Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 13:35

 

En réalité cela fait depuis très longtemps que j’ai envie de faire cet article et il a sans cesse été repoussé pour tout un tas de raisons (certaines indépendantes de ma volonté). Il aurait normalement dû voir le jour en février 2011, après Ongaku #2. Je comptais ne jamais faire de critique d’un album complet de A jusqu’à Z mais celui-ci en vaut largement la peine que je contrevienne à cette règle tacite. Sinon je m'excuse pour l'aspect peu pratique des extraits sonores mais les chouettes vidéos qui faisaient la traduction de Märchen avec un petit montage et toutes les informations nécessaires (références, seiyuus, qui chante quelle partie) et que je comptais utiliser ont bien entendu été bloquées par Youtube et il a fallu que j'upload les pistes sur Puush pour vous permettre d'écouter quand-même (parce qu'un article musical sans musique c'est un peu con).

 

Marchen 011

 



Back in the past
Pour commencer il faut savoir que je suis tombée sur Märchen par hasard au début de l’année 2011. Le dernier single de Sound Horizon (si vous ne connaissez pas encore ce groupe, allez lire mon article dessus fissa, bande de garnements) étant déjà sorti automne 2010, je n’attendais pas leur nouvel album avant un paquet de mois et mes dernières expériences avec le groupe m’ayant laissé un goût amer, je ne l’attendais que très froidement en me disant que ce serait probablement le dernier Sound Horizon que j’écoutais. Et en constituant mon calendrier de sorties en OSTs, surprise, le dernier album était déjà paru en décembre 2010 et non sur le thème « Conquistadores » comme prévu mais sur les contes des frères Grimm, un sujet éminemment séduisant. Je me suis jetée un peu à reculons dans l’aventure, à la fois inquiète de voir ce que Revo avait bien pu fabriquer, et intéressée par la culture germanique (l’allemand est ma 1e langue vivante donc fatalement je comprends mieux l’allemand que le japonais) et l’aspect contes de fées. Le choc aura donc été d’autant plus puissant. Et des choses à dire sur cet album, j’en ai à foison !

 

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Une structure finement élaborée
Avant même d’invoquer la musique, il convient de parler de la structure de Märchen (qui, je le rappelle, signifie « contes » en allemand). Comme l’histoire reprend exactement là où se terminait le single Ido e Itaru Mori e Itaru Ido (déjà mentionné la dernière fois et que je n’avais que moyennement apprécié), je me suis demandée pourquoi avoir séparé en deux ce qui était censé former une unité. J’ai vite compris. L’album repose en fait sur un savant jeu d’échos. La première piste, Yoiyami no Uta (Chant du crépuscule), très sombre, entre ainsi en résonnance avec la dernière piste Gyoukou no Uta (Chant de l’aube) lumineuse. Dans cette boucle de 9 chansons, 7 sont centrées sur 7 personnages, toutes des filles décédées de manière tragiques, dont l’histoire est liée aux 7 péchés capitaux. Les deux premiers et les deux derniers contes encerclent un trio un peu spécial puisque la 4e mélodie, sur Blanche-Neige, est profondément liée à la 6e mélodie sur la Belle au Bois Dormant : toutes deux sont des princesses endormies pour l’éternité qui font face à une méchante sorcière et sont sauvées par le prince courageux. Et justement la sorcière est doublée dans les deux cas par Miki et le prince dans les deux cas par Yume Suzuki. Le thème du prince se retrouve également sous une forme identique dans les deux chansons. Et dans cette enclave spécifique, la 5e chanson se démarque de tout l’album en ce qu’elle raconte une histoire aussi tragique que les autres mais sur une musique pop et enjouée, ce qui fait qu’on s’y perd un peu sans les paroles. En outre, ces trois héroïnes seront les seules à revenir des limbes où elles étaient prisonnières. La structure a été tellement finement élaborée qu’effectivement, on comprend mieux que Revo ait voulu séparer Ido dans une sorte de single faisant office de prologue.


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L’histoire
La marque de fabrique de Sound Horizon est de bâtir leurs albums autour d’intrigues souvent très sombres et riches, Märchen n’échappe pas à la règle mais pour mieux comprendre ce qu’il se passe, il convient de rappeler le contenu du prologue, Ido e Itaru Mori e Itaru Ido. Celui-ci propose en réalité une histoire à rebours en commençant par la fin et en remontant progressivement vers le début tout en se permettant des sauts temporels. Je vais tenter de remettre cette chronologie un peu en place. La première moitié de Kanojo ga Majou ni natta riyuu nous conte l’histoire d’une femme du nom de Thérèse (interprétée par Miki) qui vit dans une Allemagne médiévale en compagnie de son petit garçon, März, qui est albinos et fut malvoyant à sa naissance. Elle possède des connaissances très poussées en médecine, si bien qu’on vient régulièrement la consulter pour soigner les maladies. C’est ainsi qu’elle sauvera un soir la petite Elisabeth, fille unique d’une femme riche, et également le fruit d’un inceste (son père est aussi son frère).


Les deux enfants ont sensiblement le même âge et deviendront amis (d’autant plus que Mär est guéri de sa cécité pour dieu sait quelle raison). C’est ce que chante une Elisabeth grandie (à travers la voix de Joelle) dans Kono semai torikago no naka de. Elle a la nostalgie du passé, de cette enfance solitaire où on la séquestrait pour qu’elle fasse une bonne future épouse et où seules les visites de son ami la consolaient. La réputation de Thérèse commence à vaciller et on murmure qu’elle exerce la sorcellerie, aussi pour se protéger, elle va vivre avec son fils dans la forêt, forçant März à dire adieu à Elisabeth. Il reçoit d’elle une petite poupée à son effigie et la promesse de se revoir. On revient dans le « présent » alors que la jeune femme est priée par son frère/père d’entrer.

 

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La suite on l’apprend dans Hikari to Yami no douwa alors que März, sa poupée à la main, s’apprête à rentrer à la maison. Deux hommes le suivent et demandent à voir sa mère, l’enfant, naïf, s’exécute et condamne sans le savoir sa famille. Les brutes brûlent sa poupée et la lancent, ainsi que lui, à travers la fenêtre. L’albinos s’écrasera dans le puits où il mourra brutalement tandis que sa mère, Thérèse, se bat bravement mais finit capturée. Son sort est exposé à la fin de Kanojo ga Majou ni natta riyuu où elle est brûlée pour sorcellerie en place publique. Avant de rendre l’âme, elle s’excuse de ne pas avoir pu sauver son fils qu’elle aime, et tourne sa haine envers ceux qui l’exécutent en se promettant de devenir une véritable sorcière qui se vengera. Le prologue se conclut sur son rire maléfique qui se mue en cri de souffrance.

 



Yoiyami no Uta
Crépuscule

 

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Passant maintenant à la critique en elle-même, qui sera laborieuse vu la richesse du matériau de base. Comme souvent dans les derniers Cds de Sound Horizon, Revo a tendance à se réserver une première piste très rythmée. Märchen ne fait pax exception à la règle mais quelques surprises nous attendent au tournant ! Après les dernières secondes d’Ido accolées en intro angoissante (c'est-à-dire le cri déchirant de Thérèse sur son bûcher), le narrateur allemand, Sascha commence un décompte inquiétant tandis qu’une voix aiguë monte en puissance et que les dernières paroles de Thérèse confirment sa vengeance. La bulle finit par éclater vers 0:45 où le « aaaaaah » angoissant se mue en un étrange « Aishiteru » (Je t’aime). Soudain un piano, puis la batterie, la guitare électrique et des violons entrent en scène et Revo commence à chanter (c’est lui le personnage principal). Il se serait arrêté là, Yoiyami no Uta aurait été une intro traditionnelle à la Sound Horizon. Mais le coup de génie du compositeur aura été d’introduire des reprises d’airs classiques célèbres dans le morceau et de les coller ensemble dans une harmonie surprenante.

Certains ont reconnus l’air de la Lettre à Elise de Beethoven. Or la jeune fille que l’on entend (Hatsune Miku en version chantée et sa doubleuse Saki Fujita sans effet synthétique lorsqu’elle parle normalement) se nomme Elise dans l’histoire. C’est la poupée confiée à l’albinos par Elisabeth qui prend vie en recueillant l’âme de Thérèse et se réveille aux côtés d’un März adulte qui a fusionné avec l’esprit malveillant qui résidait dans le puits, un certain Idolfreed mort de la peste, et en ressort amnésique. Désormais sous le nom de Märchen von Friedhof, il va accomplir sa mission d’esprit vengeur en répandant la mort autour de lui. L’anecdote est que le titre initial de la Lettre à Elise était justement « Für Thérèse » qui reflète donc la transformation de la sorcière en poupée. Revo n’a pas fini de nous surprendre niveau références !

 

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Yoiyami no Uta continue donc dans sa lancée (avec quelques chœurs en fond) lorsque Märchen von Friedhof invite les morts à se soulever pour se venger. 7 jeunes filles répondent à l’appel et entament un refrain sous forme de leitmotiv en allemand proprement envoutant. Niveau déclinaisons (mon côté germaniste, que voulez-vous) j’ai noté une petite erreur mais bon on s’en fout, c’est beau. A 3:46 et 5:21 et donc les 7 cadavres chantent « Kommt, die Nacht kommt ». C’est presque trop court j’ai envie de dire. Mais voilà 5 minutes se sont déjà écoulées et on arrive seulement au milieu de la piste. Et la suite sera encore plus jouissive (et ça parait pourtant impossible) : de 6:15 à 6:38 l’Ode à la joie, toujours de Beethoven. L’Ode à la joie. Version rock. Et en allemand bien sûr. Un pur orgasme auditif. Et comme ça ne dure que quelques secondes on reste totalement sur sa faim en plus. Revo est machiavélique. S’en suit une reprise très réussie de des Tableaux d'une Exposition de Moussorgsky puis de Fantaisie-Impromptu de Chopin au piano. Et à peine remis du choc de la 9e symphonie, un chœur s’élance et s’interrompt. Petit flashback avec le puits (Ido) qui parle à März (mort enfant et « ressuscité » adulte) et lui propose d’une voix monstrueuse et lugubre de fusionner. Les cris qui suivent ne nous laissent aucune illusion quant à la souffrance du processus. Et là… Hatsune Miku (dont je ne suis pourtant pas fan à l’origine) qui ne fait qu’une discrète apparition a son petit moment de 7:50 à 8:18 sur ce qui ressemble énormément à l’Antre du roi de la montagne dans Peer Gynt. Visiblement je ne suis pas la seule à avoir noter les similitudes mais Revo n’a indiqué l’inspiration nulle part. Pourtant ce crescendo si familier… En tout cas ce passage est encore plus énorme que l’Ode à la joie. On repousse les limites de l’impossible. Les 10 minutes passent à une vitesse affolante, c’est dingue.


Après une entrée en matière aussi extraordinaire et géniale, j’ai eu très peur que le reste ne soit pas à la hauteur. Si, certes c’est toujours Yoiyami no Uta que je préfère, l’album tout entier est juste énorme. A partir de là nous sommes entraînés dans le cercle des vengeances. Et chaque chanson (sauf la dernière, je l’ai déjà signalé sur le paragraphe concernant la structure) débutera par un petit prélude où Revo/Märchen intime à la victime de chanter pour lui. Celle-ci lui raconte alors son histoire, comment elle a été tuée, et lui propose une solution, souvent sanglante avant de conclure avec un mini-dialogue avec Elise où tous deux commentent leur travail.


Kakei no Majo
Péché : La gourmandise

 

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La première piste est la complainte d’une nonne qui a été abandonnée par sa mère très jeune à l’époque où elles vivaient toutes les deux dans la forêt parce qu’elles étaient trop pauvres. Elle essaye de se souvenir des jours heureux, avant que le couvent qui l’avait recueilli ne soit attaqué. Les premières secondes à la flûte de 0:27 à 0:40  sont charmantes, puis résonne la voix de Kanami Ayano qui interprète la nonne. J’avoue avoir beaucoup de mal avec son timbre et le début de la piste est un peu fade pour mes goûts, surtout que l’instrumentation se fait bien discrète. Heureusement entre 3:34 et 3:50 la guerre éclate et nous dévoile une sublime parenthèse au violon et à la guitare sèche où la voix partant dans les hauteurs de Kanami Ayano semble davantage à sa place. Le tout se dynamise un peu mais ce n’est que vers 4:30 quand la nonne retourne dans la forêt pour voir sa mère et se retrouve face à une vieille femme qui ne la reconnaît pas et qui semble à moitié tarée, pour vraiment profiter de la montée de tension violons/guitares (pour cause, elle fait la narration et ne chante plus). Elle est alors empalée sur un autel. S’en suit une courte envolée de Miki (qui joue la vieille femme) de 4:58 à 5:32 sous un air lent de batterie et de guitare électrique qui est franchement sympa et inaugure du bon.

