2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 16:45

 

Pour la première partie c'est ici : Dossier Kara no Kyoukai (1/3)

 

 


~Tsuukaku Zanryuu~

Juillet 1998

 

 

 

Une jeune fille se fait violer dans un bar abandonné par des hommes drogués et violents. Lassés par ce jouet inexpressif, l’un d’entre eux décide de rendre ça « plus intéressant ». Quelques temps plus tard, Mikiya croise la même demoiselle, visiblement en bien mauvais état, et lui propose de venir se réfugier chez lui en lui offrant logis et nourriture. Le lendemain matin, elle a disparu, et le journal télévisé annonce que des voyous ont été brutalement assassinés…

 

Tsukaku-04.jpg

 

Ode à la douleur

Tsuukaku Zanryuu est probablement le plus dur des Kara no Kyoukai psychologiquement et physiquement parlant. Le sujet global du film c’est la douleur et de la douleur on va en avoir. Rien que les scènes relatant le calvaire d’Asagami Fujino (la victime) sont très éprouvantes. La pauvre aura eu le droit de se faire violer absolument à toutes les sauces (par un mec, par deux mecs, j’imagine qu’elle a aussi eu le droit à une tournante, heureusement ça n’est pas montré à l’écran) pendant près de six mois, elle aura ingurgité de la drogue, se sera fait cogné d’un peu toutes les manières, fracassé le dos à coups de batte de baseball et n’oublions pas le coup de poignard final, déclencheur d’une série de meurtres incontrôlés. Et Tsuukaku Zanryuu ne se contente pas d’évoquer le viol, il le montre, et pas de la même manière qu’un hentai, c’est certain : l’ambiance y est noire, pesante ; on voit la salubrité de ce local abandonné, couvert de déchets, de cannettes vides, éclairé uniquement à la lumière des bougies, les bourreaux y sont ici des ombres sans visages, à la voix bourrue, représentés uniquement par leur sueur, la fumée de leurs cigarettes (ou joints, va savoir), puis le va et vient, insoutenable, le râle de plaisir du violeur, le regard vitreux de Fujino, comme si elle n’était même plus là, comme si elle se refusait à assister à son propre viol, encore ce va et vient, la peau nue de Fujino exposée à tous les regards. La douleur est aussi présente lors des scènes de meurtre où l’on voit la jeune fille, s’excusant platement tout en tordant les membres de ses victimes un par un, sous leurs cris épouvantés ; des scènes de meurtres très explicites donc, et le fait de voir les jambes et les bras de ce qui étaient des hommes et ne sont plus que de la bouillie humaine, un tas de tripes sanglantes sans forme, rajoute encore plus dans ce sentiment de malaise omniprésent dès qu’il s’agit de Fujino, elle-même le plus souvent montré un bras autour du ventre, errant hagarde dans la ville en gémissant.

 

Tsukaku01.jpg

 

 

La réunion des sociopathes anonymes

Shiki est un personnage totalement envahissant. Tous les films sont à son honneur et on ne voit qu’elle, partout, tout le temps, chaque scène est orienté pour la rendre mystérieusement et attirante et sa psychologie tourmentée peut encore fournir bien du travail aux psychologues. Or Asagami Fujino est bien le seul personnage de Kara no Kyoukai qui peut lui tenir tête de ce point de vue là. D’ailleurs Tsuukaku Zanryuu est clairement le film de Fujino : tour à tour victime et bourreau, souffrante et psychopathe insensible, forte et faible, elle semble complémentaire de Shiki. Ce qui est accentué par le fait qu’Asagami possède également des yeux mystiques, lui permettant, non pas de voir la mort, mais de tordre les choses à distance, un pouvoir terrifiant, aussi puissant que celui de sa compatriote, mais si Shiki maîtrise parfaitement son pouvoir et a toujours été élevée de manière à favoriser ses compétences (son talent pour le combat par exemple), Asagami elle ne l’utilise que malgré elle, ayant toujours été forcée de le cacher. Son plus grand souhait est bien d ‘ailleurs d’être une fille normale, et c’est ce qui la conduit à acheminer sa terrible vengeance en traquant  le dernier de ses agresseurs, le seul à avoir pu s’échapper, alors que Shiki elle revendique haut et fort d’être complètement anormale et ne se mêle jamais à la foule. Comme on a pu le voir dans Satsujin Kousatsu, Shiki garde ses distances avec autrui, et ce même avec Mikiya, elle n’a pas d’amis, n’en veut pas et se débrouille toujours toute seule. Son goût pour le sang n’est plus un handicap, mais un moteur, une force qui lui permet de venir à bout de tous ses adversaires là où Asagami, attirée elle aussi par « le côté obscur de la force » en expérimentant le meurtre, ne peut pas se contrôler, essaye désespérément de se fuir, de se donner des excuses, de peur de devenir un monstre. Shiki et Fujino forment donc un assemblage de choc : semblables et pourtant si différentes, leur confrontation ne peut donc que donner un résultat incroyable. Seule cette dernière a le pouvoir de mettre en difficulté Shiki et ses yeux mystiques.

