16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 22:40

J’avais précédemment signalé en répondant à un commentaire d’Aer (que je sais fan en la matière, n’est-ce pas :p) ne pas me sentir capable d’analyser les samples de l’OST de Drakengard et je maintiens que c’est trop compliqué pour moi. En revanche, je n’ai jamais dit que je ne pouvais pas aborder les pistes dans leur globalité =D. Et ça tombe bien parce qu’il y aurait des tas de choses intéressantes à mentionner !

 

Drakengard-05.png

 

Drakengard, ou Drag-On Dragoon chez nos amis nippons (un titre que je trouve terriblement moche mais passons) est un jeu développé par Cavia (les créateurs fous de Nier) et édité par Square Enix. Il est sorti sur PS2 depuis déjà un bon moment (2004) et bien que je n’ai pas encore eu le privilège de le tester, je suis en admiration devant son histoire très noire. Dans Drakengard vous n’incarnez pas une gentille bande d’adolescents trognons qui vont sauver le monde en répandant le bonheur autour d’eux, non, vous êtes plongés dans un univers médiéval sans pitié et apocalyptique où vos seuls personnages-repères seront des salauds, des fourbes et des psychopathes. Bienvenue en enfer !

 

Drakengard-02.png

Je ne comprends pas pourquoi personne n'a inscrit Arioch au Grand Tournoi des Mamans : c'est vrai ça, une ancienne mère de famille complètement tarée aux penchants cannibales, c'est quand-même la classe !

 

Sans spoiler l’intrigue, je dirais que c’est surtout le système de pacte qui m’intrigue : ainsi, pour acquérir leur force extraordinaire, les protagonistes forment un accord avec des esprits pas forcément très amicaux à un prix exorbitant. Certains perdent la vue, la parole, ou plus sournoisement le temps (impossibilité de mourir), voire la capacité de procréer. Ce qui n’annonce rien de bon quand on voit combien ce sont tous des cas sérieux : le héros est une brute sanguinaire qui aime assassiner à tour de bras, son meilleur ami a un sentiment infériorité tellement démesuré que ça en devient maladif, leurs compagnons sont une elfe cannibale complètement déconnectée de la réalité, un pédophile et un garçon pourvu d’un fort complexe messianique, et le seul homme à peu près présentable du tas est un lâche de la pire espèce. Leur but ? Sauver la princesse ! Sauf que la déesse en question détient l’équilibre du monde sur ses frêles épaules et que si on n’arrive pas à temps pour la sauver, c’est un peu une fin inéluctable qui nous attend.

 

Drakengard-01.png

Furiae, la princesse à sauver...enfin, en théorie

 

Inutile de vous dire qu’avec des prémices pareilles, Drakengard est un jeu violent (déconseillé aux moins de 16 ans si je me souviens bien), incroyablement sombre et qui ne plaira pas à tout le monde, surtout qu’il a beaucoup vieilli. La particularité du titre c’est qu’il possède une bande-son assez expérimentale. Takayuki Aihara et Nobuyoshi Sano, les deux compositeurs, ont retranscris le malaise profond du scénario à travers la musique, et le résultat est très spécial : la plupart des pistes sont des assemblages de samples de musique classique mis en boucle dans un rythme frénétique qui pousse presque au massacre. Certains aimeront, d’autres détesteront, mais il faut avouer que c’est un parti-pris très intéressant. Comme le style varie peu d’un morceau à l’autre, il est fastidieux de se taper les deux OSTs à la suite parce que ça peut vite porter sur les nerfs, mais à petite dose, l’efficacité est redoutable (et j’ose à peine imaginer l’effet in-game, ça doit être dément dans tous les sens du terme). Je vais principalement m’attaque au second OST du jeu, riche en significations, et qui a ma préférence en ce qui concerne la qualité sonore.

 

Drakengard-03.png

Mesdames et messieurs, notre héros. Avouez que ses yeux déments vous donnent envie de lui confier vos enfants !

 


 

Avant de commenter directement les pistes qui m’intéressent précisément, il me paraît plus juste de donner quelques exemples des morceaux brutaux qui composent 80% de la bande-son.

 

Drakengard-08.jpg

 

Sixth Chapter Sky (oui, tous les titres sont désignés par leur emplacement) en est un joli exemple. C’est probablement un des mélanges de samples les plus « joyeux » du lot, c’est vous dire le ton de la galette. Au programme du violon, beaucoup de violon, et encore du violon pour ceux qui trouveraient que ce n’est pas assez déchaîné.

 

Arioch’s Madness Sky (le chapitre dédiée à la cannibale tueuse d’enfants) est déjà nettement plus glauque, la présence des violons est complétée par des percussions étouffantes et des boucles particulièrement resserrées.