Sauf qu’après que Märchen ait déclaré le cercle de la vengeance enclenché, on découvre ses instruments : Hansel et Gretel. Ce sera donc notre conte subverti. Le problème c’est que les deux gamins sont un peu insupportables et que le passage où la vieille femme vante sa maison « en sucreries » ne rend pas bien justice à la voix de Miki. Il faut vraiment attendre 7:58 pour retrouver une fibre épique lorsque le fantôme de la nonne, qui a guidé les enfants vers son ancienne maison, raconte combien ils s’empiffrent sur des pointes de violons et de batterie. Hansel et Gretel décrètent alors de leur propre chef que leur hôte est une sorcière et, toujours poussée par l’esprit de la nonne, lui foutent un coup de pied bien placé lorsqu’elle ouvre la porte de sa grande cheminée. Elle pousse un cri ardent et brûle donc vive. Ce qui est intéressant c’est qu’il n’est dit nulle part qu’elle voulait les manger ni qu’elle était méchante, elle était donc parfaitement innocente cette fois et les vrais méchants sont les deux gosses. A noter que le thème de la vengeance, qu’on retrouve à la fin de toutes les pistes, est ici étouffé par la narration d’Hansel et Gretel.
Une piste qui est loin d’être mauvaise mais qui se révèle plutôt moyenne en comparaison du reste de l’album. Comme ça on pourra mieux apprécier la suite vous me direz...


Kuroki Joshou no Yado
Péché : L’avarice

 

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Cette seconde piste ressemble à bien des égards à la première dans le début de l’histoire (une jeune fille pauvre, la guerre) mais largement améliorée. Les premières secondes de 0:17 à 0:30 dévoilent cette fois-ci des chœurs lugubres d’enfants avant de basculer vers notre nouvelle héroïne : une humble paysanne. REMI adopte pour l’occasion un dialecte un peu particulier en avalant les syllabes pour mieux sonner provinciale, sa voix reste malgré tout très pure et rappelle volontiers que c’est une excellente cantatrice, surtout dans le passage suivant de 1:46 à 2:38 où elle se fait le témoin d’une guerre sanglante et épique à grands coups de violons, de batterie et de bruitages d’explosion et de cris. Et puis la jeune paysanne est vendue à une auberge dont la propriétaire est interprétée par nul autre que Jimang. En travelo donc. Comme d’habitude il fait très bien le pitre et sonne toujours s’il était très vieux mais je ne peux toujours que difficilement supporter le résultat. Reste qu’il sait mettre de l’ambiance et joue très bien son rôle. Vient ensuite le moment décisif où la propriétaire se rend compte qu’elle n’a plus rien à offrir à manger à ses clients et décide de purement et simplement s’absenter pour aller piquer les organes des pendus. Ce n’est jamais précisé dans la chanson mais on peut plus ou moins le deviner à travers le conte d’origine, parfaitement méconnu, L’homme de la potence. Il y a donc un vent de panique entre 4:14 et 5:07où Jimang commet l’irréparable, sert son client puis affirme que piller les cadavres c’est très bien (il n’y a pas de petits profits), le tout sur fond de violons, de guitare et de batterie, comme précédemment, puis avec un accordéon. Et puis, sans qu’on sache pourquoi, la serveuse se pend (ou est pendue, impossible de déterminer si c’est un homicide) et REMI nous entonne un petit requiem bien sympa avec simplement un peu de piano et de guitare.

La serveuse revient ensuite d’entre les morts grâce à Märchen et le thème de la vengeance éclate alors vers 5:58 dans toute sa puissance avec un mélange exlosif de guitare électrique et de batterie sur lesquels s’ajoute le chœur d’enfant (qui répète « toctoc, toctoc ») et même de l’orgue jusqu’au paroxysme de la chanson. Et là, REMI déclare simplement « Rends-moi mon foie » et Jimang hurle. Tout simplement jouissif.


Garasu no hitsugi de nemuru Himegimi
Péché : L’envie

 

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Cette fois-ci le conte de fée nous est très clairement expliqué dès le début et il s’agit de Blanche Neige. Revo a choisi de coller à la version qui la décrit comme une enfant, c’est donc une petite fille qui chante, la jeune Tomoyo Kurosawa qui jouait déjà un rôle mineur dans le précédent album, Moira. Elle devait avoir 13-14 ans au moment de l’enregistrement et, à ma grande surprise, je trouve que sa voix, même si très haut perchée, n’est pas si désagréable. Son monologue introductif où elle précise son histoire est calme, simple mais plutôt bien joué. Elle est régulièrement interrompue par Miki, qui cette fois fait la belle-mère, chantant devant son miroir (et c’est Jimang le miroir) et contemplant sa beauté. Un léger crescendo nous mène au moment fatal où le miroir avoue que c’est Blanche Neige la plus jolie et s’en suit un passage guitare/violons (+batterie à la fin) de course-poursuite entre elle et le chasseur (encore Jimang) de 2:34 à 3:26 entraînant à souhait. Pour continuer dans l’excellence le thème que l’on entend brièvement de 3:27 à 3:43 lorsqu’elle erre dans la forêt jusqu’à la maison des 7 nains est franchement bon. Un peu de batterie, du piano, et on a envie de danser. Thème malheureusement trop court. Mais déjà l’arrivé des nains entraîne une scène comique tout aussi entraînante. Et comme Revo est vache, il a inclut un passage secret de même pas dix secondes en plein milieu vers 4:20, passage qui parle d’un certain Idolfreed. Mais évidemment on ne l’entend presque pas parce que cette narration est écrasée par ce que raconte Tomoyo Kurosawa. A vrai dire, il faut tendre l’oreille pour comprendre que ce ne sont pas les nains.
Après une telle effervescence on en revient à une mélodie plus calme lorsque la sorcière vient offrir une pomme à Blanche-Neige (et comme d’habitude Miki a une voix intense qui transperce tout).

Quelle sera la vengeance pensée par Märchen ? Eh bien, puisque la princesse est plongée dans un sommeil éternel, elle n’est techniquement pas morte et peut donc revenir sur terre. Pour cela, elle a besoin...d’un prince. C’est ainsi qu’à 5 :58 nous est introduit un passage purement épique où Yume Suzuki nous joue un prince en quête désespéré de trouver la femme parfaite. Sa voix colle admirablement bien et a un petit quelque chose d’étrange et de viril à la fois. Je vous conseille d’écouter d’abord avant de lire ce qui va suivre. En effet, Yume Suzuki est...une femme. Je crois que je n’ai jamais entendu un prince aussi « charmant », elle est juste parfaite dans le rôle. Dès le moment où le prince pénètre dans la forêt jusqu’à se trouver devant le corps sans vie de Blanche-Neige on peut entendre de 6:47 à 7:00 le même thème que de 3:27 à 3:43 mais réarrangé de manière plus dynamique et avec la superbe voix du prince. Comme dans le conte, le cercueil est renversé et la jeune fille revient à la vie. S’enclenche alors le thème de la vengeance joué à l’orgue et au violon tandis que  l’héroïne répète les toutes premières paroles de la chanson mais en changeant certains mots de manière macabre. Dans une sorte de leitmotiv, voilà de nouveau Miki qui brûle puisque la belle-mère est forcée de danser avec des chaussures brûlantes jusqu’à sa mort. Les rires maléfiques de Tomoyo Kurosawa se superposant aux cris ont de quoi faire peur.

Une piste tout simplement magistrale qui se conclue cependant par une légère ambiguïté puisque le prince réagit à ce spectacle par une réflexion de désarroi dont on ne sait ce qu’elle représente (trouve-t-il que la belle Blanche-Neige est une garce ? que la méchante fait bien de crever en public ? mystère).

 


Sei to Shi wo wakatsu Kyoukai no Furuido
Péché : La paresse

 

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Désolée, j'ai pas trouvé meilleure qualité pour l'image

 

Revo aime les contrastes et il lui arrive de temps en temps de raconter les plus atroces supplices avec des mélodies joyeuses (comme  la célèbre Yield de l’album Elysion où une fillette décime sa famille avec une bonne humeur à toute épreuve). C’est le cas Sei to Shi wo wakatsu Kyoukai no Furuido qui a de quoi dérouter. Au début j’ai même cru, avec mes faibles compétences en japonais, que c’était l’histoire d’une idol qui mourrait sur scène, mais pas du tout.

Une paysanne sans nom, interprétée par Ceui, entonne un couplet plein d’énergie sur fond de batterie et guitare électrique tandis qu’elle nous raconte qu’elle est régulièrement maltraitée par sa belle-mère (tiens, encore doublée par Miki) et sa demi-sœur suite à la mort de son père (il aurait disparu dans un puits...Idolfreed ?). De bout en bout la chanson reste excellente et rythmée mais précisons quand-même ce qui arrive à cette brave fille : elle fait tomber son fil dans le puits et sa famille lui ordonne dans le très bon passage de 2:45 à 2:53 où on entend un peu de Miki d’aller le récupérer. Et elle se noie. Elle se noie mais visiblement elle devait être tout juste entre la vie et la mort quand Märchen est intervenu parce qu’elle se réveille alors dans un nouveau monde qu’elle croie être le paradis et se révèle être le monde de Frau Holle avec les pommes et les pains qui parlent et lui demandent d’accomplir des épreuves. La brave fille s’exécute sans réfléchir et entame de chanter et de danser en même temps comme s’il s’agissait d’un concert. Ainsi de 4:37 à 5:21 on peut entendre un superbe final très pop-rock. Frau Holle (Azumi Inoue, qui a une voix très "maternelle") intervient alors en personne et offre un marché à la demoiselle : elle devra travailler pour elle. Comme c’est une bonne magicienne, Frau Holle n’hésite pas non plus à récompenser la jeune fille qui s’en retourne chez elle couverte de poussière d’or. La vengeance ? La belle-mère va demander à sa propre fille d’aller aussi dans le puits et même si ce passage est coupé, ceux qui ont lu le conte savent qu’elle ne va rien foutre et que Frau Holle va la punir pour sa paresse : elle reviendra couverte d’une substance gluante noire impossible à enlever. C’est là que résonne le thème de la vengeance alors que l’héroïne se moque allègrement du malheur de sa sœur. La piste est alors rehaussée de quelques chœurs et reprend son aspect pop. Un mélange surprenant mais diablement efficace.


Bara no tou de nemuru Himegimi
Péché : L’orgueil

 

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On reprend sensiblement la structure de Blanche-Neige avec cette fois-ci la Belle au Bois Dormant, interprétée par Mikuni Shimokawa. Elle monologue aussi sur son histoire mais sa voix épurée est parfois interrompue par de brefs instants où résonnent «  Siebten Schuld » (7 péchés dans un allemand approximatif) et il y a un passage à la flûte magnifique de 1:00 à 1:16 en plus (ce qui change TOUT, avouez-le). On passe alors au banquet en l’honneur de la naissance de la princesse où -devinez qui brille- la méchante sorcière (Alte Rose) s’invite jouée par nulle autre que Miki, décidément déchaînée, qui livre encore une fois une prestation de qualité à partir de 2:32. La même doubleuse que Frau Holle intervient en tant que fée rivale et le duel se conclut comme il se doit sur un pari sur le temps de vie de la princesse. On en revient au monologue et de 4:00 à 4:24 débute un lent morceau de batterie qui reviendra plus tard. La suite, tout le monde la connaît, la princesse se pique sur le rouet et tombe mortellement endormie.

Et comme pour Blanche-Neige, Märchen dépêche un prince pour la réveiller. A 5:20 résonne donc le thème du prince avec Yume Suzuki toujours très en forme. Sa tirade est interrompue par le chant d’une rumeur qui lui souffle l’existence d’une magnifique princesse endormie. On peut alors entendre de 7:07 à 7:20  la même mélodie que de 4:00 à 4:24 de manière plus dynamique. On repart directement sur le thème de la vengeance qui s’amorce doucement avant de se déchaîner avec de la flûte en bonus. La princesse réveillée par le prince chasse Alte Rose de son royaume et subit sa dernière malédiction qui est en réalité une référence à la piste Majo to Rafurentse de l’album Elysion et qui dit qu’elle va abandonner son enfant dans la forêt (où il sera recueilli par la sorcière Old Rose).


