5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 12:39
Après s'être perdue à faire un bilan WTF, revenons à la japanimation avec un anime assez peu connu : Chikyuu Shoujo Arjuna

Juna est une adolescente comme les autres et adepte du tir à l'arc jusqu'au jour où elle décide d'aller à la mer avec Tokio, son petit ami. Malheureusement, elle meurt pendant le trajet, aspirée par une étrange lumière. Au moment de s'envoler loin de ses proches, une voix retentit et lui propose un pacte : si elle combat les Raajas, des créatures menaçant la planète, il la fera revenir à la vie. Juna n'a guère le choix et ne connaît pas encore toutes les conséquences qu'entraînera sa réponse.




Mais qu'était-elle allée faire dans cette galère ?
Les deux premiers d'Arjuna posent rapidement les bases : ce sera un anime atypique ou ne le sera pas. Avec un petit nombre de personnages (Juna, son petit ami, sa soi-disant meilleure amie Sayuri, Chris un être étrange et Cindy l'enfant-télépathe qui l'accompagne toujours) et une très bonne réalisation, la série entreprend en 13 épisodes de nous faire découvrir différents aspects de la vie au travers d'un fil conducteur : la détresse de la Terre et l'environnement.
Première critique : si l'opening , chanté par Maaya Sakamoto est très plaisant à écouter (un vrai rayon de soleil), on peut d'ores et déjà annoncer une petite déception et dire que les producteurs ne se sont pas foulés : ce ne sont que des morceaux d'épisodes qui défilent tout au long de la chanson, chanson qui est la même pour l'ending.
Deuxième critique : le triangle amoureux. Si vous ne vous en étiez pas encore doutés, Sayuri est amoureuse de Tokio et ferait n'importe quoi pour le piquer à sa « grande » amie Juna (c'est plutôt la seule qui veut bien lui parler oui). Elle se montre mielleuse et dès que celle-ci a le dos tourné, elle enlève ses lunettes (véridique) et flirte avec Tokio tout en disant « Ah mais je ne peux pas, je suis l'amie à Juna ! ». Le personnage de Sayuri est parfaitement méprisable, à mon avis, et complètement inutile (sauf un peu à la fin par ce qu'elle a un frère et une soeur). La question est : pourquoi avoir inclus un triangle amoureux dans une histoire qui n'en avait pas vraiment besoin ?



Une magical girl pas comme les autres
Au début Arjuna semble être l'archétype de l'anime « magical girl » : Chris apparaît, venu de nulle part, et propose à Juna de lui redonner la vie en échange de ses services. L'écolière ordinaire se voit gratifier d'une perle étrange sur le front lui octroyant des pouvoirs magiques, une nouvelle apparence plutôt surprenante ainsi qu'un arc. Il ne lui reste plus qu'à combattre les Raajas, pensez-vous ? Et bien non, c'est là que réside la subtilité d'Arjuna. En bonne fille, Juna lève son arc et tente de tuer ces méchants monstres venus d'ailleurs, mais Chris s'interpose et lui dit que ce n'est pas ce qu'il lui avait demandé de faire. Que doit-elle faire alors ? Juna mettra 13 épisodes à le comprendre.


Juna, Chris et Cindy. Oh comme c'est mignon, ils s'entraident mutuellement...dommage que ça n'arrive jamais en vrai -__-

Là où une magical girl typique sait presque de manière innée comment se servir de ses pouvoirs, le spectateur voit Juna faiblir, apprendre de ses erreurs, tomber, se relever, toujours dans le doute quant à ce qu'elle doit faire. Chris, le mentor sensé être la personne sur laquelle on peut compter, ne fait que lui parler par énigmes et la critiquer. Pas facile d'avancer dans ces conditions, Juna est dans le noir, on lui donne un arc qu'elle ne doit pas utiliser et des conseils aussi utiles qu'un presse-papier pour scier du bois. Sa détermination à quand même combattre envers et contre tout la rend attachante et on ne peut à cet instant que blâmer Chris d'être aussi froid avec elle. Sans compter que Cindy se montre d'une insolence incroyable envers elle, rétorquant à chaque fois que l'adolescente proteste que Chris ne fait que l'aider et que si elle n'y arrive pas tout est de sa faute. Chris, un mentor ? Là encore il y a de quoi se poser des questions. Quel mentor abandonnerait sa disciple en pleine forêt sans eau ni nourriture pour qu'elle « progresse » ?
La magical girl typique a généralement un certain soutien, sinon auprès du peuple, au moins auprès de ses amis, ce n'est pas le cas de Juna. Sa transformation est tout simplement invisible aux yeux des autres (ce qui donne des situations assez cocasses lorsqu'elle brandit son arc...invisible) et personne ne la comprend vraiment. Personne ne veut la comprendre. C'est limite si on ne la prend pas pour une folle. Même Tokio a une attitude ambiguë avec elle, il peut se montrer incroyablement attentionné, et complètement indifférent la minute d'après (généralement quand Sayuri est dans les parages, celle-ci étant la seule camarade à daigner parler avec Juna).