 

Ninth Chapter Sky, One est très certainement une musique épique avec ses choeurs hachés inaudibles qui viennent se joindre au duo déjà détonnant violons/percussions lentes. On peut aussi entendre de l’orgue par moments, ce qui rajoute un côté démonique bonus qui fait froid dans le dos.

 

On pense que ça ne peut pas être mieux et voilà que Tenth Chapter Above Ground démarre. Des percussions angoissantes, et hop on passe à une cascade de boucles de violons frénétiques ininterrompues qui s’enlacent les unes dans les autres jusqu’à former un véritable déferlement. Et quand des chœurs hachés s’en mêlent, on en frissonnerait presque.

 


 

Voilà un panel non exhaustif de ce que je trouve être les meilleurs alliages de Drakengard. Il y en a beaucoup d’autres mais ceux-ci me paraissent les plus forts, ou du moins ceux qui te prennent le plus à la gorge. Maintenant, ce dont je veux vraiment parler, ce sont justement les pistes minoritaires, situées tout à la fin de l’OST 2 qui, sans échapper tout à fait à ces codes, demeurent extraordinairement riches et un peu plus simples à saisir (parce que pour démêler les samples des morceaux violents, il faut être doué, ce que je ne suis pas).

 

Twelfth Chapter Final 

  Le douzième chapitre est l’un des tout derniers du jeu, la piste s’articule donc autour d’une idée très précise que j’énoncerai un peu plus tard. Au départ on pourrait penser que c’est un morceau rassurant en ce qu’il n’y a guère d’instrumentation, un battement de tam-tam lointain est couvert par un sample de chœurs féminins répétés en boucle, leurs voix traînent, on a presque un sentiment de protection, de cocon. Et puis très vite on se rend compte que des petits cris de bébés semblent ponctuer les échantillons. Pour un néophyte de Drakengard ça pourrait être rassurant, pour quelqu’un qui sait comment sont représentés les bébés dans le jeu, ça ne l’est pas du tout. Et puis surtout, ce morceau se révèle vite organique : le battement est de plus en plus audible et il ressemble à s’y méprendre au battement d’un cœur humain ! Ce qui rend la piste si particulière c’est que le dit battement s’accélère au fur et à mesure dans un rythme de plus  en plus effréné. Et, par instinct mimétique, votre propre cœur semble aussi s’affoler dans votre poitrine, comme une angoisse sourde.

 

Twelfth Chapter Final (unreleased)

 
Dernier titre de l’OST, ce petit bonus est une version probablement alternative à ce que nous venons d’entendre (la mention « unreleased » m’incite en tout cas à le penser). Beaucoup plus courte, la piste se trouve également beaucoup moins terrifiante dans le sens où pendant un long moment il n’y a que les chœurs féminins, sans aucun cri, et que les battements n’interviennent que plus tard et de manière très discrète, ce qui fait disparaître l’angoisse. Ce qui est intéressant c’est que le morceau s’achève sur un fondu avec un unique marmonnement d’enfant (et un marmonnement humain). La version bonus fait donc éclater le thème du douzième chapitre sur un mode apaisé : la naissance. Le bébé vient au monde, calmement. On comprend donc mieux la transformation ayant conduite à une naissance beaucoup plus chaotique et « indésirée » qui est celle de la version finale.

 

Thirteen Chapter Final

 
On ne le dirait pas au premier abord mais ceci est une musique de boss ! Etrangement c’est la piste la plus festive des deux CDs réunis avec ses sons de cloches qui se répètent et s’entrecroisent. En fait, dans la culture chrétienne on l’assimilerait facilement à une célébration, à un mariage ou un baptême. En un sens c’est bien le cas, le treizième chapitre semble la célébration d’une naissance amorcée par le douzième chapitre...une naissance maléfique.

 


 

Avec des morceaux de clôture pareils, vous vous dites déjà que le jeu n’est pas commun, mais le plus gros reste à venir. Drakengard possède 5 fins. Une première, une fois le jeu fini, conclut l’histoire comme il se doit, les autres étant déblocables au fur et à mesure dans l’ordre, offrent des conclusions alternatives plus morbides les unes que les autres. Il y a donc 5 génériques de fin différents, tous liés au scénario de manière profonde. A vrai dire l’histoire transparaît à travers la musique !

 

Road A Staff Roll

 
La première fin est une résolution relativement heureuse de l’intrigue, un happy end en quelques sortes (même si ce n’est clairement pas une fin absolument joviale), il apparaît donc normale que ce soit le seul tire relaxant du lot. Relaxant, pourquoi ? Déjà parce qu’il n’y a pas de samples, donc plus d’effet de coupure, de vitesse. Ensuite c’est une mélodie fort simple d’un instrument que j’identifierai comme une flûte (ou un saxophone), accompagné de violons et d’un beat léger, ainsi que de quelques cascades de harpe, il me semble. C’est une sorte de havre de paix qui incite le joueur à se détendre enfin après des heures de vrillement de tympans intempestifs. Cependant la piste semble s’achever dans une mini-explosion passablement inquiétante, comme pour nous dire que tout n’est pas fini.