Aoki Hakushaku no Shiro
Péché : la tortu…euh luxure

 

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L’effusion de qualité ne semble jamais vouloir s’arrêter maintenant qu’elle est lancée. Notre prochain conte est celui de Barbe-Bleu mais raconté non pas par sa dernière femme (celle qui lui survit) mais la précédente. C’est Minami Kuribayashi, qu’on avait déjà pu entendre à loisir dans l’album Moira, qui l’interprète. Après un prologue résolument effrayant et rock, les débuts se font soudain hésitants, Minami Kuribayashi semble douter, sa voix est faible, alors qu’elle constate que sa robe préférée est devenue rouge. Soudain elle réalise : c’est parce qu’il l’a tuée. Cette révélation soudaine entraîne un interlude rythmé tandis qu’elle livre son histoire, son mariage avec le terrible Barbe-Bleue que tout le monde craignait et que pourtant, elle aimait sincèrement. Sa complainte se fait alors touchante, des violons s’ajoutent à la batterie et à la guitare électrique. Puis de 3:14 à 4:50, au chœur du chaos, résonne la voix puissante d’Akio Otsuka (mais si, vous savez, Batou de Ghost in the shell, Rider de Fate/Zero et le seul mec intéressant de Paprika)  qui campe un Barbe-Bleu parfait, violent, torturé. Il se paye même le luxe de nous exposer comment il a tué ses femmes de 3:30 à 4:08 où les bruitages sont plus qu’explicites. Entre celle qui s’est fait brûler vive, celle qui a été enfermé dans une Dame de Fer et celle qui a été étranglée, il y en a pour tous les goûts !

La vengeance ? L’esprit de la dernière des femmes tuées souffle innocemment à la nouvelle épouse que derrière la porte interdite se trouve un fabuleux trésor (quelle pute) et la piste qui avait repris un rythme un peu moins soutenu se déchaîne de nouveau vers 6:02 lorsque la porte du cabinet s’ouvre, dévoilant les cadavres mutilés. Des chœurs accompagnent alors Minami Kuribayashi de 6:29 à 6:41 tandis que la femme de Barbe Bleu tente vainement de lui résister. La piste se conclut avec le combat des deux frères qui assassinent le tyran sur fond du thème de la vengeance, légèrement plus discret.


Haritsuke no Seijo
Péché : La colère

 

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Après une petite introduction avec des chœurs et du violon de 0:33 à 0:53, épique  comme il se doit, Joelle nous revient en tant qu’Elisabeth exactement là où s’était arrêté Kono semai torikago no naka de. Et pour changer, elle ne nous narre pas le passé mais bien le présent tandis qu’elle s’avance vers son destin. Débute alors un passage un peu jazz de 1:30 à 1:55, duo entre Revo et Joelle qui se font mutuellement écho dans leurs paroles : Märchen a oublié sa promesse, Elisabeth ne peut l’oublier. C’est alors en grandes pompes, avec trompettes et violons, que l’on découvre le père/frère de la jeune fille qui lui annonce qu’il lui a enfin trouvé un mari et qu’il serait temps qu’elle passe devant le curé. Ce à quoi elle répond qu’elle ne pourra jamais épouser quelqu’un qu’elle n’aime pas et qu’elle préfère encore mourir. Se lance alors son chant magnifique de 2 :25 à 3:38 , qui s’envole (son motif est celui de l’oiseau), comme un signe d’espoir, jusqu’à ce que le verdict tombe comme un couperet : puisqu’Elisabeth préfère mourir, elle sera crucifiée. Cette partie est visiblement adaptée d’un vieux conte que je ne connais pas donc je ne pourrais pas dire ce qui est original.

Cette fois, Märchen est coupé net dans sa vengeance tandis que la jeune fille affirme qu’elle n’en veut pas à son frère/père et qu’elle ne désire pas sa mort. Des échos de Kono semai torikago no naka de nous parviennent alors sur fond de violon et soudain, à 5:02 Joelle se remet à chanter. Sa voix gagne en puissance à mesure que l’instrumentation s’amplifie et que s’emballent les violons pour un passage volontairement larmoyant, une scène d’adieu. Et c’est bien le thème d’Elisabeth du prologue qui s’enclenche à 6:28 dans un dernier soubresaut et non le thème de la vengeance. Les paroles sont à la fois simples, universelles et touchantes : « Je suis juste Elisabeth, rien d’autre ». La piste pourrait se conclure ainsi mais non, à 6:55 on passe à quelque chose d’entièrement différent puisque Elise, la poupée, essaye de secouer Märchen, resté muet après les adieux de celle qu’il aimait et qui le remerciait d’être venu la voir une dernière fois. Evidemment il ne répond pas et elle commence à paniquer. La batterie et la guitare électrique introduisent une tension et révèlent bientôt la mélodie de Yoiyami no Uta tandis que Saki Fujita se met à vociférer de plus en plus fort jusqu’à ce que sa voix se disloque dans un son électrique comme un automate brisé. Et puis Märchen la ramasse et décide de tout arrêter.
Une très belle piste qui démontre tout le talent de Joelle et qui m’aura fait davantage aimé Kono semai torikago no naka de comme les prestations de Miki m’auront finalement fait aimé Kanojo ga Majou ni natta riyuu (particulièrement dans sa partie finale). Mais la clôture n’est pas encore là.


Gyoukou no Uta
Aube

 

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Pour finir Märchen (l’album, pas le personnage ; oui je sais, on s’y perd) en beauté, on bascule vers un morceau très différent de tous les autres puisqu’il n’est plus composé de fragments de mélodies bout à bout, ce qui le rend plus court. Il n’y a qu’une seule voix, celle de Revo, qui joue März au moment où il s’éteint définitivement, et répond, un peu tard, aux adieux d’Elisabeth. L’instrumentation est constituée de violons et de piano et commence calmement pour aller vers un crescendo de plus en plus épique où s’ajoute d’abord un peu de flûte pour faire bonne mesure, puis du tambour vers 2:37. De 2 :08 à 2:27 on peut entendre les échos de tous les personnages des pistes précédentes et du prologue et à 3 :06 ils rient même tous ensemble comme si März s’avançait vers le paradis. Soudain, à 3:58, le soufflet retombe et on entend un compte à rebours à l’envers. Tout à coup c’est le silence et Revo prononce une phrase très spécifique, que l’on pouvait entendre à 1:01 de Kanojo ga Majou ni natta riyuu lorsqu’il était enfant, marquant sa renonciation. La boucle est bouclée.

 



Conclusion
Le septième horizon qu’est Märchen représente réellement le chef d’œuvre de Revo (et Sound Horizon en général) : une intrigue riche, ambiguë mais pas totalement incompréhensible non plus, une structure fine, des références aussi bien musicales qu’anecdotiques à ses précédents travaux, des morceaux maîtrisés de bout en bout. Si je reprochais volontiers à Moira d’être un patchwork de fragments minuscule dont seule une minorité était sympathique et trop souvent submergée par le reste, Märchen est une mosaïque où chaque morceau est bon et où les plus excellents apparaissent dans toute leur splendeur. Musicalement abouti donc, et pour une fan de contes de fée comme moi, les versions proposés des contes des frères Grimm présentent également un intérêt certain. Le sieur Revo aura su me redonner foi en Sound Horizon, et ce de manière magistrale. Plus encore, il m'aura révélé Miki, nouvelle recrue que Moira n'avait pas su mettre en valeur. D’une certaine manière, Märchen conclue admirablement la carrière de Revo et je ne peux que chaudement vous recommander d’y jeter une oreille.

Par Helia - Publié dans : Divers
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 11:00

Mon très long pavé sur la version complète de Katawa Shoujo voit enfin le jour pour me décharger de mes frustrations, de ma colère, de mon dégoût et de ma peine. J'ai signalé les spoilers quand il y en avait donc ça devrait être lisible pour tout le monde mais pas sûr...

 

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Hisao Nakai est un lycéen on ne peut plus normal jusqu'à une belle journée d'hiver où la fille de ses rêves lui déclare son amour. C'est malheureusement à cet instant précis qu'il fait une crise cardiaque et découvre par la même occasion qu'il a une arrythmie, une malformation du coeur, depuis sa naissance. Bien sûr il survit, sinon il n'y aurait pas d'histoire, mais reste alité à l'hôpital pendant quatre mois, oublié de ses anciens camarades, avant d’être envoyé dans un établissement un peu spécial accueillant uniquement des élèves « handicapés ». Il y fait très vite la connaissance des excentriques Misha, l’hyperactive, et Shizune, sourde-muette, déléguées de sa classe, de la timide Hanako, portant sur sa peau les stigmates indélébiles d’un incendie, de Lilly, aveugle, déléguée de la classe voisine, ainsi que d'Emi, la sportive sans jambes et de Rin, l’artiste excentrique sans bras, et enfin de Kenji, son voisin de pallier paranoïaque. Evidemment chacun d'eux possède un handicap et une personnalité propre qu'Hisao tentera de découvrir petit à petit.

 

 

Contexes
C’était en 2009, je venais de me plonger dans l’expérience visual novel avec des titres amateurs d’assez piètre qualité comme Moonshine ou des eroges frivoles comme les Come See Me Tonight, et mon seuil d’émerveillement était encore très bas, suffisamment pour m’extasier devant les plus petites choses. C’est à cette période que la démo de Katawa Shoujo est sortie, générant une attente immense. Un projet incroyablement ambitieux qui ne pouvait que me plaire. J’avais adoré l’Acte 1 disponible sur le web (mon post de l'époque est toujours disponible sur mon ancien blog). En 2012, date de la sortie finale du jeu, le contexte n’est plus le même.

J’ai avancé, j’ai goûté à des visual novel bien plus complexes (Ever17), bien plus élaborés (Yume Miru Kusuri), jusqu’à même rêver de sortir le mien un jour. Aussi ce n’est pas avec autant d’enthousiasme que j’ai accueilli cette sortie inopinée. Il faut dire que je ne suis pas la seule à avoir changé. En 2009 l’équipe de Katawa Shoujo prônait sur son blog de développement (que j’ai suivi assidûment) que le visual novel était un média dont on n’exploitait pas assez les possibilités et qui voulait montrer qu’on pouvait faire de grandes choses avec le moteur Ren’Py. Ils étaient les seuls. En 2012, plusieurs petits studios indépendants ont fleuris ça et là (WinterWolves, Sakevisual, Zeivac Inc, et bien d’autres qui se lancent progressivement), des visual novel amateurs sérieux on commence à en voir émerger de plus en plus, ce n’est pas le potentiel qui manque. Dans ce nouveau contexte, Katawa Shoujo débarque avec une double difficulté : en plus des problèmes techniques inhérents à la création de visual novel, la team Four Leaf doit satisfaire les attentes des innombrables fans et combler le fossé du temps par un coup de poker. Puisqu’ils ne sont plus les seuls dans la sphère anglophone, il n’y a pas trente six mille solutions pour marquer un grand coup : soit soigner l’enrobage au maximum, soit peaufiner le scénario jusqu’à la perfection. Avec du recul, le choix paraît évident...

 

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Branle-bas de combat, Kenji, nous allons braver la colère des fans !



Un pavé dans la mare

Katawa Shoujo se présente comme un pionnier, une des meilleures utilisations à ce jour du moteur de Ren’Py en matière de réalisation dans la sphère anglophone amateur. On oublie très vite l’utilisation de photographies retouchées en guise de backgrounds et les quelques erreurs de proportion lors de certaines illustrations quand on voit à quel point les sprites sont impeccables et les event CGs nombreuses et jolies (certaines sont d’une qualité à couper le souffle, je pense notamment à deux images très colorées, comme des aquarelles). Les personnages ont tous un grand nombre de poses et d’expressions, on les voit s’agiter avec un timing parfait, comme s’ils prenaient vraiment vie. La musique quant à elle est indubitablement de qualité ; certains morceaux un peu bourratifs ont tendance à passer trop souvent mais des pistes comme Parity, le thème dynamique de Rin, Concord, l’air de piano représentant Lily ou le mélancolique Breathlessly se faufilent vite dans un coin de notre tête pour s’y loger.

 

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Dois-je vraiment expliquer pourquoi certains event CGs sont à se pâmer ?


En outre le système est impressionnant et fourmille de détails : c’est ainsi qu’à chaque fois qu’on aborde un acte, une petite image apparaît sur le menu principal pour finalement le décorer tout entier. Je ne parle même pas des animations, car oui, Katawa Shoujo contient de courtes séquences vidéo déblocables assez facilement mettant en scène les héroïnes. Du point de vue technique, on ne peut qu’admirer le travail. La team Four Leaf nous livre un bijou en la matière.

 

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Le menu une fois le jeu complété à 100%


Une question de priorité
Vu comment mon texte se présente, vous le voyez venir, n’est-ce pas ? Ceux qui me lisent sur Twiter le savent déjà mais mes premières impressions de la version complète de Katawa Shoujo ont été absolument désastreuses, et même si j’ai réussi à avaler un peu les couleuvres qu’on me tendait depuis, je ne peux pas cacher qu’il m’est difficile de repartir du bon pied.