 Tsukaku-02.jpg

 

On a way to a smile

L’intérêt du film est double. Il s’agit d’un côté d’une sorte de rééducation pour Shiki, sortie du coma depuis à peine un mois, qui se remet décidément bien vite (contrôler ses yeux en l’espace d’un ou deux mois, chapeau) mais doit apprendre à se montrer plus prudente, et de l’autre c’est une histoire indépendante (stand alone) concentré sur un personnage complexe entretenant un rapport ambiguë avec la douleur. Mamiko Noto fait un très bon travail en doublant Fujino, sachant faire ressortir son côté psychopathe ou son côté fragile à loisir, et la musique de cet opus est tout simplement sublime (malheureusement on ne l’entend pas assez bien je trouve ) : Je vous conseille d’écouter M01, M19 + 20 et M23, qui sont pour moi les plus belles.

 

Tsukaku-03.jpg

 

Avec un rythme beaucoup plus soutenu, des scènes d’action à couper le souffle et une ambiance noire, Tsuukaku Zanryuu nous fait rentrer de plein pied dans le nouveau quotidien de Shiki après son réveil. Malgré quelques explications finales un peu capilotractées (enfin si c’est plausible mais beaucoup moins classe :x), le mystère se résout et on comprend un peu mieux les éléments qui sont évoqués dans le premier film…

 

Tsukaku-05.jpg

 

L’ending de cet opus est Kizuato.

 


 

 

~Fukan Fuukei~

Septembre 1998

(en fait tout le film se passe au mois d’août mais on le situe en septembre…va comprendre)

 


 

Des lycéennes sans aucune relation les unes avec les autres se suicident du haut d’un complexe d’appartements vétuste sans laisser de lettres ni de raisons. Aux yeux de la police ce mystère semble insoluble. Pendant ce temps, Ryogi Shiki, une femme mystérieuse vêtue d’un kimono, est irritée par la « disparition » de son ami Kokutou Mikiya. Les deux évènements seraient-ils liés ? Shiki le croit fermement et décide d’aller enquêter personnellement…

 

Fuukan-04.jpg

 

Meunier tu dors, ton moulin, ton moulin va trop vite…

Fukan Fuukei, premier de la série des Kara no Kyoukai est un film déroutant en guise d’introduction : un personnage principal au fort caractère mais très mystérieux, Shiki, des personnages secondaires presque invisibles (Mikiya qui dort pendant tout le film ou presque, Touko dont on ne sait jamais rien qui ne cesse de monologuer sous forme de discours philosophiques obtus), une histoire un peu confuse au premier abord ; très peu d’indications nous sont données. L’ambiguïté ici c’est que Fukan Fuukei doit donner envie au spectateur de regarder la suite. Si le premier film n’est pas bon ; qui donnera sa chance aux autres ? Tous les ingrédients ont beau être au rendez-vous (musique, graphismes, personnage de Shiki, histoire surnaturelle), Fukan Fuukei nécessite d’être revu une seconde fois (je dirais après le 4e, comme ça on a vraiment tout). Pourquoi ? Parce que c’est en réalité plus un film qui fait la liaison entre les différents épisodes qu’une véritable mise en bouche. Divers éléments m’ont ainsi frappés. A plusieurs reprises par exemple, on a des allusion à ce qui s’est passé dans Tsuukaku Zanryu (à la télévision, l’annonce concernant le pont, Touko qui gronde gentiment Shiki pour avoir bousillé son bras tout neuf) ou dans Garan no Dou (la scène de la poupée et la discussion entre Touko et Shiki ne fait vraiment sens que si on a vu ce film là et le deuxième), sans compter le point le plus important qui passe à la trappe : la disparition de Mikiya.