 

Road B Staff Roll Exhausted

 
Seconde fin très clairement orientée sur le personnage de Furiae, la déesse protectrice à sauver (et accessoirement sœur du héros), avec la doubleuse qui lui prête sa voix, Eriko Hatsune, pour pousser la chansonnette. Le thème est cette fois-ci plus qu’explicité par le titre : « Tsukiru », « épuisée ». Ce sentiment très fort est magnifiquement retranscris par le biais d’un paradoxe musical : alors que le fond sonore est celui d’une boucle au violon particulièrement intense, la chanteuse semble murmurer les paroles. Sa voix est lancinante, douce et faible, comme si elle allait s’éteindre d’un instant à l’autre. Rejointe à intervalles réguliers par les échos enregistrés de sa voix, comme pour amplifier sa portée, Eriko Hatsune donne corps à la mélancolie de Furiae, obligée par son rôle de déesse de renier ses propres désirs. Et puis vers 2min, le sample s’interrompt brutalement pour une trentaine de secondes. Ce procédé sera répété vers la fin. L’effet est particulièrement efficace : on a véritablement l’impression d’une fatigue telle que la musique elle-même lâche prise, avant de se réveiller dans un sursaut tendu, les violons apparaissent alors sous l’angle de réactions nerveuses de l’organisme. Et puis la piste se perd lentement dans des échos, elle s’essouffle. Une fin avec un thème pareil, aussi complexe et humain, ne peut certainement pas être un happy end. Par rapport au générique A, on commence doucement à plonger...

 

Road C Staff Roll

 
La troisième fin a l’air de provoquer un retour en arrière musical, de revenir à la recette appliquée dans tout le reste de l’OST mais si on y regarde de plus près, c’est en réalité son aboutissement. Certes, on retrouve toujours un jeu de boucles à base de violons, de percussions et de quelques cuivres, mais avec un ajout assez significatif en plus : un son strident, difficilement identifiable, qui ressemble...à une alarme anti-incendie. Cela peut paraître anecdotique mais c’est à mon sens le pivot de ce morceau que ce bruit terrible qui nous indique une urgence insolvable. Tout le long du jeu, on flirtait avec les portes de l’apocalypse, cette fois-ci on y est, aucune machine arrière n’est possible. Il y a un aspect épique qui transparaît mais se fait régulièrement avalé par la sirène insoutenable qui finit seule gagnante tandis que résonnent des coups de cloches et que la piste s’enfonce petit à petit dans le mutisme. Le générique C est en un sens le surpassement de la fatigue du B, il faut se battre pour survivre, se battre jusqu’à la mort. L’espoir semble inexistant. Pourtant, ce n’est pas la fin la plus sanglante, ni la plus déprimante.

 

Road D Staff Roll

 
Dans un tel crescendo d’horreur et de violence, on pourrait s’attendre à ce que cette nouvelle piste soit plus brutale encore, mais que nenni, elle est même d’un calme absolu...et trompeur. Sans y prêter attention, on pourrait croire à une berceuse alors que pourtant la musique trahit ce que la fin un peu énigmatique du jeu ne dit qu’à demi-mots. C’est un assemblage de samples assez peu conventionnel à base de xylophone et de sons semblables à des horloges qui tournent en rond. Les notes se répètent encore et encore, jusqu’à mimer l’illusion d’une mécanique qui serait en marche avant de revenir au même rythme lent avec des samples de plus en plus serrés. L’effet est étrange, on a presque l’impression que la musique est « cassée ». En réalité, c’est bien le cas : la piste s’articule autour du thème du temps. Ce dernier est détraqué, il ne fonctionne plus. On dirait une montre agonisante dont les aiguilles avanceraient de plus en plus lentement jusqu’à stopper totalement leur course. Par rapport au générique C, celui-ci semble presque plus atroce dan le sens où les trémolos des violons de la précédente fin laissait au moins entrapercevoir une vie, un mouvement. Ici, il n’y en a pas, ou ils sont voués à se figer inexorablement. Le crescendo n’a pas été brisé, loin de là, il continue même son envolée.