Alors le problème, quel est-t-il ? Je vais m’étendre dessus en long, en large et en travers mais il y a plusieurs choses à savoir pour mieux comprendre toute la difficulté de créer un visual novel. Je vous ai déjà décrit le revirement de contexte auquel doit faire face le studio Four Leaf, mais il faut aussi bien réaliser que plus d’une vingtaine de personnes ont participé activement à la création du jeu, dont pas moins de cinq scénaristes (un pour chaque route), ce qui rend la communication à l’intérieur d’une équipe, même soudée, très handicapante. Vingt personnes susceptibles de partir dans tous les sens à gérer, c’est juste un travail monstrueux et insoupçonnable, je dirais même plus que c’est un petit miracle que Katawa Shoujo ait réussi à sortir malgré ces conditions difficiles.

 

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Si le blog de développement a surtout fait état de l’avancement des images, on aura finalement eu assez peu de détails sur l’histoire en elle-même, ce qui n’est pas si étonnant avec le recul : puisqu’une personne différente s’occupe de chaque route, le jeu est déséquilibré. On passe d’un style à un autre, d’un univers parallèle à un autre j’ai presque envie de dire, et même si le tout aura sûrement été gommé, atténué, le handicap est trop important pour passer inaperçu : certains ne sont pas écrivains du tout et commettent des erreurs grossières purement littéraires, certains semblent ne pas savoir comment traiter leur sujet et improvisent, certains s’en sortent avec les honneurs. En somme, il aurait fallu virer des scénaristes de l’équipe pour assainir et unifier l’ensemble ; or il est bien évident que chasser un membre motivé parce qu’on sent qu’il écrit moins bien que soi est absolument terrible et que personne n’a probablement jamais osé le faire. C’est un sentiment que je comprends et pourtant le résultat est là : depuis le début, Katawa Shoujo était probablement voué à n’être qu’une prouesse technique. La priorité n’est plus l’histoire.

En tant que littéraire, en tant qu’écrivain amateur, ça me désole profondément car je suis de ceux qui oublient facilement les défauts s’il y a une bonne intrigue derrière. Au premier abord, j’étais presque furieuse devant la débauche de luxe que s’offrait Katawa Shoujo : Refaire entièrement l’opening à la main ? Embaucher Mike Inel (de Draw with me) pour des séquences animées ? Multiplier les paper-doll pour des personnages inutiles (au hasard...l’antiquaire qui apparaît 2 fois à tout casser juste pour vendre des trucs ou bien Miki et ses 10 lignes de dialogue) ? Multiplier les poses et les vêtements pour les personnages ? Proposer une masse d’event CG dont certains ne sont même pas nécessaires (l’intérêt de montrer l’anniversaire d’Hanako avec des cadeaux différents m’est définitivement obscur, je le crains) ? OH REALLY ? Je n’aime pas le superflu, je l’avoue, et je préfère nettement un visual novel simple et efficace, d’où une réaction étrange de ma part qui fait que je suis finalement déçue du polissage technique de Katawa Shoujo parce que j’ai l’impression que ces heures de travail auraient pu être utilisées ailleurs. Toujours cette foutue question de priorité...

 

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Maintenant que j’ai assez déliré en l’air, passons sur du concret et saignons-nous à blanc.

 



Métamorphe, je te choisis !

La principale conséquence de la diversité des scénaristes dans la team Four Leaf retombe sur la tête du personnage principal. Pour que chacun puisse tirer la couverture de son côté, il faut bien sûr qu’Hisao soit une véritable page blanche. Il n’a aucune personnalité, aucun but, aucun véritable passé, aucune caractéristique sinon son cœur défaillant (mais on ne crée pas une personne avec ça). Ce sont en réalité les choix du joueur (notamment dans l’Acte 1) qui vont modeler Hisao dans un sens ou dans un autre, à volonté : si le joueur veut poursuivre Emi, Hisao deviendra sportif ; si le joueur veut poursuivre Lilly, Hisao sera une feignasse faiblarde ; si le joueur veut poursuivre Hanako, Hisao sera une chochotte traumatisé par le moindre brin d’herbe pas en place ; si le joueur veut poursuivre Shizune, Hisao sera chiant mais bougera ses fesses. Dans tous les cas il ne sera jamais qu’une pâle copie de la fille qui l’intéresse, par une sorte de truchement justifié par sa nature « facilement influençable ». Cela facilite peut-être le travail de celui qui écrit mais ça rend surtout le personnage impossible à aimer pour celui qui lit. Hisao ne comporte aucun espèce d’intérêt, on ne sait rien de lui, il n’a rien à raconter. Parfois, il lance une boutade, au détour d’une phrase, mais c’est tout, ce potentiel ne sera jamais exploité pour faire de lui un blagueur ou un cynique. Comment, dans cette situation, en avoir quelque chose à carrer de ce qu’il vit ?

 

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Une parfaite métaphore de ce qu'est Hisao : une putain de tasse, vide, qu'on remplit à loisir.

 

De ce point de vue là, je ne suis pas non plus d’accord sur l’importance accordée aux choix : je les vois plus comme des dilemmes qui peuvent arriver occasionnellement, pas comme des messages méta-textuels censés dicter le comportement d’Hisao (Tu préfères rester sur le campus au lieu de batifoler en ville ? Tu es donc un castrateur, prend cette bad end dans la gueule). J’ai ainsi beaucoup plus apprécié l’unique choix de la route de Shizune parce que son importance me faisait hésiter, que la route d’Emi où bon et mauvais comportements sont si étroitement mêlés qu’on peut aller contre la volonté du scénariste et récolter quand-même le happy end en se rattrapant à la dernière minute.


Le masque de papier : Lilly
L’autre écueil dans lequel tombe Katawa Shoujo est que c’est un visual novel centré sur les personnages mais que les personnages eux-mêmes sont extrêmement peu développés. La seule chose que je désirais après l'Acte 1 c'était ôter les masques des personnages pour découvrir ce qui se cachait derrière. Mais ici le masque est la personne.

 

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L’exemple le plus éclatant en est certainement le personnage de Lilly, animée par l’écriture de Suriko, la belle Amazone comme on la surnomme, grande, cheveux blonds, calme et posée, toujours polie et souriante. Riche et de bonne famille, elle semble très populaire dans sa classe. Lilly est aveugle mais n’est jamais vexée quand on lui pose des questions sur son handicap et  ne semble guère gênée au quotidien. Autrement dit elle n’a aucune faiblesse. On aurait donc pu attendre de sa route que le masque d’élève modèle finisse par tomber et qu’elle montre au grand jour une nouvelle facette, plus torturée, plus hésitante, plus distante. Or ce n’est pas le cas. Lilly ne change pas, Lilly ne faiblit pas. Son histoire n’est rien de plus qu’une romance plus ou moins insipide où elle flirte allègrement avec Hisao et éventuellement où on discute un peu de ses origines (blonde = étrangère, je vous le rappelle). Le drame qui en découle est mal mis en scène, il semble forcé, cliché, la fin est absolument débile, la bonne fin n’ayant aucun sens et ne donnant même pas l’impression d’une conclusion satisfaisante de surcroît.
[spoil] Provoquer une crise cardiaque en courant après Lilly à l’aéroport pour empêcher son départ à la dernière seconde alors que tu as eu plusieurs jours pour lui en parler ? MAIS BIEN SUR, tous les jeunes gens sains d’esprit font ça. Pour les autres il existe des trucs appelés moyens de communications. Tu sais, genre parler, passer un coup de téléphone, ce genre de trucs complètements absurdes. [spoil]

 

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Si tu savais Hideaki, si tu savais...


Ne restent qu’Akira, la grande sœur de Lilly pour égayer un peu l’atmosphère et divulguer des informations concernant la relation orageuse de Shizune et Lilly ainsi que la condition d’Hisao, qui se révélera finalement le handicap le plus approfondi du récit même s’il est utilisé à des fins de deus ex machina absolument pas subtiles presque en permanence. Le reste n’est pas mauvais mais sonne creux. Lilly correspond à merveille à ce que E.M. Forster appelle un personnage plat (« flat character »), sans substance, c'est-à-dire un personnage qui n’évolue jamais ou ne possède pas de personnalité complexe. Mais elle est loin d’être la seule...


Incommunicabilité : Hanako
Tout comme Lilly, Hanako possède un masque de papier : c’est de loin celle qui possédait le passé comportant le plus de potentiel, potentiel qui tombe à l’eau rapidement ; il n’y a rien à voir derrière sa façade de moe-blob timide et docile, pas une once de personnalité.

Contrairement à la route de Lilly, entièrement tournée vers la romance pure et simple, celle d’Hanako est centrée sur du drame, du drame à fond, du drame tout le temps. Le problème c’est que ces scènes sont ridicules : il ne se passe rien, Hisao monologue en permanence sur combien il est désolé pour Hanako, combien il voudrait faire quelque chose pour elle et combien il ne lui en parlera jamais frontalement de manière calme et compréhensive parce que –you know- ça risquerait de faire avancer les choses. A la place il est obsédé par ses brûlures au point d’évoquer en permanence le terrible passé d’Hanako. Et j’ai trouvé ça particulièrement malsain au point de me sentir dégoûtée par cette route. A aucun moment, Hisao ne considère sa douce comme une jeune fille ordinaire, non, il ne voit que le handicap, encore et encore, il DOIT savoir, après tout cela ne fait que 2 semaines qu’il la connaît, il en a le DROIT, pas vrai ? La décence voudrait qu’il apprenne à connaître Hanako avant d’exiger ce genre de choses.

 

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Et c’est là que le bât blesse : les seules contreparties aux scènes dramatiques et lourdes sont des scènes proprement insipides de bavardage insignifiant (« Oh tiens, j’ai soif, je boirais bien du thé » « Tu as raison, moi aussi »  « Je vais le faire » « Non moi » « J’ai proposé d’abord »). Lilly et Hanako étant les deux personnages les plus plats du jeu et solitaires par-dessus le marché, les interactions sont extrêmement limitées. On ne sent pas de véritable lien s’établir entre les trois protagonistes, on ne sent pas une confiance, un refuge. Ce ne sont que de vagues connaissances.

 

Cette incapacité à bâtir une relation viable renie à Hisao ce droit qu’il proclame et plus encore, renforce l’incommunicabilité dont il fait preuve : on croirait parfois qu’il ne sait pas comment converser avec un autre être humain. Faire rire Hanako, discuter des livres qu’ils ont partagé –après tout c’est leur passion commune- tout cela fait partie du jeu nécessaire de la séduction. Dans aucune des routes Hisao ne se livre à cet exercice, il se contente de jouer au bon copain et d’attendre que la fille lui tombe dans les bras (gros scoop les gens, l’amour ce n’est pas comme ça que ça marche). Aussi les deux mauvaises fins sont au final bien plus pertinentes que la bonne : [spoil] Hisao est relégué dans la zone « pote », ça le corrige de son côté « prince charmant à la rescousse » ou alors Hanako libère un peu de la rage contenue en elle, rappelant brièvement tout le potentiel qu’elle aurait pu avoir si quelqu’un d’inspiré avait voulu raconter son histoire. [spoil] D’elle, on ne saura jamais que l’évidence même : elle a été prise dans un incendie. Une phrase, peut-être deux, laconiques, presque mécaniques, c’est tout ce qui servira à insuffler de l’émotion au lecteur. Comme si la situation par son évocation pure et simple devait le faire pleurer automatiquement et qu’il n’y avait pas besoin de construire sur cette base. Le reste du passé d’Hanako est vaguement décrit, cliché et ne renforce que davantage son rôle de petite fille fragile.

 

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Une parfaite métaphore du passé d'Hanako : une ébauche tellement simpliste qu'il n'y a que les contours


La bonne fin est ce que je juge le pire. Elle m’a insulté. Profondément. J’ai bien compris que l’auteur voulait subvertir l’aspect « demoiselle en détresse » mais il l’a fait de manière si maladroite que ça ne peut pas marcher. Non seulement Hisao ne corrige son obsession chronique et pathologique que par un brusque élan d’égoïsme (soi-disant) mais le résultat est catastrophique (paradoxalement c’est dans la route de Lilly qu’Hanako se sent le mieux).
[spoil] Non seulement il va coucher avec Hanako avant même de lui déclarer ses sentiments en abusant nettement de la situation (drôle de manière de respecter la fille que tu aimes), celle-ci révélera un peu plus tard qu’elle n’était même pas totalement consentante (donc tu l’as violée par-dessus le marché ?) mais en plus l’épilogue est d’une confusion assez aberrante. Hanako improvise totalement une excuse incohérente sur son comportement alors qu’elle n’en avait pas du tout besoin et Hisao vient la prendre dans ses bras de manière très protectrice (où elle est la subversion là ?) pour lui souffler qu’elle « peut changer ». Non, elle ne peut pas changer. Les gens ne changent pas. Pour changer, tu dois déjà avoir en toi la possibilité d’aller dans une autre direction, donc ce n’est pas un changement mais une forme de réalisation, de découverte de soi-même. Tu peux soudain réaliser que tu n’étais pas vraiment ce que tu croyais être, que tu te mentais à toi-même, que ta vie ne te convient pas. Tu ne peux pas être quelqu’un d’autre. Le scénario ne décrit jamais de potentiel à l’intérieur d’Hanako, de possibilités, elle ne se découvre pas elle-même, elle n’apprend pas à avancer. Tout le long de sa route, elle n’a absolument pas grandi, elle s’est juste légèrement socialisée. Il est donc déplacé de prononcer ce fameux « Tu peux changer » alors même qu’elle t’explique qu’elle restera toujours très timide, que c’est sa manière d’être et que ça risque de ne pas te plaire. Parce que ça sous-entend « Ton ‘toi’ actuel ne me convient pas, je ne reste avec toi que parce que j’espère que tu deviendras un jour celle que je veux que tu sois ». Et c’est exactement le préjugé que le scénariste essaye vainement d’inverser. [spoiler]

 

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Cette fin maladroite, pour ne pas dire plus, montre à quel point cpl_crud (il semblerait que ce soit lui l’auteur) a eu du mal à élaborer un développement psychologique qui tienne la route.