Alice au pays des cauchemars
Juna passe-t-elle 13 épisodes à combattre les Raajas ? Pas du tout. En réalité, il n'y a que peu de combats et uniquement à des moments stratégiques. Le reste du temps l'héroïne continue d'aller à l'école comme avant...sauf que rien n'est plus comme avant. Les pouvoirs de Juna sont plus un cauchemar qu'autre chose. A chaque épisode de nouvelles hallucinations et de nouveaux problèmes apparaissent. Elle commence à voir des ombres, prend les machines pour des Raajas (ce qui est problématique), voit son enseignant vomir une matière étrange et saute du haut de la fenêtre pour mieux voir le bâtiment s'effondrer sur elle. Elle ne peut plus manger au Meriken Burger, son fast food préféré, ou aucune autre malbouffe sous peine de voir se répéter sous ses yeux les images angoissantes de leur fabrication. A un certain moment, elle en vient à entendre un bébé dans le ventre de quelqu'un et ne sachant pas qui, doit partir à la recherche de la femme qui est enceinte sans le savoir. La ville où elle habite est un long et perpétuel cauchemar où tous les maux, autrefois invisibles, ne cherchent qu'à l'agresser.
Les pouvoirs de Juna en eux-mêmes sont étranges et n'ont pas de forme précise, tantôt elle voit les mots des autres se matérialiser devant elle, tantôt elle obtient le pouvoir de projection astrale et en profite pour visiter la chambre de son copain, tantôt elle peut carrément entrer dans son propre corps pour combattre un virus. Bref, en guise de pouvoir, Juna semble avoir plutôt reçu une pomme empoisonnée.




Juna au pays des merveilles
Contrastant avec ces hallucinations morbides, la Nature se pose comme un havre de paix reposant. Et quoi de mieux pour illustrer cette beauté que l'OST composée par Yoko Kanno. Quoi qu'on puisse dire de la compositrice, elle signe ici une oeuvre magnifique, avec des pistes à l'exact opposé de celles de Ghost in the shell, emprunte de poésie. Que ce soit des pistes effrayantes comme Time to Die ou l'étrange Clone (une des musiques les plus bizarres qu'il m'ait été donné d'entendre), des pistes oniriques et bouleversantes comme Omega Blue ou Aqua, des pistes tribales comme les excellents Diving et Yogensha , ou des pistes joyeuses comme Cloe ou Before Breakfast , il n'y a clairement rien à jeter dans cette fabuleuse bande-son.




Une fable écologique
Malgré quelques thèmes empruntés à la mythologie (Juna renvoyant à Arjuna, je suppose que Chris renvoie à Krishna) avec la présence d'Ashura et la mention à l'Avatar du temps, Arjuna est définitivement orienté vers l'écologie et chaque épisode devient un prétexte pour débattre sur des sujets divers et variés ayant tous traits à l'environnement. Et c'est là que réside toute l'ambiguïté de l'anime. Si jusque là la progression de Juna en tant qu'Avatar du temps (c'est ainsi que Chris la nomme) s'avère plaisante à suivre, le volet écologique qui s'installe prend de plus en plus de place et en devient écrasant, écrasant par ce qu'il s'en dégage une sensation de malaise. Juna est une fille ordinaire, trop ordinaire, et elle est littéralement niée par tout ce qui l'entoure, à commencer par sa famille. C'est comme si quelque chose ne tournait pas rond. Chaque épisode amène son lot de questions, son lot de philosophie, mais aussi son lot de problèmes supplémentaires pour Juna. Plus la série avance plus la situation empire. De ses brouilles et disputes à répétition avec Tokio, on passe à quelque chose de presque apocalyptique.

