sa santé mentale qu’en la mettant en pièces. Tout repose donc plus ou moins sur sa volonté de s’en sortir malgré le terrible souvenir de l’incendie dont elle se sent responsable. Le jeu abonde de détails qui renvoient à cette folie omniprésente ou à la vie « réelle » d’Alice. Par exemple, l’omniprésence de petits gnomes qui ne peuvent s’exprimer qu’avec des bruits grotesques et qui sont tour à tour à l’air libre, cobayes des expériences du Chapelier ou enfermés dans des cellules capitonnées dont Tweedle-Dee et Tweedle-Dum sont les gardiens, ou encore le thème du temps qui est maltraité partout, sous toutes les formes possibles et imaginables.

 

Alice-04.jpg

 

L’ambiance glauque d’American McGee’s Alice est accentuée par une bande-son superbe composée par Chris Vrenna qui a déclaré dans des interviews s’être largement servi d’instruments de musique « pour enfants » pour mieux les détourner et en extraire des sons inquiétants et déformés. Saupoudrez le tout de quelques chœurs féminins angoissants et de rythme très semblable à un compte à rebours et vous obtenez une assez belle réussite. Toutes les pistes sont vraiment chouettes mais je retiens tout particulièrement la très planante Flying on the Wings of Steam (qui paradoxalement est la moins en rapport avec le thème pays des merveilles), I’m Not Edible ou encore des thèmes qui ne se retrouvent malheureusement pas dans l’OST officielle comme celui du combat contre le Jabberwock et contre le boss final (celui-là donne des frissons).

 

Alice-05.jpg

 

American McGee’s Alice est de loin mon jeu préféré et garde une place très particulière dans mon cœur. Je pense qu’il n’est clairement pas déplacé de le conseiller à tous les amateurs de jeux matures un peu gores, du livre original, aux gens qui ont été déçus par le film de Tim Burton ou plus globalement tous ceux qui aiment les expériences nouvelles. C’est vraiment un voyage intense dont on ne se remet pas.

 

Le rapport avec ces derniers jours ? Electronic Arts a annoncé il n’y a pas si longtemps qu’une suite était en préparation. Vous pensez bien que les fans ont commencé à saliver à cette annonce prometteuse. Un petit trailer est même sorti :

ATTENTION, déconseillé aux personnes sensibles (j’espère que vous n’êtes pas en train de manger)

 



Pour une amatrice comme moi, c’est clairement une excellente nouvelle. Dix ans après le jeu original, Alice : Madness Returns est enfin sorti sur PC, PS3 et Xbox, le 16 juin en France, le 14 aux USA. Et que dire sinon que ça l’air magnifique ? Le peu que j’en ai vu semble légèrement en dessous du premier Alice (pas de carte, ce qui est un peu dommage, certains lieux que j’aurais aimé revoir) mais ça a tout de même l’air d’un très bon titre. Donc oui, CECI est l’évènement le plus important de la semaine et rien, ni l’E3 ni la sortie de Duke Nukem Forever ou je ne sais quoi n’a pu faire monter mon enthousiasme au même point que Madness Returns. En plus j’ai cru comprendre qu’en achetant le nouveau jeu, on obtiendrait une version immatérielle d’American McGee’s Alice donc raison de plus pour se jeter sur ce produit et découvrir cet univers fascinant et profondément  morbide. Sur ce, vous m’excuserez, je suis tellement deg’ de ne pas avoir pu me procurer la version PC le jour de la sortie (visiblement on ne vend pas la version PC en magasin, grumbl) que je sens que je vais sortir dehors avec mon couteau de boucher pour me défouler un peu sur cette théière géante à œil de cyclope. Et après ça j’irai jouer au flipper avec une tête de bébé mort. Et je mettrais la robe à tentacules de la Reine de Cœur. Le sang va gicler dans les chaumières !