Un autre développement psychologique a été très nettement gâché, celui d’Emi.


Incommunicabilité : Emi
Emi était un des personnages que j’appréciais le moins de l’Acte 1 (paradoxalement j’aimais bien Hanako au début...au début) : sportive, hyperactive, superficielle, un peu loli sur les bords, bref tout ce qui peut m’insupporter chez un personnage. Pourtant sa route s’est révélée surprenante...de plusieurs manières.

Contrairement aux routes précédemment citées, ici TheHivemind a eu la bonne idée de s’appuyer sur une structure bateau mais ô combien efficace : acte 2 => romance, acte 3 => drame acte 4 => réconciliation (ou pas). La lecture était donc plus respirable que dans le drama-drama-drama d’Hanako, mais comme ses deux compagnons, il a eu la très fâcheuse tendance à avoir recours à l’hyper-description (en gros, raconter exactement ce que l’image montre à l’écran et couper les phases de dialogue censées êtres dynamiques par des monologues qui racontent exactement ce que l’autre personnage vient de dire, juste trois fois d’affilée), ce qui, je vous l’avouerai, gâte la majorité de la narration.

 

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Emi s’éloigne un peu du concept de personnage plat dès lors que s’amorce la partie drame où elle arbore les prémices d’une psychologie intéressante, mais tout comme avec Hanako, deux ou trois phrases laconiques seront les seules fenêtres dont disposera le lecteur, ce qui est d’autant plus frustrant qu’il y avait vraiment moyen d’en faire quelque chose. A la place on aura le droit à une partie romance pas trop mal (les brèves apparitions de Rin suffisant à faire émerger des sourires en rafale) avec cependant un très net défaut dans la suite du déroulement : tout comme avec Hanako, Hisao se montre véritablement obsédé par sa promise de manière inquiétante. Il sait qu’Emi a perdu ses jambes dans un accident et comme avec l’incendie, il va remettre constamment le sujet sur le tapis à un point où il en devient haïssable et d’une imbécillité sans nom (si tu apprenais à écouter les gens autour de toi, peut-être que tu aurais tes réponses). Sa mentalité semble parfois frôler l’indifférence et la cruauté d’un enfant de 5 ans, c’est dire. Ce comportement poussé à l’extrême, combinée avec l’agressivité soudaine d’Emi rend la route presque aussi indigeste que celle d’Hanako en fin de compte (ce qui est dommage puisqu’il s’y passait réellement quelque chose). La subversion de la demoiselle en détresse ne fonctionne pas, pour des raisons purement littéraires, mais aussi par ce côté malsain : Hisao ne regarde jamais que le handicap d’Emi, ce qui ruine totalement la bonne fin puisqu’il continue d’agir de cette manière et s’en trouve récompensé.

 

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Le problème de cette route demeure en réalité le thème choisi pour Emi : les relations interpersonnelles. Un thème moderne et peu courant dans les visual novel que j’aurais sans doute mieux apprécié...si je n’avais pas déjà joué à Yume Miru Kusuri. En effet, c’est un des trois motifs qui y est abordé (un autre est l’ijime, ce qui rapproche Aeka avec Hanako d’une certaine façon) et il y est représenté dans toute sa complexité avec une grande finesse littéraire. Je pense que c’est cette proximité qui m’empêche de véritablement apprécier Emi. Celle-ci et Hisao ne sont au fond que des ersatz de Kouhei et de Mizuki Kirimiya. Peut-être que j’aurais eu un autre jugement si Katawa Shoujo était venu avant. Maintenant c’est trop tard.

 
Vacuité et manque de recherche : Shizune
Beaucoup estiment que la route de Shizune est la plus ennuyeuse, je dirais plutôt que c’est une sorte de microcosme illustrant les défaillances et les possibilités incombant au jeu. 

Commençons par la principale défaillance : la recherche. Je l’ai assez peu mentionnée auparavant mais les routes de Katawa Shoujo ont toutes ce côté flottant et un peu vague concernant le handicap qui montre à quel point les auteurs devaient être mal à l’aise sur le sujet (on ne peut guère les blâmer pour cela même si objectivement, ils se sont jetés dans les difficultés tout seuls). J’ignore s’ils ont rencontré des gens pour recueillir leurs témoignages, s’ils ont lus des livres, mais la façon dont est présenté Yamaku, l’institut spécialisé dans la scolarité des personnes handicapées présente un irréalisme complet. Passe encore qu’Hanako (et ses problèmes psychologiques lourds) soit livrée à elle-même, passe encore que l’infirmier laisse Emi dans la nature alors qu’il sait qu’elle l’évite depuis plusieurs jours parce que ses prothèses sont infectées, mais que quelqu’un m’explique comment Shizune peut avoir une vie normale si a) aucun membre de sa famille ne pratique la langue des signes, b) si le professeur ne sachant pas signer non plus, aucun accompagnant ne daigne lui traduire son cours et c) si la seule personne pouvant lui servir de traducteur est une autre élève enrôlée dans le langage des signes par pur hasard depuis un ou deux ans. Cette aberrance fait grincer les dents et coupe le réalisme dont se prévalait Katawa Shoujo jusque là, vidant du même coup le personnage de Micha d’un potentiel qui aurait pu être encore plus grand.

 

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Si seulement Mischa avait gardé son ancienne coupe au lieu de ces cheveux bubble-gum hideux...


Les fans ont émis des théories très intéressantes quant à son handicap, sur le fait qu’elle sache si bien la langue des signes, et je trouve véritablement dommage que les scénaristes (dont Anonymous22 principalement) aient fait preuve d’autant d’entêtement. Il n’a jamais été prévu de raison à l’existence de Mischa au départ et corriger le tir m’aurait semblé naturel. Ceci dit, le personnage aura vraiment gagné en sympathie tout le long de son aventure. Dans toutes les autres routes, Mischa excelle, de manière assez surprenante, dans le rôle de la bonne copine qui te remonte le moral et donne des conseils. Ce qui fait qu’au final, quand j’ai entamé la route de Shizune, mon antipathie à son égard avait déjà disparu. Bien intégré, son arc aura réussi à la rendre moins superficielle, plus humaine, et à apporter un peu de drame de manière un peu maladroite mais convaincante.

Mais plus que tout c’est Shizune que j’ai appris à apprécier, comme une espèce de chieuse attachante. Ses nombreuses contradictions la rendent également plus complexe qu’il n’y paraît et l’on peut enfin entendre sa « voix » à elle lorsque Hisao décide d’apprendre la langue des signes, ce qui mène à des situations désopilantes où quelqu’un se fait son interprète et que le lecteur peut à loisir admirer le fossé entre la phrase originale, souvent incendiaire, et la traduction affable. Cette phase aurait dû durer plus longtemps et remplacer l’inutile partie où l’on découvre la famille de Shizune, des personnages secondaires inintéressants. Son père en particulier. J’ignore toujours s’il fait semblant d’être un enfoiré quand il se plaint que sa fille ne l’appelle pas (elle est SOURDE, comment veux-tu qu’elle se serve d’un téléphone ?).

 

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Traduire Shizune, tout un art !


En bref, si le thème choisi pour Shizune, la nostalgie au sortir du lycée (l'avantage de ce thème c'est qu'il englobe tout le reste de l'année, il y a donc des ellipses, ce qui rend davantage crédible l'amitié d'Hisao avec les deux jeunes filles), sonne comme du vécu et projette une lumière intéressante sur notre perception des personnages, sa route est malheureusement minée par un large inconvénient : la romance ne marche pas. Ou plutôt, devrais-je dire, elle n’existe pas. Même lorsque Shizune et Hisao sont censés sortir ensemble, ils ne se « parlent » pas de manière différente, ne s’embrassent pas, ne se prennent pas la main. Il y a juste une scène de sexe issue de nulle part au début et puis une autre toute à la fin. Pour un visual novel à tendance « dating sim » centré sur des histoires d’amour avec de jeunes filles handicapées, ça fait un peu tâche. En somme Shizune et Mischa fonctionnent paradoxalement mieux en personnages secondaires, en soutenant le héros.

 

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La lumière au bout du tunnel : le cas de Rin
Jusque là l’expérience Katawa Shoujo fut chez moi plus que mitigée. Entre les scénaristes qui veulent réellement développer le  handicap de leur héroïne (Hanako, Emi) et persistent vaille que vaille, quitte à échouer à livrer un véritable développement psychologique, une relation qui ait du sens, entre ceux qui ne sont pas à l’aise avec le handicap et décide de se forger leur propre thème mais peinent à le rendre vivant (Emi, Shizune), ceux qui se contentent de minimiser les pertes avec un développement stéréotypé (Lilly) et ceux qui abandonnent carrément l’idée de romance (Shizune), le scénario censé fonder la baser du visual novel s’est au bout du compte montré instable et vacillant. Heureusement, la route de Rin prouve qu’il est possible de trouver un équilibre. Dosée juste ce qu’il faut entre comique et drame, entre léger et philosophie, entre développement psychologique et intrigue, c’est, je le crois, la route la mieux bâtie du lot. Rin se révèle tour à tour tête en l’air, toujours à balancer des répliques aussi absurdes qu’irrésistibles, tragiquement indécise, prisonnière du présent, de sa propre abstraction. Elle n’est pas définie par son handicap et écope d’une véritable personnalité, complexe juste ce qu’il faut, et en même temps son handicap est instrumentalisé par son entourage de manière vraisemblable. Contrairement aux autres routes qui flottent les unes par rapport aux autres dans un espace-temps incertain, elle se colle parfaitement à celle d’Emi et s’en démarque par une structure similaire (présentation, conflit, résolution) mais mieux exécutée.

 

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Le thème de Rin est l’Art. Soumise à la pression de son professeur qui voit en elle un prodige, elle se voit proposer de participer à une exposition à condition de produire de nouvelles toiles. A travers cette situation simple sera développée une petite réflexion sur l’Art tandis que Rin s’en va en guerre contre elle-même, craignant et souhaitant à la fois de changer. Une équation dans laquelle vient se mêler un Hisao mélancolique qui essaye de trouver sa place quelque part et finit par se prendre d’affection de l’étrangeté de Rin. Emerge alors un espèce d’égoïsme très compréhensible qui rend soudainement notre héros plus humain, un égoïsme dont fait également preuve le professeur d’arts plastiques, personnage secondaire et admirablement esquissé. Certaines idées auraient pu être davantage développées ([spoil] notamment lorsque la jeune fille déclare vouloir s’auto-détruire comme une sorte de sacrifice pour l’Art [spoil]) mais globalement c’est tout ce que j’attendais de Katawa Shoujo : que l’héroïne raconte son histoire, que l’héroïne ait une histoire à raconter. Le scénariste, ici Aura, aura fait du très bon boulot.

 

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Petit point sur les scènes de sexe
Avant de conclure, rapide parenthèse sur l’aspect qui aura le plus fait parler du jeu : le sexe. Contrairement à ceux qui crient au sacrilège et à ceux qui tentent de l’excuser en misant sur le scénario, je serais assez neutre. Il faut dire que j’ai l’habitude maintenant, ça ne me choque plus vraiment. En l’occurrence le jeu n’utilise que des illustrations très soft. A part l’unique scène sensuelle d’Hanako, aucune ne montre l’emboîtement des parties génitales en fait. Comme dans tout bon eroge scénaristique, les scènes semblent parfaitement inutiles mais c’est un peu le principe. Généralement on ne dépasse pas les 2/3 scènes érotiques par personnage et il faudra un sacré paquet d'heures de lecture pour y arriver, ce n'est clairement pas un nukige donc. Petit bonus pour les récits d’Emi et de Lilly qui mentionnent (sinon utilisent) les préservatifs, c’est toujours appréciable. J’aurais aimé qu’il en soit de même dans les autres routes. Sinon rien à signaler sinon une scène dans la route d'Emi tellement bizarre que même l'auteur finit par la tourner en dérision (et c'est sans doute mieux ainsi).