Attention, je spoile les derniers épisodes là
[spoiler]Le Japon tout entier est ravagé en quelques heures et évidemment c‘est encore la faute à l'héroïne. Tout empire jusqu'à un dénouement final plus ou moins inattendu et nettement plus optimiste. Oui il aura fallu 13 épisodes à Juna pour comprendre. Comprendre quoi ? Que tout ne formait qu'un. Merci Chris de l'avoir laissé poireauter tout ce temps à coup de charades absurdes. Juna libère enfin tous ses pouvoirs en entrant en harmonie avec le monde dans une scène de transformation superbe et on débouche sur une fin presque heureuse, devisant sur le cycle de la vie. A ceci près que les situations respectives de Chris et Juna sont floues : l'un retrouve la voix qu'il n'avait pas, l'autre perd la sienne un sourire béat aux lèvres. On ne sait pas s'ils sont sur le point de mourir, s'ils « revivent », ni comment le Japon (détruit entièrement je vous le rappelle) pourra se remettre de ce coup mortel. La fin laisse donc planer l'espoir quant au futur tout en ayant bien pris le soin de nous déstabiliser et de nous inquiéter pendant tous les autres épisodes. [/spoiler]



En conclusion : Arjuna est un anime surprenant dans le paysage de la culture visuelle moderne. Doté d'une certaine esthétique et de musiques envoûtantes, c'est une fable visant à nous faire réfléchir sur ce qui nous entoure, cependant l'omniprésence de cette « idéologie » verte peut fasciner ou lasser, voire dégoûter, selon les goûts de chacun par son côté trop manichéen. Un anime que je n'arrive toujours pas à cerner pour ma part mais qui m'attire toujours sans trop savoir pourquoi.

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commentaires

Kapalsky 01/09/2013 20:59

Ah! Enfin quelqu'un qui parle de ce fabuleux animé sur le net :D
C'est vrai que le message écolo-alter-bio de l'oeuvre est parfois trop appuyé, mais la mise en scène inspirée, le twist du genre magical girl et la bande-son géniale de Kanno viennent vite
compenser les lourdeurs d'un animé hautement recommandable... :)

Helia 07/09/2013 22:13



Je suis spécialisée en trucs obscurs après tout XD.


Arjuna possède des éléments qui, après coup, paraissent novateurs, mais qui n’étaient peut-être pas en phase avec l’époque (ex : la subversion du genre
magical girl), qui sait. Ou peut-être que le label écolo n’est tout simplement pas très bien considéré et fait fuir les gens =’).


Reste que l’anime est un sacré OVNI, encore de nos jours.



Linlak 23/07/2013 12:52

Arjuna est un magnifique animé rempli de métaphores et réflexions sur les liens humains et sur les conséquences de nos actes. C'est la raison pour laquelle les pouvoirs de Juna ont de multiples
formes et que celle-ci n'apparaissent pas à chaque épisode.^^

Chris est un guide plus qu'un mentor. Il lui pointe du doigts le chemin qui la mènera à la solution, a Juna de l’emprunter. On apprends pas si le professeur fait les choses à notre place. Toutes
les catastrophes de l'anime sont en réalité causées indirectement par Juna qui a cru tout mieux savoir que Chris sans jamais se remettre véritablement en question. Jusqu'à ce que tout lui pète à la
figure.

En sommes toutes la série est une réflexion sur la société humaine, et chaque épisode nous montre une facette sur laquelle réfléchir. Dire que la série est manichéenne est en faire une lecture
superficielle car en réalité elle est loin de l'être. o/

Helia 07/09/2013 22:12



Hum, je ne suis pas tout à fait d’accord pour Chris : certes, il faut que Juna apprenne un certain nombre de choses par elle-même mais qu’on ne me fasse pas
croire qu’il la guide de quelque manière que ce soit ! Il se contente de la balancer dans la forêt en mode « Tu te démerdes » et se contente de la critiquer. Entre lui prémâcher le
travail et refuser de donner le moindre indice, il y a tout un monde =’). Et si Juna fait autant de conneries, c’est aussi parce qu’on ne lui explique rien. Ah, c’est sûr, il n’y aurait plus de
série si elle comprenait tout direct  XD.


 


Après j’ai beaucoup aimé les réflexions de la série et le visionnage était fort intriguant. Un de mes premiers weekend à rusher un anime si je me souviens bien,
ça sonne sacrément loin d’un coup =’).



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