 


 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Kapalsky 01/09/2013 21:04

"Alice "est vraiment une expérience super-déroutante. Là où le premier épisode fait dans le glauque bien sombre de café, la suite toutefois se révèle plus colorée, sans perdre trop de son caractère
horrifique, mais sans l'impact du premier épisode, qui pour le coup frappait aux tripes. Le genre de jeu pour lequel on ne jouerait rien que pour l'ambiance, ou pour se faire bien frissonner :D

Helia 08/09/2013 00:04



Je dois dire avoir été extrêmement déçue par Madness Return que j’attendais avec beaucoup d’impatience. Au final, les graphismes ont été améliorés et c’est bien tout. La musique est devenue fade
et le scénario à la fois alambiqué et convenu à en pleurer. Une sombre histoire de viol ? C’était tout ce qu’ils ont pu trouver ? Ben, c’est triste… L’univers du Pays des Merveilles est
complètement sous-exploité, on retrouve à peine les personnages charismatiques du précédent volet (à l’exception du chat, encore heureux), les nouveaux sont inintéressants, l’ambiance se perd
complètement. Bref, à part quelques moments intéressants, quelques détails, quelques essais, j’en ressors amère =/.



Morpheen 23/05/2012 17:39

Hey super article, je viens juste de finir le walkthrough du 1er jeu. Je ne sais pas si tu connais Silent Hill, un jeu un peu dans la même veine mais en un peu plus "mature" et angoissant je
dirais.

Helia 01/06/2012 18:13



Je connais de nom mais je n’ai guère le temps de commencer de nouveaux jeux en ce moment, désolée :x.



MiRo-Lyn 09/10/2011 15:39


Un jeu sur le monde d'Alice version gore et bien glauque, ça c'est une idée en or. L'univers de base complètement délirant s'y prête bien il faut dire (Lewi Carrol devait bien aimer les champignons
^^)et c'est tellement plus intéressant comme ça (non non je n'ai aucune tendance psychopathe non XD). Ton article m'a donc bien convaincue. Le premier jeu n'est disponible que sur PC?


Helia 12/10/2011 20:59



« Un jeu sur le monde d'Alice version gore et bien glauque, ça c'est une idée en or. L'univers de base complètement délirant s'y prête bien il faut dire » = Ah mais tout à fait,
American McGee a pas été idiot dans son choix : c’est un univers à la fois très connu et très facile à exploiter dans tous les sens, il a juste poursuivi l’histoire à sa manière et force est
de constater que ça fonctionne super bien.


 


« Le premier jeu n'est disponible que sur PC? » = Le premier jeu n’est désormais plus achetable qu’avec Madness Returns, si je ne me trompe pas, et comme ce dernier est aussi disponible
sur Xbox 360 et PS3, il ne devrait pas être trop osé de dire que tu peux maintenant l’essayer sur ces deux plates-formes ;). Mais sinon oui, à la base American McGee Alice ne devait être que
sur PC.



Jess_otaku 09/07/2011 17:42


Faut que j'achète! *.*


Helia 10/07/2011 17:07



Je devrais demander à Electronic Arts et Spicy Horse de me subventionner pour leur avoir fait de la pub =D



Aquasys 07/07/2011 19:07


J'aime pas contrarier le Grand Chef Hadopi, mais je ne vois pas d'autres solution. Reste à trouver où (^.^)


Présentation

  • : La mélancolie d'une otaku
  • La mélancolie d'une otaku
  • : Le WTF n'a pas de frontières ! Ou de la supériorité de la japanimation sur nos pauvre cerveaux. La mélancolie ? Ce qu'il y a de l'autre côté de la folie...
  • Contact

Accueil

 

 

Bienvenue dans ma faille spatio-temporelle

Blood
   

  Où me trouver sur l'internet :

Lastfm-kirika2

Twitter-kirika2.jpg

 

MAL-Yuka.jpg


FB.jpg
C'est tout ce que ça te fais quand je te dis qu'on va manger des crêpes ?

Aggregateurs :

samag.jpg

nanami.jpg

Rechercher

Patreon

 

Träumendes Mädchen

Catégories