 

Fuukan-03.jpg

 

Romance et coups de couteau

Si on ne connaît pas les relations pour le moins compliquées qu’il entretient avec la belle au kimono, il est impossible de comprendre l’enjeu du film. Shiki ne se mêle de cette histoire de suicides que parce qu’elle est intimement convaincu que c’est parce que Mikiya a lui-même traîné là-bas pour résoudre l’enquête que son âme s’est fait piégée et qu’elle ne pourra le récupérer en l’état que si elle affronte le fantôme qui semble être à l’origine de ces morts inexpliquées. N’est-ce pas au fond, une sorte de preuve d’amour ? Shiki a tourné en rond pendant des jours, fixant du coin de l’œil le corps inanimé de Mikiya, laissant résonner le dernier message qu’il a laissé sur son répondeur dans le coin de sa tête, elle sent bien qu’il lui manque et sans se l’avouer c’est bien pour ça qu’elle fonce à sa rescousse. Elle est d’autant plus confirmée dans ses certitudes que Touko lui parle de sa rencontre avec Mikiya. Il l’aurait supplié de l’embaucher après être tombé sur une de ses poupées : en réalité une sorte de sosie de Shiki. C’est donc une double déclaration d’amour : la poupée apporte la preuve que la jeune fille a de l’importance pour lui et l’acharnement de Shiki pour le récupérer montre qu’il en a pour elle aussi. Et que fait-elle pour combler son absence ? Elle se rabat sur les pots de glace qu’il avait laissé dans son frigo, et malgré avoir juré qu’elle n’aimait pas ça, elle finit entièrement sa portion, n’en laissant une que pour Mikiya, un geste pour le moins attendrissant. De plus, une fois le jeune homme réveillé, l’une des premières choses qu’elle fera sera de lui demander de rester chez elle pour la nuit, comme par une angoisse irrationnelle qu’il s’en aille à nouveau.

 

Fuukan-01.jpg

 

 

Inconscience

Fukan Fuukei est un bon film qui ne révèle son potentiel qu’après coup, empreint d’une ambiance sombre, marque de fabrique des Kara no Kyoukai, et accompagné d’une scène d’action onirique mémorable et d’une musique ensorceleuse (M01 et M03 A + B sont magnifiques). L’histoire en elle-même est intrigante juste ce qu’il faut, malgré les déclarations philosophiques de Touko parfois dispensables (on pouvait faire plus court), et Rie Tanaka double à merveille Fujyou Kirie, qui sans être aussi charismatique que Fujino se révèle tout de même assez touchante.

 

Fuukan-02.jpg

 

L’ending de cet opus est Oblivious (mon préféré <3)

 


 

Prochaine partie : Rédemption (Films 5 et 7)
[Je ne sais pas encore comment je vais insérer la critique du film 6, si je la met à part ou non...]

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Slk 10/06/2013 19:25

Bonjour,

Super les explications! J'avais vu les KnK il y a super longtemps. J'avais aimé sans trop vraiment comprendre, surement a cause de la qualité graphique et de la bande son...et aussi j'avais eu un
coup de coeur pour Shiki, heroine hors du commun et Kokuto ( j'aime quand ce sont les hommes qui courrent apres les femmes!!). Enfin bon, je ne m'etale pas. J'ai repris les films la et je lis en
meme temps tes commentaires qui me permettent de mieux comprendre l'histoire (je me rends bien compte que je n'avais rien pigée !!) merci pour ce dossier car j'ai fouillé de partout pour trouver
des explications et ....rien! Il n'y a que toi! J'attends avec impatient la suite notamment pour le film 5 que ne regarde actuellement... Merci encore!!