 

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Rin à son meilleur : pendant les scènes de sexe des autres


Bilan
En conclusion, Katawa Shoujo n’a aucunement à rougir par rapport à tout ce qui touche le domaine technique : réalisation irréprochable, des graphismes excellents, de l’animation, une masse de travail impressionnante pour un résultat tout aussi impressionnant d'une bonne vingtaine d'heures de jeu. En revanche le jeu est à l’image de l’équipe qui s’en occupe : fragmenté. Les incohérences scénaristiques et graphiques s’oublient, les failles béantes l’intérieur de l’intrigue (ou devrais-je dire, des intrigues) en revanche ruinent complètement l’expérience, ce qui est plus que rageant. Je voulais aimer ce jeu, je le voulais vraiment, je voulais encourager Four Leaf pour leur boulot, mais au final seule la route de Rin sauve réellement le navire du naufrage et rattrape l’ennui des scénarios de Shizune et Lilly comme les grossièretés littéraires de ceux d’Emi et d’Hanako. Si l'équipe s'était davantage centrée sur l'humour, et il n'est plus à prouver qu'elle sait être drôle (surtout à travers Rin ou des personnages secondaires comme Kenji ou Akira) au lieu de se forcer sur le drame, le résultat aurait peut-être été différent. Au lieu de prouver qu'on peut vivre avec un handicap, le jeu prouve surtout l'incapacité de ses personnages à briser le mur de l'incommunicabilité, un obstacle irrationnel :  le refus de la compréhension.

 

Est-ce que je conseille cette oeuvre quand-même ? Oui, pour les connaisseurs du visual novel amateur, rien que pour apprécier l’outil qu’est Ren’Py à sa pleine puissance et les possibilités qu’il renferme. Oui aussi, pour la route de Rin, mais ce sera tout. Je pense qu’aborder un nouveau prisme de réflexion est essentiel : ne plus regarder le jeu comme une source de hype et un potentiel immense jamais vraiment exploité est très difficile, c’est pourtant sans doute ce qui aura le plus tué Katawa Shoujo...

 

En un sens, la victoire de la team Four Leaf est plus symbolique qu'autre chose : en mettant la barre très haut dans les standards de visual novel anglophone et en sortant un produit complet malgré l'adversité, l'équipe fait rêver tous les créateurs amateurs utilisant Ren'Py et encourage à toujours plus d'ambition et ça, on ne peut pas le leur enlever.

 


 

EDIT : Pas encore eu le temps de répondre aux commentaires mais j’en ai survolé quelques uns et je souhaitais apporter une série d’ajouts.

  • Le premier étant le terme de masque qui n’est bien sûr pour moi qu’une figure de style (littéraire oblige, j’aime bien employer des métaphores). Je n’entends pas par là que les héroïnes font semblant d’être ce qu’elles sont mais qu’elles se limitent à leur apparence. Pour être plus claire, un auteur (dont j’ai oublié le nom) a dit une fois qu’aucun être humain ne se résumait à son apparence, qu’il y avait toujours plus à voir. Or ce n’est pas le cas des personnages de Katawa Shoujo. Je ne leur demandais pas d’être hautement complexes, juste de comporter une deuxième facette pour compléter leur être superficiel. Et elles n’en ont bien souvent qu’une seule, surtout Lilly et Hanako, les autres remplissent plus ou moins ce critère. Ecrire un récit centré sur une héroïne monodimensionnelle et la rendre intéressante demande cent fois plus de talent et la team ne pouvait pas être à la hauteur d’un tel défi.

 

  • Le second étant, comme me l’a si bien rappelé Gen, la problématique de la différence. Katawa Shoujo traite de jeunes filles handicapées, donc « différentes ». La question qui se pose naturellement est donc « C’est quoi la différence, c’est quoi ce qu’on appelle normalité ? » et le jeu l’écarte totalement en dehors de la route de Rin. Je pense qu’une simple définition de quelques phrases, dans un des monologues d’Hisao ou à la place d’un dialogue inintéressant, aurait permis de rendre plus bien cohérent l’ensemble sinon apporter une nouvelle dimension.

 

  • Encore une fois, mes attentes n’avaient rien de transcendant, elles étaient même très basses pour ainsi dire. En m’attaquant à la version complète de Katawa Shoujo je voulais simplement que chaque héroïne me conte son histoire, aussi simple soit-elle. Et pour avoir une histoire à raconter il faut avoir un passé, des forces, des faiblesses, même si ce sont des notions très brièvement esquissées. C’est un minima de base de la littérature et je pense que ce n’était pas énorme de ma part même si, bien sûr, ma formation de littéraire me rend bien plus sensible au scénario que les individus lambdas qui, peut-être, se contentent volontiers de belles images. Une petite histoire sympa, ce n’était pas la mer à boire et j’ai par ailleurs chialé comme une madeleine devant Tokyo Alice, un visual novel amateur japonais, avec des photos en guise de background aussi, dont je n’attendais pas grand-chose non plus. Tokyo Alice n’a pas 20h de jeu à proposer ni des animations magnifiques, mais je me suis sentie plus proche du drame très simple de son héroïne que de tous les personnages de Katawa Shoujo réunis (même Rin que pourtant j’adore). Je crois que cela veut dire beaucoup. Le mieux est l’ennemi du bien...


Sinon je tiens à remercier les personnes qui ne se sont pas laissées aller au troll dans les commentaires et sont restées respectueuses, même si c’était pour opposer une opinion différente de la mienne (ce qui est normal). Je savais d’avance que critiquer Katawa Shoujo me vaudrait des remarques cinglantes mais je n’avais pas envie de me forcer à aimer quelque chose qui ne me plaisait pas ni de faire semblant de trouver le jeu génial à cause de son origine particulière. Je pense qu’il est plus important de rester fidèle à soi-même, quitte à être la seule à élever la voix.

 



Sinon l'Eroge Mix de janvier est sorti depuis quelques temps déjà. J'ai eu des soucis avec la vidéo : elle était normale quand je l'ai posté (après plusieurs essais désespérés) et quelques heures plus tard impossible de l'écouter sans que le son soit étrangement accéléré, depuis elle remarche correctement. A n'y rien comprendre. Dommage, surtout que c'est une super compilation cette fois, avec plein de Nitro+ (bon ok, c'est pas vraiment un eroge à la base, c'est un jeu de combat avec les héroïnes de plusieurs eroges, mais ça compte quand-même).

 

Par Helia - Publié dans : Eroge
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Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 13:10

Comme promis précédemment, voilà enfin le post censé donner des nouvelles du projet Milk.

 

Vie du blog2

 

Si l’histoire avait une forme claire dans mon esprit, la coucher sur papier, même virtuel, m’aura pris un temps fou. Il y a un peu plus d’un an j’achevais la branche principale, puis une ou deux routes (ironiquement les plus courtes) en cours d’années pour enfin carburer à fond pendant les vacances d’été où la quasi-totalité des routes fut rédigée. Il m’aura fallu jongler avec mon nouveau cursus scolaire, mon job occasionnel, des articles publiés sur le blog et mes nouvelles responsabilités de chef de projet, ce qui ne fut pas facile, pour achever la toute dernière route (ironiquement la plus longue) et le petit chapitre final. Aujourd’hui ça y est, c’est fini, le gros du travail de scénariste est fait, ne reste plus que la correction en profondeur et le remaniement pour le jet définitif, mais cela paraît presque superflu en comparaison. En tout et pour tout j’aurais pondu 803 pages et 495 727 mots (on arrondira à 800 et 500 000 pour plus de commodité).

 

Les véritables difficultés qui auront croisé mon chemin étaient toutes de l’ordre de l’emploi du temps puisque j’ai la particularité de n’être à fond que sur le long terme, je dois donc réserver plusieurs jours d’affilée, patiner le premier et partir en apnée pour le reste pour espérer avancer, écrire trois lignes chaque jour étant fortement déconseillé. Le récit en lui-même s’est éclairci avec le temps et les « coups de génie » imprévus ; au fur et à mesure il a perdu son côté « assemblage brouillon » pour devenir un bloc que j’espère cohérent pour un esprit moins allumé que le mien. Au final j’aurais mis de côté assez peu de choses. Les idées ridicules et certains clichés dispensables sont partis tout seul, un protagoniste à qui je prévoyais une route s’est bien gentiment rangé parmi les personnages secondaires ; au contraire, j’ai presque eu du mal à m’arrêter et à ne pas partir trop loin. Avec le recul j’ai l’impression de ne pas avoir développé tel ou tel aspect mais si je le faisais, on atteindrait un niveau encyclopédique donc non, stop, ça suffit.

 

Ces considérations mises à part, rentrons dans le vif du sujet.


Le nom complet du projet sera donc : Milk ~La légende des étoiles. Et comme le titre le trahit peut-être il y aura plusieurs intrigues fortement imbriquées les unes aux autres. La partie « Milk » (le choix du mot sera expliqué bien plus tard) se présente comme l’histoire d’un adolescent asocial, vivant dans un monde semblable au nôtre, qui croise plein de jolies filles (vaches sinon ça serait moins drôle), blablabla, vous connaissez la musique et c’est normal (comme je le dis toujours, pour donner un coup de pioche dans les stéréotypes, il faut d’abord les établir). La partie « La légende des étoiles » (que je ne spoilerai pas) est orientée autour d’une civilisation et se passe dans un cadre très différent. Entre les deux, il y a la partie « Khzi » qui a l’air de sortir de n’importe où avec de l’action, de l’aventure et des extraterrestres. Sans compter le méta-monde qui vient rajouter une couche supérieure dans la narration. Evidemment mon but est de lier ces parties en un énorme tout (« Genre Shift » en prévision). La subtilité, et quelque chose que j’avais constamment en tête au moment de l’écriture, c’est que toutes les réponses ne seront pas données dans le jeu, certaines viendront après (je suis bien partie pour une trilogie là). De plus, parfois, c’est encore plus fourbe, les personnages affirmeront quelque chose paraissant sûr et certain mais qui sera peut-être complètement remis en question et démantelé en pièces lors du prochain visual novel, voire celui d’après. Il y a donc un tas d’indices disséminés un peu partout qui ne feront sens qu’à la fin. C’est un véritable challenge pour moi que de constituer ce puzzle et j’espère qu’il vous plaira.

 

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De toute façon, que ça plaise ou pas, Dieu s'en branle, il va quand-même mettre le bordel

 

Un autre point que je voudrais aborder, toujours au sujet de la structure, c’est que, comme c’est mon premier gros projet et que je ne suis pas encore familière des visual novel, j’ai préféré m’appuyer sur une base qui existe déjà au Japon et simplement l’adapter à ma sauce et de ne faire des expérimentations que quand je serais plus à l’aise. Cette base c’est celle des « moe-ge » ou « chara-ge ». Je vois déjà des dents frémir. Pour ceux qui ne connaissent pas, les deux termes désignent des eroges orientés, non pas autour de la consommation de chair fraîche, mais de romance sucrée pour hommes, c’est-à-dire qu’il y a des scènes de sexe mais qu’elles sont surtout là pour apporter une sorte de consécration à la relation avec l’héroïne, l’accent étant plutôt porté sur les interactions entre personnages. Les filles à séduire sont donc fréquemment de gros moeblobs qui attisent l’affection par leur look et leur comportement.

Il y a donc souvent le schéma suivant : route commune en milieu lycéen comique + routes à penchant dramatique pour chacune des prétendantes et fortement centrées sur leur histoire personnelle. La formule est très nettement empruntée au nakige (attrape-larmes) de Key mais en plus édulcorée. Vu que je lis pas mal de choses sur les moe-ge/chara-ge, c’est assez naturellement que j’ai repris cette base.

 

Sauf que, je vous rassure, dans les restaurants d’Helia-land on préfère éviter les plats bourrés de sucre. Milk possède donc une route commune plutôt comique mais on passe plus de temps dans la ferme d’un village paumé que dans l’école (la vie en province n’est pas aussi morne qu’on voudrait bien le croire) et il n’y a certainement pas que cela (Dois-je répéter le mot magique ? Extraterrestre, dépaysement). De surcroît, si les interactions entre personnages dominent bien, j’ose espérer qu’elles sortent un tant soit peu de l’ordinaire (litote). Mon intention n’était pas non plus de forcer le lecteur à chialer comme un veau donc je me suis bornée à raconter l’histoire que j’avais à raconter en essayant de ne pas verser dans l’excessivité (du genre la pauvre petite fille contre qui le destin s’acharne et qui est dans le coma/une illusion/va mourir incessamment sous peu) parce que j’estime qu’une psychologie approfondie vaut mieux qu’un panneau géant « Cry now » (on est plus près de Serial Experiments Lain que de Clannad dans la démarche). Même les happy end, ma Némésis habituelle, ont une signification particulière (sinon j’aurais pas pu, mon côté sadique aurait repris le contrôle). A l’inverse je me suis étrangement calmée sur les bad end : aucun massacre à la tronçonneuse, très peu de sang, et pas de scène violemment grotesque. On croirait presque à des histoires d’amour banales tiens.