 

Road E Staff Roll

 
Nous y voilà, à la dernière fin, la plus difficile à obtenir du jeu. Mettons-nous à la place du joueur un instant. Il a passé des heures à résoudre l’intrigue, des heures à découvrir ces versions alternatives, et plus il va loin, plus la situation empire. Il a voulu sauver certains personnages du trépas qui les attendait et se retrouve désormais à chaque fois empêtré dans une situation de plus en plus catastrophique. Et cette fois-ci ne fait pas exception. On pourrait même considérée cette fin comme un gros troll tellement elle est brutale et inattendue. Mais tout comme le générique D, le E se montre particulièrement sournois et transparent. Sous des dehors apaisants, la piste est terriblement angoissante dans le sens où il n’y a justement aucune musique. Rien, absolument rien, aucun instrument, juste des bruitages. Et des bruitages qui n’ont rien d’humains, ce sont des bruits industriels, des moteurs de voitures ou d’autres semblables à un portique rouillé qui grincerait. Or, il faut se rappeler que l’univers de Drakengard est situé dans une sorte de Moyen-Age, ces sons ne sont donc pas du tout naturels, ils sont même anachroniques ! A vrai dire, on croirait avoir affaire à un encéphalogramme plat. Pire que l’épuisement, pire que l’état d’urgence, pire que le détraquage du temps : la mort, pure et simple, le néant. La bande-son trahit donc la fin E aux oreilles attentives en nous montrant d’emblée que c’est la fin du chemin, le summum du crescendo, et qu’il est impossible d’aller plus loin.

 

(La fin E n’est par ailleurs pas sans rappeler la dernière fin disponible dans Nier par son côté choquant et déprimant)

 


 

Je pense que j’ai fait le tour de ce que je voulais aborder. Si vous appréciez la bande-son et que vous vous y connaissez en musique classique, ce sera avec joie que je vous pousserai à décortiquer ces fameux samples parce que leur construction est fichtrement complexe (c’est le moins qu’on puisse dire) ! C’est aussi la preuve que l’exercice demande de la créativité et du talent.

 

Sinon, j'ai mis à jour l'Eroge Mix du mois dans la colone de droite en continuant sur l'OST d'Aka Primitive (il y avait trop de morceaux que je voulais mettre) mais en se centrant cette fois sur les différentes chansons (avec des noms assez connus quand même). La prochaine fois, promis, je passe à autre chose !

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Dri 18/09/2011 00:38


Ah, je me disais bien que ça me rappelait quelque chose.
Alors non je n'y ai jamais joué, je ne savais absolument pas de quoi ça parlait et l'OST était bien la dernière chose à laquelle je me serais intéressé. Maintenant j'en sais un peu plus :)

Mais à la base c'est bien sur le chara-design que j'avais flashé... Les artworks de Drakengard 1 et 2 sont un véritable régal pour les yeux.


Helia 19/09/2011 19:12



Comme je te comprends XD. J’ai aussi flashé sur le chara-design, c’est d’ailleurs ce détail qui m’a poussé à lire attentivement l’article dédié aux deux jeux Drakengard, qui se trouvait dans le
magazine que j’avais acheté. Et puis j’ai flashé sur l’histoire (des morts, du sang, yeah). Et maintenant je flashe sur la musique, ça doit être un signe =’).



phatkap 17/09/2011 18:05


Effectivement.


Yomigues 17/09/2011 15:22


Oui et à écouter !
(record battu) o_


Yomigues 17/09/2011 14:47


Un article plaisant à lire !


Helia 17/09/2011 15:14



Et à écouter surtout, du moins je l’espère :p.


 


(On vient de battre des records de brièveté là !)



phatkap 17/09/2011 10:30


Aer m'avait déjà titillé avec son article j'ai fini par craquer. Attention, gros investissement... $3.50.

Pour ce prix là il a intérêt à être bien, sinon j'vous pète les dents à tous les deux.


Helia 17/09/2011 15:12



« Aer m'avait déjà titillé avec son article j'ai fini par craquer. Attention, gros investissement... $3.50 » = J’avais vu ça sur son blog, oui. J’espère que ça ne t’a pas obligé à
jeûner pendant six moi vu l’immensité de la somme =D.


 


« Pour ce prix là il a intérêt à être bien, sinon j'vous pète les dents à tous les deux » = Moi je ne fais que louer l’ambiance musicale, je n’ai jamais porté de jugement de valeur sur
la qualité intrinsèque du jeu (seulement de l’histoire) donc je me dédouane de toute responsabilité : si tu as des dents à casser, dirige-toi vers l’autre zouave :p.



Présentation

  • : La mélancolie d'une otaku
  • La mélancolie d'une otaku
  • : Le WTF n'a pas de frontières ! Ou de la supériorité de la japanimation sur nos pauvre cerveaux. La mélancolie ? Ce qu'il y a de l'autre côté de la folie...
  • Contact

Accueil

 

 

Bienvenue dans ma faille spatio-temporelle

Blood
   

  Où me trouver sur l'internet :

Lastfm-kirika2

Twitter-kirika2.jpg

 

MAL-Yuka.jpg


FB.jpg
C'est tout ce que ça te fais quand je te dis qu'on va manger des crêpes ?

Aggregateurs :

samag.jpg

nanami.jpg

Rechercher

Patreon

 

Träumendes Mädchen

Catégories