Helia 18/06/2013 15:22



Comme je l’ai expliqué juste au dessus,  les commentaires pour les derniers films risquent bien de ne jamais venir puisque j’ai perdu la motivation de les écrire =x. Mais j’aime toujours autant Kara no
Kyoukai !



Tamsin 07/04/2013 23:43

Merci pour cette chronique très constructive, très bien faite, qui sait parler tout aussi bien de la qualité graphique, scénaristique, mais aussi musicale de ces chefs-d'oeuvres !!! Bon travail !

Helia 10/06/2013 14:03



Merci ! Je n’ai toujours pas fini la chronique depuis que je l’ai commencé, un jour peut-être, mais ça prend du temps et de la motivation et je n’y arrive jamais, j’ai perdu l’élan =/. En
plus, les vidéos teaser & endings sont régulièrement retirées de Youtube alors c’est limite s’il ne faudrait pas que je mette à jour régulièrement

Acanthe 10/05/2010 22:10


C'est normal que tu parles des choses que tu aimes. =)

En effet, je dois avoir un problème avec cet auteur.
Je suis trop sensible pour ces histoires vraiment horribles par moments.
C'est surtout le viol qui m'effraie, et ici, cet acte affreux est poussé à l'extrème des extrèmes.
Je suis quelqu'un de sensible alors les trucs gores comme ça, ça me rend vraiment malade.


Helia 10/05/2010 01:50


L’espace d’un instant j’ai vraiment cru que tu allais regarder Kara no Koukai et j’étais presque prête à te courir en criant « Acanthe, attends XD !! ». Il est vrai que Tsuukaku Zanryu se concentre
plus particulièrement sur l’horreur mais comme c’est une série mature, des membres arrachés et du sang on en voit très souvent. Je pense notamment à la fin d’un des films (je ne sais plus lequel,
le 5ou le 6 je crois) où un monsieur se met à manger celui qu’il vient de tuer (« on ne voit rien mais on devine tout » comme dirait l’autre).

Du coup il faut aimer le genre et comme je sais que le manga de Tsukihime (du même auteur que KnK) t’avais paru un peu gore par moment, je me disais que ce n’était peut être pas ton genre =x.
Désolé, je fais souvent des reviews sur des violents psychologiquement ou physiquement en fait XD ?


Acanthe 09/05/2010 18:26


Enfin, c'est génial mais pas forcément pour moi.
Je ne pense pas que je regarderais KnK.
Ce que tu racontes du film Tsuukaku Zanryu me suffit je pense.
Honnêtement, je ne crois pas pouvoir supporter de regarder toutes ces scènes horribles de mes propres yeux.
Ce sont tout à fait le genre de scènes que je préfère éviter au maximum.
J'aime les histoires tristes, malheureuses (peut-on "aimer" une histoire malheureuse ? Hmmm...)
Cette histoire est très triste en effet, mais elle est tellement triste et horrible que je ne peux tout simplement pas supporter de regarder.

Je ne suis pas très courageux, je l'avoue. =(


Présentation

  • : La mélancolie d'une otaku
  • La mélancolie d'une otaku
  • : Le WTF n'a pas de frontières ! Ou de la supériorité de la japanimation sur nos pauvre cerveaux. La mélancolie ? Ce qu'il y a de l'autre côté de la folie...
  • Contact

Accueil

 

 

Bienvenue dans ma faille spatio-temporelle

Blood
   

  Où me trouver sur l'internet :

Lastfm-kirika2

Twitter-kirika2.jpg

 

MAL-Yuka.jpg


FB.jpg
C'est tout ce que ça te fais quand je te dis qu'on va manger des crêpes ?

Aggregateurs :

samag.jpg

nanami.jpg

Rechercher

Patreon

 

Träumendes Mädchen

Catégories