 

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Appâter les lecteurs avec du shoujo-ai, check. Il faut bien compenser l'absence de fanservice !

 


 

Petit rappel de ce à quoi ressemble l’histoire :

 

Enfermé pour l’éternité dans le Monde Qui N’existe Pas, Dieu s’ennuie, et pour s’extraire du vide, décide de se divertir en jouant un peu avec les mortels. Son choix se porte sur un adolescent marginal en mal d’avenir, Tarô Caligula, fils unique d’un humble fermier vivant dans un monde où les vaches ont une apparence humanoïdes. Le jeune homme passe des vacances moroses à s’abrutir devant la télévision jusqu’à ce que son père, inquiet par ce comportement un poil dépressif, lui propose de travailler avec lui en menant à bien les entretiens d’embauche pour engager la future vache de l’exploitation afin de remplacer celle qui va partir en retraite. Une tâche en apparence toute simple…si Dieu n’avait pas décidé de s’en mêler et de faire de la vie du pauvre Tarô une suite d’évènements étranges, loufoques et absurdes. Ainsi les candidates au poste sont toutes des cas sociaux passablement inquiétants avec qui il lui faudra bientôt cohabiter dans la bonne humeur générale, bonne humeur renforcée par la venue imprévue d’une extraterrestre squatteuse en panne de carburant et par les apparitions régulières du meilleur ami millionnaire lassé par les dîners chics, accompagné de son robot à tout-faire, qui a décidément beaucoup de choses à raconter.

 

Tarô va-t-il mettre de côté ses tendances misanthropes pour aider ces vaches un peu folles ayant vécus des choses pas toujours très rigolotes et retrouver l’envie d’avancer ? Va-t-il enfin réaliser que son amie Najimi  recherche désespérément son soutien ? Ou peut-être même percer le secret de l’existence des vaches humanoïdes ? Tout ceci ne relève pas de son choix, mais du vôtre. Mais veillez bien à ne pas contrarier le Dieu de ce monde ou vous pourriez bien percer à jour une étrange supercherie…

 

 

Voici donc les charmantes demoiselles qui postulent à un emploi de vache (car oui, c’est un métier) :

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Nom : (Meushi) Miruku

 

Age : 19 ans

 

Fleur : liseron

 

Moeblob / too-shy-shy girl ?

 

Benjamine d’une série de quatre enfants, Miruku complexe beaucoup à cause de son statut de « petite dernière ». Ses sœurs ayant une réussite plutôt éclatante, elle a l’impression de ne pas faire le poids et en a reçu une timidité maladive et une forte tendance à se dévaloriser, ce qui se traduit souvent par un certain nombre de maladresses et d’échecs. Elle veut vraiment décrocher ce poste, notamment vu les problèmes rencontrés lors de son dernier emploi, mais part vaincue d’avance.

 

Miruku est aussi très proche de sa cousine Kurumi avec qui elle est amie depuis l’enfance et qui représente son plus gros soutien psychologique.

 

 

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Nom : (Meushi) Kurumi

 

Age : 20 ans

 

Fleur : perce-neige

 

Cooldere / emotionless girl ?

 

Kurumi aurait dû être une vache mais suite à une malformation étrange, elle est venue au monde avec des cheveux-oreilles bizarres et aucun attribut bovin, ce qui lui vaut régulièrement les moqueries et des humains et des « vraies » vaches. La vie pas facile qu’elle mène lui a appris à s’endurcir et même si elle cache ses faiblesses en protégeant excessivement sa cousine, qui est par ailleurs sa seule véritable amie, elle n’est pas beaucoup plus confiante. Les deux jeunes filles ont pour habitude de s’encourager l’une l’autre, aussi quand Miruku a annoncé vouloir passer cet entretien, Kurumi est bien évidemment accouru pour la soutenir, d’où sa présence.

 

 

 

 

 

 

 

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Nom :  (Ishidatami) Makuro

 

Age : 22 ans

 

Fleur : bouton d’or

 

Barbare des steppes ?

 

Bourrine et franche du collier, Makuro fait peur à tout le monde avec ses yeux perçants. Il faut dire que ses hobbies ne l’aident pas à se faire des amis : les gens ordinaires apprécient moyennement la chasse au sanglier et l’entretien d’armes à feu. Elle n’en a pas moins bon cœur. Ce poste c’est surtout pour affirmer son indépendance qu’elle le veut, cela fait trop longtemps que sa grand-mère l’héberge et que tous ses entretiens d’embauche se concluent par des échecs cuisants. Mais en voulant renverser la vapeur, elle en fait inévitablement un peu trop !

 

On raconte qu’elle aurait fait de grosses conneries dans sa jeunesse...

 

 

 

 

 

 

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Nom : (Kanna) Mizuho

 

Age : 28 ans

 

Fleur : lys rouge

 

Invisible ?

 

Avant de postuler en tant que vache, Mizuho était enseignante, paraît-il. Aujourd’hui elle n’évoque ces années qu’en jurant et en vociférant, tant et si bien qu’on n’ose plus trop lui poser de questions sur son passé. Au chômage depuis plusieurs longs mois, elle déprime et force un peu trop sur la bouteille, aussi n’est-il pas rare de la retrouver endormie par terre à toute heure de la journée. A vrai dire, on sait peu de choses à son sujet tant elle se montre invisible au quotidien (sauf quand elle est bourrée). Et ne dit-on pas que les plus silencieux sont les plus dangereux ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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Nom : (Nishima) Mika

 

Age supposé :  17 ans (sauf contradiction du rapport de police)

 

Fleur : la rose

 

Loli hyperactive-pléonasme ?

 

Quand on la voit pour la première fois on croit avoir affaire à une enfant tant elle paraît jeune et Mika fait tout pour maintenir l’illusion. Son truc c’est la magie, tout ce qui sort de l’ordinaire l’intéresse, le paranormal, le fantastique. Elle refuse de grandir et se complaît dans son univers enfantin. Malgré sa jovialité à toute épreuve, elle reste étrangement lucide et mature, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle a présenté sa candidature, un peu comme pour amorcer un premier pas dans la vie d’adulte.

 

Ironiquement, sa propre histoire est finalement plus incroyable que ce que raconte n’importe lequel de ses livres préférés...

 

 

 


 

Et maintenant, chers amis, c’est serious business. Parce que si jusque là tout paraissait aller comme sur des roulettes, il se trouve que c’est loin d’être le cas. En effet, la délicieuse Plumy qui a réalisé pour moi ces croquis ne pourra pas prendre le rôle de dessinatrice pour des raisons qui la regardent et que je comprends fort bien. Les personnages sont donc orphelins jusqu’à nouvel ordre et j’ose espérer que tu es d’accord avec moi, cher lecteur, pour dire qu’un personnage orphelin, c’est moche. Il me faut donc un ou plusieurs graphistes motivés pour reprendre le flambeau et rentrer dans l’équipe (qui pour l’instant comprend un programmeur/correcteur, un web-designer, un compositeur et moi-même en tant que fourmi travailleuse euh chef de projet). Si personne ne se présente je me verrais dans l’obligation de réaliser un jeu aveugle sans image. Et un visual novel sans visuel, c’est un peu con, tu me l’accorderas.

 

On passe maintenant à la phase de recrutement.

 

Ce dont j’ai besoin :

Une ou plusieurs personnes motivées et j’insiste sur la motivation parce j’apprécierai moyen qu’un gus se pointe, fasse trois gribouillis, soupire que c’est trop dur et se barre au bout de cinq jours, ou pire en milieu de chemin (d’ailleurs lisez ceci si besoin, ça vous éclairera l’esprit).

Une ou plusieurs personnes motivées, disais-je, sachant dessiner un minimum (c’est pas grave si vous n’êtes pas Gustave Courbet ou Jérôme Bosch) et maitrisant à peu près des logiciels graphiques comme Photoshop (vous n’allez pas réaliser les paper-doll/sprite à la chaine non plus). Avoir du temps libre me paraît aussi un must, vous n’allez pas non plus dessiner dans votre sommeil (ou si c’est le cas et que vous disposez de ce fabuleux don, je vous embauche direct)

 

Ce que je propose :

  • participer à un projet ambitieux : il n’y a pas des masses de visual novel made in France donc c’est toujours agréable de se dire qu’on fait avancer le mouvement à sa manière et à son échelle
  • participer à un projet qui ne part pas dans tous les sens : la scénariste sait où elle va et le support écrit est déjà fini, donc les personnages ne vont pas changer de rôle du jour au lendemain au gré de ses humeurs
  • entrer dans une team motivée (c’est un peu le mot d’ordre) : les membres s’activent tous du mieux qu’ils peuvent et j’ai pour ma part la farouche détermination d’aller jusqu’au bout, donc rejoindre le groupe c’est s’inscrire sur du long-terme
  • entrer sur un tapis rouge : certes le travail que je nomme invisible n’a pas été totalement terminé (c’est impossible à ce stade-là d’avancement) mais j’ai déjà préparé la liste des images qui seront nécessaires pour au moins une démo et réalisé les gribouillis « concept art » pour une grande partie des personnages, « il n’y a plus qu’à » prendre ses crayons et ajouter sa touche perso

Pour me contacter, c’est fort simple, il suffit de m’envoyer un mail via le formulaire de contact d’Overblog. Mail qui contiendra en lien des exemples de ce que vous savez faire et idéalement une petite esquisse d’un des cinq personnages ci-dessus si vous en avez le courage.

 


 

En attendant la programmation d’une future démo a bien avancé, donc il suffit qu’un graphiste motivé rejoigne rapidement l’équipe pour qu’un petit quelque chose sorte dans les prochains mois. Auquel cas on restera sur un très cosy fond noir sur les dizaines d’heures de lecture que durera probablement le scénario. On a vu plus réjouissant...

Pour que vous puissiez continuer à suivre l’avancement, je continuerai à mettre à jour le module à la droite du blog mais un blog de développement est d’ors et déjà en préparation pour plus de confort.

 

Le jour de la sortie officielle de Katawa Shoujo que vous attendez avec autant d’impatience que moi je l’espère, aka le 4 janvier, j’aurais mes partiels mais je compte bien profiter du reste de la semaine pour remplir mon rôle de chef de projet et peut-être réaliser un beau logo pour la team maintenant qu’elle a un nom (si je ne l’ai pas donné auparavant c’est que j’ai jugé qu’il s’agissait d’un détail) : Träumendes Mädchen

Par Helia - Publié dans : Vie du blog
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Samedi 24 décembre 2011 6 24 /12 /Déc /2011 16:30

Eeeeeeeeet, comme prévu, j’ai pas eu le temps de finir ce que je voulais pour Noël (en même temps je m’en doutais, le boulot m’a crevé) donc ce sera la semaine prochaine ou celle qui suit, dernier délai. Il va falloir patienter encore un peu pour ouvrir le cadeau ! En attendant, petit apéritif.

 

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Saya no Uta / Kusarihime

 

Cela fait plusieurs mois maintenant que j’ai voulu m’essayer à un drôle d’exercice qui est de profiter de ma mélomanie excessive pour faire partager davantage de musique, toujours dans le domaine proche de la japanimation, notamment des morceaux que vous n’auriez sans doute pas cherché à écouter auparavant. L’abondante prolifération de visual novel offrait un terrain de jeu parfait et je me suis aussitôt engouffré dedans pour chercher, comme à mon habitude, des perles méconnues. D’où la création de ce que j’appelle « eroge mix » par facilité mais qui n’en est bien sûr pas un puisque je ne possède aucun talent en matière musicale. Ce sont juste de bêtes assemblages de bouts de musique dont la visée est surtout de constituer un aperçu global des meilleures pistes d’un Original Soundtrack. Le tout avec des images associées au jeu présenté parce qu’il faut bien combler le vide et que c’est plus agréable pour les yeux.

 

Août : Aka Primitive Part 1

L’OST qui m’a donné l’idée à la base. Je ne l’avais récupéré que pour son opening original et j’ai été charmée par les pistes douces, mélancoliques, planantes, dont certaines me font vraiment penser à Clannad. Le résultat est simple, épurée, mais très efficace. Mention spéciale à la cornemuse de Sunaji Koete.

 

Septembre : Aka Primitive Part 2

L’OST étant bourrée de chansons interprétées de surcroit par des artistes plutôt connues, j’ai pris le parti de couper en deux le medley au lieu d’en monter un trop long. En première ligne, Suna Gin, l’opening, où on peut entendre Ayana, et Desert Duo (Hiromi Sato & YURIA), mais aussi le morceau dédié à Shimamiya Eiko que je trouvais sympathique malgré son engrish forcené.

 

Octobre : Seiken no Fairies

Changement complet de style (c’était voulu) avec le compositeur a.k.a.dRESS (ave;new) qui a tendance à plutôt abuser de sonorités synthétiques. Le résultat n’est pas mauvais mais un peu bourratif parce qu’il ne sort jamais de cette méthode de composition. Se séparer de paradis et Chevalier me paraissent les meilleures du lot.

 

Novembre : Dances & Dragons [Dra + Koi]

J’essaye de ne pas abuser niveau titres de Nitro+ parce qu’ils embauchent vraiment de bons compositeurs et que j'ai tout le temps envie de placer un de leurs jeux mais c’est difficile de ne pas céder alors j’ai opté pour un VN moins connu de leur part qui comprend des thèmes superbes. On revient à une instrumentation plus équilibrée. No Answer est mythique.

 

Décembre : Subarashiki Hibi

Cela fait très longtemps que je souhaite tester ce jeu, qu’on me rapporte excellent et bourré de métaphysique (il ne m’en faut pas plus), le souci est qu’aucune équipe de traduction ne s’y intéresse, ce faisant il est impossible à découvrir pour une large majorité de personnes. Alors je me console sur la musique (dont je n’ai même pas pu avoir la traduction en romanji complète). Mention spéciale aux pistes planantes et mystérieuses mais aussi au thème effrayant qui me fait penser à Higurashi.

 

Pour Noël, j’en rajoute un : Grisaia no Kajitsu ~Le fruit de la Grisaia (si je vous dis que grisaia est censé être un mot de français, serez-vous capable de trouver lequel sans tricher ?)

 

 

L’OST en lui-même est uniquement composé de pistes très courtes n’excédant pas une ou deux minutes, d’où la brièveté du medley (si j’en crois la bande-son d’Utapri, c’est probablement une marque de fabrique d’Elements Garden). Le jeu a l’air extrêmement long et il m’intéresse aussi, je trouve assez original le fait d’associer chaque héroïne à un fruit, par exemple. A noter que certaines pistes sont étrangement familières. Ainsi Jumbo Fruit Parfait DX rappelle fortement le style de Yoko Shimomura, surtout dans ses compositions pour Kingdom Hearts lorsqu’elle illustre l’ambiance du pays imaginaire et Rock You ressemble à du Nobuo Uematsu lors des thèmes de combat de certains Final Fantasy (mais je serais bien incapable de dire lesquels).

 

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Un message subliminal se glisse dans cette image, sauras-tu le retrouver ?

 

Jusqu’à présent je n’ai reçu aucun commentaire concernant cette expérimentation donc j’ignore totalement si des gens ont pu découvrir de nouveaux morceaux et élargir leurs horizons, alors je me suis dis qu’il serait bon de forcer un peu la main. Pas que j’éprouve le besoin absolu de me sentir soutenue puisque de toutes façons je m’amuse bien à les fabriquer ces assemblages, mais je serais quand-même curieuse de savoir s’il y a des pistes qui vous ont intéressées.

 

...

Ah oui et bonnes fêtes de fin d'année à tous, évidemment...

Par Helia - Publié dans : Eroge
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Vendredi 16 décembre 2011 5 16 /12 /Déc /2011 21:45

Encore une fois ça va causer visual novel, sauf que je vais plus me tourner vers ce qu’il y a dans les coulisses de fabrication de manière brève et très subjective. Je suis absolument désolée pour ceux que ça n’intéresse pas, car j’ai bien conscience de me restreindre de plus en plus à un public de niche, mais je n’ai plus du tout le temps de regarder d’animes (depuis Kite, c’est un peu le vide intersidéral et mon MAL se fait particulièrement désertique). Toute mon énergie est dirigée vers un seul domaine. Et justement, depuis que je m’emploie à fabriquer mon propre visual novel amateur, je remarque que même en suivant de près le milieu indie, il y a des choses dont je n’entends jamais parler et qui sont pourtant primordiales.

 

Computer-04.jpg

 

Au tout début, il y a la conception et c’est le paradis. Les idées pleuvent, il faut les ordonner, les exploiter, renchérir. On a des modèles en tête, on se sent prêt à les dépasser. Tout est permis, justement parce que c’est un exercice de l’esprit et que l’imagination ne connaît pas de limite tangible. C’est un univers qui se développe. Sauf qu’il faut bien que le projet passe dans le domaine du concret à un moment ou à un autre (à moins de vouloir garder ses idées pour soi, bien sûr). Et là, c’est étrangement moins drôle. Parce qu’on est assez brusquement ramené à la réalité.

 

Pour réaliser un VN, comme beaucoup d’autres choses, il faut mettre la main à la pâte, que ce soit de manière visible ou invisible. Dans le premier cas, on peut compter la rédaction du scénario, par exemple. L’avancement peut être directement constaté, donc il est un tant soit peu gratifiant. Mais il y a aussi, et surtout, ce que j’appelle le « travail invisible ». Sournois mais nécessaire. Les développeurs n’en parlent jamais parce qu’il est peu reluisant mais c’est vraiment la clé de voûte du boulot de chef de projet. Il consiste majoritairement en un tas de listings : on répertorie les scènes principales du scénario afin de repérer tout de suite les incohérences et de suivre le déroulement en parallèle des autres domaines, les images que les graphistes vont devoir fournir, les musique que le compositeur devra réaliser, le code associé dans le script. Il faut établir un descriptif pour faciliter la fabrication de chaque image et de chaque musique, des références, des extraits, mettre en forme le script, corriger les bugs, partir à la pêche aux bruitages et en faire de même. Plus encore, il faut aussi communiquer aux artistes des croquis préliminaires des personnages avant même qu’ils ne s’y attèlent pour qu’ils visualisent à peu près vers quoi ils doivent tendre. S’en suit un gros travail de communication avec chacun. Tout se négocie, tout se débat. Comment faire pour améliorer la lisibilité des dialogues dans l’amorce de démo ? Doit-on espacer un peu plus cette ellipse ? N’y a-t-il pas un bruitage plus pertinent pour cette scène ? Est-ce que la musique cadre bien ? Est-ce que l’ambiance est la bonne ? Tu ne veux pas rajouter telle sonorité à tel endroit ? Est-ce que ce personnage n’est pas trop fade et n’aurait pas besoin d’un redesign complet, et si, comment le refondre ? Peux-tu modifier cette partie du visage pour la rendre moins anguleuse ?

 

Tout ce que je viens de citer, ces petits riens que personne ne verra jamais (sauf les concepteurs), on ne les évoque pas. Comme si, à l’instar d’une belle pièce de musique, le produit fini était sorti d’un coup, comme ça, par magie. Pourtant ils sont là, on a besoin d’eux pour avancer. Les laisser de côté revient à se retarder et à se mettre des bâtons dans les roues. Alors il faut composer avec. A vrai dire, ça paraît presque évident mais sur le moment on ne réalise pas bien. On peut mettre des mois avant de comprendre que c’est finalement ça qui bloque l’engrenage et que l’absence de ces listings divers et variés, de tout ce travail préliminaire, transforme le développement en un joyeux bordel ardu à gérer.

 

Il y a des cas où le projet est suffisamment modeste (ou réalisé par une personne seule, donc qui sait exactement où elle va et ce qu’elle veut) pour s’en passer, mais dès qu’on entraîne des collaborateurs dans l’aventure, c’est tout de suite un must et je l’ai appris en cours de route. J’ai mis du temps, mais je m’estime chanceuse de l’avoir réalisé bien assez tôt. J’entrevois maintenant ne serait-ce qu’une parcelle de la responsabilité qui incombe à un chef de projet et je la trouve assez phénoménale...et en même temps fascinante. Peut-être que c’est quelque chose qui me tente après tout...

 

Computer-01.jpg

 

Pourquoi évoquer le travail  invisible ici et maintenant ? Il y a deux raisons. La première c’est que je me dis que sur la poignée de volontaires héroïques qui sont tentés par la création de visual novel, peut-être quelques uns attériront ici et trouveront l’astuce pertinente. L’autre est bien évidemment l’envie d’effectuer une petite transition en vue de mon prochain article qui portera, you guessed it, sur l’avancement du projet Milk. J’ai mis du temps à me décider sur la manière dont j’allais m’y prendre et je finis donc par différencier la forme du fond (c’est pas biiiien, je sais, on me le disait tout le temps en littéraire).

 

Car oui, les débuts n’ont pas été glorieux vu que je ne savais pas m’y prendre (mais je gagne de l’expérience peu à peu, je suis au moins Chef de Projet Niveau 2 là !) et j’ai notamment eu la grande naïveté de suivre des conseils plein de bonnes intentions qui m’ont été donnés, c’est-à-dire de ne pas attendre la fin du scénario pour commencer à recruter. Je ne leur jette pas la pierre, ces personnes ne pouvaient probablement pas savoir, mais ça m’a énormément retardé ; ça plus les études/le taff, être vu que, mon rôle étant central, si je m’absente trop longtemps, le projet meurt. Et ceci parce que je suis scénariste et chef de projet à la fois et que je ne puis m’investir à fond que dans un rôle à la fois. Ce qui a fait que je me suis entravée dans ma double responsabilité et que j’avais du mal à tout gérer simultanément. C’est d’ailleurs pour cela que j’attends d’avoir intégralement achevé la rédaction du 1e jet (j’en suis à 90% maintenant) avant de lancer le prochain billet où j’évoquerai les progrès et les non-progrès.

 

Computer-02.jpg

 

Donc non, aller chercher des collaborateurs tout de suite n’était pas une bonne idée dans ma situation. Avoir la partie du scénariste pliée est même un must avant de s'y atteler (je dirais même que commencer à plancher sur le script et le travail invisible avant ferait aussi gagner énormément de temps). Comme le dit Cortex du blog Conquérir le monde (que je mentionnerais sûrement à l’avenir) :

 

Vous avez sûrement déjà vu ça, un gars présente son projet et recherche des programmeurs, des graphistes, des concepts artists, des scénaristes, des musiciens, un webmaster pour le site et des béta testeurs.

Il n’y a rien qui vous choque ? (autre que le fait que recruter une grande équipe est une mauvaise chose, ce que l’on verra plus tard)

Ce qui coince, c’est qu’il essaie de réunir une équipe dont certains membres sont axés sur la préproduction (scénaristes, concept artists), d’autres sur la production (programmeurs, graphistes, musiciens) et enfin les derniers sur la post-production (webmaster, béta testeurs).


C’est comme si pour construire une maison, on appelait l’architecte, le maçon et le couvreur pour commencer à bosser le même jour… ça serait n’importe quoi.

 

L’exemple est tellement pertinent que j’ai immédiatement adopté un nouveau regard sur ma démarche et que je me suis dis qu’il avait raison et qu’il fallait améliorer l’organisation globale. Il n’empêche qu’au moment où j’écris on est déjà au mois de décembre (même si j’ai la chance d’être relativement épargnée par le fléau qu’est la procrastination). Je m’emploie toujours à combler ce trou mais je ne suis pas Wonder Woman.

 

Est-ce que pour autant je perds ma motivation et renonce à devenir, un jour lointain, « indie » ? (je vous invite chaudement à lire ceci, mes liens ne sont pas décoratifs) Non. Au contraire, ça me donne envie d’avancer. Peut-être que je suis vraiment maso en fait...

 

Computer-03.jpg

 

Ce petit post était surtout là pour amorcer le suivant et faire patienter. Je ne suis pas sûre d’avoir finie la rédaction pour Noël (vu que je vais travailler toute la première semaine des vacances) donc ça serait probablement un peu après En plus il y a un autre article que je voudrais vraiment sortir avant janvier (pas sur un VN, promis) et il risque de me prendre pas mal de temps. Du coup ça ne dérange personne si je balance un Eroge-mix spécial Noël en faisant un peu le bilan de tous les medley proposés jusque là en cas de retard, j’espère :p. De toute façon, même si ça vous embête, je peux pas aller plus vite (je ne suis pas Zorro !).

 

Puisqu’on cause visual novel, vous vous rappelez de Cradle Song ? Mais si, le projet indie sur lequel j’avais un peu craqué (mais juste un peu parce que je suis tsundere vis-à-vis de mes goûts). Une traduction française vient d’être annoncée, allez donc proposer vos services si ça vous intéresse. C’est par là que ça se passe.

Par Helia - Publié dans : Poubelle
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  MILK

 

Milk

 

MAJ : 26/01/11

 

Version complète :

 

Scénario : 805 pages (497 000 mots) correction en stand-by

 

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Démo :

 

Scénario rédigé et corrigé  (72 pages Word / 42 455 mots)

 

Listages graphismes & sons de la démo achevés

 

Croquis basiques des personnages principaux achevés

 

1e version du script achevée :  (5630 lignes) correction en cours

 

Production de musique en cours

 

Production des graphismes en cours

 


 

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